{"id":447099,"date":"2025-10-08T09:16:18","date_gmt":"2025-10-08T09:16:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/447099\/"},"modified":"2025-10-08T09:16:18","modified_gmt":"2025-10-08T09:16:18","slug":"il-y-a-un-siecle-le-premier-portrait-des-parisiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/447099\/","title":{"rendered":"Il y a un si\u00e8cle, le\u00a0premier portrait des\u00a0Parisiens"},"content":{"rendered":"<p>  Une exposition au mus\u00e9e Carnavalet d\u00e9voile un portrait de la population de Paris entre 1926 et 1936, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s comprises, gr\u00e2ce aux premiers recensements nominatifs. D\u00e9mographe et historienne, Sandra Br\u00e9e \u00e9voque cette capitale \u00ab\u00a0aux probl\u00e9matiques pas si \u00e9loign\u00e9es de celles d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb.      <\/p>\n<p>  Les recensements de la population parisienne de 1926, 1931 et 1936 constituent le socle de l\u2019exposition \u00ab Les gens de Paris, 1926-1936 \u00bb, au mus\u00e9e Carnavalet. En quoi sont-ils importants ?<\/p>\n<p><strong>Sandra Br\u00e9e<\/strong> D\u00e8s le XIXe si\u00e8cle, les statistiques d\u00e9mographiques parisiennes s\u2019av\u00e8rent d\u2019une remarquable qualit\u00e9. Mais c\u2019est seulement en 1926 que, pour la premi\u00e8re fois, des listes nominatives sont dress\u00e9es \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas pour les autres communes du territoire national, mais il semble que la capitale ait \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019alors exempt\u00e9e de cette proc\u00e9dure en raison de son co\u00fbt \u00e9lev\u00e9, l\u2019op\u00e9ration exigeant un nombre cons\u00e9quent d\u2019agents au regard de sa population.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/registre_recensement_nominatif_detail.jpg\" width=\"664\" height=\"393\" alt=\"\" title=\" \u00a9Archives de Paris, D2M8441\"\/>    <\/p>\n<p>          Registre d\u2019un recensement nominatif r\u00e9alis\u00e9 en 1931 dans une r\u00e9sidence du quartier des Grandes Carri\u00e8res, rue Caulaincourt, dans le 18e arrondissement.            <\/p>\n<p>\n          Archives de Paris, D2M8441      <\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es individuelles s\u2019av\u00e8rent donc extr\u00eamement pr\u00e9cieuses, car elles permettent de croiser toutes les informations \u2013\u00a0\u00e9tat civil, origine, profession, adresse, etc.\u00a0\u2013 et, ainsi, de retracer des parcours personnels pour dessiner un portrait d\u00e9taill\u00e9 des Parisiens de cette \u00e9poque. Une mine pour l\u2019histoire d\u00e9mographique.<\/p>\n<p>Comment avez-vous travaill\u00e9 pour exploiter cette masse de donn\u00e9es ?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> J\u2019avais commenc\u00e9 un relev\u00e9 manuel des donn\u00e9es, tr\u00e8s chronophage. Mais ma rencontre avec les informaticiens du Laboratoire d\u2019informatique, de traitement de l\u2019information et des syst\u00e8mes (Litis) a donn\u00e9 une tout autre ampleur au projet. Car les progr\u00e8s vertigineux de l\u2019<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/dossiers\/comment-lintelligence-artificielle-va-changer-nos-vies\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">intelligence artificielle<\/a> ont rendu possible l\u2019automatisation des relev\u00e9s de ces registres, qui ont \u00e9t\u00e9 renseign\u00e9s \u00e0 la main, avec une fiabilit\u00e9 inesp\u00e9r\u00e9e. Nous avons compar\u00e9 des relev\u00e9s effectu\u00e9s par nous-m\u00eames avec ceux r\u00e9alis\u00e9s par la machine par reconnaissance des caract\u00e8res manuscrits, et la marge d\u2019erreur s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e tr\u00e8s faible. Cette m\u00e9thode a permis d\u2019analyser l\u2019ensemble de la population pour obtenir une photographie globale.<\/p>\n<p>Au travers de ces recensements, quelle est la dynamique d\u00e9mographique de Paris dans l\u2019entre-deux-guerres ?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> En 1921, la ville a connu un pic de population, avec pr\u00e8s de 2,9 millions d\u2019habitants, et elle entre alors dans une phase de stagnation, avant une d\u00e9croissance notable entre les ann\u00e9es 1950 et les ann\u00e9es 1980. La Premi\u00e8re Guerre mondiale a eu un fort impact sur la mortalit\u00e9 masculine, comme le montre le creux sur la pyramide des \u00e2ges ; de nombreux enfants sont orphelins, de nombreuses femmes veuves les \u00e9l\u00e8vent seules.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e0 l\u2019heure de la reconstruction, l\u2019urbanisation s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, nourrie par l\u2019exode rural.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e0 l\u2019heure de la reconstruction, l\u2019urbanisation s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, nourrie par l\u2019exode rural. Ainsi, comme d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les deux tiers des habitants de Paris n\u2019y sont pas n\u00e9s ! Les nouvelles populations viennent de province, surtout (la moiti\u00e9 des Parisiens sont n\u00e9s ailleurs en France hexagonale), de l\u2019\u00e9tranger et, dans une moindre mesure, des colonies pour y travailler. C\u2019est donc une ville de jeunes adultes, plut\u00f4t c\u00e9libataires.<\/p>\n<p>Historiquement faible en France, le taux de f\u00e9condit\u00e9 l\u2019est encore davantage dans la capitale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e8te et conduit \u00e0 une politique nataliste. Le peu d\u2019enfants pr\u00e9sents dans la capitale s\u2019explique aussi par le fait que les milieux populaires envoient leur prog\u00e9niture chez des nourrices ou dans de la famille \u00e0 la campagne (alors que les parents de la bourgeoisie emploient des nourrices sur place).<\/p>\n<p>En outre, comptant presque 1\u00a0million de personnes de plus qu\u2019aujourd\u2019hui (environ 2,9\u00a0millions, contre 2\u00a0millions en 2025, Ndlr), cette ville \u00e0 la tr\u00e8s forte densit\u00e9 manque de place.\u00a0<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/paris-et-ses-banlieues-je-taime-nous-non-plus\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">La banlieue profite alors plus de l\u2019essor d\u00e9mographique<\/a>, d\u2019autant que des usines y sont implant\u00e9es.<\/p>\n<p>En cette p\u00e9riode de forte immigration, de quels pays viennent les nouveaux Parisiens qui ne sont pas fran\u00e7ais ?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> Alors que les Italiens constituent le premier groupe d\u2019immigr\u00e9s jusqu\u2019en 1931, les Polonais les supplantent en 1936, pour beaucoup r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la suite de pogroms. Les immigr\u00e9s d\u2019Europe de l\u2019Est comptent aussi des Russes blancs ou des Arm\u00e9niens.<br \/>\u00a0<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/aznavour.jpg\" width=\"641\" height=\"487\" alt=\"\" title=\" \u00a9Archives de Paris, D2M8 233\"\/>    <\/p>\n<p>          Extrait du registre de recensement en 1926 de Charles Aznavour et de sa famille, dans le quartier de l\u2019Od\u00e9on, au 36\u00a0rue Monsieur-le-Prince, dans le\u00a06e arrondissement de\u00a0Paris.            <\/p>\n<p>\n          Archives de Paris, D2M8 233      <\/p>\n<p>Il faut toutefois rappeler que les renseignements consign\u00e9s sont d\u00e9claratifs, puis report\u00e9s par des agents recenseurs. La famille de Charles Aznavour, par exemple, est inscrite comme russe. La nationalit\u00e9 comme l\u2019\u00e9tat civil, d\u2019ailleurs (certains divorc\u00e9s ou concubins se pr\u00e9tendent mari\u00e9s), doivent donc \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s avec pr\u00e9caution. Dans l\u2019entre-deux-guerres, Paris devient \u00e9galement le premier p\u00f4le d\u2019attraction des Alg\u00e9riens, devant Marseille et Lyon.<\/p>\n<p>Ville-monde, ville refuge\u2026 \u00c0 quoi ressemble le Paris de cette \u00e9poque ?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> P\u00e9riode courte et tr\u00e8s riche, l\u2019entre-deux-guerres se d\u00e9cline en deux d\u00e9cennies tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Dans les ann\u00e9es\u00a01920, les Ann\u00e9es folles, c\u2019est un peu la ville d\u00e9crite par Hemingway dans Paris est une f\u00eate. Mais l\u2019image d\u2019\u00c9pinal de cette capitale aux caf\u00e9s fr\u00e9quent\u00e9s par les artistes m\u00e9rite d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9e, les travailleurs qui la peuplent n\u2019y ayant pas acc\u00e8s.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/professions_par_sexe_72dpi.jpg\" width=\"610\" height=\"487\" alt=\"\" title=\" \u00a9Source : base POPP. Traitements statistiques : Sandra Br\u00e9e, et Victor Gay. Infographie : Clara Dealberto et Jules Grandin.\"\/>    <\/p>\n<p>          Durant l\u2019entre-deux-guerres, les anciens m\u00e9tiers de Paris subsistent mais, dans le m\u00eame temps, de\u00a0nouvelles professions \u00e9mergent. Parmi les personnes ayant entre 15\u00a0et 64\u00a0ans, plus de la moiti\u00e9 des femmes et 85\u00a0% des hommes d\u00e9clarent alors un emploi.            <\/p>\n<p>\n          Source : base POPP. Traitements statistiques : Sandra Br\u00e9e, et Victor Gay. Infographie : Clara Dealberto et Jules Grandin.      <\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es\u00a01930, la cit\u00e9 est percut\u00e9e par la crise, et cet impact appara\u00eet nettement dans les recensements, en 1931 mais surtout en 1936, avec les nombreuses mentions de \u00ab\u00a0ch\u00f4meur\u00a0\u00bb. Dans cette m\u00e9tropole cohabitent aussi deux mondes : l\u2019ancien (ce long XIXe si\u00e8cle qui s\u2019arr\u00eate en 1914) et celui de la modernit\u00e9. Les professions renseign\u00e9es en t\u00e9moignent, avec l\u2019\u00e9mergence de nouveaux m\u00e9tiers. Les marchands ambulants avec leurs charrettes et les paysans qui viennent nourrir le \u00ab Ventre de Paris \u00bb aux Halles croisent les garagistes pour les automobiles, les projectionnistes du cin\u00e9ma, les t\u00e9l\u00e9graphistes ou les op\u00e9rateurs du t\u00e9l\u00e9phone, et les domestiques, comme les cuisini\u00e8res, les secr\u00e9taires et st\u00e9nodactylos d\u2019un secteur tertiaire en plein essor. C\u2019est un temps de mutations.<\/p>\n<p>Est-ce que cet afflux de population entra\u00eene des difficult\u00e9s ?<\/p>\n<p><strong>S. B.\u00a0<\/strong>La densit\u00e9 est tr\u00e8s forte et les conditions de logements sont tr\u00e8s mauvaises dans certains quartiers. Le parc locatif est insuffisant, inadapt\u00e9, parfois insalubre.<\/p>\n<p>Depuis les grands travaux urbains de la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle, une partie des Parisiens part en banlieue ou s\u2019installe sur\u00a0\u00ab\u00a0La\u00a0Zone\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis les grands travaux urbains de la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle, une partie des Parisiens part en banlieue ou s\u2019installe sur \u00ab La Zone\u00a0\u00bb. \u00c0\u00a0l\u2019origine d\u00e9clar\u00e9 non constructible, cet espace, qui s\u2019\u00e9tend au-devant de l\u2019ancienne enceinte de Thiers, a \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9 \u00e0 la capitale au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, et on y trouve des baraques de tous les types.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019emplacement des anciennes fortifications que les premi\u00e8res\u00a0HBM (habitations \u00e0 bon march\u00e9), ces immeubles en briques au confort moderne, sont \u00e9difi\u00e9es. Les recensements attestent que les employ\u00e9s de la future RATP ou ceux de la Ville de Paris y c\u00f4toient les chiffonniers. La\u00a0Zone compte plus d\u2019enfants et d\u2019\u00e9trangers, et, vers la porte de Clignancourt, des communaut\u00e9s espagnole et portugaise s\u2019y implantent. Plus au centre, les nouveaux arrivants louent des chambres dans des meubl\u00e9s ou des \u00ab garnis \u00bb, le temps de trouver leurs rep\u00e8res et un logement.\u00a0<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/10._anonyme_la_zone_de_saint-ouen.jpg\" width=\"657\" height=\"487\" alt=\"\" title=\" \u00a9CC0 Paris Mus\u00e9es \/ Mus\u00e9e Carnavalet - Histoire de Paris\"\/>    <\/p>\n<p>          \u00ab\u00a0La Zone\u00a0\u00bb, ici en 1934, d\u00e9signe l\u2019espace correspondant \u00e0 la premi\u00e8re zone de d\u00e9fense militaire, qui s\u2019\u00e9tendait au-devant de la derni\u00e8re enceinte parisienne (l\u2019enceinte de Thiers). La Zone est rattach\u00e9e \u00e0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01920. <\/p>\n<p>\n          CC0 Paris Mus\u00e9es \/ Mus\u00e9e Carnavalet &#8211; Histoire de Paris      <\/p>\n<p>Pour les populations en difficult\u00e9, des \u0153uvres sociales sont mises en place, notamment pour aider les femmes et m\u00e8res seules, dont les veuves de guerre. S\u2019y ajoutent des politiques innovantes en mati\u00e8re de scolarisation et de service social de l\u2019enfance. Des campagnes sont men\u00e9es pour lutter contre les grands fl\u00e9aux, exacerb\u00e9s \u00e0 Paris, que sont la tuberculose, l\u2019alcoolisme ou la mortalit\u00e9 infantile.<\/p>\n<p>Au regard de ces recensements, Paris m\u00e9rite-t-elle son titre de \u00ab ville des amours \u00bb, comme le pointe l\u2019exposition\u00a0?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> Ils montrent surtout qu\u2019au-del\u00e0 du statut matrimonial \u2013\u00a0c\u00e9libataire, mari\u00e9, veuf ou divorc\u00e9\u00a0\u2013, beaucoup de Parisiens vivent sans partenaire, comme les veuves et les hommes qui viennent y travailler. George Orwell l\u2019\u00e9voque dans son livre Dans la d\u00e8che \u00e0 Paris et \u00e0 Londres, o\u00f9 certains ouvriers partagent leur chambre, en s\u2019y relayant au rythme des 3&#215;8. Quant aux rencontres, cette ville jeune et dynamique compte effectivement de nombreux lieux de socialisation\u00a0: caf\u00e9s, bals, f\u00eates foraines, dancings, cin\u00e9mas\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est toujours un peu \u00e9mouvant de voir appara\u00eetre Jacques Pr\u00e9vert, Marcel Duchamp, qui vivent seul, ou encore Pablo Picasso et son \u00e9pouse Olga Khokhlova, au fil de ces listes nominatives.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi un carrefour culturel tr\u00e8s anim\u00e9, dont on retrouve les patronymes de personnalit\u00e9s dans les registres.<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> Absolument, et c\u2019est toujours un peu \u00e9mouvant de voir appara\u00eetre Jacques Pr\u00e9vert, Marcel Duchamp, qui vivent seul, ou encore Pablo Picasso et son \u00e9pouse Olga Khokhlova, au fil de ces listes nominatives.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/rv-1393869.jpg\" width=\"501\" height=\"487\" alt=\"\" title=\" \u00a9The Granger Collection \/ Roger-Viollet\"\/>    <\/p>\n<p>          Alice Toklas (1877-1967), \u00e0 gauche sur ce clich\u00e9 pris en 1944 dans le sud de la France, vit en couple avec l&rsquo;\u00e9crivaine am\u00e9ricaine Gertrude Stein (1874-1946). Mais, selon les recensements, elle est d\u00e9clar\u00e9e comme sa domestique ou sa cuisini\u00e8re, la mention \u00ab\u00a0concubine\u00a0\u00bb n\u2019existant pas.            <\/p>\n<p>\n          The Granger Collection \/ Roger-Viollet      <\/p>\n<p>Les d\u00e9clarations de Gertrude Stein et de sa compagne Alice Toklas, qui vivent sous le m\u00eame toit, interpellent. Comme la mention officielle de \u00ab concubin(e) \u00bb n\u2019existe pas, l\u2019indication \u00ab ami(e) \u00bb, pour le lien avec le chef ou la cheffe de m\u00e9nage, la remplace bien souvent. Or, elles qui n\u2019ont jamais cach\u00e9 leur homosexualit\u00e9 et assument leur couple lesbien d\u00e9clarent Alice Toklas domestique ou cuisini\u00e8re, selon les recensements. Mais on ignore si c\u2019est de leur fait ou de celui de l\u2019agent qui a rempli les registres d\u2019apr\u00e8s leurs fiches.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Georges Perec, si ses grands-parents maternels figurent sur les registres, son nom n\u2019appara\u00eet nulle part, les listes nominatives de 1936 d\u2019une partie du quartier de Belleville o\u00f9 sa famille habitait ayant \u00e9t\u00e9 perdues, comme un troublant \u00e9cho \u00e0 son livre La Disparition. \u00a0<\/p>\n<p>Dans ces registres, on trouve aussi le nom de Violette Nozi\u00e8re. Au-del\u00e0 du fait divers du \u00ab\u00a0drame de la rue de Madagascar\u00a0\u00bb, les documents de police et de justice \u2013 notamment les photographies de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appartement, mais \u00e9galement les r\u00e9cits des voisins \u2013 offrent aussi un t\u00e9moignage du mode de vie de ces employ\u00e9s de la Compagnie des chemins de fer de Paris \u00e0 Lyon et \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e (PLM), dont son p\u00e8re faisait partie, et qui habitaient tous dans le 12e\u00a0arrondissement, \u00e0 proximit\u00e9 de la gare de Lyon.<\/p>\n<p>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/proces_nozieres_violette_.agence_de_btv1b9026585j_72dpi.jpg\" width=\"664\" height=\"431\" alt=\"\" title=\" \u00a9Agence Meurice 1934 \/ Gallica BnF\"\/>    <\/p>\n<p>          Sur les registres de recensement, on retrouve les Nozi\u00e8re, originaires de la Haute-Loire (dont le quartier de Picpus accueille nombre d\u2019exil\u00e9s) et de la Ni\u00e8vre, et qui comptent parmi les nombreux provinciaux que l\u2019exode rural am\u00e8ne \u00e0 Paris. En 1934, Violette Nozi\u00e8re \u2013\u00a0ici dans le box des accus\u00e9s\u00a0\u2013\u00a0est l\u2019objet d\u2019un proc\u00e8s retentissant et condamn\u00e9e \u00e0 mort (peine commu\u00e9e en prison \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9) pour avoir tu\u00e9 son p\u00e8re, qu\u2019elle accusait de la violer.            <\/p>\n<p>\n          Agence Meurice 1934 \/ Gallica BnF      <\/p>\n<p>Et puis, il y a tous ces anonymes dont on entrevoit le profil.<\/p>\n<p><strong>S. B.\u00a0<\/strong>C\u2019est ce qui est formidable avec les recensements de population, en effet\u00a0! Dans l\u2019exposition, on retrouve par exemple la famille Guillemin, qui habite rue de Choisy, dans le XIVe arrondissement et \u00e0 laquelle la presse de l\u2019\u00e9poque consacre des articles. En\u00a01936, ses 12 enfants lui valent de recevoir le prix Cognacq-Jay, qui promeut la natalit\u00e9. Dans l\u2019entre-deux-guerres \u00e0 Paris, une telle famille nombreuse rel\u00e8ve de l\u2019exception, contrairement \u00e0 ce que nous pourrions croire, mais personne n\u2019a pu transmettre la situation des femmes sans enfants. Les foyers d\u00e9clarent bien souvent\u00a02,\u00a03\u00a0ou 4 membres.<\/p>\n<p>Quelle cartographie sociologique refl\u00e8tent ces recensements ?<\/p>\n<p>S. B. D\u00e8s le XIXe\u00a0si\u00e8cle, la ville appara\u00eet cliv\u00e9e entre un Ouest parisien bourgeois et un Est populaire. Mais, au cours de l\u2019entre-deux-guerres, cette g\u00e9ographie sociale s\u2019inscrit plus profond\u00e9ment encore dans le territoire, comme l\u2019indique la proportion de domestiques des beaux quartiers, ou l\u2019identit\u00e9 ouvri\u00e8re de la Goutte d\u2019Or, de Belleville, renforc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par les nouveaux immigrants d\u2019Europe de l\u2019Est, qui s\u2019installent aussi dans le\u00a04e ou le 11e\u00a0arrondissement. Un sch\u00e9ma qui perdure, en d\u00e9pit de quelques \u00e9volutions. Par exemple, le secteur de la rue Mouffetard, dans le 5e\u00a0arrondissement, plut\u00f4t ais\u00e9 aujourd\u2019hui, \u00e9tait alors plus populaire. Une importante communaut\u00e9 alg\u00e9rienne y r\u00e9sidait, ce qui explique qu\u2019on y ait construit la Grande mosqu\u00e9e de Paris, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Jardin des plantes.<\/p>\n<p>En quoi cette enqu\u00eate fournit-elle un \u00e9clairage \u00e0 notre pr\u00e9sent ?<\/p>\n<p><strong>S. B.<\/strong> La d\u00e9mographie est souvent instrumentalis\u00e9e. Cet examen des recensements permet de corriger nos id\u00e9es re\u00e7ues sur les populations du pass\u00e9, sur la f\u00e9condit\u00e9, comme on l\u2019a vu, mais aussi de rappeler que Paris constituait un creuset d\u2019immigration \u00e0 cette \u00e9poque travers\u00e9e de tensions avec la mont\u00e9e de la x\u00e9nophobie et des fascismes. Une capitale aux probl\u00e9matiques pas si \u00e9loign\u00e9es de celles d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Enfin, le versement de la base de donn\u00e9es aux Archives de Paris (qui conservent les registres des recensements) permet d\u00e9sormais une recherche nominative dans les registres. C\u2019est aussi un apport important du projet, dont se r\u00e9jouiront les g\u00e9n\u00e9alogistes et tous ceux curieux d\u2019histoires familiales.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 voir<\/strong><br \/>Exposition \u00ab <a href=\"https:\/\/carnavalet.paris.fr\/expositions\/les-gens-de-paris-1926-1936\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Les gens de Paris, 1926-1936 \u2013\u00a0Dans le miroir des recensements de population<\/a> \u00bb, jusqu\u2019au 8 f\u00e9vrier 2026 au mus\u00e9e Carnavalet \u2013 Histoire de Paris, 23 rue de S\u00e9vign\u00e9, 75003 Paris.<\/p>\n<p><strong>\u00c0<\/strong>\u00a0<strong>lire<\/strong><br \/>Catalogue <a href=\"https:\/\/www.parismusees.paris.fr\/fr\/publications\/les-gens-de-paris-1926-1936\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Les gens de Paris<\/a>, \u00e9ditions Paris Mus\u00e9es, 2025, 216 pages, 39 \u20ac.<\/p>\n<p><strong>Consultez aussi<\/strong><br \/><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/audios\/le-paris-du-xviiie-siecle-comme-si-vous-y-etiez\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Le Paris du XVIIIe si\u00e8cle comme si vous y \u00e9tiez !<\/a> (audio)<br \/><a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/paris-et-ses-banlieues-je-taime-nous-non-plus\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Paris et ses banlieues : je t&rsquo;aime, nous non plus<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une exposition au mus\u00e9e Carnavalet d\u00e9voile un portrait de la population de Paris entre 1926 et 1936, c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":447100,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,1777,674,1011,27,12,626,25],"class_list":{"0":"post-447099","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-news","14":"tag-paris","15":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115337795827049701","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/447099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=447099"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/447099\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/447100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=447099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=447099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=447099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}