{"id":492403,"date":"2025-10-27T03:47:16","date_gmt":"2025-10-27T03:47:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/492403\/"},"modified":"2025-10-27T03:47:16","modified_gmt":"2025-10-27T03:47:16","slug":"les-planetes-se-sont-alignees-se-souvient-lavocat-lyonnais-yves-sauvayre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/492403\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0les plan\u00e8tes se sont align\u00e9es\u00a0\u00bb, se souvient l&rsquo;avocat lyonnais Yves Sauvayre"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019il \u00e9tait innocent.\u00a0\u00bb Lorsqu\u2019il prononce ces mots, me Sauvayre n\u2019a rien perdu de la passion qui l\u2019anime depuis bient\u00f4t cinquante ans au barreau de Lyon. Le souvenir dont il parle remonte \u00e0 une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, mais il l\u2019habite encore. Le proc\u00e8s d\u2019un chirurgien accus\u00e9 d\u2019avoir empoisonn\u00e9 ses parents. Condamn\u00e9 \u00e0 25 ans de r\u00e9clusion criminelle aux assises de Saint-\u00c9tienne en 2008, l\u2019homme sera acquitt\u00e9 un an plus tard, en appel, \u00e0 Lyon. Entre les deux audiences, un patient travail d\u2019enqu\u00eate\u2026 et quelques hasards d\u00e9cisifs.\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019histoire d\u00e9bute le 30 novembre 1999 \u00e0 Saint-Chamond. La femme de m\u00e9nage d\u2019un couple s\u2019inqui\u00e8te. Le pavillon est ferm\u00e9, personne ne r\u00e9pond. Les pompiers d\u00e9couvrent les corps d&rsquo;un homme et de sa femme, install\u00e9s dans leur salon, comme saisis par la mort en pleine routine. Pas de d\u00e9sordre, pas de lettre, pas d\u2019effraction. Un suicide\u202f? C\u2019est ce que pensent d\u2019abord les enqu\u00eateurs, puis l\u2019enqu\u00eate s\u2019oriente vers leur fils, chirurgien r\u00e9put\u00e9. Malgr\u00e9 qu\u2019au d\u00e9part de l\u2019affaire le juge d\u2019instruction \u00e9tait convaincu de son innocence, en mars 2001, il est mis en examen pour empoisonnement. Sept ans plus tard, la cour d\u2019assises le condamne. Me Sauvayre n\u2019est pas encore dans la boucle.\u00a0<\/p>\n<p>\u201cQuand je r\u00e9cup\u00e8re le dossier, il est en prison. J\u2019ai face \u00e0 moi un homme combatif. C\u2019est vrai qu\u2019un chirurgien en prison, il y a une erreur de casting quand m\u00eame.\u00a0\u00bb En appel, tout reste \u00e0 reconstruire. Et les failles de l\u2019accusation s\u2019\u00e9clairent. Une rencontre fortuite vient donner un tournant inattendu. \u00ab\u00a0Je croise un jour un patron d\u2019une grosse entreprise c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re d\u2019Annonay que je connais. Il me dit qu\u2019il devait \u00eatre entendu pendant l\u2019instruction, mais que \u00e7a ne s\u2019est jamais fait. Il m\u2019explique qu\u2019il connaissait bien le couple, et qu\u2019il avait souvent entendu la femme dire : \u2018Je tuerai mon mari et je me tuerai apr\u00e8s.\u2019 Je l\u2019ai fait citer. Il a t\u00e9moign\u00e9&#8230; impeccable !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une part d&rsquo;ombre demeure<\/strong><\/p>\n<p>Autre moment-cl\u00e9 : le t\u00e9moignage d\u2019un anesth\u00e9siste venu du Canada, contact\u00e9 par la famille. La substance l\u00e9tale retrouv\u00e9e \u2013 un curare utilis\u00e9 pour les anesth\u00e9sies \u2013 posait question.\u202f\u00a0\u00bbLes experts fran\u00e7ais disaient qu\u2019une injection entra\u00eenait la mort imm\u00e9diate. Mais lui a expliqu\u00e9, en anglais \u2013 ce qui ajoutait une forme de solennit\u00e9 \u2013 que la mort n\u2019\u00e9tait pas instantan\u00e9e, qu\u2019on pouvait encore bouger. Il a fait le trajet entre la barre et la d\u00e9fense, pour montrer que la distance qu\u2019une personne pouvait effectuer apr\u00e8s que la substance lui soit administr\u00e9e. \u00c7a changeait tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Reste une \u00e9nigme\u202f: la seringue. Jamais retrouv\u00e9e. \u00ab\u00a0Avec Me Castelli, on a relev\u00e9 qu\u2019il y avait une chemin\u00e9e dans la maison, jamais fouill\u00e9e. La seringue est en plastique certes, mais l&rsquo;aiguille est en m\u00e9tal. Peut-\u00eatre qu\u2019elle y \u00e9tait. Peut-\u00eatre pas. Mais sans savoir, on ne peut pas condamner.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour l\u2019avocat, cette affaire est embl\u00e9matique. \u00ab\u00a0Quand on plaide une relaxe ou un acquittement, on a un obstacle : le dossier. Il y a du positif, du n\u00e9gatif. Et il faut convaincre.\u00a0\u00bb Et derri\u00e8re l\u2019argumentaire, une m\u00e9thode. \u00ab\u00a0Moi, j&rsquo;ai un vieux juge qui m\u2019a dit un jour : &lsquo;Raconte-moi une histoire qui tient debout.&rsquo; C\u2019est tout. Mais dans cette affaire, j\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019il \u00e9tait innocent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un point demeure : le mobile. On a parl\u00e9 d\u2019un d\u00e9couvert bancaire de 15\u202f000 euros.\u00a0\u00bb\u202fMais il \u00e9tait chirurgien, il gagnait bien sa vie. Et pourquoi tuer ses parents ? D&rsquo;autant plus avec un produit qui fait souffrir\u202f? Si dans un dossier criminel le mobile est inop\u00e9rant, pour moi, \u00e7a voulait dire beaucoup.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s d\u2019appel, \u00e0 Lyon, s\u2019est \u00e9tendu sur cinq jours. Me Sauvayre se souvient avoir d\u00e9roul\u00e9 le dossier avec m\u00e9thode. Les t\u00e9moignages cl\u00e9s se succ\u00e8dent. Celui de l\u2019industriel, qui connaissait intimement le couple, marque un tournant. Celui de l\u2019anesth\u00e9siste canadien impressionne l\u2019auditoire, par son aplomb et la clart\u00e9 de sa d\u00e9monstration. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait une personne tr\u00e8s convaincante. Il a montr\u00e9 que la th\u00e8se du suicide restait possible, techniquement.\u00a0\u00bb Le client, lui, garde un comportement ma\u00eetris\u00e9. Quand tombe le verdict : acquittement. Le chirurgien quitte le box libre. \u00ab\u00a0\u202fOn est pass\u00e9 de 25 ans \u00e0 z\u00e9ro. Un acquittement, c\u2019est toujours un moment de bonheur. On se dit : j\u2019ai fait le job.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Au fond, l\u2019affaire reste entour\u00e9e d\u2019une part d\u2019ombre. Le mobile suppos\u00e9 de la m\u00e8re, ancienne infirmi\u00e8re au caract\u00e8re affirm\u00e9, donne le vertige : jalousie ? ranc\u0153ur ? \u00ab\u00a0\u202fSon mari avait une ma\u00eetresse, de par sa fonction elle avait acc\u00e8s aux blocs op\u00e9ratoires, elle savait se servir d\u2019une seringue et ce fameux t\u00e9moignage rapportant qu\u2019elle r\u00e9p\u00e9tait souvent qu\u2019elle le tuerait, puis se tuerait.\u00a0\u00bb Ce sc\u00e9nario tragique, bien que plausible, ne pourra jamais \u00eatre confirm\u00e9. \u00a0<\/p>\n<p lang=\"FR-FR\">Dans l\u2019affaire du chirurgien, les plan\u00e8tes se sont align\u00e9es.\u202f\u00a0\u00bbLe t\u00e9moin que je connais, le m\u00e9decin venu du Canada, le juge d\u2019instruction convaincu de son innocence\u2026 C\u2019\u00e9tait un encastrement. Mars, V\u00e9nus, la Lune. Tout \u00e9tait l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec le recul, Yves Sauvayre voit dans cette affaire un condens\u00e9 de sa profession. \u00ab\u00a0Un proc\u00e8s d\u2019assises, c\u2019est un proc\u00e8s vivant. Il peut se passer plein de choses, bonnes, mauvaises. Et l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait un cas d\u2019\u00e9cole. C\u2019est vrai que quand le pr\u00e9sident dit : \u201cMa\u00eetre, la cour vous \u00e9coute\u201d, on a parfois envie de s\u2019enfuir. Un grand p\u00e9naliste m\u2019avait dit : &lsquo;Si tu n&rsquo;as plus peur, il ne faut plus y aller.&rsquo;\u202f\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019il \u00e9tait innocent.\u00a0\u00bb Lorsqu\u2019il prononce ces mots, me Sauvayre n\u2019a rien perdu de la passion qui&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":492404,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1889],"tags":[1111,11,2813,2190,2430,1109,251,1112,2811,1777,674,118,1011,27,1922,1110,1114,2428,2810,12,241,316,25,2812,517,800],"class_list":{"0":"post-492403","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-lyon","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-article","11":"tag-asvel","12":"tag-auvergne-rhone-alpes","13":"tag-breves","14":"tag-culture","15":"tag-depeches","16":"tag-economique","17":"tag-eu","18":"tag-europe","19":"tag-faits-divers","20":"tag-fr","21":"tag-france","22":"tag-info","23":"tag-informations","24":"tag-infos","25":"tag-lyon","26":"tag-lyonmag","27":"tag-news","28":"tag-ol","29":"tag-politique","30":"tag-republique-francaise","31":"tag-sociale","32":"tag-sport","33":"tag-transports"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115444085157705989","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/492403","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=492403"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/492403\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/492404"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=492403"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=492403"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=492403"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}