{"id":444360,"date":"2025-10-07T05:02:12","date_gmt":"2025-10-07T05:02:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/444360\/"},"modified":"2025-10-07T05:02:12","modified_gmt":"2025-10-07T05:02:12","slug":"sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/444360\/","title":{"rendered":"Sur trois livres r\u00e9cents de Dominique Qu\u00e9len"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Trois ans avant qu\u2019il ne part\u00eet dans la montagne pour rejoindre au Ban-de-la-Roche le bon pasteur Oberlin, \u00e9trangement bon d\u2019une \u00e9trange bont\u00e9, Lenz distinguait encore, dans une lettre importante \u00e0 Sophie de La Roche, les deux composantes oppos\u00e9es de la po\u00e9sie\u00a0: le Bildende, formateur et didactique, trop enclin au ton comminatoire et boursoufl\u00e9, et le T\u00f6nende, li\u00e9 \u00e0 la musique sinon au chant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la notion de Bildung peut aussi prendre place du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience intime, du feuilletage des exp\u00e9riences biographiques qui, une fois d\u00e9pli\u00e9, dessine les contours et les nuances d\u2019une cartographie individuelle en perp\u00e9tuelle exploration. D\u00e8s lors, l\u2019aspect musical peut offrir des outils pour composer les variations de ce th\u00e8me personnel primordial, comme une constante reformulation dans la sonorit\u00e9 de la syntaxe, des mots qui r\u00e9sonnent au fur et \u00e0 mesure des livres.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"110749\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2025\/10\/07\/portrait-de-lartiste-en-bricoleur-sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen\/capture-decran-2025-09-29-a-19-10-20\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=497%2C721&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"497,721\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Dominique Qu\u00e9len\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=207%2C300&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=497%2C721&amp;quality=80&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-110749 alignleft\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png\" alt=\"\" width=\"207\" height=\"300\"  \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, pour en revenir \u00e0 l\u2019immortel pont-aux-\u00e2nes, un auteur n\u2019\u00e9crit donc qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un nombre limit\u00e9 de motifs, d\u2019une r\u00e9it\u00e9ration d\u2019images, de formules. Des m\u00e9taphores obs\u00e9dantes au mythe personnel, pour reprendre le titre fameux de Charles Mauron, \u00e0 condition d\u2019en expulser tout contexte caricaturalement psychocritique. Aussi bien, on pourrait trouver quelques indices plus substantiels du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ethnologie, par le recours au concept de bricolage tel que Claude L\u00e9vi-Strauss le th\u00e9orise dans La Pens\u00e9e sauvage. Ainsi, \u00ab\u00a0le bricoleur est apte \u00e0 ex\u00e9cuter un grand nombre de t\u00e2ches diversifi\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0son univers instrumental est clos, et la r\u00e8gle du jeu est de toujours s\u2019arranger avec les \u201cmoyens du bord\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire un ensemble \u00e0 chaque instant fini d\u2019outils et de mat\u00e9riaux, h\u00e9t\u00e9roclites au surplus, parce que la composition de l\u2019ensemble n\u2019est pas en rapport avec le projet du moment\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, on peut objecter \u00e0 juste titre que l\u2019artiste, lui, poursuit un objectif, peut-\u00eatre toujours identique\u00a0; que le livre \u2013 plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u0153uvre \u2013 ne se r\u00e9alise qu\u2019\u00e0 la condition que sa plasticit\u00e9 en soit le support, donc le surgissement, la r\u00e9alisation en acte de ce projet\u00a0; qu\u2019on le puisse voir, lire, surgir. Tout cela n\u2019invalide nullement ce que la taxonomie l\u00e9vi-straussienne peut apporter pour essayer de saisir ce qui, dans la litt\u00e9rature, ressortit \u00e0 un \u00e9difice anthropologique poursuivant l\u2019\u00e9crivain depuis que le monde est monde. Car, une fois proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019inventaire\u00a0\u00bb, il s\u2019agit \u00ab\u00a0d\u2019engager avec lui une sorte de dialogue, pour r\u00e9pertorier, avant de choisir entre elles, les r\u00e9ponses possibles que l\u2019ensemble peut offrir au probl\u00e8me qu\u2019il lui pose\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019instar de la pens\u00e9e mythique, il existe une po\u00e9sie qui \u00ab\u00a0\u00e9labore des structures en agen\u00e7ant des \u00e9v\u00e9nements, ou plut\u00f4t des r\u00e9sidus d\u2019\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les exemples qui peuvent aujourd\u2019hui s\u2019offrir au lecteur, l\u2019\u0153uvre de Dominique Qu\u00e9len constitue ind\u00e9niablement l\u2019un des cas les plus exemplaires. Patiemment compos\u00e9e et profuse, d\u2019une remarquable coh\u00e9rence au point de donner l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e0 elle seule un organisme continuant de s\u2019engendrer, de modeler sans d\u00e9semparer sa forme d\u2019un ouvrage \u00e0 l\u2019autre. Et cette curieuse et rare sensation se trouve pr\u00e9cis\u00e9ment augment\u00e9e par le nombre r\u00e9duit qu\u2019elle contient de th\u00e8mes et de motifs, qui pourtant en viennent \u00e0 muer et transmuer, au sein d\u2019une obsession qui \u00e9chappe \u00e0 une trop simple r\u00e9it\u00e9ration, \u00e0 une litanie. Trois des derni\u00e8res parutions de l\u2019auteur permettent de saisir cet \u00e9tonnant m\u00e9canisme des fluides \u2013 nous allons bient\u00f4t voir que ces textes en regorgent\u00a0: Po\u00e9sie des familles, Le Chant de la plinthe et le double Fiction tombeau \/ Ma phrase. Quels en sont, cependant, les fameux \u00ab\u00a0moyens du bord\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant tout, parce qu\u2019il va de soi qu\u2019il engage indiscernablement l\u2019acte de vivre et celui d\u2019\u00e9crire, le corps. La po\u00e9sie de Dominique Qu\u00e9len est, \u00e0 dire le moins, une po\u00e9sie incarn\u00e9e, dont la forme et le fond se nourrissent de la chair, de ses m\u00e9tamorphoses maldororiennes, de ses maux et de ses anomalies. Membres et organes s\u2019y entassent souvent p\u00eale-m\u00eale, comme si le souci d\u2019un agencement fonctionnel avait d\u00e9sormais cess\u00e9 d\u2019importer. Corps en \u00e9quilibre instable, tenu sur la ligne de cr\u00eate qui s\u00e9pare vie et mort, o\u00f9 l\u2019\u00e9tat de plaie, d\u2019infection ou de maladie synth\u00e9tise cette dialectique de l\u2019incertitude, de l\u2019entre-deux. Ce corps qui parle, qui bien souvent para\u00eet s\u2019adresser directement au lecteur, se tient tant\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une vie qui s\u2019\u00e9puise, au sens deleuzien du terme, tant\u00f4t d\u2019un n\u00e9ant paradoxal qui demeure toutefois habit\u00e9 par la force du verbe \u2013 non pas divin mais minusculement grouillant d\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mouvement continu, dans son bruissement et son gargouillis, \u00e9met une parole, \u00ab\u00a0corps dans \/ le corps o\u00f9 entre la dure cl\u00e9 du taire \/ et du dire\u00a0\u00bb, o\u00f9 \u00ab\u00a0le langage \u00e9tant vers\u00e9 dans \/ la nature en m\u00eame temps que le corps, un \/ abc\u00e8s qui tant\u00f4t enfle et tant\u00f4t se vide\u00a0\u00bb (Ma phrase). Le po\u00e8me, c\u2019est surtout du vivant probl\u00e9matique. Sa fixit\u00e9 dans la page imprim\u00e9e, son caract\u00e8re aussit\u00f4t immuable, l\u2019assimileraient de la sorte \u00e0 un cadavre plus ou moins embaum\u00e9. Gare au contresens, cependant, car de la pourriture peut na\u00eetre de la vie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"110750\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2025\/10\/07\/portrait-de-lartiste-en-bricoleur-sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen\/capture-decran-2025-09-29-a-19-11-57\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.11.57.png?fit=385%2C594&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"385,594\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Dominique Qu\u00e9len\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.11.57.png?fit=194%2C300&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.11.57.png?fit=385%2C594&amp;quality=80&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-110750 alignright\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.11.57.png\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"300\"  \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas rare, sous la plume de Dominique Qu\u00e9len, de voir li\u00e9s progression du texte et champ s\u00e9mantique de la d\u00e9composition. Entre les deux, l\u2019intervalle t\u00e9nu qui les juxtapose offre un peu d\u2019espace pour laisser passer un souffle, ou une exhalaison, comme s\u2019il fallait d\u2019abord dispara\u00eetre pour mieux faire entendre la respiration du texte\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire est crever, si c\u2019est pondre un abc\u00e8s (car chacun des po\u00e8mes en est un) par jour. [\u2026] De petits vers \u00e0 t\u00eate sombre y expriment l\u2019\u00eatre par leur d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb (Po\u00e9sie des familles). La destruction de la mati\u00e8re engendre l\u2019\u00e9criture, la fait surgir \u00e0 travers les \u00e9tapes de la fl\u00e9trissure, comme si l\u2019auteur devait tremper sa plume dans le sang ou le pus pour parvenir \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9 du po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Ainsi, les mots auront toujours la forme vive d\u2019une chair morte et ils seront cette forme. Une rigole entoure les planches explicatives o\u00f9 on d\u00e9coupe les phrases en mots\u00a0\u00bb (ibid.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, la po\u00e9sie r\u00e9sulte en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une forme d\u2019\u00e9vacuation, d\u2019expulsion \u2013 Samuel Beckett n\u2019est pas loin \u2013 des scories et r\u00e9sidus\u00a0: \u00ab\u00a0Toutes les parties superflues que tu sens en ton corps, dont tu voudrais te d\u00e9faire par facilit\u00e9, servent de fosse d\u2019aisance au langage\u00a0\u00bb. Pareillement, la singuli\u00e8re prosodie du texte, sa prof\u00e9ration \u2013 on n\u2019ose dire son chant \u2013 se confondent parfois avec le vomissement. D\u00e8s lors, l\u2019auteur met en sc\u00e8ne tout le grotesque de la situation d\u2019\u00e9crivain, de son m\u00e9tier\u00a0: \u00ab\u00a0Cal\u00e9 sur la cuvette au moyen d\u2019un b\u00e2ton ou d\u2019un bras, la t\u00eate et le buste pass\u00e9s dans l\u2019abattant, tu lis ton po\u00e8me \u00e0 voix haute dans le noir\u00a0\u00bb (ibid.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la sorte, les trois livres s\u2019organisent par le biais d\u2019un mouvement presque cyclique o\u00f9 mort et vie se d\u00e9ploient pour retourner perp\u00e9tuellement l\u2019une \u00e0 l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0je vais commencer ce \/ po\u00e8me comme il finira \/ et le finirai ainsi comme \/ il aura commenc\u00e9, l\u2019un et \/ l\u2019autre s\u2019\u00e9quivalent\u00a0\u00bb (Fiction tombeau). D\u2019o\u00f9 ce m\u00e9canisme volontaire des contradictions qui permet tout de m\u00eame d\u2019avancer. Parler, c\u2019est mourir, c\u2019est du moins se diriger vers sa fin, fin jamais atteinte et toujours \u00e0 atteindre\u00a0: \u00ab\u00a0Une fois n\u00e9s, la \/ parole, par d\u00e9sir ou par \/ peur, ne nous sert plus qu\u2019\u00e0 mourir\u00a0\u00bb (ibid.). Les deux \u00e9tats se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 la longue indistincts\u00a0: \u00ab\u00a0parler en m\u00eame temps qu\u2019on meurt\u00a0\u00bb (Po\u00e9sie des familles)\u00a0; \u00ab\u00a0Le vivant ne peut que parler \/ d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec le mort (ou \/ se taire (ou \u00eatre en transit entre \/ ces deux \u00e9tats))\u00a0\u00bb (Fiction tombeau). Or, cette ambivalence s\u2019explique \u00e0 la lecture de ce dernier livre, o\u00f9 se d\u00e9ploie la relation quasiment g\u00e9mellaire que l\u2019\u00e9crivain entretient avec son fr\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, auquel l\u2019ouvrage est d\u2019ailleurs d\u00e9di\u00e9. Qui donc, entre celui qui n\u2019est plus l\u00e0 et celui qui reste, est vraiment le responsable de ce qui se dit ou de ce qui se tait\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur meurt \u00e0 sa propre parole\u00a0; il devient le r\u00e9ceptacle de ce que le mort n\u2019a pas pu dire, de ce qu\u2019il pourrait cependant dire encore. En \u00e9trange alchimiste, il fait alors \u00e9clore son homoncule de la pourriture, cette ind\u00e9passable pourriture du vivant. Par ce geste infini, la d\u00e9composition implique n\u00e9cessairement une recomposition, si bien que le r\u00e9agencement du corps suscite aussit\u00f4t un r\u00e9agencement du monde. Les mati\u00e8res s\u2019\u00e9changent. Putr\u00e9faction pour putr\u00e9faction, surgit tout un monde de viande, o\u00f9 le \u00ab\u00a0paysage a l\u2019allure g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un jambon vivant mais nous ne sommes pas \u00e9tonn\u00e9s\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe), cela va sans dire. Au sein de ce changement, on distingue par instant une poursuite d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0des chasseurs vont et viennent dangereusement\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe). Difficile, malgr\u00e9 tout, de savoir comment se r\u00e9partissent les r\u00f4les. \u00ab\u00a0Tu cherches la beaut\u00e9 des chasseurs dans la neige\u00a0\u00bb, silhouettes qui \u00e9voquent in\u00e9vitablement la peinture flamande, et tout particuli\u00e8rement Brueghel. Tout devient fondamentalement labile\u00a0: \u00ab\u00a0Impossible de savoir si nous sommes chasseur ou gibier car il est t\u00f4t\u00a0\u00bb. Est-ce le po\u00e8te qui traque son po\u00e8me\u00a0? Ou la parole qui attend de s\u2019abattre sur l\u2019auteur, comme un fant\u00f4me qui cherche l\u2019occasion de poss\u00e9der le survivant\u00a0? \u00c0 nouveau, la dialectique vie-mort recouvre les conditions de l\u2019\u00e9mission et de la r\u00e9ception du verbe\u00a0; verbe pr\u00e9caire, fuyant, probl\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi ces moyens du bord, un autre r\u00e9seau d\u2019images se tisse tout au long des livres de notre auteur. R\u00e9seau qui s\u2019\u00e9tire et s\u2019\u00e9ploie encore plus dans ces trois ouvrages, les plus r\u00e9cents. Il s\u2019agit du motif aquatique, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui se souvient des morts\u00a0\u00bb, selon Gaston Bachelard. Eau stagnante ou profonde, marneuse ou sombre, \u00ab\u00a0elle va absorber mat\u00e9riellement des ombres\u00a0\u00bb (Bachelard, encore). Entre flottaison et noyade, entre humidit\u00e9 suintante et moisissure putr\u00e9fiante, elle offre aussi l\u2019occasion d\u2019un jeu de reflets qui tant\u00f4t s\u00e9pare tant\u00f4t confond le survivant et le d\u00e9funt. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u2019autre, \u00ab\u00a0toute l\u2019activit\u00e9 humaine ou autre se r\u00e9sume \u00e0 de l\u2019eau\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe). Elle transforme alors le po\u00e8me en pompe\u00a0; elle l\u2019active ou l\u2019\u00e9rode jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la mati\u00e8re au point de bousculer les lois physiques\u00a0: \u00ab\u00a0De l\u2019eau est difficile \u00e0 \u00e9teindre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La surface de l\u2019eau pend\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe). Et, bien entendu, si elle irrigue le texte, sa situation ne manque pas d\u2019exciter quelque inqui\u00e9tude\u00a0: \u00ab\u00a0Il est bri\u00e8vement question de po\u00e9sie dans la baignoire. On cherche. La totalit\u00e9 du monde glisse\u00a0\u00bb (ibid.). Sa surface r\u00e9fl\u00e9chit, son courant produit des \u00e9chos\u00a0; et cela permet pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019en nommer l\u2019identification centrale\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a de l\u2019eau et l\u2019id\u00e9e de souffrir mille morts appara\u00eet sur l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb. Pour citer une fois de plus Bachelard \u00e0 la barbe fleurie, \u00ab\u00a0l\u2019eau croise les images\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"110752\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2025\/10\/07\/portrait-de-lartiste-en-bricoleur-sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen\/capture-decran-2025-09-29-a-19-13-19\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.13.19.png?fit=372%2C655&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"372,655\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Dominique Qu\u00e9len\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.13.19.png?fit=170%2C300&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.13.19.png?fit=372%2C655&amp;quality=80&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-110752 alignleft\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.13.19.png\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"300\"  \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle que soit la force de son flux, son passage en revanche n\u2019offre d\u2019autre perspective qu\u2019un an\u00e9antissement \u00e0 plus ou moins longue \u00e9ch\u00e9ance. \u00c0 son contact, le corps peut se briser et se confondre, par une troublante polys\u00e9mie, avec le milieu qui concomitamment le d\u00e9truit et l\u2019assimile\u00a0: \u00ab\u00a0et dans la rivi\u00e8re un coude \/ en poussant violemment d\u2019un c\u00f4t\u00e9, en \/ jetant contre le tronc la branche sur le \/\/ point de c\u00e9der, les bras tordus\u00a0\u00bb (Ma phrase). Mais elle peut aussi bien \u00e9laborer un jeu de vases communicants qui emp\u00eachent, par une sorte de mouvement perp\u00e9tuel, l\u2019\u00e9puisement du po\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0toujours est-on dans l\u2019eau cet objet de faibles dimensions \/ dans quoi est vers\u00e9e l\u2019eau qui le recueille \/\/ un soin toujours est \u00e0 se tenir extr\u00eame \/ et \u00e0 nommer, dans quoi p\u00e9n\u00e8tre une eau produite \/ abondamment sous l\u2019enfance \/\/ une jeunesse enti\u00e8re \/ en un liquide, un \u00e9l\u00e9ment \/ sans nom pourtant qu\u2019on se rappelle \/ \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un autre ou se noie le premier\u00a0\u00bb (ibid.). Eau int\u00e9rieure, eau de la m\u00e9moire. On pourrait \u00e9galement en \u00e9num\u00e9rer les variantes corporelles, jus ind\u00e9fini, purin ou abc\u00e8s divers. Ils n\u2019en construisent pas moins une op\u00e9ration de transmutation invers\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette transmutation, par son inversion m\u00eame, produit un distillat d\u00e9concertant \u00e0 certains \u00e9gards, fruit d\u2019une recette qui \u00e9chappe \u00e0 une physique rationnelle. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, l\u2019activit\u00e9 po\u00e9tique aboutit in\u00e9luctablement \u00e0 un corps-\u00e0-corps avec les r\u00e8gles commun\u00e9ment admises, avec la syntaxe. Trouver une langue, selon la fameuse formule de Rimbaud, implique de parvenir \u00e0 dire le plus exactement possible l\u2019exp\u00e9rience en jeu dans l\u2019\u00e9criture, mais aussi de faire rendre gorge \u00e0 l\u2019usage banalis\u00e9 des mots comme pour en extirper les cordes vocales et les faire vibrer autrement, quand bien m\u00eame \u00ab\u00a0le d\u00e9pouillement syst\u00e9matique de la langue permet de nous trouver\u00a0\u00bb. Cette utilisation \u00e0 la limite de l\u2019anomalie conf\u00e8re au texte une dimension performative qui, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019agir d\u2019embl\u00e9e sur la mati\u00e8re du monde, en modifie de mani\u00e8re radicale la vision\u00a0: \u00ab\u00a0Tu appliques une grammaire sp\u00e9ciale. Des formes de communication surgissent. Tu grouilles d\u2019insectes qui font des phrases sous un verre renvers\u00e9\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trouble des images, mais, du m\u00eame pas, confusion des sons et partant des mots eux-m\u00eames. Ainsi, ce que l\u2019on pourrait prendre \u00e0 premi\u00e8re vue pour de simples calembours r\u00e9v\u00e8lent en r\u00e9alit\u00e9 le caract\u00e8re \u00e9minemment charnel et mat\u00e9riel de tout r\u00e9f\u00e9rentiel verbal. D\u00e8s lors, se confondent les mots de l\u2019art et ceux du bas corporel\u00a0: \u00ab\u00a0Te sortir le prose en vers intestinaux\u00a0? Proc\u00e8de par inversion de ton corps\u00a0: le nom qui te d\u00e9signe sert \u00e0 \u00e7a. Pas qu\u2019\u00e0 recevoir des coups, mais \u00e0 les d\u00e9tourner en langage\u00a0\u00bb (Po\u00e9sie des familles). Se devine l\u00e0 une dynamique de la d\u00e9liquescence et de la cr\u00e9ation\u00a0: \u00ab\u00a0Moi, revenant de mes vers, revenant de mes vers le bras charg\u00e9, ne me doutant pas, ici pris par l\u2019avant, l\u00e0 par le milieu\u00a0\u00bb (ibid.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quoi s\u2019ajoute une crise du pronom \u2013 mais la po\u00e9sie aujourd\u2019hui est en grande partie li\u00e9e \u00e0 cette crise \u2013 o\u00f9 destinateur et destinataire deviennent toujours plus difficiles \u00e0 d\u00e9partager. Bien souvent, le lecteur s\u2019affronte \u00e0 un \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb, sans savoir clairement qui \u00e9met le message. On songe d\u2019abord au po\u00e8te, mais rien n\u2019est moins s\u00fbr. Est-ce le fr\u00e8re vivant qui s\u2019adresse au disparu\u00a0? Le mort qui parle \u00e0 celui qui reste \u2013 auquel cas la \u00ab\u00a0voyance\u00a0\u00bb serait \u00e0 prendre au pied de la lettre\u00a0? Ou bien, dans une sorte d\u2019effort \u00e0 la limite de la folie, l\u2019auteur qui se parle \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0? Quoi qu\u2019il en soit, ce d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019\u00e9metteur et du r\u00e9cepteur s\u2019incarne dans le d\u00e9membrement des corps pr\u00e9sents dans ces livres, \u00ab\u00a0corps o\u00f9 entre la dure cl\u00e9 du taire \/ et du dire\u00a0\u00bb (Ma phrase), \u00ab\u00a0Je suis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du langage et j\u2019y habite\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe). \u00c9criture et chair se lovent l\u2019une contre l\u2019autre au point de ne plus former qu\u2019un magma respirant et \u00e9clatant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans le corps, et par lui, que s\u2019\u00e9bauche de proche en proche un art po\u00e9tique. Chacun des livres offre, parsem\u00e9es tout au long de l\u2019ensemble, de br\u00e8ves r\u00e9flexions sur l\u2019\u00e9criture, au double point de vue du fond et de la forme, l\u2019un et l\u2019autre marchant de concert. Il faut \u00e0 cet \u00e9gard ajouter quelques mots sur la nature du travail de Dominique Qu\u00e9len qui utilise g\u00e9n\u00e9ralement les contraintes. Certaines sont imm\u00e9diatement rep\u00e9rables, comme le po\u00e8me en prose dans Po\u00e9sie des familles, le sonnet dans toute une section de Ma phrase, ou des douzains d\u2019octosyllabes \u2013 n\u00e9anmoins pourvus d\u2019un vers central d\u00e9casyllabique \u2013 dans Fiction tombeau, ou encore des blocs de vers, septains, dizains et douzains, vers\u00e9s en prose dans Le Chant de la plinthe.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"110753\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2025\/10\/07\/portrait-de-lartiste-en-bricoleur-sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen\/capture-decran-2025-09-29-a-19-09-10\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.09.10.png?fit=294%2C451&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"294,451\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Dominique Qu\u00e9len\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.09.10.png?fit=196%2C300&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.09.10.png?fit=294%2C451&amp;quality=80&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-110753 alignright\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.09.10.png\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\"  \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces ensembles de r\u00e8gles que le po\u00e8te se fixe permettent de mieux \u00e9mettre un discours intime, \u00e0 la fois dissimul\u00e9 et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par ces pliures et ces courbures du rythme et de l\u2019articulation. Voil\u00e0 justement les \u00ab\u00a0ensemble structur\u00e9s\u00a0\u00bb ajust\u00e9s \u00e0 partir des \u00ab\u00a0r\u00e9sidus et des d\u00e9bris d\u2019\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e9voquait L\u00e9vi-Strauss. Car la discipline \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9criture est soumise renvoie, existentiellement, \u00e0 la violence du monde enfantin, o\u00f9 il faut \u00ab\u00a0cherche[r] l\u2019\u00e9criture dans des tas de gravats qui ont grandi\u00a0\u00bb, \u00e0 la brutalit\u00e9 incarn\u00e9e par la figure paternelle (comme dans qu\u00e9len = enqul\u00e9) et cristallis\u00e9e en la personne du fr\u00e8re mort dont l\u2019auteur est en quelque sorte le doppelg\u00e4nger. Ce sont peut-\u00eatre les deux voix fraternelles qui se confondent enfin pour dire\u00a0: \u00ab\u00a0Nous voulons bien \u00eatre contraignants. [\u2026] Nous m\u2019approvisionnons en po\u00e9sie des profondeurs\u00a0\u00bb (Le Chant de la plinthe).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e8gle formelle t\u00e9moigne de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0: elle est, \u00e0 tous les sens du terme, une b\u00e9quille sur laquelle s\u2019appuyer pour vivre malgr\u00e9 les infirmit\u00e9s, pour rejouer la sc\u00e8ne primordiale afin de d\u00e9cider d\u2019un destin nouveau. Cette remise en jeu est rien moins que ludique\u00a0; pour rebattre les cartes, elle n\u2019indique pas pour autant qui sortira vainqueur de la manche et sugg\u00e8re que la partie n\u2019offre jamais d\u2019issue tangible. D\u2019o\u00f9, peut-\u00eatre, ce que l\u2019on peut lire comme une p\u00e9tition de principe\u00a0: \u00ab\u00a0Je consid\u00e8re un vers comme une fa\u00e7on de remettre au tas, le geste qui reprend\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9, plus encore, une red\u00e9finition en acte du lyrisme, \u00e0 la fois risque et tentation. Le lyrisme est alors ce qui exprime, au sens culinaire, ce qui fait sortir le jus et les fluides dont il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 question\u00a0: \u00ab\u00a0Le chant traverse la for\u00eat, un bidon \u00e0 la main. Tu en es le contenu. Je le et te vide dans le m\u00eame temps\u00a0: celui dont il est question plus haut\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Foin de l\u2019expression un peu mi\u00e8vre des sentiments\u00a0: le chant qui retentit est celui des organes, de leur caract\u00e8re vici\u00e9 ou meurtri, et c\u2019est pourquoi ce lyrisme est port\u00e9 par une parole maladroite, par une langue tordue ou prompte \u00e0 fourcher, qui ne sait pas comment se d\u00e9p\u00eatrer et qui, pour cela, sans trop savoir ni comprendre, doit pourtant en \u00e9prouver le formalisme serr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Cette cuve est pleine de lyrisme. Puis le paysage envahit tout et se met \u00e0 peser. Voici le d\u00e9but de la situation. Nous changeons la temp\u00e9rature. J\u2019ai des informations sur le lyrisme que tu trafiques. Je pr\u00e9cise sur un caract\u00e8re logique de la pens\u00e9e. Tu fais des actions class\u00e9es par taille. Un r\u00e9cit d\u2019\u00e9v\u00e9nements arriv\u00e9s deux fois est vraisemblable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un texte vivant s\u2019habite et l\u2019auteur s\u2019y confond. Pour aboutir, il faut donc proc\u00e9der \u00e0 une suite de renversements et d\u00e8s lors poursuivre cette h\u00e9t\u00e9rotopie\u00a0: devenir le po\u00e8me que l\u2019on \u00e9crit. Des d\u00e9clarations de cette nature ne sont pas rares parmi ces trois livres de Dominique Qu\u00e9len. Car m\u00eame un cercueil est habit\u00e9 par le cadavre qu\u2019il renferme. Et, lorsque dans Fiction tombeau, l\u2019\u00e9crivain reprend le Tombeau d\u2019Anatole de Mallarm\u00e9 pour pouvoir enfin nommer le fr\u00e8re mort \u00e0 qui toute l\u2019\u0153uvre semble s\u2019adresser, lorsqu\u2019il multiplie les parenth\u00e8ses qui sont comme les clous de la bi\u00e8re, la parole s\u2019\u00e9chappe et traverse cloisons et terre pour mugir son chant, pour l\u2019ordonnancer aussi dans ce long thr\u00e8ne, cette d\u00e9ploration.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"110749\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2025\/10\/07\/portrait-de-lartiste-en-bricoleur-sur-trois-livres-recents-de-dominique-quelen\/capture-decran-2025-09-29-a-19-10-20\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=497%2C721&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"497,721\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Dominique Qu\u00e9len\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=207%2C300&amp;quality=80&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png?fit=497%2C721&amp;quality=80&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-110749 alignleft\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-09-29-a-19.10.20.png\" alt=\"\" width=\"207\" height=\"300\"  \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lecture de Dominique Qu\u00e9len n\u2019est pas sans \u00e9preuve. Elle lessive le lecteur, parce qu\u2019elle l\u2019\u00e9tonne litt\u00e9ralement, parce que son langage roule comme des cailloux sont roul\u00e9s par le courant, comme une linge est tabass\u00e9 par le battoir. Parce que le corps du lecteur, justement, rejoint qu\u2019il le veuille ou non celui du po\u00e8te. Parce que c\u2019est la vie.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;\"><b>Dominique Qu\u00e9len, <\/b><b>Le Chant de la plinthe, \u00e9ditions LansKine, 2024, 94 pages, 15 euros ; <\/b><b>Po\u00e9sie des familles, \u00e9ditions Les Hauts-Fonds, 2024, 134 pages, 18 euros ; <\/b><b>Fiction tombeau \/ Ma phrase, Backland \u00e9ditions, 2025, 245 pages, 17 euros.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De Dominique Qu\u00e9len, vient \u00e9galement de para\u00eetre Mati\u00e8re, \u00e9ditions Flammarion, 1e octobre 2025, 134 pages, 18\u20ac.<\/strong><\/p>\n<p>\n\tSimilaire<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Trois ans avant qu\u2019il ne part\u00eet dans la montagne pour rejoindre au Ban-de-la-Roche le bon pasteur Oberlin, \u00e9trangement&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":444361,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-444360","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115331134426681771","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/444360","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=444360"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/444360\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/444361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=444360"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=444360"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=444360"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}