{"id":452180,"date":"2025-10-10T09:30:16","date_gmt":"2025-10-10T09:30:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/452180\/"},"modified":"2025-10-10T09:30:16","modified_gmt":"2025-10-10T09:30:16","slug":"elyes-ghariani-allemagne-du-pacifisme-strategique-a-la-puissance-militaire-assumee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/452180\/","title":{"rendered":"Elyes Ghariani &#8211; Allemagne: Du pacifisme strat\u00e9gique \u00e0 la puissance militaire assum\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><strong><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Ely\u00e9s-Ghariani-06-10-16-(2)-min(2).jpg\" width=\"15%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2024, un chiffre r\u00e9sume \u00e0 lui seul une mutation strat\u00e9gique: 13,2 milliards d\u2019euros d\u2019exportations d\u2019armement, un record historique pour l\u2019Allemagne. Ce r\u00e9sultat n\u2019est pas seulement un succ\u00e8s industriel: il marque la fin d\u2019une tradition de retenue militaire et l\u2019entr\u00e9e dans une nouvelle \u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p>Sous l\u2019effet de la guerre en Ukraine et de la recomposition des \u00e9quilibres europ\u00e9ens, Berlin fait d\u00e9sormais de la puissance militaire un levier central de sa politique. Cette \u00e9volution appelle une analyse approfondie: quelles en sont les origines, quelles implications pour la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, et quelles opportunit\u00e9s g\u00e9opolitiques ouvre-t-elle?<\/p>\n<p><strong>Le choc ukrainien, catalyseur d\u2019une transformation<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019invasion de l\u2019Ukraine en f\u00e9vrier 2022 a constitu\u00e9 un choc strat\u00e9gique majeur pour l\u2019Europe, et plus encore pour l\u2019Allemagne: puissance \u00e9conomique incontest\u00e9e mais puissance militaire brid\u00e9e par un consensus historique. Ce conflit a forc\u00e9 Berlin \u00e0 d\u00e9passer ses r\u00e9ticences pour s\u2019engager dans un r\u00e9armement massif.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers jours, l\u2019Allemagne a conjugu\u00e9 responsabilit\u00e9s \u00e9conomiques, politiques et strat\u00e9giques. Le soutien militaire \u00e0 Kiev s\u2019est traduit par une mobilisation industrielle in\u00e9dite. En 2024, 64 % des 13,2 milliards d\u2019euros d\u2019armements export\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s directement \u00e0 l\u2019Ukraine, preuve d\u2019une red\u00e9finition claire des priorit\u00e9s strat\u00e9giques de Berlin.<\/p>\n<p>Cette transformation s\u2019est appuy\u00e9e sur un consensus populaire in\u00e9dit: 75 % des Allemands soutiennent aujourd\u2019hui l\u2019effort de r\u00e9armement, exprimant \u00e0 la fois une volont\u00e9 de r\u00e9duire la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des alli\u00e9s ext\u00e9rieurs et une l\u00e9gitimation politique pour accro\u00eetre les moyens de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Dans les faits, un fonds sp\u00e9cial de 24 milliards d\u2019euros a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, et le budget militaire atteint 95 milliards en 2025. Au-del\u00e0 des chiffres, c\u2019est un v\u00e9ritable saut qualitatif qui s\u2019op\u00e8re: une Allemagne pr\u00eate \u00e0 assumer un r\u00f4le s\u00e9curitaire majeur, port\u00e9e par une industrie de d\u00e9fense revitalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ainsi, Berlin n\u2019est plus seulement le moteur \u00e9conomique de l\u2019Union europ\u00e9enne: elle devient un acteur militaire central, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 peser dans la red\u00e9finition des \u00e9quilibres strat\u00e9giques du continent. Ce passage de la prudence \u00e0 l\u2019activisme militaire soul\u00e8ve d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 de nombreuses interrogations sur l\u2019avenir des \u00e9quilibres europ\u00e9ens, transatlantiques et r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p><strong>La fin d\u2019une \u00e8re: l\u2019Allemagne rompt avec la retenue militaire<\/strong><\/p>\n<p>Depuis 1945, l\u2019Allemagne s\u2019\u00e9tait impos\u00e9 une autolimitation stricte. Dict\u00e9e par le poids de l\u2019histoire et la volont\u00e9 d\u2019\u00e9carter tout retour \u00e0 une puissance agressive, cette retenue s\u2019exprimait par des engagements essentiellement d\u00e9fensifs ou multilat\u00e9raux, sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019UE et de l\u2019Otan. Ce choix avait consolid\u00e9 la stabilit\u00e9 europ\u00e9enne et rassur\u00e9 ses voisins.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, cette doctrine a commenc\u00e9 \u00e0 se fissurer. En 1999, l\u2019intervention au Kosovo, sous Gerhard Schr\u00f6der, a marqu\u00e9 un premier tournant : pour la premi\u00e8re fois depuis la guerre, la Luftwaffe participait \u00e0 une op\u00e9ration ext\u00e9rieure. Deux ans plus tard, l\u2019engagement en Afghanistan confirmait la remise en cause du principe de retenue, r\u00e9v\u00e9lant les limites d\u2019une doctrine inadapt\u00e9e \u00e0 un monde multipolaire et instable.<\/p>\n<p>Sur le plan intellectuel, des voix s\u2019\u00e9levaient d\u00e9j\u00e0 pour d\u00e9noncer cet \u00abauto-encha\u00eenement\u00bb et plaider pour un alignement de la puissance militaire allemande sur son poids \u00e9conomique et politique. Longtemps marginale, cette id\u00e9e a progressivement gagn\u00e9 du terrain, port\u00e9e par les milieux strat\u00e9giques qui jugeaient insuffisants les moyens consacr\u00e9s \u00e0 la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Sous Angela Merkel, la prudence est rest\u00e9e la r\u00e8gle. La chanceli\u00e8re, oscillant entre volont\u00e9 d\u2019un leadership europ\u00e9en et respect du consensus int\u00e9rieur, a incarn\u00e9 l\u2019ambivalence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 partag\u00e9e entre m\u00e9moire historique et nouvelles menaces s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, avec des exportations d\u2019armement record et un budget de d\u00e9fense sans pr\u00e9c\u00e9dent, cette \u00e9poque touche \u00e0 sa fin. L\u2019Allemagne assume d\u00e9sormais son r\u00f4le de puissance militaire, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et \u00e0 peser sur la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne et mondiale. Cette rupture appelle \u00e0 repenser les \u00e9quilibres institutionnels europ\u00e9ens et transatlantiques, ainsi que la place de Berlin dans un ordre international en recomposition permanente.<\/p>\n<p><strong>Une doctrine nouvelle: puissance proactive et industrielle <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Allemagne vit un v\u00e9ritable changement de paradigme. D\u2019une posture d\u00e9fensive et prudente, elle adopte d\u00e9sormais une strat\u00e9gie proactive, assum\u00e9e et industrielle. Ce tournant ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une hausse budg\u00e9taire: il traduit l\u2019ambition de Berlin de renforcer ses capacit\u00e9s et de s\u2019imposer comme acteur central du nouvel ordre s\u00e9curitaire europ\u00e9en et mondial.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, l\u2019Allemagne n\u2019est plus seulement une puissance \u00e9conomique. Elle se positionne comme pilier de la d\u00e9fense europ\u00e9enne et partenaire incontournable des alliances transatlantiques. Sa puissance technologique et industrielle devient un instrument d\u2019influence, au service d\u2019une diplomatie s\u00e9curitaire renforc\u00e9e.<\/p>\n<p>Le budget de la d\u00e9fense atteint 95 milliards d\u2019euros en 2025, compl\u00e9t\u00e9 par un fonds sp\u00e9cial de 24 milliards destin\u00e9 \u00e0 moderniser les forces terrestres, a\u00e9riennes et navales, d\u00e9velopper les cybercapacit\u00e9s et renforcer la d\u00e9fense antimissile. L\u2019objectif est clair : aller au-del\u00e0 des capacit\u00e9s traditionnelles pour investir dans les technologies de pointe adapt\u00e9es aux conflits contemporains.<\/p>\n<p>Cette doctrine s\u2019appuie aussi sur une int\u00e9gration accrue dans les cha\u00eenes d\u2019armement mondiales. D\u00e9j\u00e0 leader dans l\u2019\u00e9quipement militaire, l\u2019Allemagne consolide ses partenariats technologiques en Europe et au-del\u00e0, renfor\u00e7ant \u00e0 la fois son autonomie strat\u00e9gique et une coop\u00e9ration europ\u00e9enne plus int\u00e9gr\u00e9e, o\u00f9 l\u2019industrie devient levier politique.<\/p>\n<p>Enfin, Berlin s\u2019engage plus activement dans les missions de s\u00e9curit\u00e9 collective. Loin d\u2019une pr\u00e9sence symbolique, elle assume un r\u00f4le op\u00e9rationnel dans la gestion des crises r\u00e9gionales et globales.<\/p>\n<p>Mais cette visibilit\u00e9 accro\u00eet aussi les attentes de ses alli\u00e9s et attire l\u2019attention de ses rivaux, pla\u00e7ant l\u2019Allemagne dans une position d\u00e9licate : puissance europ\u00e9enne incontournable et moteur d\u2019une red\u00e9finition des architectures de d\u00e9fense mondiales.<\/p>\n<p>Cette nouvelle doctrine r\u00e9v\u00e8le une Allemagne tourn\u00e9e vers l\u2019avenir, consciente que puissance militaire et stature politique sont d\u00e9sormais indissociables, et pr\u00eate \u00e0 assumer un r\u00f4le g\u00e9opolitique de premier plan.<\/p>\n<p><strong>Un nouveau pivot g\u00e9opolitique en Europe et dans l\u2019Otan<\/strong><\/p>\n<p>La mont\u00e9e en puissance militaire de l\u2019Allemagne redessine l\u2019\u00e9quilibre des forces en Europe et r\u00e9affirme son r\u00f4le dans l\u2019architecture de s\u00e9curit\u00e9 transatlantique. Elle conf\u00e8re \u00e0 Berlin une responsabilit\u00e9 accrue, tout en suscitant des interrogations sur les limites d\u2019un leadership d\u00e9sormais plus affirm\u00e9.<\/p>\n<p>En Europe, l\u2019Allemagne devient le pivot strat\u00e9gique d\u2019une d\u00e9fense plus int\u00e9gr\u00e9e et autonome. Sa capacit\u00e9 industrielle, technologique et logistique structure les coop\u00e9rations de l\u2019Union europ\u00e9enne et de la Coop\u00e9ration structur\u00e9e permanente (Pesco), un cadre permettant aux \u00c9tats membres de l\u2019Union de d\u00e9velopper conjointement des projets de d\u00e9fense coordonn\u00e9es, faisant de Berlin un leader de fait dans la d\u00e9finition des priorit\u00e9s s\u00e9curitaires europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Sur le plan transatlantique, ce tournant est per\u00e7u \u00e0 la fois comme un soulagement et un d\u00e9fi. Il r\u00e9pond aux appels des \u00c9tats-Unis pour une Europe plus autonome, mais soul\u00e8ve des tensions potentielles autour du partage des responsabilit\u00e9s et de la prise de d\u00e9cision au sein de l\u2019Otan. Washington reste attentif \u00e0 la coh\u00e9rence entre la mont\u00e9e en puissance allemande et ses engagements globaux.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle internationale, l\u2019Allemagne projette d\u00e9sormais une image plus assertive et strat\u00e9gique. Sa capacit\u00e9 \u00e0 fournir des \u00e9quipements de pointe lui conf\u00e8re un levier d\u2019influence dans les n\u00e9gociations de s\u00e9curit\u00e9, nourrissant son ambition d\u2019agir \u00e0 la fois comme \u00e9quilibrage europ\u00e9en et comme interlocuteur recherch\u00e9 des grandes puissances.<\/p>\n<p>Mais ce repositionnement comporte des risques. La militarisation croissante de l\u2019Allemagne ravive certaines sensibilit\u00e9s historiques et alimente les inqui\u00e9tudes de la Russie.<\/p>\n<p>Une affirmation jug\u00e9e trop agressive pourrait fragiliser des alliances ou cr\u00e9er de nouvelles tensions. Berlin devra donc concilier affirmation strat\u00e9gique et responsabilit\u00e9 diplomatique, afin de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 qu\u2019elle souhaite d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019Allemagne se trouve \u00e0 l\u2019aube d\u2019une red\u00e9finition majeure de son r\u00f4le s\u00e9curitaire. Cette mutation influencera durablement les dynamiques europ\u00e9ennes et transatlantiques, tout en exigeant une vigilance constante dans la gestion des \u00e9quilibres r\u00e9gionaux et globaux.<\/p>\n<p><strong>Perspectives incertaines: entre leadership et risques<\/strong><\/p>\n<p>La dynamique de r\u00e9armement engag\u00e9e par l\u2019Allemagne soul\u00e8ve une question essentielle: celle de la solidit\u00e9 du consensus qui la soutient. Certes, 75 % des citoyens l\u2019approuvent, mais ce soutien reste tributaire de l\u2019\u00e9volution du contexte international et des r\u00e9sultats concrets. Une perc\u00e9e d\u00e9cisive ou, \u00e0 l\u2019inverse, un enlisement du conflit ukrainien pourrait infl\u00e9chir l\u2019opinion publique et la volont\u00e9 politique de maintenir cet effort.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, la modernisation des forces et le d\u00e9veloppement de technologies de pointe exigent des investissements massifs et durables. L\u2019industrie de d\u00e9fense allemande doit non seulement r\u00e9pondre \u00e0 une demande int\u00e9rieure accrue, mais aussi rester comp\u00e9titive face \u00e0 une concurrence mondiale exigeante. Cela implique un renforcement de la recherche, une s\u00e9curisation des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et une organisation capable de s\u2019adapter \u00e0 des besoins strat\u00e9giques en constante \u00e9volution.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019international, Berlin se retrouve au c\u0153ur des rivalit\u00e9s entre grandes puissances. Son soutien \u00e0 Kiev alimente les tensions avec Moscou, tandis que l\u2019ascension militaire de la Chine impose d\u2019int\u00e9grer ce param\u00e8tre dans ses choix strat\u00e9giques et technologiques. Dans ce contexte, l\u2019Allemagne devra conjuguer fermet\u00e9 et dialogue multilat\u00e9ral, afin d\u2019\u00e9viter une spirale de confrontation.<\/p>\n<p>Trois sc\u00e9narios s\u2019esquissent : un approfondissement du r\u00e9armement, consacrant Berlin comme chef de file de la d\u00e9fense europ\u00e9enne et de l\u2019Otan ; un ajustement plus prudent, dict\u00e9 par la conjoncture \u00e9conomique ou politique; ou encore des ruptures externes \u2014 d\u00e9sescalade en Ukraine, recomposition transatlantique \u2014 qui red\u00e9finiraient sa trajectoire.<\/p>\n<p>Dans cette phase d\u2019incertitude, l\u2019Allemagne dispose d\u2019une marge de man\u0153uvre, mais aussi d\u2019une responsabilit\u00e9 majeure : inscrire son nouveau r\u00f4le dans une vision coh\u00e9rente, adapt\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s mouvantes, tout en pr\u00e9servant l\u2019\u00e9quilibre interne de son consensus politique. Sa trajectoire p\u00e8sera durablement sur l\u2019\u00e9volution des architectures de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9ennes et mondiales.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Allemagne, nouvel \u00e9quilibriste de la s\u00e9curit\u00e9 mondiale<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Allemagne conna\u00eet aujourd\u2019hui une mutation strat\u00e9gique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Longtemps cantonn\u00e9e \u00e0 son r\u00f4le de puissance \u00e9conomique, elle s\u2019affirme d\u00e9sormais comme un acteur militaire central, pesant sur les \u00e9quilibres europ\u00e9ens, transatlantiques et mondiaux. Ce basculement ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019un changement doctrinal: il redessine les rapports de force sur le continent et au-del\u00e0.<\/p>\n<p>En conjuguant poids \u00e9conomique, puissance industrielle et influence strat\u00e9gique, Berlin d\u00e9passe le cadre national. Il reconfigure les \u00e9quilibres au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne, r\u00e9oriente les dynamiques transatlantiques et s\u2019impose comme une puissance militaire dont les choix p\u00e8seront directement sur l\u2019ordre international.<\/p>\n<p>Mais cette mont\u00e9e en puissance s\u2019accompagne de responsabilit\u00e9s lourdes. En Europe, l\u2019Allemagne est \u00e0 la fois moteur d\u2019une d\u00e9fense plus int\u00e9gr\u00e9e et garante d\u2019un \u00e9quilibre fragile avec ses partenaires. Au sein de l\u2019Otan, elle r\u00e9pond aux attentes am\u00e9ricaines pour une Europe plus autonome, mais suscite aussi des interrogations sur le partage des responsabilit\u00e9s et l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9cisionnel. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, son soutien \u00e0 l\u2019Ukraine la place au c\u0153ur de la confrontation avec Moscou, tandis que l\u2019ascension de la Chine l\u2019oblige \u00e0 inscrire ses choix dans un jeu de rivalit\u00e9s globales.<\/p>\n<p>Ce repositionnement n\u2019est toutefois pas exempt de risques. L\u2019image d\u2019une Allemagne de nouveau forte militairement peut raviver des sensibilit\u00e9s historiques et nourrir des m\u00e9fiances r\u00e9gionales. Le d\u00e9fi pour Berlin sera de trouver l\u2019\u00e9quilibre entre affirmation strat\u00e9gique et responsabilit\u00e9 diplomatique, afin que sa puissance ne se transforme pas en facteur d\u2019instabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019\u00e9volution de la politique de d\u00e9fense allemande d\u00e9passe le cadre europ\u00e9en: elle contribue \u00e0 red\u00e9finir les fondements m\u00eames de la s\u00e9curit\u00e9 collective dans un mon-de fragment\u00e9 et instable. Plus qu\u2019un ajustement militaire, c\u2019est un tournant g\u00e9opolitique majeur, dont les effets marqueront durablement le XXIe si\u00e8cle. L\u2019Allemagne appara\u00eet d\u00e9sormais comme un acteur strat\u00e9gique incontournable, appel\u00e9 \u00e0 transformer sa puissance militaire retrouv\u00e9e en un levier de stabilit\u00e9, d\u2019\u00e9quilibre et de dialogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Elyes Ghariani<\/strong><br \/>Ancien ambassadeur\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2024, un chiffre r\u00e9sume \u00e0 lui seul une mutation strat\u00e9gique: 13,2 milliards d\u2019euros d\u2019exportations d\u2019armement, un&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":452181,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1587],"tags":[11,672,1804,1805,1803,13789,1777,674,1801,25920,37601,37600,12,35092,1802,2028],"class_list":{"0":"post-452180","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-allemagne","8":"tag-actualites","9":"tag-allemagne","10":"tag-bundesrepublik-deutschland","11":"tag-de","12":"tag-deutschland","13":"tag-dirigeants","14":"tag-eu","15":"tag-europe","16":"tag-germany","17":"tag-journal-en-ligne","18":"tag-leaders","19":"tag-media-en-ligne","20":"tag-news","21":"tag-personnalites","22":"tag-republique-federale-dallemagne","23":"tag-tunisie"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115349175162307174","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=452180"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452180\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/452181"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=452180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=452180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=452180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}