{"id":471852,"date":"2025-10-18T06:42:11","date_gmt":"2025-10-18T06:42:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/471852\/"},"modified":"2025-10-18T06:42:11","modified_gmt":"2025-10-18T06:42:11","slug":"pourquoi-il-faut-relire-alice-au-pays-des-merveilles-en-2025-lexpress","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/471852\/","title":{"rendered":"Pourquoi il faut relire \u00ab\u00a0Alice au pays des merveilles\u00a0\u00bb en 2025 \u2013 L&rsquo;Express"},"content":{"rendered":"<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item   article-body-paragraph--first \">Difficile de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9, enfant, par Alice au pays des merveilles, la version de 1951. Psych\u00e9d\u00e9lique et anxiog\u00e8ne, ce Disney n\u2019est pas comme les autres. On a revu le dessin anim\u00e9 pour les besoins de cet article, et on d\u00e9conseille de le regarder les jours de grippe, \u00e0 moins de vouloir aller plus loin dans le d\u00e9lire d\u00fb \u00e0 la fi\u00e8vre. Bien que tr\u00e8s \u00e9trange, l\u2019histoire de Lewis Carroll continue de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une stup\u00e9fiante post\u00e9rit\u00e9. En 2010, <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/cinema\/alice-au-pays-des-merveilles_857358.html\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/cinema\/alice-au-pays-des-merveilles_857358.html\">Tim Burton en avait r\u00e9alis\u00e9 une nouvelle adaptation<\/a>, avec notamment Johnny Depp dans le r\u00f4le du Chapelier. Malgr\u00e9 son c\u00f4t\u00e9 kitsch carr\u00e9ment indigeste, le film avait fait un carton sur les cinq continents (4,5 millions d\u2019entr\u00e9es en France, plus de 1 milliard de dollars de recettes \u00e0 travers le monde). A l\u2019heure o\u00f9 nous tapons ces lignes, Alice au pays des merveilles existe dans 174 langues et dialectes diff\u00e9rents. C\u2019est dire son universalit\u00e9, laquelle n\u2019allait pourtant pas de soi quand on revisite l\u2019histoire de ce livre inclassable\u2026<\/p>\n<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item   \">Comme le rappelle Philippe Jaworski dans la pr\u00e9face de sa nouvelle \u00e9dition Pl\u00e9iade de Lewis Carroll, tout commence en 1862. Charles Lutwidge Dodgson (le vrai nom de Lewis Carroll), alors \u00e2g\u00e9 de 30 ans, est photographe amateur et professeur de math\u00e9matiques \u00e0 Christ Church College, \u00e0 Oxford. Un jour de juillet, il fait un tour de barque avec Lorina, Alice et Edith, les trois filles de Henry George Liddell, le doyen de l\u2019universit\u00e9 o\u00f9 il enseigne. Le soir m\u00eame, la petite Alice, qui pose souvent pour Carroll, lui demande de mettre par \u00e9crit le conte farfelu qu\u2019il leur a racont\u00e9 au cours de leur excursion. D\u00e8s f\u00e9vrier 1863, Carroll ach\u00e8ve Aventures d\u2019Alice sous terre, la premi\u00e8re mouture de son livre, qui devient en 1865 Aventures d\u2019Alice au pays des merveilles. Notre homme \u00e9crira plus tard De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, et ce qu\u2019Alice y trouva et La Chasse au Snark, qui figurent aussi dans cette \u00e9dition bilingue qui vaut autant par ses traductions revues que par sa riche iconographie.<\/p>\n<p><strong class=\"article-body-link-list__item text-gray-800 article-body-link-list__item--one-item\">LIRE AUSSI : <a class=\"article-body-link-list__item-link\" href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/il-a-plein-dhistoires-rocambolesques-letonnante-rencontre-entre-patrick-modiano-et-une-pop-star-RNGSBPVCUZC6FD7H7EE3VWNHMA\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0Il a plein d\u2019histoires rocambolesques\u00a0\u00bb : l\u2019\u00e9tonnante rencontre entre Patrick Modiano et une pop star<\/a><\/strong>Le mythe n\u2019est pas n\u00e9 avec Disney<\/p>\n<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item   \">Il n\u2019est pas inutile de pr\u00e9ciser que le mythe d\u2019Alice n\u2019est pas n\u00e9 avec <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/sciences-sante\/quand-disney-simprovise-psychiatre-dans-les-ecoles-francaises-D5GYPIGHCJHK3JKNXUJATPYBKM\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/sciences-sante\/quand-disney-simprovise-psychiatre-dans-les-ecoles-francaises-D5GYPIGHCJHK3JKNXUJATPYBKM\/\">Walt Disney.<\/a> Les meilleurs esprits y ont trouv\u00e9 bien avant du grain \u00e0 moudre. En 1923, le grand Nabokov (qui n\u2019a pas encore publi\u00e9 de romans), traduit en russe Alice au pays des merveilles. Il d\u00e9racine le conte de son d\u00e9corum victorien \u2013 dans sa version, Alice s\u2019appelle Anya et r\u00e9cite de travers des po\u00e8mes de Pouchkine et de Lermontov ! A la m\u00eame \u00e9poque, Aragon s\u2019enthousiasme ainsi aupr\u00e8s de Nancy Cunard : \u00ab\u00a0Carroll aurait compris le surr\u00e9alisme, ses \u00e9crits en \u00e9taient la preuve absolue ! Le pays des merveilles, l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir appartenaient aussi au surr\u00e9el.\u00a0\u00bb En 1929, Aragon traduit La Chasse au Snark. Puis, deux ans plus tard, il signe dans la revue Le Surr\u00e9alisme au service de la r\u00e9volution un long article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Lewis Carroll en 1931\u00a0\u00bb, dans lequel il s\u2019\u00e9tonne qu\u2019un homme comme Carroll ait pu surgir du \u00ab\u00a0pire temps de l\u2019ennui et du puritanisme anglais\u00a0\u00bb, et \u00e9crit avec le ton sentencieux de sa jeunesse : \u00ab\u00a0Il va sans dire que c\u2019est en France, la terre classique de l\u2019ignorance suffisante, qu\u2019Alice a \u00e9t\u00e9 le moins lue.\u00a0\u00bb Les surr\u00e9alistes ne renieront jamais ce go\u00fbt durable : en 1940, <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/andre-breton-le-despote-eclaire-du-surrealisme-ses-mysteres-ses-secrets-ses-affres-MZLEZ6OIHFG5VN67WTMWKD5TQM\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/andre-breton-le-despote-eclaire-du-surrealisme-ses-mysteres-ses-secrets-ses-affres-MZLEZ6OIHFG5VN67WTMWKD5TQM\/\">Breton<\/a> rendra \u00e0 son tour hommage \u00e0 Lewis Carroll dans son Anthologie de l\u2019humour noir.<\/p>\n<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item   \">On recommande aux curieux de lire (ou de relire) Alice au pays des merveilles. En 2025, ce texte fou n\u2019a rien perdu de son caract\u00e8re hallucinatoire. Comment une telle anomalie a-t-elle pu \u00eatre class\u00e9e dans la litt\u00e9rature enfantine ? Certaines sc\u00e8nes et l\u2019esprit caustique de Carroll prolongent Les Voyages de Gulliver de Swift (ce chef-d\u2019\u0153uvre immortel du d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle) plus qu\u2019ils ne pr\u00e9parent le terrain au personnage de Peter Pan, que James Matthew Barrie inventera en 1902. Par son travail sur la langue et ses jeux de mots inventifs, Carroll a un demi-si\u00e8cle d\u2019avance sur Joyce. Quant \u00e0 la fin du roman, avec la burlesque Reine de c\u0153ur, elle pr\u00e9figure Ubu roi d\u2019Alfred Jarry (qui date de 1895).<\/p>\n<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item   \">Reste une zone d\u2019ombre. Pourquoi Carroll s\u2019\u00e9tait-il brouill\u00e9 avec la famille Liddell ? Pourquoi lui et ses ex\u00e9cuteurs testamentaires ont-ils d\u00e9truit les deux tiers des 3 000 photos (souvent d\u2019enfants) qu\u2019il avait prises ? Avait-il des choses troubles \u00e0 cacher ? Alors que nous lui soumettions cette interrogation l\u00e9gitime, Philippe Jaworski nous a s\u00e8chement r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Lewis Carroll aimait la compagnie des petites filles. Est-ce un crime ? Depuis quand ?\u00a0\u00bb Carroll gardera toujours une part de myst\u00e8re, qui reste \u00e0 \u00e9lucider\u2026<\/p>\n<p class=\"paragraph article-body-paragraph article__item    article__text__endpicto\">Alice par Lewis Carroll. La Pl\u00e9iade\/Gallimard, 1024 p., 64 \u20ac.<\/p>\n<p>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Difficile de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9, enfant, par Alice au pays des merveilles, la version de 1951.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":471853,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,251,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-471852","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-culture","10":"tag-divertissement","11":"tag-entertainment","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115393812602299050","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/471852","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=471852"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/471852\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/471853"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=471852"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=471852"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=471852"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}