{"id":451832,"date":"2025-10-10T06:13:16","date_gmt":"2025-10-10T06:13:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/451832\/"},"modified":"2025-10-10T06:13:16","modified_gmt":"2025-10-10T06:13:16","slug":"trois-photographies-pour-saisir-la-vision-de-limage-de-luc-delahaye-exposee-au-jeu-de-paume","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/451832\/","title":{"rendered":"trois photographies pour saisir la vision de l&rsquo;image de Luc Delahaye expos\u00e9e au Jeu\u00a0de\u00a0Paume"},"content":{"rendered":"<p>Le parcours d&rsquo;homme d&rsquo;image de Luc Delahaye est d\u00e9routant et rare. Dans les ann\u00e9es\u00a01990, il parcourt le monde, dans les zones de guerre et de d\u00e9sastres. Il est \u00e0 cette \u00e9poque l&rsquo;un des plus grands photoreporteurs de la prestigieuse agence Magnum. En 2000, il quitte l&rsquo;agence et son travail dispara\u00eet des pages de la presse.<\/p>\n<p>Depuis, ses photographies ont rejoint les cimaises des galeries et des mus\u00e9es d&rsquo;art contemporain. Cette r\u00e9trospective, Le\u00a0bruit du monde, sur sa seconde carri\u00e8re, est pr\u00e9sent\u00e9e du 10 octobre au 4 janvier au mus\u00e9e du Jeu de Paume. En 50 \u0153uvres, ce sont les vingt-cinq\u00a0derni\u00e8res ann\u00e9es de la photographie de Luc Delahaye qui sont expos\u00e9es. D\u00e9cryptage de ce virage de l&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;art contemporain en trois\u00a0images.<\/p>\n<p>1Retour au Rwanda, dans le silence d&rsquo;une image<\/p>\n<p>Il est difficile de savoir ce qui a \u00e9loign\u00e9 Luc Delahaye des pages des magazines et du photojournalisme. L&rsquo;artiste est un taiseux et son expression pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e semble \u00eatre \u00ab\u00a0n&rsquo;en restons pas \u00e0 l&rsquo;anecdote\u00a0\u00bb. Dans l&rsquo;entretien avec Bernard Marcadet du catalogue raisonn\u00e9, le photographe avoue que \u00ab\u00a0partir, sans m\u00eame l&rsquo;intention de t\u00e9moigner, exporter ainsi son propre sentiment d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 vers des lieux de malheur, ressemblait sans doute \u00e0 la fantaisie d&rsquo;un enfant de l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 2005, lors de la pr\u00e9sentation de ses \u0153uvres \u00e0 la Maison\u00a0Rouge, il d\u00e9voilait au journal Le\u00a0Monde vouloir rechercher, en faisant des photos, \u00ab\u00a0un \u00e9tat particulier, la vitesse silencieuse. Cela se ressent peut-\u00eatre dans les images, dans une opposition au d\u00e9sordre bruyant de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb. Ceci explique s\u00fbrement son \u00e9loignement du monde de l&rsquo;information qui se nourrit de ce bruit du monde.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"cms-media-image lazyload\" alt=\"Photographie de Luc Delahaye \" musenyi=\"\" au=\"\" rwanda=\"\" en=\"\" delahaye=\"\" nathalie=\"\" obadia=\"\" width=\"720\" height=\"335.76629974598\" data- src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/musenyi-68e79866dea17144692219.jpg\"\/><\/p>\n<p>      Photographie de Luc Delahaye \u00ab\u00a0Musenyi\u00a0\u00bb, au Rwanda, en 2004. (LUC DELAHAYE\u00a0\/\u00a0GALERIE NATHALIE OBADIA)<\/p>\n<p>Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume et commissaire de l&rsquo;exposition, \u00e9claire pour franceinfo\u00a0Culture cette distance entre Delahaye et le monde de la presse\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui ne croit pas du tout que par une photographie, on va permettre aux visiteurs spectateurs de se retrouver plong\u00e9s dans l&rsquo;action, ce qui \u00e9tait d&rsquo;une certaine mani\u00e8re le credo \u00e0 un moment du reportage classique, mais que lui-m\u00eame a totalement d\u00e9construit et mis \u00e0 distance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;image Musenyi, capt\u00e9e le 6\u00a0avril\u00a02004 au Rwanda, est le r\u00e9v\u00e9lateur de ce virage. La sc\u00e8ne\u00a0: une c\u00e9r\u00e9monie de fun\u00e9railles pour 90\u00a0victimes anonymes du g\u00e9nocide de 1994. L&rsquo;image est frontale, en grand format et grand angle\u00a0: les signatures de Delahaye. Une image presque silencieuse. Dix\u00a0ans avant, Luc Delahaye, en avril\u00a01994, d\u00e9barque \u00e0 Kigali et couvre ce tragique \u00e9v\u00e9nement. \u00ab\u00a0Dix\u00a0ans plus tard, il \u00e9tait important pour moi d&rsquo;y retourner et j&rsquo;ai fait cette photographie qui repr\u00e9sente une c\u00e9r\u00e9monie de justice, traditionnelle, locale, il y a du calme, de la tranquillit\u00e9 dans cette image\u00a0\u00bb, dit-il. Des mots qui r\u00e9sonnent en souvenir du fracas qu&rsquo;il avait captur\u00e9 une d\u00e9cennie auparavant. L&rsquo;exposition poss\u00e8de le sous-titre Le\u00a0bruit du monde, preuve que le photographe continue de raconter ce monde vibrant et souvent dramatique. La photographie comme r\u00e9silience.<\/p>\n<p>2Le Sumud palestinien<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me \u00e9tape du voyage du photographe loin des rives du photojournalisme\u00a0: la mise en sc\u00e8ne. Entre 2015 et 2017, il sillonne la Palestine. Il veut raconter le Sumud. Le Sumud se traduirait de l&rsquo;arabe par \u00ab\u00a0fermet\u00e9, d\u00e9termination et pers\u00e9v\u00e9rance\u00a0\u00bb, soit une strat\u00e9gie de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;occupation isra\u00e9lienne. R\u00e9colte et ses deux gamins accroch\u00e9s aux branches d&rsquo;olivier en est une po\u00e9sie, une illustration.<\/p>\n<p>Luc Delahaye raconte comment il a proc\u00e9d\u00e9 pour photographier ces enfants jouant dans l&rsquo;arbre. Il a convoqu\u00e9 Yasid et Aboud, deux gamins de la r\u00e9gion de Naplouse. Il les a dirig\u00e9s presque comme un metteur en sc\u00e8ne. Il conc\u00e8de\u00a0: \u00ab\u00a0Il y avait de la joie dans ces moments.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je touche \u00e0 l&rsquo;interdit du photographe du r\u00e9el, ce rapport radical de la v\u00e9racit\u00e9 est remis en cause\u00a0\u00bb, explique-t-il. Delahaye prend des libert\u00e9s avec les r\u00e8gles d&rsquo;or de la photographie.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"cms-media-image lazyload\" alt=\"Photographie de Luc Delahaye \" r=\"\" expos=\"\" au=\"\" jeu=\"\" de=\"\" paume=\"\" delahaye=\"\" nathalie=\"\" obadia=\"\" width=\"720\" height=\"550.82133784928\" data- src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/recolte-68e799df2685d552857404.jpg\"\/><\/p>\n<p>      Photographie de Luc Delahaye \u00ab\u00a0R\u00e9colte\u00a0\u00bb, expos\u00e9e au Jeu de Paume, 2025. (LUC DELAHAYE\u00a0\/\u00a0GALERIE NATHALIE OBADIA)<\/p>\n<p>Il ne veut pas transmettre de message dit-il souvent. Mais l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de cette photographie, ces d\u00e9s\u00e9quilibres racontent la brutalit\u00e9 de la colonisation et l&rsquo;enfance qui malgr\u00e9 tout vit et s&rsquo;amuse. C&rsquo;est la saison de la r\u00e9colte des olives dans les territoires occup\u00e9s et la violence r\u00e8gne. Le photographe a trouv\u00e9 cette sensation en fabriquant son image.<\/p>\n<p>Quentin Bajac rajoute : \u00ab\u00a0Luc ne cherche pas forc\u00e9ment \u00e0 faire une image belle comme il a parfois \u00e9t\u00e9 dit, mais il cherche \u00e0 faire une image juste, ce qui est diff\u00e9rent et quand je dis juste, c&rsquo;est une image qui soit \u00e0 la fois conforme \u00e0 son souvenir de l&rsquo;instant, mais aussi qui ne cache rien des difficult\u00e9s de la prise de vue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>3Tout est faux, mais si juste<\/p>\n<p>Derni\u00e8re \u00e9tape, mais s\u00fbrement pas ultime pour Delahaye, l&rsquo;utilisation du montage et de l&rsquo;ordinateur pour cr\u00e9er ses photographies. Ce sont des compositions assembl\u00e9es patiemment avec la machine informatique pendant des mois, \u00e0 partir de fragments d&rsquo;images qu&rsquo;il a lui-m\u00eame captur\u00e9es. Un M\u00e9li\u00e8s, un savant fou de l&rsquo;art num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Dans Trading Floor, la salle des march\u00e9s du London Metal Exchange, ce \u00ab\u00a0ring\u00a0\u00bb comme l&rsquo;appellent les financiers, les personnages ont \u00e9t\u00e9 assembl\u00e9s apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 photographi\u00e9s entre novembre\u00a02012 et janvier\u00a02013. Cette sc\u00e8ne n&rsquo;a pas exist\u00e9, mais la violence une fois encore de ces hommes d\u00e9cidant dans un pugilat presque physique du destin des mat\u00e9riaux et de ceux qui les extraient du sol est vraie.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"cms-media-image lazyload\" alt=\"\" trading=\"\" floor=\"\" de=\"\" luc=\"\" delahaye=\"\" expos=\"\" au=\"\" jeu=\"\" paume=\"\" width=\"720\" height=\"497.25\" data- src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/trading-floor-scaled-68e7a12dbdfe4501440348.jpeg\"\/><\/p>\n<p>      \u00ab\u00a0Trading Floor\u00a0\u00bb de Luc Delahaye, expos\u00e9 au Jeu de Paume, 2025. (LUC DELAHAYE)<\/p>\n<p>Quentin Bajac nous explique qu'\u00a0\u00bbon a enferm\u00e9 la photographie dans cette n\u00e9cessit\u00e9 de dire le r\u00e9el de mani\u00e8re, je dirais, tr\u00e8s documentaire. Comme, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, on a enferm\u00e9 le cin\u00e9ma dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une usine \u00e0 r\u00eave, mais la photographie aussi peut se pr\u00eater \u00e0 des mises en sc\u00e8ne, la photographie aussi peut se pr\u00eater \u00e0 des photomontages, \u00e0 des recompositions et d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, c&rsquo;est une des richesses de la photographie (&#8230;) cette mall\u00e9abilit\u00e9.\u00a0\u00bb Et de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0En photographe qu&rsquo;il est, il cherche vraiment \u00e0 exploiter toutes les possibilit\u00e9s offertes par son m\u00e9dium qu&rsquo;il conna\u00eet tr\u00e8s tr\u00e8s bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/jeudepaume.org\/evenement\/exposition-luc-delahaye\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">\u00ab\u00a0Luc Delahaye. Le bruit du monde<\/a>\u00ab\u00a0, du <\/strong><strong>10\u00a0octobre\u00a02025 au 4\u00a0janvier\u00a02026, <a href=\"https:\/\/jeudepaume.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Jeu de Paume<\/a>, 1\u00a0place de la Concorde, jardin des Tuileries, 75001 Paris<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le parcours d&rsquo;homme d&rsquo;image de Luc Delahaye est d\u00e9routant et rare. 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