{"id":464370,"date":"2025-10-15T07:45:14","date_gmt":"2025-10-15T07:45:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/464370\/"},"modified":"2025-10-15T07:45:14","modified_gmt":"2025-10-15T07:45:14","slug":"gregory-le-floch-pierre-boisson-florence-knapp-notre-selection-litteraire-de-la-semaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/464370\/","title":{"rendered":"Gr\u00e9gory Le\u202fFloch, Pierre Boisson, Florence Knapp&#8230; Notre s\u00e9lection litt\u00e9raire de la semaine"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Peau d\u2019ourse \u00bb, de Gr\u00e9gory Le\u202fFloch&#13;\n<\/p>\n<p>On entre dans le quatri\u00e8me roman de Gr\u00e9gory Le\u202fFloch comme dans un rituel pa\u00efen. Paul B. Preciado en exergue, \u00ab\u202fla voix des montagnes\u202f\u00bb en incipit et Bj\u00f6rk en bande-son. Le d\u00e9cor est pos\u00e9, rugueux, d\u00e9concertant. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 vibre \u00e0 chaque page, comme dans le clip de Hunter o\u00f9 la chanteuse islandaise se m\u00e9tamorphose en ours-chim\u00e8re cybern\u00e9tique. Ici, ce n\u2019est pas l\u2019Islande mais une autre terre de pierres, de torrents et de villages recroquevill\u00e9s, les Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>Nina, 16\u202fans, ob\u00e8se, lesbienne, harcel\u00e9e, y \u00e9touffe. Elle trouve refuge dans les montagnes, ses \u00ab\u202fs\u0153urs\u202f\u00bb. Personne ne l\u2019appelle plus Nina. Elle fait pr\u00e9nom du surnom moqueur que ses camarades lui ont donn\u00e9, Mont Perdu\u2009: \u00ab\u202fLe mont le plus moche des Pyr\u00e9n\u00e9es. Un mont en forme de bouse.\u202f\u00bb Alors elle mange pour se remplir, s\u2019enfile des canettes de Red Bull en \u00e9coutant \u00ab\u202fH24\u202f\u00bb Bj\u00f6rk, fantasme sur Kelly, se confie \u00e0 \u00ab\u202fMeuf\u202f\u00bb, son amie imaginaire. \u00ab\u202fC\u2019est violent, tu trouves\u2009? Bah c\u2019est ma vie, je vais pas enjoliver. J\u2019ai bouff\u00e9 la gosse comme j\u2019ai bouff\u00e9 le nom. En mode ogresse.\u202f\u00bb<\/p>\n<p>Et peu \u00e0 peu, son corps se couvre de poils. Elle se mue, semble-til, en ourse. Une transformation, \u00e9cho \u00e0 toutes les figures bannies, des sorci\u00e8res aux recluses en passant par la femme sauvage, qui hante plus particuli\u00e8rement le roman. \u00c0 son sujet, \u00ab\u202fMeuf, faudrait r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire enti\u00e8re, d\u00e9voiler toute la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019on dit jamais aux enfants\u2009: c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une lesbienne qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de chez elle pour vivre en s\u00e9curit\u00e9 avec les ours\u202f\u00bb.<\/p>\n<p>Le titre convoque bien s\u00fbr Peau d\u2019\u00e2ne. Mais l\u00e0 o\u00f9 le conte de Perrault racontait une fuite temporaire sous une peau animale, Le\u202fFloch inverse le mouvement et fait de la peau d\u2019ourse une identit\u00e9 revendiqu\u00e9e. D\u2019ailleurs, Mont Perdu se retrouve happ\u00e9e par le rite archa\u00efque de la f\u00eate de l\u2019ours, o\u00f9 Vieux Ren\u00e9 se fait, chaque ann\u00e9e, ursid\u00e9 pour enterrer l\u2019hiver et ainsi devient \u00ab\u202fun monstre pour que les autres se sentent un peu moins monstres et un peu plus humains en comparaison\u202f\u00bb.<\/p>\n<p>Cette hybridation, qui rappelle les r\u00e9flexions de Nastassja Martin (Croire aux fauves), \u00e9rige Peau d\u2019ourse en un roman travers\u00e9 par l\u2019animisme et les forces souterraines que notre rationalit\u00e9 refoule. Car la jeune fille dialogue avec les \u00e9l\u00e9ments, et la nature se fait entit\u00e9 vivante, tour \u00e0 tour refuge et pi\u00e8ge. \u00ab\u202fC\u2019est comme si je devenais une prairie, de l\u2019herbe ou du bois, confie l\u2019adolescente. Je comble un trou dans la montagne. C\u2019est le sens de ma vie.\u202f\u00bb Dans ce lyrisme abrupt, la fusion avec le paysage devient une mani\u00e8re de survivre \u00e0 l\u2019exclusion.<\/p>\n<p>\u00c0 la fois r\u00e9cit d\u2019apprentissage, fable \u00e9cof\u00e9ministe et manifeste queer, le livre d\u00e9route par sa langue r\u00eache et crue. Mais derri\u00e8re la brutalit\u00e9 surgit une po\u00e9sie \u00e2pre qui r\u00e9g\u00e9n\u00e8re un mythe pyr\u00e9n\u00e9en tiss\u00e9 de rage adolescente, de chair et de montagnes.<\/p>\n<p>\u00ab Flamme, volcan, temp\u00eate \u00bb, de Pierre Boisson&#13;\n<\/p>\n<p>Rentr\u00e9e litt\u00e9raire, automne 1974. Parmi ceux qui font les gros titres des gazettes litt\u00e9raires et autres (Jean d\u2019Ormesson, Pascal Lain\u00e9, \u00c9mile Ajar, Kl\u00e9ber Haedens\u2026), deux jeunes primo-romanci\u00e8res parviennent \u00e0 se distinguer. La premi\u00e8re, c\u2019est une certaine Annie Ernaux qui \u00e0 trente-quatre ans publie Les armoires vides. La seconde est plus jeune et plus myst\u00e9rieuse encore, elle a vingt-deux ans, se nomme Christine Pawlowska et fait para\u00eetre au Mercure de France un texte comme une confession br\u00fblante, \u00c9carlate.<\/p>\n<p>Les plus avis\u00e9s et reconnus des critiques litt\u00e9raires de l\u2019\u00e9poque, Claude Mauriac, Fran\u00e7ois Nourissier, Marcel Arland, s\u2019en emparent et rivalisent en superlatifs tous uniment \u00e9logieux. L\u2019autrice manifestement ne s\u2019en \u00e9meut gu\u00e8re, elle a refus\u00e9 d\u2019assurer le service de presse de son livre, d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 une ou deux exceptions pr\u00e8s, toute demande d\u2019entretien, pr\u00e9f\u00e9rant son refuge sudiste d\u2019Al\u00e8s aux lumi\u00e8res d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 dont, par timidit\u00e9 sans doute, sauvagerie aussi, elle se d\u00e9fie.<\/p>\n<p>Qu\u2019importe, le pli semble pris et en quatri\u00e8me de couverture de son livre, son \u00e9diteur pr\u00e9cise en mati\u00e8re de rep\u00e8re biographique, outre son \u00e2ge, que Christine Pawlowska \u00ab\u00a0continue \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb. L\u2019avenir promet de durer longtemps, il lui appartient. Qui pouvait se douter que ce d\u00e9but \u00e9tait en fait une fin ?<\/p>\n<p>\u00c9t\u00e9 2022. Dans une maison de passage, Pierre Boisson, r\u00e9dacteur en chef de <a href=\"https:\/\/latribune.fr\/la-tribune-dimanche\/un-ete-avec-society\/c-est-le-premier-cold-case-qu-est-il-arrive-a-wilma-montesi-noyee-dans-50-centimetres-d-eau-1031070.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">\u00ab\u00a0Society\u00a0\u00bb<\/a>, coauteur d\u2019une enqu\u00eate qui fit grand bruit lors de sa publication sur Xavier Dupont de Ligonn\u00e8s, cherche un truc \u00e0 lire. Dans la biblioth\u00e8que de la demeure, ses yeux sont attir\u00e9s par un mince volume qui finit de prendre la poussi\u00e8re sur le deuxi\u00e8me rayon. \u00c9carlate, de Christine Pawlowska. Il s\u2019en empare et sa vie de lecteur bascule. Ce qui s\u2019\u00e9chappe alors de ces pages le bouleverse.<\/p>\n<p>Comme l\u2019\u00e9crit Blandine Rinkel, pr\u00e9faci\u00e8re de la r\u00e9\u00e9dition qui para\u00eet ces jours-ci de ce texte fulgurant, \u00ab\u00a0si Christine \u00e9crit, c\u2019est de ne pas se r\u00e9soudre \u00e0 voir ses plaies se refermer. Elle ne veut pas cicatriser, ni d\u2019ailleurs apprendre \u00e0 se taire. Elle veut rester l\u00e0, expos\u00e9e \u00e0 la vie, \u00e0 ses douleurs et ses incandescences. En elle : une r\u00e9volte et une foi.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p><img alt=\"Christine Pawlowska a \u00e9crit un unique et fulgurant roman, \u00ab \u00c9carlate \u00bb.\" fetchpriority=\"auto\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"TwicCore_img__i9TC1\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/christine-pawlowska-a-ecrit-un-unique-et-fulgurant-roman-ecarlate-1760109215_439b747f19e86279b747f19.jpeg\"\/>Christine Pawlowska a \u00e9crit un unique et fulgurant roman, \u00ab \u00c9carlate \u00bb. (Cr\u00e9dits : LTD\/Christine Pawlowska \u00a9Editions du sous-sol)<\/p>\n<p>Fascin\u00e9 par ce r\u00e9cit autobiographique et demeur\u00e9 sans \u00ab descendance \u00bb, comme parvenu de la part la plus irr\u00e9fragable de la jeunesse, Pierre Boisson l\u2019est tout autant par le myst\u00e8re de son autrice, disparue corps et biens avec ce coup d\u2019\u00e9clat transfigur\u00e9 en requiem. Il va donc faire ce qu\u2019il sait faire de mieux : enqu\u00eater. Cette enqu\u00eate, \u00ab Flamme, volcan, temp\u00eate \u00bb, est tout \u00e0 la fois une promenade biographique et un tombeau pour une infante d\u00e9funte.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, certains \u00e9l\u00e9ments apparaissent. Christine Pawlowska est un nom de plume. Elle s\u2019appelait Christine Kujawa, n\u00e9e le 1er janvier 1952 \u00e0 Al\u00e8s, morte (dans des circonstances demeur\u00e9es myst\u00e9rieuses) le 21\u00a0septembre 1996 \u00e0 Issirac, un village du Gard de moins de deux-cents \u00e2mes. C\u2019\u00e9tait une femme qui sans cesse, se cognait au r\u00e9el et que n\u2019attirait que la fr\u00e9quentation des gouffres et celle de ceux qui lui permettaient d\u2019emprunter les chemins les plus courts pour les rejoindre\u2026<\/p>\n<p>Cette enqu\u00eate, Flamme, volcan, temp\u00eate, est tout \u00e0 la fois une promenade biographique et un tombeau pour une infante d\u00e9funte.<\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p>Elle aimait et ha\u00efssait avec la m\u00eame ferveur et ne croyait qu\u2019aux livres, \u00e0 l\u2019\u00e9criture et au Christ. Ses stigmates \u00e0 elle, ce sera la passion, le \u00ab\u00a0s\u2019en fout la mort\u00a0\u00bb et la volont\u00e9 de ne se prot\u00e9ger de rien. M\u00eame la litt\u00e9rature ne pourra rien pour elle, po\u00e9tesse \u00e0 jamais \u00e9gar\u00e9e sur les contre-all\u00e9es de la vie. On pense avec Christine Pawlowska \u00e0 d\u2019autres \u00ab\u00a0grandes br\u00fbl\u00e9es\u00a0\u00bb du livre, Doroth\u00e9e Letessier ou Albertine Sarrazin.<\/p>\n<p>Un m\u00eame univers de violences, de damn\u00e9s de la terre, de mauvais gar\u00e7ons aux figures d\u2019anges, d\u2019inceste, d\u2019alcool, d\u2019effroi face \u00e0 la figure maternelle, aux injonctions patriarcales. Peu \u00e0 peu, Boisson retrouve tout. Et chacun. Les deux fils de la disparue, sa meilleure amie. Il s\u2019enfonce chaque jour un peu plus dans les t\u00e9n\u00e8bres de son destin tragique. Plut\u00f4t, il l\u2019accompagne tout au long de cette mont\u00e9e \u00e0 la mort, de cette transfiguration aussi. Alors bien s\u00fbr, Christine Kujawa n\u2019est plus, mais Christine Pawlowska elle, est vivante. Elle bouge encore.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab Les Pr\u00e9noms \u00bb, de Florence Knapp&#13;\n<\/p>\n<p><img alt=\"Les Pr\u00e9noms, de Florence Knapp, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Carole d'Yvoire, JC Latt\u00e8s, 352 pages, 21,90 euros.\" fetchpriority=\"auto\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"TwicCore_img__i9TC1\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/les-prenoms-de-florence-knapp-traduit-de-langlais-royaume-uni-par-carole-dyvoire-jc-lattes-352-pages.jpeg\"\/>Les Pr\u00e9noms, de Florence Knapp, traduit de l&rsquo;anglais (Royaume-Uni) par Carole d&rsquo;Yvoire, JC Latt\u00e8s, 352 pages, 21,90 euros. (Cr\u00e9dits : Sophie Davidson)<\/p>\n<p>Les Pr\u00e9noms fait vivre une haletante exp\u00e9rience diff\u00e9rentielle. Entre 1987 et 2022, il zoome tous les sept ans sur la vie d\u2019une <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/la-tribune-dimanche\/opinions\/opinion-septembre-les-cheffes-de-familles-monoparentales-en-mode-survie-par-olivia-barreau-fondatrice-de-l-association-moi-mes-enfants-1031920.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">famille<\/a> en fonction de trois hypoth\u00e8ses parall\u00e8les, selon que le fils cadet, n\u00e9 neuf ans apr\u00e8s sa s\u0153ur, soit baptis\u00e9 Bear, Julian ou Gordon. Trois noms pour trois constellations familiales, toutes d\u00e9color\u00e9es par la violence du <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/la-tribune-dimanche\/culture-et-tendances\/livres\/anne-berest-sur-son-nouveau-livre-consacre-a-son-pere-la-transgenealogie-me-passionne-1031290.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">p\u00e8re<\/a>, mais selon des inflexions que ce choix inaugural d\u00e9terminera pour beaucoup.<\/p>\n<p>Comme dans les films d\u2019Alain Resnais Smoking et No Smoking, les versions d\u00e9filent, ramifiant leurs lignes de vie alternatives \u00e0 chaque carrefour biographique \u00e0 partir de ce point de d\u00e9part\u2009: que Cora, la m\u00e8re, d\u00e9clare \u00e0 son corps d\u00e9fendant le pr\u00e9nom Gordon \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil pour ob\u00e9ir \u00e0 son mari et \u00e0 sa \u00ab\u202fvolont\u00e9 tribale\u202f\u00bb, donnant ainsi \u00e0 leur nouveau-n\u00e9 un nom qui le liera \u00e0 jamais \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019hommes tyranniques, ou qu\u2019elle ose accueillir comme il se doit cette individualit\u00e9 neuve, lui accordant le droit d\u2019exister \u00e0 part enti\u00e8re, dessinera pour chacun un champ des possibles exponentiel. Une diff\u00e9rence minime sur le moment, un grain de sable, se transforme, sur des d\u00e9cennies, en plan\u00e8te d\u00e9rivant dans un tout autre syst\u00e8me solaire.<\/p>\n<p>Le baptisant Gordon, elle accepte de r\u00e9duire son fils, en puissance, \u00e0 un prolongement de son p\u00e8re\u2009: effa\u00e7ant implicitement son identit\u00e9, elle autorise son mari \u00e0 se confondre avec le Saturne d\u00e9vorant son fils de Goya. Gordon fils, dans ce sc\u00e9nario, devient un <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/idees\/tribunes\/opinion-face-a-l-urgence-il-est-temps-de-remettre-l-enfant-au-milieu-du-village-educatif-1026509.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">enfant<\/a> manipul\u00e9 par son p\u00e8re pour d\u00e9truire Cora. Sept fois, comme dans les contes, elle le quitte, sept fois elle revient. Mais ses choix en sont-ils vraiment\u2009?<\/p>\n<p><strong>Une bouleversante tapisserie collective<\/strong>&#13;\n<\/p>\n<p>Donner un nom \u00e0 un enfant, c\u2019est lui offrir un nid chaud de promesses o\u00f9 se lover et s\u2019accomplir, mais aussi, potentiellement, un cachot o\u00f9 d\u00e9p\u00e9rir dans une ombre port\u00e9e. C\u2019est choisir \u00e0 deux ou \u00e0 un seul. Les Pr\u00e9noms s\u2019\u00e9difie telle une statue bris\u00e9e\u2009: les personnages y vivent une vie recoll\u00e9e, fa\u00e7onn\u00e9e par ce qu\u2019ils s\u2019autorisent ou pas, morcel\u00e9e par ce qu\u2019ils r\u00e9parent en eux, mais qui reste fragment\u00e9e, tremblant d\u2019une blessure \u00e0 vif qui se ferme et se rouvre \u2013\u202fune sculpture de cicatrices. Ils sont fr\u00f4l\u00e9s aussi, en n\u00e9gatif, par ce qu\u2019ils ne vivent pas, dont la virtualit\u00e9 inaccomplie, pour le meilleur comme pour le pire, palpite en eux. Version Bear, Gordon devient arch\u00e9ologue\u2009; version Julian, il est bijoutier-orf\u00e8vre\u2026<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de Cora dessine celles que ses enfants, dix, vingt ou trente ans plus tard, tenteront ou \u00e9viteront de prendre, contribuant pour chacun \u00e0 faire tenir sur ces eaux intranquilles la fragile embarcation de leur configuration commune. Florence Knapp tisse ici une bouleversante tapisserie collective dont le p\u00e8re s\u2019exclut d\u2019embl\u00e9e. Il lui donne sa couleur, mais pas sa structure ni ses motifs. Les enfants, eux, y coudront le patchwork de leurs ravaudages intimes pour en faire leur propre cr\u00e9ation.\u202f<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab Peau d\u2019ourse \u00bb, de Gr\u00e9gory Le\u202fFloch&#13; On entre dans le quatri\u00e8me roman de Gr\u00e9gory Le\u202fFloch comme dans&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":464371,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[17,709,1379,58,59,33984,1011,27,1988,58853,3102,58852,1380,14455,11850],"class_list":{"0":"post-464370","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-17","9":"tag-boisson","10":"tag-books","11":"tag-divertissement","12":"tag-entertainment","13":"tag-florence","14":"tag-fr","15":"tag-france","16":"tag-gregory","17":"tag-knapp","18":"tag-la-tribune-dimanche","19":"tag-le-floch","20":"tag-livres","21":"tag-notre","22":"tag-pierre"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115377073852408128","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/464370","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=464370"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/464370\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/464371"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=464370"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=464370"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=464370"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}