{"id":444066,"date":"2025-10-07T01:23:13","date_gmt":"2025-10-07T01:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/444066\/"},"modified":"2025-10-07T01:23:13","modified_gmt":"2025-10-07T01:23:13","slug":"rencontre-avec-nathacha-appanah-je-suis-allee-au-noyau-de-la-verite-de-la-realite-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/444066\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Nathacha Appanah : \u201cJe suis all\u00e9e au noyau de la v\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 des femmes\u201d"},"content":{"rendered":"<p>Comment raconter le pass\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 ? Pour <strong>Nathacha Appanah<\/strong>, r\u00e9compens\u00e9e du Prix Femina des lyc\u00e9ens pour Tropique de la violence (Gallimard, 2016) ou bien par le Prix du roman Fnac pour Le Dernier Fr\u00e8re (\u00c9ditions L\u2019Olivier, 2007), c&rsquo;est par la rencontre avec <strong>Chahinez Daoud<\/strong>, tu\u00e9e par son mari en pleine rue, \u00e0 M\u00e9rignac, en 2021. L&rsquo;\u00e9crivaine ne connaissait pas la victime avant sa disparition, mais dans le r\u00e9cit de sa derni\u00e8re journ\u00e9e, elle trouve un \u00e9cho troublant avec sa propre vie. Ou plut\u00f4t, un chapitre de sa vie qu&rsquo;elle avait comme oubli\u00e9, enfoui au plus profond de sa m\u00e9moire. C&rsquo;est par la course, que tout revient. Chahinez a couru pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;homme qui l&rsquo;a tu\u00e9e, tout comme Emma, une cousine de l&rsquo;autrice, a couru pour \u00e9chapper \u00e0 son destin. Aucune de ces deux femmes n&rsquo;est parvenue \u00e0 fuir la col\u00e8re des hommes qui leur ont \u00f4t\u00e9 la vie. <strong>Nathacha Appanah<\/strong> aussi, a couru. Mais contrairement aux deux autres, elle s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9e. Un \u00e9pisode de son pass\u00e9 qu&rsquo;elle n&rsquo;avait, jusqu&rsquo;ici, pas abord\u00e9 dans son \u0153uvre litt\u00e9raire, parcourue de romans et autres r\u00e9cits familiaux (\u00e0 l&rsquo;image du r\u00e9cent La M\u00e9moire d\u00e9lav\u00e9e, paru en 2023 aux \u00c9ditions Mercure de France).<\/p>\n<p>Pour celle qui ne d\u00e9voile jamais ses textes \u00e0 ses \u00e9diteurs avant qu&rsquo;ils ne soient achev\u00e9s, l&rsquo;\u00e9criture de La nuit au c\u0153ur, son nouvel ouvrage, fut particuli\u00e8rement difficile. Un travail long de quatre ans, ou presque, entre les recherches entam\u00e9es en 2021 et l&rsquo;\u00e9criture pure qui elle, prend forme \u00e0 partir de 2024. Une \u00e9criture faite de silences, de doutes, nich\u00e9e au c\u0153ur d&rsquo;une nuit qui, pour deux des femmes qui habitent ce livre, ne verra plus jamais l&rsquo;aube se lever. Que reste-t-il alors d&rsquo;autre \u00e0 faire, qu&rsquo;\u00e9crire ?<\/p>\n<p><strong>Vogue. Dans La nuit au c\u0153ur, comme dans Tropique de la violence, vous commencez vos r\u00e9cits par des personnages qui n\u2019en sont pas le centre. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nathacha Appanah<\/strong>. Je me souviens tr\u00e8s bien de l&rsquo;\u00e9criture de Tropique de la violence. La version qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e, c&rsquo;est la quatri\u00e8me version. C&rsquo;est un livre, pour lequel j&rsquo;ai fait plusieurs versions sans \u00eatre totalement satisfaite. Dans les trois premi\u00e8res versions, le personnage central est Marie. Pour moi, elle est le centre du r\u00e9cit. Et quand j&rsquo;ai eu l&rsquo;id\u00e9e de la polyphonie, elle s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e pour \u00eatre \u00e0 un autre endroit que les \u00eatres vivants. Pour La nuit au c\u0153ur, c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent. Bien s\u00fbr, les hommes ne sont pas au centre, ou alors ils le sont parce qu&rsquo;ils ont donn\u00e9 la mort. Mais je n&rsquo;ai pas commenc\u00e9 par ce chapitre-l\u00e0. J&rsquo;ai commenc\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture en 2024, bien que je travaille dessus depuis 2021. J&rsquo;ai commenc\u00e9 par \u00e9crire la partie qui me concerne. Je n&rsquo;avais pas la premi\u00e8re phrase du livre. Et de tous mes <a href=\"https:\/\/www.vogue.fr\/dossier\/livres\" isautogenerated=\"true\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">livres<\/a>, celui-ci ne fait pas exception, j&rsquo;attends la premi\u00e8re phrase. Je passe \u00e9norm\u00e9ment de temps \u00e0 me documenter, \u00e0 prendre des notes, \u00e0 rencontrer du monde\u2026 tout ce travail en amont. Parfois, je fais des essais d&rsquo;\u00e9criture, avec une voix particuli\u00e8re, une perspective que j&rsquo;ai \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mais au fond de moi, j&rsquo;attends la premi\u00e8re phrase. Quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire en 2024, j&rsquo;ai fait ma partie tout en sachant que ce ne serait pas le d\u00e9but, que la premi\u00e8re phrase n&rsquo;\u00e9tait pas arriv\u00e9e. J&rsquo;ai imagin\u00e9 d&rsquo;abord que c&rsquo;\u00e9tait important pour moi d&rsquo;avoir un chapitre avec une mise en place narrative, en tout cas une \u00e9criture romanesque. J\u2019aime \u00e0 penser que je suis d&rsquo;abord une romanci\u00e8re dont le travail s&rsquo;articule autour du motif litt\u00e9raire qui est l&rsquo;imaginaire. Je ne voulais pas faire l&rsquo;\u00e9conomie de ces hommes-l\u00e0, de raconter \u00e0 grands traits, certainement, qui ils avaient \u00e9t\u00e9. Alors la premi\u00e8re phrase est arriv\u00e9e : \u201cIls ne sont pas enti\u00e8rement mauvais.\u201d J&rsquo;ai pens\u00e9 combien cette phrase-l\u00e0 \u00e9tait vraie. Pendant ces trois ann\u00e9es o\u00f9 j&rsquo;avais appris \u00e0 les conna\u00eetre, j&rsquo;avais remarqu\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait des hommes qui avaient \u00e9t\u00e9 aim\u00e9s. Vous voyez qu&rsquo;ils ne sont pas n\u00e9s et n&rsquo;ont pas grandi dans une sorte de d\u00e9nuement et de s\u00e9cheresse affective. Au contraire, ils avaient un p\u00e8re, une m\u00e8re, des fr\u00e8res, des s\u0153urs, une instruction. Ils ont fait le choix de donner la mort. En \u00e9crivant ce chapitre, je voyais bien comment les mettre dans cette pi\u00e8ce-l\u00e0 \u00e9tait un acte de repossession pour reprendre le contr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi les priver de leurs noms ?<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Comment raconter le pass\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 ? 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