{"id":487580,"date":"2025-10-24T20:41:13","date_gmt":"2025-10-24T20:41:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/487580\/"},"modified":"2025-10-24T20:41:13","modified_gmt":"2025-10-24T20:41:13","slug":"langle-mort-strategique-de-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/487580\/","title":{"rendered":"l\u2019angle mort strat\u00e9gique de l\u2019Europe\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par S\u00e9bastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)<\/strong><\/p>\n<p>Au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019Europe, il demeure des angles morts g\u00e9opolitiques que Bruxelles pr\u00e9f\u00e8re souvent ignorer et n\u2019accorder que peu d\u2019int\u00e9r\u00eat. Des zones floues au c\u0153ur m\u00eame du Vieux Continent: la Bosnie-Herz\u00e9govine, toujours fragilis\u00e9e par sa structure institutionnelle bancale et les stigmates de la guerre\u00a0; la Slovaquie, travers\u00e9e par un discours d\u00e9sormais ouvertement pro-russe et contagieux\u00a0; et la\u00a0Serbie, \u00e9ternelle candidate \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, mais dont les loyaut\u00e9s demeurent aussi davantage \u00e0 l\u2019Est.\u00a0<\/p>\n<p>Ces \u00ab chevaux de Troie \u00bb n\u00e9glig\u00e9s offrent un terrain d\u2019expansion pourtant\u00a0id\u00e9al aux puissances ext\u00e9rieures \u2014 Moscou, P\u00e9kin, Ankara \u2014 qui s\u2019y ancrent durablement et testent, sans peine, la coh\u00e9sion d\u2019une Europe souvent trop \u00ab \u00e0 l\u2019Ouest \u00bb justement.<\/p>\n<p>La\u00a0Serbie\u00a0incarne \u00e0 elle seule ce grand \u00e9cart permanent. Officiellement engag\u00e9e sur la voie de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, elle continue d\u2019affirmer une proximit\u00e9 assum\u00e9e avec la Russie et un partenariat \u00e9conomique massif avec la Chine. Pour Bruxelles, c\u2019est un paradoxe embarrassant : un partenaire indispensable \u00e0 la stabilit\u00e9 des Balkans, mais dont les choix strat\u00e9giques s\u2019\u00e9loignent chaque ann\u00e9e un peu plus du mod\u00e8le europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Bor, le tr\u00e9sor\u00a0serbe\u00a0sous pavillon chinois&#13;\n<\/p>\n<p>Dans le nord-est du pays, la r\u00e9gion mini\u00e8re de Bor symbolise cette d\u00e9pendance nouvelle. Ses gisements de cuivre et d\u2019or, exploit\u00e9s depuis des d\u00e9cennies, sont d\u00e9sormais entre les mains du g\u00e9ant chinois Zijin Mining. P\u00e9kin y a inject\u00e9 des milliards d\u2019euros pour moderniser les infrastructures et faire de Bor une vitrine du partenariat sino-serbe. Mais derri\u00e8re les promesses de d\u00e9veloppement, les critiques se multiplient : pollution, opacit\u00e9, gestion autoritaire des ressources.<\/p>\n<p>Pour la Chine, le calcul est simple\u00a0: consolider sa pr\u00e9sence \u00e9conomique et strat\u00e9gique au c\u0153ur des Balkans, dans un pays europ\u00e9en candidat mais non membre de l\u2019Union. Pour la\u00a0Serbie, c\u2019est une opportunit\u00e9 imm\u00e9diate \u2014 de l\u2019argent, des emplois, des infrastructures. P\u00e9kin, contrairement \u00e0 Bruxelles, n\u2019impose ni conditions politiques ni exigences d\u00e9mocratiques. En apparence, tout le monde y gagne. En r\u00e9alit\u00e9, Belgrade perd peu \u00e0 peu la ma\u00eetrise de ses actifs strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Les investissements chinois d\u00e9passent d\u2019ailleurs largement le secteur minier. La sid\u00e9rurgie \u00e0 Smederevo, les projets \u00e9nerg\u00e9tiques, les infrastructures de transport : tout compose un puzzle d\u2019influence d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable. La Chine ne s\u2019installe pas seulement dans l\u2019\u00e9conomie\u00a0serbe, elle s\u2019installe dans son futur.<\/p>\n<p>Belgrade et Moscou : le vieux couple \u00e9nerg\u00e9tique&#13;\n<\/p>\n<p>Rien ne saurait pourtant \u00e9clipser la relation historique entre la\u00a0Serbie\u00a0et la Russie. Belgrade continue d\u2019importer l\u2019essentiel de son gaz depuis le r\u00e9seau russe, et Gazprom d\u00e9tient toujours une part d\u00e9cisive de la soci\u00e9t\u00e9 p\u00e9troli\u00e8re nationale NIS. Lorsque les sanctions am\u00e9ricaines ont vis\u00e9 les filiales\u00a0serbes\u00a0du groupe \u00e0 l\u2019automne 2025, la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique du pays est apparue au grand jour.<\/p>\n<p>Pour le pr\u00e9sident Aleksandar Vu\u010di\u0107, Moscou reste un rep\u00e8re et un contrepoids. Dans l\u2019opinion\u00a0serbe, la Russie demeure per\u00e7ue comme un alli\u00e9 traditionnel, h\u00e9ritage culturel et religieux autant que politique. Cette fid\u00e9lit\u00e9 historique, parfois sentimentale, p\u00e8se lourdement sur la diplomatie du pays. En refusant d\u2019appliquer les sanctions europ\u00e9ennes contre Moscou, la\u00a0Serbie\u00a0entretient un flou strat\u00e9gique qui la marginalise de plus en plus sur la sc\u00e8ne continentale.<\/p>\n<p>Entre l\u2019Europe et le reste du monde : un \u00e9quilibre pr\u00e9caire&#13;\n<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne maintient la\u00a0Serbie\u00a0parmi ses candidats dits \u00ab strat\u00e9giques \u00bb, tout en mesurant les risques d\u2019un \u00e9largissement vers un \u00c9tat o\u00f9 les influences russe et chinoise se croisent ouvertement. L\u2019absence d\u2019alignement sur la politique \u00e9trang\u00e8re commune, combin\u00e9e \u00e0 une d\u00e9pendance \u00e9conomique croissante vis-\u00e0-vis d\u2019acteurs ext\u00e9rieurs, r\u00e9duit toute chance d\u2019avanc\u00e9e r\u00e9elle vers l\u2019adh\u00e9sion.<\/p>\n<p>Les exigences de Bruxelles sont pourtant connues : convergence d\u00e9mocratique, transparence, respect des normes environnementales. Autant de points sur lesquels Belgrade avance lentement, parfois \u00e0 contretemps. L\u2019Europe, prudente, h\u00e9site \u00e0 brusquer un partenaire qu\u2019elle redoute de voir glisser davantage vers l\u2019Est. Mais \u00e0 force de temporiser, elle entretient un vide strat\u00e9gique dont P\u00e9kin et Moscou tirent m\u00e9thodiquement profit.<\/p>\n<p>La\u00a0Serbie, au fond, ne cherche pas \u00e0 rompre avec l\u2019Europe. Elle veut simplement red\u00e9finir les termes de sa relation, selon sa propre logique : un espace d\u2019opportunit\u00e9s, sans contraintes politiques. Mais dans un monde d\u00e9sormais r\u00e9gi par la logique des blocs, cette posture devient intenable. Ce que Belgrade pr\u00e9sente comme une politique d\u2019\u00e9quilibre ressemble de plus en plus \u00e0 une d\u00e9pendance \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable : \u00e9nerg\u00e9tique vis-\u00e0-vis de Moscou, industrielle vis-\u00e0-vis de P\u00e9kin, et politique vis-\u00e0-vis de Bruxelles.<\/p>\n<p>La\u00a0Serbie\u00a0est aujourd\u2019hui un laboratoire de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 europ\u00e9enne : trop proche pour \u00eatre ignor\u00e9e, trop ind\u00e9pendante pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e. Et si elle reste un angle mort strat\u00e9gique, c\u2019est peut-\u00eatre parce que l\u2019Europe, elle-m\u00eame, ne sait plus tr\u00e8s bien o\u00f9 commencent \u2014 et o\u00f9 s\u2019arr\u00eatent \u2014 ses fronti\u00e8res politiques.<\/p>\n<p>(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe g\u00e9opolitique relations internationales, directeur de l&rsquo;Institut G\u00e9opolitique Europeen (IGE), associ\u00e9 au CNAM Paris (Equipe S\u00e9curit\u00e9 D\u00e9fense), \u00e0 l&rsquo;Observatoire G\u00e9ostrat\u00e9gique de Gen\u00e8ve (Suisse). Consultant m\u00e9dias et chroniqueur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par S\u00e9bastien Boussois, docteur en sciences politiques (*) Au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019Europe, il demeure des angles morts&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":487581,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1586],"tags":[17,11,1777,674,1011,27,56833,61067,1808,18,12,4536,25,3329,3976],"class_list":{"0":"post-487580","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-17","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-idees-debats","15":"tag-langle","16":"tag-leurope","17":"tag-mort","18":"tag-news","19":"tag-opinion","20":"tag-republique-francaise","21":"tag-serbie","22":"tag-strategique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115431085508697850","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487580","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=487580"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487580\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/487581"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=487580"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=487580"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=487580"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}