{"id":489928,"date":"2025-10-25T22:24:12","date_gmt":"2025-10-25T22:24:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/489928\/"},"modified":"2025-10-25T22:24:12","modified_gmt":"2025-10-25T22:24:12","slug":"leurope-au-bord-du-black-out-geopolitique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/489928\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe au bord du black-out g\u00e9opolitique"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab L\u2019\u00e9nergie n\u2019est plus une ressource. Aujourd\u2019hui, c\u2019est une arme. Et l\u2019Europe n\u2019a plus la mainmise sur la g\u00e2chette. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Europe est d\u00e9finitivement entr\u00e9e dans une zone de fragilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, non plus temporaire, mais structurelle. Son image de puissance organisatrice mondiale s\u2019effondre face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 brutale\u00a0: elle d\u00e9pend de d\u00e9cisions ext\u00e9rieures pour s\u2019\u00e9clairer. Des d\u00e9cennies de pari sur l\u2019\u00e9nergie \u00e9trang\u00e8re (gaz russe bon march\u00e9, nucl\u00e9aire fran\u00e7ais vieillissant, p\u00e9trole arabe restreint et \u00e9nergies renouvelables toujours insuffisantes) ont cr\u00e9\u00e9 la temp\u00eate parfaite. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un probl\u00e8me de prix ou d\u2019inflation. Il s\u2019agit d\u2019une perte strat\u00e9gique de souverainet\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, l\u2019Europe ne prend pas en main son destin \u00e9nerg\u00e9tique. Elle r\u00e9agit, elle ne d\u00e9cide pas. Et le risque n\u2019est pas une panne technique, mais g\u00e9opolitique.<\/p>\n<p><strong>1. L\u2019Europe entre dans une phase de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique ouverte<\/strong><\/p>\n<p>Avant la guerre, l\u2019Europe consommait plus de 155 milliards de m\u00e8tres cubes de gaz russe par an, soit 45 % de son approvisionnement total. En 2024, ce chiffre \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e0 moins de 25 milliards, non pas parce qu\u2019elle n\u2019en avait plus besoin, mais parce qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 contrainte de le remplacer en payant trois fois plus cher le GNL am\u00e9ricain, \u00e0 plus de 50 dollars le MWh, contre 15 dollars pour le gaz russe livr\u00e9 par gazoduc. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un ajustement \u00e9conomique, mais d\u2019un effondrement strat\u00e9gique instantan\u00e9. Priv\u00e9 de sa propre \u00e9nergie, le continent a d\u00e9couvert que son autonomie n\u2019\u00e9tait qu\u2019un mirage, entretenu par la g\u00e9ographie, et non par la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>La France tire 63 % de son \u00e9lectricit\u00e9 du nucl\u00e9aire, mais 28 de ses 56 r\u00e9acteurs ont pr\u00e9sent\u00e9 des signes de corrosion ou de fissures dans des syst\u00e8mes critiques en 2023. L\u2019Allemagne, apr\u00e8s la fermeture de ses derni\u00e8res centrales nucl\u00e9aires, a d\u00fb importer de l\u2019\u00e9nergie en pleine crise. La demande industrielle europ\u00e9enne en gaz n\u2019a pas diminu\u00e9\u00a0; elle a simplement \u00e9t\u00e9 d\u00e9localis\u00e9e. Plus de 90 milliards de dollars US d\u2019investissements dans les industries de la chimie, de l\u2019acier et des engrais ont migr\u00e9 ou migrent vers les \u00c9tats-Unis et l\u2019Asie entre 2023 et 2025 pour des raisons purement \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Le coup symbolique a \u00e9t\u00e9 le retour au charbon. L\u2019Europe a br\u00fbl\u00e9 30 % de charbon de plus en 2023 qu\u2019en 2020, remettant en marche des centrales qui avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es en grande pompe. L\u2019Allemagne, \u00e0 elle seule, a augment\u00e9 sa consommation de charbon de 11 millions de tonnes suppl\u00e9mentaires. Le continent qui se pr\u00e9sentait comme un leader climatique est soudain devenu otage \u00e9nerg\u00e9tique. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un <strong>probl\u00e8me technique ou passager. C\u2019est le d\u00e9but du black-out g\u00e9opolitique europ\u00e9en.<\/strong><\/p>\n<p><strong>2. L\u2019Allemagne \u00e0 ses limites et les usines du monde entier sont \u00e0 court de moteurs<\/strong><\/p>\n<p>Avant la coupure de gaz russe, 55 % de l\u2019\u00e9nergie industrielle allemande provenait directement du gaz naturel, \u00e0 un co\u00fbt moyen de 12 dollars par MWh. Aujourd\u2019hui, ce m\u00eame co\u00fbt d\u00e9passe 38 dollars par MWh, m\u00eame avec les subventions publiques, et en 2022, il a atteint des pics \u00e0 300 dollars sur le march\u00e9 spot, entra\u00eenant la fermeture de lignes enti\u00e8res. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diat\u00a0: BASF a annonc\u00e9 la fermeture progressive de son usine de Ludwigshafen (19\u00a0000 emplois directs) et a transf\u00e9r\u00e9 10 milliards de dollars d\u2019investissements en Chine.<\/p>\n<p>L\u2019industrie automobile, qui repr\u00e9sente 13 % du PIB allemand et plus de 800\u00a0000 emplois directs, atteint les limites de sa rentabilit\u00e9. Volkswagen a publiquement reconnu en septembre 2024 que la production d\u2019un v\u00e9hicule \u00e9lectrique en Chine co\u00fbte 35 % de moins qu\u2019en Allemagne. Mercedes et BMW envisagent de d\u00e9localiser une partie de leur cha\u00eene de production aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 Washington offre des subventions IRA pouvant atteindre 7\u00a0500 dollars par v\u00e9hicule \u00e9lectrique produit.<\/p>\n<p>L\u2019hydrog\u00e8ne vert (promis comme solution strat\u00e9gique) a \u00e9chou\u00e9 d\u00e8s sa phase initiale. Produire un kilo d\u2019hydrog\u00e8ne en Allemagne co\u00fbte aujourd\u2019hui en moyenne entre 6 et 8 dollars am\u00e9ricains, tandis qu\u2019en Arabie saoudite et au Chili, le co\u00fbt pr\u00e9vu d\u2019ici 2026 est de 1,2 \u00e0 2,5 dollars am\u00e9ricains. La Chine et l\u2019Inde produisent d\u00e9j\u00e0 de l\u2019acier et des batteries avec une \u00e9nergie moins ch\u00e8re. L\u2019Allemagne, qui fut pendant un demi-si\u00e8cle l\u2019usine de la plan\u00e8te, paie d\u00e9sormais plus cher sa propre \u00e9nergie que ce qu\u2019elle gagne \u00e0 l\u2019exportation. Le d\u00e9ficit silencieux a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3. France, Italie, Espagne : un mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique fragment\u00e9 et non coordonn\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La France poss\u00e8de toujours l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, mais la r\u00e9alit\u00e9 est critique. 63 % de son \u00e9lectricit\u00e9 provient de 56 r\u00e9acteurs, dont 28 ont d\u00fb \u00eatre ferm\u00e9s ou limit\u00e9s d\u2019ici 2023 en raison de la corrosion et de d\u00e9faillances structurelles. La centrale nucl\u00e9aire fran\u00e7aise, qui exportait auparavant plus de 50 TWh par an, a fini par importer de l\u2019\u00e9nergie d\u2019Allemagne et d\u2019Espagne en plein hiver. Son nouveau r\u00e9acteur phare de Flamanville (promis en 2012), qui devait co\u00fbter 4 milliards de dollars, d\u00e9passe aujourd\u2019hui les 15 milliards de dollars, bien qu\u2019il ne soit pas op\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>L\u2019Italie vit dans une d\u00e9pendance absolue. 95 % de sa consommation de gaz est import\u00e9e et, apr\u00e8s sa rupture avec la Russie, elle d\u00e9pend d\u00e9sormais fortement de l\u2019Alg\u00e9rie et de l\u2019Azerba\u00efdjan. En 2024, elle a sign\u00e9 des contrats d\u2019une valeur de 13 milliards de dollars avec la compagnie alg\u00e9rienne Sonatrach, mais les infrastructures sont instables et soumises aux pressions politiques de l\u2019Afrique du Nord. Rome ne contr\u00f4le ni les prix ni les flux. Elle est sous s\u00e9questre \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>L\u2019Espagne est le cas le plus contradictoire. En 2024, elle est devenue le deuxi\u00e8me exportateur d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u2019Europe, gr\u00e2ce \u00e0 son mix \u00e9nerg\u00e9tique compos\u00e9 \u00e0 46 % d\u2019\u00e9nergies renouvelables. Elle a export\u00e9 plus de 20 TWh vers la France, mais a simultan\u00e9ment import\u00e9 pour plus de 60 milliards de dollars de produits industriels fabriqu\u00e9s avec une \u00e9nergie bon march\u00e9 hors du continent. Elle poss\u00e8de de l\u2019\u00e9nergie, mais ne la transforme pas. L\u2019Europe n\u2019est pas fragment\u00e9e uniquement par sa strat\u00e9gie\u00a0: elle est fractur\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques internes.<\/p>\n<p><strong>4. La Russie, le Qatar, l\u2019Alg\u00e9rie et l\u2019Arabie saoudite prennent le contr\u00f4le des flux \u00e9nerg\u00e9tiques<\/strong><\/p>\n<p>La Russie a perdu des clients en Europe, mais pas son \u00e9lectricit\u00e9. Elle a redirig\u00e9 plus de 80 milliards de m\u00e8tres cubes de gaz vers la Chine, l\u2019Inde et la Turquie, et a sign\u00e9 avec P\u00e9kin le gazoduc \u00ab\u00a0Power of Siberia II\u00a0\u00bb, qui garantira des ventes de plus de 400 milliards de dollars sur 30 ans. Poutine n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 d\u00e9placer des vannes, pas des r\u00e9servoirs, et le gaz est d\u00e9j\u00e0 une arme de guerre. En 2022, la r\u00e9duction de 70\u00a0% du d\u00e9bit de Nord Stream a suffi \u00e0 propulser l\u2019inflation \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne \u00e0 son plus haut niveau depuis 40\u00a0ans. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019une attaque militaire, mais d\u2019un rappel de la d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Le Qatar, propri\u00e9taire de 20 % des r\u00e9serves mondiales de gaz, a d\u00e9cid\u00e9 de doubler sa production de GNL et a d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 des contrats de 27 ans avec la France, l\u2019Allemagne et la Chine. Personne ne pourra le remplacer avant 2030. L\u2019Arabie saoudite contr\u00f4le 11 millions de barils par jour et op\u00e8re aux c\u00f4t\u00e9s de la Russie au sein d\u2019une OPEP+ qui n\u2019a plus de comptes \u00e0 rendre \u00e0 Washington. En 2023, elle a ignor\u00e9 la pression de la Maison Blanche et a r\u00e9duit sa production de 1,3 million de barils par jour afin de maintenir le prix du brut au-dessus de 85 dollars.<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie s\u2019impose comme un acteur incontournable en M\u00e9diterran\u00e9e. En 2024, elle a sign\u00e9 des contrats avec l\u2019Italie pour un montant de 13 milliards de dollars, ainsi qu\u2019un accord strat\u00e9gique avec l\u2019Allemagne pour exporter de l\u2019hydrog\u00e8ne vert \u00e0 partir de 2027. Mais l\u2019Alg\u00e9rie ob\u00e9it \u00e0 sa propre logique, et non \u00e0 celle de Bruxelles. Aujourd\u2019hui, quatre capitales (Moscou, Doha, Riyad et Alger) peuvent d\u00e9stabiliser l\u2019Europe sans m\u00eame tirer un seul missile. L\u2019\u00e9nergie ne se vend plus. Elle est utilis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>5. Les \u00c9tats-Unis deviennent un fournisseur imp\u00e9rial, mais \u00e0 un co\u00fbt inabordable<\/strong><\/p>\n<p>Les relations \u00e9nerg\u00e9tiques des \u00c9tats-Unis avec l\u2019Europe ne sont pas commerciales. Elles sont g\u00e9opolitiques. En 2021, l\u2019Europe payait en moyenne 15 dollars par MWh pour le gaz russe de Nord Stream. En 2023, elle a d\u00e9pass\u00e9 les 50 dollars par MWh pour le gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) am\u00e9ricain. Dans un moment de panique, le prix spot a d\u00e9pass\u00e9 les 300 dollars par MWh. L\u2019\u00e9cart n\u2019\u00e9tait pas marginal et constituait une v\u00e9ritable taxe de guerre \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Rien qu\u2019en 2023, les exportations de GNL des \u00c9tats-Unis vers l\u2019Europe ont d\u00e9pass\u00e9 les 60 milliards de dollars, et des entreprises comme Cheniere Energy ont multipli\u00e9 leurs profits. Washington est devenu le premier fournisseur de gaz du continent, supplantant discr\u00e8tement Moscou. Mais ce remplacement a des cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Les industries europ\u00e9ennes paient jusqu\u2019\u00e0 quatre fois plus cher leur \u00e9nergie que leurs concurrentes am\u00e9ricaines, ce qui a d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 une fuite massive des investissements industriels vers le Texas et la Louisiane, o\u00f9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est pay\u00e9e 30 dollars par MWh contre 90 dollars en Allemagne.<\/p>\n<p>La Maison Blanche ne vend pas de l\u2019\u00e9nergie. Elle vend une subordination strat\u00e9gique. Chaque m\u00e9thanier arrivant en Europe prouve que le continent a perdu sa capacit\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier de mani\u00e8re autonome. Le co\u00fbt ne se mesure pas en euros, mais en ob\u00e9issance structurelle. L\u2019Europe n\u2019importe plus seulement de l\u2019\u00e9nergie. Elle importe de la d\u00e9pendance.<\/p>\n<p><strong>6. Le coup d\u2019\u00c9tat silencieux : la Chine ach\u00e8te de l\u2019\u00e9nergie bon march\u00e9 et vend une industrie co\u00fbteuse \u00e0 l\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>La Chine paie actuellement les prix de l\u2019\u00e9nergie les plus bas du syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique mondial. Elle importe du gaz russe par gazoduc pour moins de 10 dollars US par MWh, tandis que l\u2019Europe le paie entre 50 et 90 dollars US. L\u2019accord strat\u00e9gique sign\u00e9 entre Gazprom et CNPC en 2024 garantit \u00e0 P\u00e9kin plus de 98 milliards de m\u00e8tres cubes de gaz par an \u00e0 des prix pr\u00e9f\u00e9rentiels pendant trois d\u00e9cennies. Parall\u00e8lement, la Chine re\u00e7oit du p\u00e9trole saoudien \u00e0 des prix r\u00e9duits allant jusqu\u2019\u00e0 5 dollars US le baril, via des contrats directs, hors dollar. R\u00e9sultat\u00a0: la production d\u2019\u00e9nergie en Chine co\u00fbte jusqu\u2019\u00e0 quatre fois moins cher qu\u2019en Europe.<\/p>\n<p>Forte de cet avantage, la Chine inonde le march\u00e9 europ\u00e9en de voitures \u00e9lectriques, de batteries, d\u2019acier vert et de machines industrielles. En 2024, les exportations chinoises vers l\u2019Europe ont d\u00e9pass\u00e9 660 milliards de dollars, tandis que l\u2019Europe en a export\u00e9 moins de 260 milliards. L\u2019\u00e9cart se creuse de mois en mois. Et, plus grave encore, l\u2019Europe subventionne sa propre d\u00e9faite. Les gouvernements europ\u00e9ens versent des millions d\u2019aides \u00e0 leurs industries pour qu\u2019elles puissent faire face aux co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie\u2026 et ces m\u00eames industries ach\u00e8tent des intrants, des machines et des technologies fabriqu\u00e9s en Asie avec une \u00e9nergie bon march\u00e9.<\/p>\n<p>La Chine n\u2019a pas besoin de confrontation. De froids calculs suffisent. Elle ach\u00e8te de l\u2019\u00e9nergie bon march\u00e9 et vend une industrie co\u00fbteuse. Ce diff\u00e9rentiel devient une puissance imp\u00e9riale. Et l\u2019Europe, sans s\u2019en rendre compte, finance l\u2019essor strat\u00e9gique de son principal concurrent.<\/p>\n<p><strong>7. Projection 2030\u20132035. L\u2019Europe perd le si\u00e8cle de l\u2019\u00e9nergie si elle ne rompt pas l\u2019ob\u00e9issance atlantique<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019Europe maintient sa d\u00e9pendance actuelle, le continent paiera deux \u00e0 quatre fois plus cher le gaz et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 que ses concurrents asiatiques d\u2019ici 2030. Avec des prix de gros maintenus au-dessus de 70 dollars par MWh, l\u2019industrie \u00e9lectro-intensive perdra structurellement des marges.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est mesurable aujourd\u2019hui et projetable \u00e0 plus grande \u00e9chelle. Entre 2026 et 2030, l\u2019Union pourrait perdre jusqu\u2019\u00e0 1,5 point de PIB par an en raison des pertes d\u2019investissement et de la baisse de productivit\u00e9. Le solde commercial industriel avec la Chine d\u00e9passe d\u00e9j\u00e0 400 milliards de dollars par an et pourrait atteindre 600 milliards de dollars d\u2019ici 2030 si le d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019est pas combl\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce sc\u00e9nario, la capacit\u00e9 de raffinage europ\u00e9enne serait r\u00e9duite de 15 %, l\u2019acier primaire fermerait entre 15 et 20 millions de tonnes de capacit\u00e9, et la chimie lourde transf\u00e9rerait plus de 120 milliards de dollars d\u2019investissements vers l\u2019Asie et les \u00c9tats-Unis entre 2026 et 2035. La d\u00e9pendance absolue n\u2019est pas un chiffre. Il s\u2019agit d\u2019un solde courant n\u00e9gatif durable, financ\u00e9 par une dette co\u00fbteuse et un ch\u00f4mage industriel croissant.<\/p>\n<p>Il existe une voie alternative. Elle n\u00e9cessite une rupture strat\u00e9gique avec l\u2019ob\u00e9issance atlantique en mati\u00e8re \u00e9nerg\u00e9tique et financi\u00e8re. L\u2019Europe devrait obtenir des contrats gaziers et p\u00e9troliers directs non dollaris\u00e9s avec des fournisseurs diversifi\u00e9s et fixer un prix plafond interne pour l\u2019industrie entre 40 et 50 dollars par MWh pendant la transition. Parall\u00e8lement, elle devrait acc\u00e9l\u00e9rer la mise en place d\u2019une matrice verte \u00e0 grande \u00e9chelle et de cha\u00eenes locales compl\u00e8tes. Une capacit\u00e9 solaire install\u00e9e d\u2019au moins 600 GW en 2030 et de 850 \u00e0 900 GW en 2035. Une puissance \u00e9olienne totale de l\u2019ordre de 350 GW en 2030, dont 110 GW en mer, et de 500 GW en 2035, dont 180 \u00e0 200 GW en mer.<\/p>\n<p>Stockage par batterie sup\u00e9rieur \u00e0 200 GWh en 2030 et 500 GWh en 2035. Hydrog\u00e8ne vert avec une production nationale annuelle de 10 millions de tonnes d\u2019ici 2030 et de 20 millions de tonnes en 2035, ax\u00e9 sur l\u2019acier, les engrais et le transport lourd. Interconnexions \u00e9lectriques augmentant la capacit\u00e9 transfrontali\u00e8re de 30 % d\u2019ici 2030 pour acheminer l\u2019exc\u00e9dent d\u2019\u00e9nergie solaire du sud vers le centre industriel\u00a0; et cadres de contenu local reliant les usines de panneaux, de turbines, d\u2019\u00e9lectrolyseurs et de batteries au territoire europ\u00e9en avec des incitations de 50 milliards de dollars par an pendant cinq ans. Le renouveau civilisationnel vert n\u2019est pas un slogan. C\u2019est un budget et une politique industrielle.<\/p>\n<p>La bifurcation 2030-2035 est flagrante. Avec l\u2019ob\u00e9issance atlantique et une \u00e9nergie co\u00fbteuse, le ch\u00f4mage industriel europ\u00e9en pourrait d\u00e9passer les 15 millions d\u2019emplois accumul\u00e9s au cours de la d\u00e9cennie, et la part de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re dans le PIB pourrait tomber sous les 12 %. Avec la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et une politique verte financi\u00e8rement muscl\u00e9e, l\u2019Europe peut soutenir l\u2019approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique de son industrie entre 45 et 55 dollars par MWh et r\u00e9cup\u00e9rer un point et demi de productivit\u00e9 annuelle d\u00e8s 2031. Il ne s\u2019agit pas de choisir un parti politique. Il s\u2019agit de choisir qui fixe le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui alimente une usine. L\u2019une des deux voies d\u00e9finit le si\u00e8cle pour l\u2019Europe. L\u2019autre, c\u2019est la rentabilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>8. L\u2019Europe face au miroir \u00e9nerg\u00e9tique du si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Europe n\u2019est pas confront\u00e9e \u00e0 un risque. Elle est confront\u00e9e \u00e0 une d\u00e9cision. La panne ne sera pas technique, mais politique. Les lumi\u00e8res ne s\u2019\u00e9teindront pas sur les fils\u00a0; elles s\u2019\u00e9teindront dans les centres de pouvoir qui refusent de d\u00e9cider. Si elle reste soumise aux prix fix\u00e9s par Washington, Riyad ou P\u00e9kin, elle deviendra un march\u00e9 de luxe pour consommateurs endett\u00e9s, et non une puissance. Ce destin a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, mais il n\u2019y a pas de sir\u00e8nes. Il s\u2019accompagne d\u2019usines silencieuses, d\u2019importations record, d\u2019une jeunesse qui regarde davantage vers Shanghai que vers Bruxelles.<\/p>\n<p>Mais l\u2019avenir n\u2019est pas gagn\u00e9 d\u2019avance. L\u2019Europe dispose encore du capital humain, des infrastructures et de la l\u00e9gitimit\u00e9 historique n\u00e9cessaires pour lancer une seconde r\u00e9volution industrielle verte (cette fois souveraine, strat\u00e9gique et \u00e9nerg\u00e9tique) si elle d\u00e9cide de rompre avec son ob\u00e9issance automatique. Installer simplement des \u00e9nergies renouvelables ne suffit pas. Le prix, la technologie et la cha\u00eene de valeur doivent \u00eatre ma\u00eetris\u00e9s. L\u2019\u00e9nergie n\u2019est pas une marchandise. C\u2019est le sol invisible sur lequel \u00e9volue une civilisation. Et nul ne domine l\u2019histoire en foulant le sol d\u2019autrui.<\/p>\n<p>Il est encore possible de faire des choix. Mais l\u2019horloge \u00e9nerg\u00e9tique ne s\u2019\u00e9gr\u00e8ne plus en d\u00e9cennies, mais en ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong> :<\/p>\n<ul>\n<li>Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie (AIE), Perspectives \u00e9nerg\u00e9tiques mondiales 2023-2024<\/li>\n<li>Eurostat, Rapports sur la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et la balance commerciale 2023-2024<\/li>\n<li>Banque centrale europ\u00e9enne (BCE), Impact du choc \u00e9nerg\u00e9tique sur l\u2019industrie europ\u00e9enne<\/li>\n<li>Commission europ\u00e9enne, Plan industriel Green Deal et loi sur l\u2019industrie z\u00e9ro \u00e9mission nette 2024<\/li>\n<li>FMI, Perspectives de l\u2019\u00e9conomie mondiale \u2013 D\u00e9s\u00e9quilibres structurels UE-Chine-\u00c9tats-Unis<\/li>\n<li>Gazprom\/CNPC, accords Power of Siberia I et II, 2023-2024<\/li>\n<li>Signature de contrats de gazoducs et de GNL entre Sonatrach, Eni et TotalEnergies (2022-2024)<\/li>\n<li>Bloomberg, EU Industrial Exodus Tracker \u2013 Co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie 2022-2024<\/li>\n<li>Agence internationale pour les \u00e9nergies renouvelables (IRENA), Projections des co\u00fbts solaires et \u00e9oliens 2030-2035<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab L\u2019\u00e9nergie n\u2019est plus une ressource. 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