{"id":475733,"date":"2025-10-19T22:42:15","date_gmt":"2025-10-19T22:42:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/475733\/"},"modified":"2025-10-19T22:42:15","modified_gmt":"2025-10-19T22:42:15","slug":"kenneth-white-au-fin-fond-du-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/475733\/","title":{"rendered":"Kenneth White, Au fin fond du r\u00e9el"},"content":{"rendered":"<p>Dans cet ouvrage, le po\u00e8te, \u00e9crivain et essayiste Kenneth White (1926-2023) propose une r\u00e9flexion sur l\u2019art dans une d\u00e9marche qui pense le rapprochement de la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb comme deux entit\u00e9s travaillant ensemble, dans un \u00ab\u00a0champ po\u00e9tico-paradoxal\u00a0\u00bb qui constitue son axe \u2014 une d\u00e9finition d\u2019un art \u00ab\u00a0g\u00e9opo\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9labor\u00e9 par son auteur les derniers mois de sa vie, sans images \u2013 iconoclasme assum\u00e9 dans un monde trop plein d\u2019elles \u2013 ce livre nous place en \u00ab\u00a0esprit-chercheur, esprit-trouveur, disons g\u00e9opo\u00e9ticien, d\u00e9ambulant le long des rivages du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re partie \u00ab\u00a0d\u2019esquisses th\u00e9oriques\u00a0\u00bb consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019art g\u00e9opo\u00e9tique dont cet ouvrage constitue une introduction, une deuxi\u00e8me section nous convie \u00e0 la rencontre d\u2019artistes d\u2019une m\u00eame \u00ab\u00a0mouvance\u00a0\u00bb, illustrant, par cette travers\u00e9e d\u2019ateliers, l\u2019essence de l\u2019art g\u00e9opo\u00e9tique. Enfin, le dernier chapitre trace un \u00ab\u00a0portrait intellectuel de Van Gogh\u00a0\u00bb dans une surprenante convocation imaginaire de l\u2019artiste, exprimant la valeur vitale d\u2019une \u0153uvre qui d\u00e9passe le simple ph\u00e9nom\u00e8ne artistique et historique.<\/p>\n<p>\u2014<\/p>\n<p><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n<p>\u2014\u00a0Pr\u00e9face<br \/>\u2014 I. Esquisses th\u00e9oriques<br \/>Les voies du silence<br \/>La sc\u00e8ne de l\u2019art<br \/>Art et territoire<br \/>Le grand paysage de l\u2019esprit<br \/>Les paysages am\u00e9ricains de Karl Bodmer<br \/>Un monde essayant de se dire<br \/>De Paul Gauguin \u00e0 la g\u00e9opo\u00e9tique<br \/>Esth\u00e9tique du divers, esth\u00e9tique du dehors<br \/>Dans l\u2019atelier g\u00e9opo\u00e9tique<br \/>\u2014 II. D\u2019atelier en atelier<br \/>Note de l\u2019auteur<br \/>Sensation et abstraction chez Philippe Carpentier<br \/>Dominique Rousseau\u00a0: Tellurisme, Textonique, Oc\u00e9anit\u00e9<br \/>Manessier\u00a0: Les grands lieux de l\u2019esprit<br \/>\u00c0 la fen\u00eatre de Fagniez<br \/>Fran\u00e7ois B\u00e9alu\u00a0: Un chemin de vie et de vision<br \/>Les Gris quotidiens de Karskaya<br \/>L\u2019art-chaos de Julius Baltazar<br \/>Les configurations insolites de Bertrand Dorny<br \/>La pr\u00e9sence profonde de Michel Moy<br \/>Voyage au pays d\u2019Atlan<br \/>Les Songes oc\u00e9aniques de Richard Texier<br \/>Serge Goudin-Th\u00e9bia\u00a0: Les secrets du sauvage<br \/>L\u2019art des rivages de Ka.Ty Deslandes<br \/>Les Feux h\u00e9raclit\u00e9ens d\u2019\u00c9liane Hawa<br \/>Les distances de Daniel Graffin<br \/>L\u2019art lointain de Serge Sauni\u00e8re<br \/>Nissan Engel et la musique du monde<br \/>Les Terres ultimes de Pierre Delcourt<br \/>Avec Alligand\u00a0: La Trilogie septentrionale<br \/>Les topographies sensibles de Jacqueline Ricard<br \/>La r\u00e9v\u00e9lation du r\u00e9el \u2014 l\u2019art photographique de Marie-Claude White<br \/>\u2014 III. La visite de Vincent<\/p>\n<p>\u2014<\/p>\n<p><strong>Extrait<\/strong><\/p>\n<p>En ce d\u00e9but du XXIe\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 cette sortie (peut-\u00eatre\u2026) de la modernit\u00e9, on sait, sans pouvoir le cerner, sans arriver \u00e0 le toucher du doigt, que quelque chose d\u2019essentiel a lieu dans le voisinage de ces deux mots \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb. Pourtant, la plupart des discours sur la culture laissent sceptique quand ils ne provoquent pas la naus\u00e9e, et la plupart des retrouvailles avec la nature, et des interventions dans la nature, ne satisfont gu\u00e8re l\u2019esprit, sont m\u00eame, fr\u00e9quemment, tout \u00e0 fait d\u00e9risoires.<br \/>Manquent dans ce contexte une analyse profonde, un recommencement \u00e0 la base, une nouvelle inspiration.<br \/>Il y aurait (dans notre \u00e9tat de conditionnement, que l\u2019on appelle parfois pompeusement \u00ab\u00a0la condition humaine\u00a0\u00bb), d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00eatre humain, la conscience, l\u2019histoire, la culture\u00a0; de l\u2019autre, les \u00e9l\u00e9ments, la faune, la flore, la nature. Secteurs s\u00e9par\u00e9s, sauf quand le premier s\u2019approprie l\u2019autre. Aujourd\u2019hui, le temps est aussi \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019autre\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 des mouvements, des gestes, de translation, de transposition.<br \/>Il y a l\u00e0 un champ po\u00e9tico-paradoxal des plus int\u00e9ressants, dont on n\u2019aura pas bient\u00f4t fini de dresser la cartographie et d\u2019explorer les r\u00e9sonances.<br \/>C\u2019est cela que je nomme g\u00e9opo\u00e9tique.<br \/>Je vais me r\u00e9f\u00e9rer ici, \u00e9trangement peut-\u00eatre, au XVIIIe si\u00e8cle, au \u00ab\u00a0si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, dont on dit commun\u00e9ment qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas po\u00e9tique.<br \/>Tout d\u00e9pend de ce que l\u2019on entend par \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb. Si par ce terme on entend seulement \u00e9tats d\u2019\u00e2me, sentimentalit\u00e9, phantasmes, alors, effectivement, on peut dire que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res n\u2019avait rien de \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb, sauf en un sens tout \u00e0 fait superficiel, en faisant des vers.<br \/>Mais si, par contre, on regarde de pr\u00e8s les \u00e9crits de certains grands esprits de ce si\u00e8cle, on constate tr\u00e8s vite qu\u2019une autre po\u00e9tique \u00e9tait en train de chercher ses contours, sa configuration.<br \/>Dans ma biblioth\u00e8que, j\u2019ai les \u0153uvres compl\u00e8tes d\u2019un certain nombre de naturalistes fran\u00e7ais de cette \u00e9poque, ouvrages concernant la th\u00e9orie de la terre, l\u2019Histoire naturelle des min\u00e9raux, des animaux, des hommes et des oiseaux.<br \/>Du c\u00f4t\u00e9 du Jardin des Plantes et du premier Mus\u00e9um d\u2019Histoire naturelle, quelque chose d\u2019\u00e9norme \u00e9tait en train de se passer.<br \/>Pour s\u2019approcher de ce \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb, il suffit de se plonger dans les textes de ces grands fondateurs.<br \/>Voici Cuvier, dans son \u00e9loge de Daubenton, celui qui fit du simple cabinet de curiosit\u00e9s que fut avant lui le Mus\u00e9um d\u2019Histoire naturelle \u00ab\u00a0un livre tr\u00e8s beau et tr\u00e8s instructif, puisque c\u2019est presque celui de la nature\u00a0\u00bb, non seulement en rassemblant \u00ab\u00a0min\u00e9raux, fruits, bois, coquillages\u00a0\u00bb du monde entier, mais en trouvant pour ces mat\u00e9riaux le plus bel ordonnancement possible.<br \/>Voici Buffon\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi les ouvrages de la nature sont-ils si parfaits\u00a0? C\u2019est que chaque ouvrage est un tout, et qu\u2019elle travaille sur un plan \u00e9ternel dont elle ne s\u2019\u00e9carte jamais\u00a0; elle pr\u00e9pare en silence les germes de ses productions\u00a0; elle \u00e9bauche par un acte unique la forme primitive de tout \u00eatre vivant\u00a0; elle la d\u00e9veloppe, elle la perfectionne par un mouvement continu et dans un temps prescrit.\u00a0\u00bb<br \/>Vicq d\u2019Azyr, pour sa part, parle de \u00ab\u00a0l\u2019heureux accord qui doit r\u00e9gner entre les sciences et les arts\u00a0\u00bb.<br \/>Nous sommes d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 presque en pleine g\u00e9opo\u00e9tique.<br \/>Il me reste \u00e0 me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 quelques \u00e9crivains, quelques po\u00e8tes.<br \/>\u00ab\u00a0Si j\u2019\u00e9tais du m\u00e9tier, dit Montaigne, ma\u00eetre du monde flottant, et un des esprits les plus lucides que le monde ait connus, je naturaliserais l\u2019art, autant comme ils artialisent la nature.\u00a0\u00bb<br \/>Comment \u00ab\u00a0naturaliser l\u2019art\u00a0\u00bb\u00a0?<br \/>Dans le Paradis retrouv\u00e9, Milton parle du sage \u00ab\u00a0ramassant des galets sur la plage\u00a0\u00bb.\u00a0Et Newton prend la rel\u00e8ve, se d\u00e9crivant comme \u00ab\u00a0un enfant jouant sur le rivage de la mer et s\u2019amusant d\u2019un galet apr\u00e8s l\u2019autre, d\u2019un coquillage apr\u00e8s l\u2019autre, tandis que le grand oc\u00e9an de v\u00e9rit\u00e9 s\u2019\u00e9tend au loin, inaccessible.\u00a0\u00bb<br \/>Il y a l\u00e0 la modestie du grand savant, se d\u00e9finissant par rapport \u00e0 l\u2019arrogance imp\u00e9rialiste des imb\u00e9ciles. Mais qu\u2019arriverait-il si l\u2019on n\u2019\u00e9tait ni arrogant ni modeste, ni enfant ni adulte, simplement esprit-chercheur, esprit-trouveur, disons g\u00e9opo\u00e9ticien, d\u00e9ambulant le long des rivages du monde\u00a0?<br \/>C\u2019est le propos, extravagant comme il se doit, de ce livre.<br \/>Ce qu\u2019il y a non seulement d\u2019insolite, mais d\u2019iconoclaste, dans ce livre sur l\u2019art, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019images.<br \/>Notre monde dispara\u00eet dans un trop-plein d\u2019images.<br \/>Dans les textes, je peins une id\u00e9e.<br \/>Les lecteurs qui souhaiteraient un compl\u00e9ment d\u2019images, n\u2019auront aucune peine \u00e0 en trouver.<br \/>Je suis moi-m\u00eame chercheur d\u2019images.<br \/>Mais ce qui m\u2019int\u00e9resse profond\u00e9ment, c\u2019est un travail durable de l\u2019esprit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans cet ouvrage, le po\u00e8te, \u00e9crivain et essayiste Kenneth White (1926-2023) propose une r\u00e9flexion sur l\u2019art dans une&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":475734,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-475733","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115403249641382150","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/475733","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=475733"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/475733\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/475734"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=475733"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=475733"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=475733"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}