{"id":451485,"date":"2025-10-10T02:43:39","date_gmt":"2025-10-10T02:43:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/451485\/"},"modified":"2025-10-10T02:43:39","modified_gmt":"2025-10-10T02:43:39","slug":"entre-terre-et-mer-irene-ghanem-sur-le-seuil-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/451485\/","title":{"rendered":"\u00abEntre Terre et Mer\u00bb, Ir\u00e8ne Ghanem, sur le seuil du monde\u202f"},"content":{"rendered":"<p><b>Peindre comme on respire, explorer la couleur comme on fouille la m\u00e9moire: Ir\u00e8ne Ghanem, artiste lumineuse et indocile de la sc\u00e8ne libanaise, pr\u00e9sente aujourd\u2019hui \u00e0 Beyrouth \u00abEntre Terre et Mer\u00bb, un vernissage tr\u00e8s attendu ce mardi chez Mark Hachem, \u00e0 d\u00e9couvrir jusqu\u2019au 20 octobre, o\u00f9 se d\u00e9voilent merveilles, blessures et lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p>Dans l\u2019ar\u00e8ne bigarr\u00e9e de la peinture contemporaine libanaise, peu d\u2019artistes portent la couleur comme une blessure vive et un acte de foi. Ir\u00e8ne Ghanem, n\u00e9e \u00e0 Beyrouth en 1970, incarne cette g\u00e9n\u00e9ration qui a vu la lumi\u00e8re jaillir du chaos, traversant la guerre, l\u2019exil, puis la renaissance, sans jamais perdre de vue la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019inventer son propre langage. \u00c0 quelques heures de son exposition chez Mark Hachem, ce mardi 7 octobre, l\u2019artiste se livre, palette en main, sur un parcours aussi dense que lumineux, o\u00f9 chaque toile devient m\u00e9moire du monde.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/547.jpg\"\/><\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019enfance, la couleur s\u2019impose \u00e0 elle comme une \u00e9vidence, une langue intime pour dire ce que le vacarme des bombes ne saurait taire. \u00abChez moi, la couleur n\u2019est pas un ornement: elle est une langue, un souffle, une fa\u00e7on de survivre\u00bb, confie-t-elle. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, c\u2019est \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie libanaise des beaux-arts (ALBA) qu\u2019elle entame son apprentissage formel, mais la vie, fid\u00e8le \u00e0 son ironie, bouleverse son chemin: alors qu\u2019elle n\u2019avait que vingt ans, une roquette interrompt sa trajectoire, imposant chirurgie, r\u00e9\u00e9ducation, douleur, mais aussi \u00e9veil. Ce traumatisme marquera toute sa cr\u00e9ation, transformant la peinture en n\u00e9cessit\u00e9 absolue. \u00abJ\u2019ai compris que la vie pouvait basculer \u00e0 tout instant; alors j\u2019ai choisi la couleur.\u00bb D\u00e8s lors, la toile devient terrain d\u2019exp\u00e9rimentation, laboratoire de lumi\u00e8re et d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Ir\u00e8ne Ghanem quitte le Liban meurtri pour la France, guid\u00e9e par une soif d\u2019apprendre et d\u2019\u00e9largir son horizon. \u00c0 l\u2019Acad\u00e9mie de la Grande Chaumi\u00e8re puis \u00e0 Marly-le-Roi, elle affine son trait, d\u00e9couvre la spontan\u00e9it\u00e9 du dessin, la vitalit\u00e9 du corps, le plaisir du geste libre. Paris la nourrit, mais tr\u00e8s vite, c\u2019est Los Angeles qui l\u2019appelle. L\u00e0-bas, l\u2019espace et la lumi\u00e8re de la Californie, la libert\u00e9 du geste et l\u2019influence de Willem de Kooning s\u2019infusent dans son travail. Dans son atelier, elle apprend \u00e0 \u00e9couter la couleur, \u00e0 la laisser la surprendre, parfois m\u00eame la d\u00e9passer: \u00abJe peins \u00e0 partir de la sensation, pas de l\u2019observation.\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>Le retour au Liban<\/strong><\/p>\n<p>En 1997, Ir\u00e8ne Ghanem revient \u00e0 Beyrouth, charg\u00e9e d\u2019une \u00e9nergie nouvelle, d\u2019une soif de partage. Entre 2002 et 2006, elle expose \u00e0 l\u2019Unesco, \u00e0 Daraj el-Fan, au Canada et \u00e0 la galerie Le Cr\u00e9ateur fran\u00e7ais. Tr\u00e8s vite, ses toiles frappent par leur intensit\u00e9, ce jeu constant entre densit\u00e9 et transparence, o\u00f9 la mati\u00e8re semble respirer, osciller entre abstraction et paysage. Mais Ir\u00e8ne n\u2019est pas seulement peintre, elle est aussi m\u00e8re. \u00c0 l\u2019aube de sa carri\u00e8re, elle choisit de suspendre son \u00e9lan, le temps d\u2019accompagner ses enfants \u2013 No\u00eblle, Diane, Boutros \u2013, trouvant dans ce retrait une source de cr\u00e9ativit\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9e. \u00abJe dessinais pendant leur sieste\u00bb, se souvient-elle, \u00e9voquant les carnets d\u2019aquarelle gliss\u00e9s entre deux t\u00e2ches quotidiennes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/68.png\"\/><\/p>\n<p>En 2014, elle ouvre son propre atelier \u00e0 Beyrouth (Atelier Ir\u00e8ne Ghanem) et revient en force sur la sc\u00e8ne artistique avec une exposition \u00e0 guichets ferm\u00e9s, organis\u00e9e en partenariat avec le Centre culturel allemand. Les ann\u00e9es qui suivent sont celles de la reconnaissance: mus\u00e9e Paul Guiragossian, Beirut Art Fair, Ambassades d\u2019Italie et d\u2019Espagne, Fondation Charles Corm\u2026 Sa peinture, ancr\u00e9e dans l\u2019abstraction lyrique, convoque les grands noms de l\u2019expressionnisme, Helen Frankenthaler, Mark Rothko, Kandinsky, Joan Mitchell, mais toujours avec une chaleur m\u00e9diterran\u00e9enne. Terre, mer, air et lumi\u00e8re fusionnent en champs vibrants, baign\u00e9s de bleu, d\u2019ocre, de rose et d\u2019or.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>Une peinture entre deux mondes<\/strong><\/p>\n<p>Ce que va offrir Ir\u00e8ne Ghanem au public dans cette exposition, c\u2019est une s\u00e9rie de toiles habit\u00e9es par la mer, la lumi\u00e8re et le mouvement: un voyage pictural qui oscille sans cesse entre ancrage et d\u00e9rive, stabilit\u00e9 et vague, densit\u00e9 et fluidit\u00e9. \u00abChaque toile y devient une fronti\u00e8re mouvante, une respiration suspendue entre ce qui tient et ce qui \u00e9chappe\u00bb, explique-t-elle. Pour la peintre, la couleur n\u2019ob\u00e9it \u00e0 aucune composition fig\u00e9e: \u00abElle vit, respire, se souvient.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019inspiration jaillit \u00e0 la Maison des mers \u00e0 Vienne, devant ces aquariums immenses, v\u00e9ritables toiles vivantes, qui ont captiv\u00e9 Ir\u00e8ne Ghanem lors d\u2019un voyage. Fascin\u00e9e par la chor\u00e9graphie silencieuse des poissons, leurs couleurs changeantes, leurs disparitions soudaines dans l\u2019infini bleu, elle avoue: \u00abLes poissons sont devenus mes muses.\u00bb Mais l\u2019aquarium n\u2019\u00e9tait, au fond, qu\u2019un pr\u00e9texte: \u00abJe voulais ramener la mer jusqu\u2019\u00e0 mon jardin, faire entrer le myst\u00e8re de l\u2019eau et du vivant dans mon univers quotidien.\u00bb Ainsi, la mer traverse la m\u00e9moire et le verre pour s\u2019installer au c\u0153ur de sa maison, glissant son \u00e9tranget\u00e9 famili\u00e8re jusque sur la toile.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1003.jpg\"\/><\/p>\n<p>On comprend alors ce qu\u2019elle cherche \u00e0 provoquer chez le visiteur: \u00abl\u2019\u00e9merveillement, surtout de l\u2019\u00e9merveillement. Peut-\u00eatre de la joie, mais pas n\u00e9cessairement. Mais apr\u00e8s l\u2019\u00e9merveillement, je dirais la curiosit\u00e9.\u00bb Ce sont ces \u00e9motions qui guettent celui qui s\u2019arr\u00eate devant ses \u0153uvres, saisi par une vibration et une envie folle d\u2019aller voir derri\u00e8re le rideau des formes.<\/p>\n<p>Pour elle, peindre, c\u2019est dialoguer avec la m\u00e9moire du monde et affronter l\u2019humilit\u00e9 de l\u2019artiste face \u00e0 la nature. \u00c0 la question de savoir ce que penserait l\u2019une de ses toiles, \u00e9gar\u00e9e sur une plage libanaise, elle r\u00e9pond sans d\u00e9tour: \u00abJe crois qu\u2019elle deviendrait rouge, peut-\u00eatre, de jalousie\u2026 Parce qu\u2019elle verrait que la nature, notre p\u00e8re Cr\u00e9ateur, a d\u00e9j\u00e0 tout invent\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Cette sinc\u00e9rit\u00e9 traverse sa palette: si le bleu revient toujours, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsession: \u00abJe suis une folle de bleu\u00bb, c\u2019est le vert qui demeure le d\u00e9fi supr\u00eame, la couleur indomptable, celle que l\u2019on ne pourrait \u00e9galer. \u00abLa vraie couleur verte est imbattable, on ne peut pas \u00e9galer la nature.\u00bb Dans la bouche de la peintre, la couleur n\u2019est jamais un acquis, mais un combat, une exp\u00e9rience sans cesse renouvel\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/596.jpg\"\/><\/p>\n<p><strong>\u00abPeindre avec Dieu\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque l\u2019on interroge l\u2019artiste sur le compagnon id\u00e9al pour peindre une journ\u00e9e, elle s\u2019autorise une r\u00e9ponse radicale, \u00e0 la fois espi\u00e8gle et mystique: \u00abJe pr\u00e9f\u00e8re avoir Dieu. C\u2019est lui le cr\u00e9ateur supr\u00eame\u2026\u00bb Ni De Kooning, ni Chafic Abboud, ni aucune des figures tut\u00e9laires de l\u2019art moderne, seul le cr\u00e9ateur originel, celui qui a \u00abtout invent\u00e9\u00bb, pourrait satisfaire la curiosit\u00e9 insatiable d\u2019Ir\u00e8ne. Cette humilit\u00e9 devant l\u2019immense irrigue sa d\u00e9marche tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Sous la lumi\u00e8re de ses toiles, affleure la m\u00e9moire du Liban bless\u00e9. La couleur devient baume, mais aussi t\u00e9moignage. Ir\u00e8ne Ghanem peint la beaut\u00e9 fragile d\u2019un pays en ruines, la persistance de la vie, la r\u00e9sistance obstin\u00e9e de la lumi\u00e8re. Comme ses ma\u00eetres spirituels, Chafic Abboud ou Yvette Achkar, elle creuse la mati\u00e8re pour faire \u00e9merger la respiration du monde: \u00abIls m\u2019ont appris que peindre, c\u2019est respirer.\u00bb<\/p>\n<p>Dans sa peinture, le chaos devient forme, l\u2019\u00e9motion, langage. La superposition des couches, la transparence des bleus, la densit\u00e9 des ocres, tout rappelle que la couleur porte l\u2019Histoire, les blessures et les renaissances d\u2019un pays toujours sur le fil.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/695.jpg\"\/><\/p>\n<p><strong>Rendez-vous chez Mark Hachem<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, mardi 7 octobre, Ir\u00e8ne Ghanem pr\u00e9sente ses nouvelles \u0153uvres \u00e0 la galerie Mark Hachem, \u00e0 Beyrouth. \u00abEntre Terre et Mer\u00bb est une invitation \u00e0 franchir le seuil, \u00e0 explorer les limbes entre l\u2019ici et l\u2019ailleurs, entre le souvenir et la promesse. L\u2019exposition se tient sur les cimaises de la galerie jusqu\u2019au 20 octobre. Ir\u00e8ne Ghanem appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes qui font du traumatisme une mati\u00e8re et de la couleur un langage universel. Sa peinture n\u2019est ni orientale, ni occidentale, elle est travers\u00e9e de lumi\u00e8res, de vents, de souvenirs. Un chant entre la terre, la mer et ce jardin luxuriant \u2013 int\u00e9rieur comme ext\u00e9rieur \u2013 qu\u2019elle cultive avec la m\u00eame attention qu\u2019elle porte \u00e0 ceux qui l\u2019entourent.<\/p>\n<p>Et pour finir, pourquoi ne pas s\u2019autoriser un l\u00e9ger hors-piste, loin des toiles et des aquarelles? Ceux qui connaissent Ir\u00e8ne le savent: elle est aussi la reine des bouquets de fleurs, ces compositions offertes dans la vie r\u00e9elle, g\u00e9n\u00e9reuses, foisonnantes, assembl\u00e9es avec un art du don et une d\u00e9licatesse qui \u00e9merveillent autant que ses \u0153uvres. On y retrouve ce m\u00eame sens de la profusion, de la lumi\u00e8re, de la circulation de l\u2019attention. Peut-\u00eatre n\u2019y a-t-il pas d\u2019\u00e9quivalent \u00e0 la beaut\u00e9 de ses bouquets, sinon dans la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui rayonne, inlassablement, sur ses toiles comme dans sa vie.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 ne pas manquer\u202f: \u00ab\u202fEntre Terre et Mer\u202f\u00bb, l\u2019exposition d\u2019Ir\u00e8ne Ghanem, \u00e0 d\u00e9couvrir sur les cimaises de la galerie Mark Hachem jusqu\u2019au 20 octobre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Peindre comme on respire, explorer la couleur comme on fouille la m\u00e9moire: Ir\u00e8ne Ghanem, artiste lumineuse et indocile&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":451486,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1358],"tags":[1348,1384,1385,1386,58,59,1011,27],"class_list":{"0":"post-451485","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-arts-et-design","8":"tag-arts","9":"tag-arts-and-design","10":"tag-arts-et-design","11":"tag-design","12":"tag-divertissement","13":"tag-entertainment","14":"tag-fr","15":"tag-france"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115347575311381886","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/451485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=451485"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/451485\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/451486"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=451485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=451485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=451485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}