{"id":503724,"date":"2025-11-01T04:12:17","date_gmt":"2025-11-01T04:12:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/503724\/"},"modified":"2025-11-01T04:12:17","modified_gmt":"2025-11-01T04:12:17","slug":"%e0%ba%aa%e0%ba%bd%e0%ba%87%e0%ba%82%e0%ba%ad%e0%ba%87%e0%ba%8d%e0%bb%88%e0%ba%b2-la-voix-de-ma-grand-mere-de-vanasay-khamphommala-a-la-maison-des-metallos-paris-un-fauteuil-pour-lorch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/503724\/","title":{"rendered":"\u0eaa\u0ebd\u0e87\u0e82\u0ead\u0e87\u0e8d\u0ec8\u0eb2 (La voix de ma grand-m\u00e8re), de Vanasay Khamphommala, \u00e0 la Maison des M\u00e9tallos, Paris \u2013 Un Fauteuil Pour l&rsquo;Orchestre \u2013 Le site de critiques th\u00e9\u00e2trales parisien"},"content":{"rendered":"<p>Des trous dans les chaussettes comme des trous dans une histoire et une m\u00e9moire. Vanasay Khamphommala, longue silhouette r\u00e9hauss\u00e9e par un sinh couleurs marron et or, marche pieds nus, tourne en rond autour d\u2019un petit autel, chaussettes trou\u00e9es, comme une invitation \u00e0 ne pas se fier aux apparences\u2026 et \u00e0 se mettre \u00e0 l\u2019aise si d\u2019aventure ce matin-l\u00e0 nous avions nous-m\u00eames enfil\u00e9 la mauvaise paire. Nous sommes assembl\u00e9s pieds nus dans un th\u00e9\u00e2tre de circonstance, circulaire, compos\u00e9 de petits tabourets en plastique et d\u2019assises \u00e0 m\u00eame un sol enlumin\u00e9 de tapis de paille multicolores. La trivialit\u00e9 de l\u2019entame de <strong>\u0eaa\u0ebd\u0e87\u0e82\u0ead\u0e87\u0e8d\u0ec8\u0eb2<\/strong><strong> (La voix de ma grand-m\u00e8re)<\/strong> s\u2019institue modeste entr\u00e9e d\u2019une performance qui annonce donner voix au chapitre aux anc\u00eatres, aux esprits. Notre h\u00f4te est au four et au moulin\u00a0: finissant de po\u00ealer quelques \u00e9pices (r\u00e9put\u00e9es favoriser l\u2019entr\u00e9e en communication avec le monde des d\u00e9funts), assumant son r\u00f4le de r\u00e9gisseur plateau \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse de celui de medium 2.0 faisant assaut de cassettes et de micros, relatant, par bribes, l\u2019histoire de son p\u00e8re, Laotien \u00e9migr\u00e9 en France, \u00e9voquant cette grand-m\u00e8re qu\u2019elle n\u2019a jamais connue mais dont on f\u00eatera ce soir-l\u00e0 tr\u00e8s opportun\u00e9ment l\u2019anniversaire de sa naissance (date inconnue) puisqu\u2019une telle hypoth\u00e8se n\u2019est pas plus incongrue qu\u2019une autre.<\/p>\n<p><strong>\u0eaa\u0ebd\u0e87\u0e82\u0ead\u0e87\u0e8d\u0ec8\u0eb2<\/strong><strong> (La voix de ma grand-m\u00e8re)<\/strong>, \u00e0 l\u2019inverse des films du c\u00e9l\u00e9brissime r\u00e9alisateur Tha\u00eflandais Apichatpong Weerasethakul, ne se placera pourtant pas sous le r\u00e9gime des esprits, des fant\u00f4mes ou des morts (souvent bien vivants, et d\u00e9bordant les autres vivants comme l\u2019\u00e9crit Gr\u00e9gory Delaplace dans son livre La voix des fant\u00f4mes), mais maniera de bout en bout une sorte de jeu d\u2019esprit et d\u2019\u00e9quilibre, construisant et d\u00e9construisant dans le m\u00eame temps rite et croyance. Au risque de d\u00e9cevoir certains, il ne sera donc \u00e9videmment pas question de faire \u0153uvre de magie, de produire des apparitions, sauf celle bien r\u00e9elle d\u2019un p\u00e8re, magnifique de surcroit. Il s\u2019agira bien plus de se d\u00e9faire d\u2019une vision occidentale, exacerb\u00e9e par de pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9pisodes aigus de fi\u00e8vre spiritiste, de tables tournantes, et spectres effrayants au bout du couloir et tout le tsoin tsoin, bref ce que l\u2019on nomme surnaturel, quand dans toutes les autres cultures, les esprits et leur cohorte d\u2019avatars font partie int\u00e9grante de l\u2019ordre des choses, de l\u2019ordre naturel. Le performatif de Vanasay Khamphommala est en cons\u00e9quence avant tout celui de la banalit\u00e9, du prosa\u00efsme, d\u2019une presque quotidiennet\u00e9. Son succ\u00e8s r\u00e9side dans l\u2019\u00e9chec de ses tentatives m\u00e9diumniques. Et de la m\u00eame fa\u00e7on que son approche annule toute subjugation au royaume des esprits, chemin faisant, c\u2019est aussi la possibilit\u00e9 d\u2019une fiction, d\u2019une repr\u00e9sentation qui nous \u00e9loignerait du temps r\u00e9el de la performance, qui est annihil\u00e9e. <strong>\u0eaa\u0ebd\u0e87\u0e82\u0ead\u0e87\u0e8d\u0ec8\u0eb2<\/strong><strong> (La voix de ma grand-m\u00e8re) <\/strong>s\u2019affirme par son temps r\u00e9el, assemblant quelques pacotilles dans un pr\u00e9cieux artisanat du mineur et du moindre. Ces artefact communiquent non pas avec les absents mais officient plut\u00f4t une sc\u00e8ne de rapprochement o\u00f9 se raccommodent et s\u2019accordent les vivants, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une fille ou d\u2019une performeuse et de son public.<\/p>\n<p>Pour autant, les fant\u00f4mes ne sont pas aux abonn\u00e9s absents de cette proposition. Ils en sont les passagers clandestins, innervent la mise en sc\u00e8ne, doublent la mise en jeu. Le spectre s\u2019insinue dans le d\u00e9placement des voix d\u2019un corps \u00e0 l\u2019autre, sorte de d\u00e9sappropriation, un p\u00e8re parl\u00e9 par sa fille, les mots d\u2019une fille articul\u00e9s par un p\u00e8re, le spectre d\u00e9ploie sa gamme dans la superposition des bandes enregistr\u00e9es, magn\u00e9tiques (\u00e0 tous les sens du terme), s\u2019emparant des corps en pr\u00e9sence. Le fant\u00f4me, c\u2019est aussi la trace d\u2019une culture dans une autre, la veste scintillante d\u2019Elvis Presley sur les \u00e9paules fr\u00eales d\u2019un vieil homme qui quitta il y a longtemps le Laos ou bien l\u2019affleurement d\u2019un madison berc\u00e9 par le contrepoint d\u2019un chant baroque. Vanasay Khamphommala \u0153uvre avec d\u00e9licatesse et subtilit\u00e9, dans une profonde intelligence, \u00a0nous amenant \u00e0 son sujet par des voies toutes sauf directes, produisant ces d\u00e9calages minuscules. Quelque chose s\u2019est d\u00e9plac\u00e9, comme un objet qui, imperceptiblement ne serait plus \u00e0 sa place habituelle. Un p\u00e8re et sa fille enjambent le pass\u00e9 comme un pas de deux, et nous invitent \u00e0 nouer, ensemble, les fils du temps pr\u00e9sent.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/LA-VOIX-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-52472\"  \/><\/p>\n<p><strong>\u0eaa\u0ebd\u0e87\u0e82\u0ead\u0e87\u0e8d\u0ec8\u0eb2<\/strong><strong> (La voix de ma grand-m\u00e8re)<\/strong>,conception de Vanasay Khamphommala<\/p>\n<p>Avec\u00a0: Vanasay Khamphommala, Somphet Khamphommala et les voix de Sieng In Bounmisay, Naly Lokhamsay, Daly Hiangsomboun<\/p>\n<p>Collaboration artistique\u00a0: Thomas Christin<\/p>\n<p>Cr\u00e9ation sonore\u00a0: Robin Meier Wiratunga<\/p>\n<p>Sc\u00e9nographie\u00a0: Kim lan Nguy\u1ec5n Thi<\/p>\n<p>Travail chor\u00e9graphique\u00a0: Ol\u00e9 Khamchanla<\/p>\n<p>Costumes\u00a0: Vanasay Khamphommala, Marion Montel Tissage Mai Bounmisay, Souksavanh Chanthavanh, Monkham Thongpanya<\/p>\n<p>R\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale, son, plateau\u00a0: Ma\u00ebl Fusillier<\/p>\n<p>Cr\u00e9ation lumi\u00e8re, r\u00e9gie lumi\u00e8re, plateau\u00a0: L\u00e9a Dhieux<\/p>\n<p>Photos pr\u00e9sent\u00e9es dans cet article\u00a0: Christophe Raynaud de Lage<\/p>\n<p>Dur\u00e9e\u00a0: 1h15<\/p>\n<p>Du 16 au 18 octobre 2025<\/p>\n<p>Jeudi \u00e0 19h, vendredi \u00e0 14h30 et 20, samedi \u00e0 15h et 18h<\/p>\n<p><strong>Maison des M\u00e9tallos<\/strong><\/p>\n<p>94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris<\/p>\n<p>R\u00e9servation\u00a0: 01 47 00 25 20<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.maisondesmetallos.paris\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.maisondesmetallos.paris<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Des trous dans les chaussettes comme des trous dans une histoire et une m\u00e9moire. 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