{"id":504149,"date":"2025-11-01T08:39:14","date_gmt":"2025-11-01T08:39:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/504149\/"},"modified":"2025-11-01T08:39:14","modified_gmt":"2025-11-01T08:39:14","slug":"la-saga-de-la-famille-buchet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/504149\/","title":{"rendered":"la saga de la famille Buchet"},"content":{"rendered":"<p class=\"fs-5 \">Dans la famille, on l\u2019appelait \u00ab\u00a0le baron\u00a0\u00bb. Une fa\u00e7on comme une autre de distinguer ce \u00ab\u00a0Charles Buchet\u00a0\u00bb de ses homonymes, ant\u00e9rieurs et post\u00e9rieurs, en rappelant le titre de noblesse arrach\u00e9 sur le champ de bataille par son bisa\u00efeul, le g\u00e9n\u00e9ral Fran\u00e7ois Buchet, en 1828.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le baron Buchet voit le jour \u00e0 Nice le 28 octobre 1892. Tout juste licenci\u00e9 de la facult\u00e9 de droit, il coiffe en ao\u00fbt 1914 le b\u00e9ret des chasseurs alpins pour en d\u00e9coudre avec \u00ab\u00a0les boches\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/12e714c_upload-1-frei30nswbhd-buchet-3.jpg\" class=\"figure-img img-fluid rounded\" alt=\"A generic square placeholder image with rounded corners in a figure.\"\/><\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Il revient quatre ans plus tard avec la Croix de Guerre, des \u00e9clats d\u2019obus dans une jambe et la douleur d\u2019avoir perdu son petit fr\u00e8re Jean, tomb\u00e9 au Chemin des Dames \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 22 ans.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">La Grande Guerre, en sabrant plusieurs millions de vies, a provoqu\u00e9 une p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre dans toutes les entreprises. Charles n\u2019h\u00e9site pas\u00a0: il rejoint son oncle, L\u00e9on Garibaldi, directeur de L\u2019\u00c9claireur de Nice \u2013 le plus grand journal r\u00e9gional de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le gar\u00e7on est dou\u00e9. \u00c0 30 ans seulement, il est nomm\u00e9 r\u00e9dacteur en chef. Il \u00e9pouse l\u2019amour de sa vie, Euphrosine Gorvitz dite \u00ab\u00a0Rosy\u00a0\u00bb, petite-fille du Prince de Samos, qui lui donne quatre gar\u00e7ons\u00a0: Jean, Claude, Charles (dit Charly) et L\u00e9on (dit L\u00e9o). \u00ab\u00a0Il se faisait ob\u00e9ir sans jamais \u00e9lever la voix, se souvient le plus jeune de ses fils. Son regard profond et sa voix ferme suffisaient pour exprimer ses pens\u00e9es et donner ses ordres.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>                                                                                De faux tampons pour la R\u00e9sistance<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">La d\u00e9faite de 1940 est v\u00e9cue comme une humiliation par ce patriote fervent. A Nice, la situation empire apr\u00e8s le d\u00e9part des soldats italiens, remplac\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e du Reich le 8 septembre 1943. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re avait de s\u00e9rieux probl\u00e8mes avec la censure allemande qui lui reprochait de ne pas faire des articles favorables \u00e0 leurs troupes et de publier, malgr\u00e9 la censure, des informations sur les succ\u00e8s des alli\u00e9s, raconte L\u00e9o Buchet. J\u2019ai le souvenir de discussions interminables qu\u2019il avait avec ces gens. \u00c7a se passait le soir, par t\u00e9l\u00e9phone, \u00e0 la maison, o\u00f9 on l\u2019appelait.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/bd91765_upload-1-z3kiskuf3io7-buchet-2.jpg\" class=\"figure-img img-fluid rounded\" alt=\"A generic square placeholder image with rounded corners in a figure.\"\/><\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le 25 mai 1944, le baron est au travail lorsque la Gestapo fait irruption dans les locaux du journal, avenue de la Victoire [actuelle avenue Jean-M\u00e9decin, Ndlr].<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Les Allemands croient savoir que des ouvriers utilisent les rotatives pour imprimer le journal clandestin Combat. Ils mettent la main sur des faux tampons destin\u00e9s \u00e0 la R\u00e9sistance. Buchet est arr\u00eat\u00e9 avec son oncle, L\u00e9on Garibaldi, et l\u2019administrateur Camille Cappatti. Le directeur de L\u2019\u00c9claireur, qui vient de f\u00eater ses 79 ans, est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la section des d\u00e9tenus de l\u2019h\u00f4pital. Les deux autres sont incarc\u00e9r\u00e9s, \u00ab\u00a0\u00e0 titre provisoire\u00a0\u00bb, \u00e0 la prison de Nice.<\/p>\n<p>                                                                                \u00ab\u00a0Tais-toi, la vieille\u00a0!\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab\u00a0La Gestapo est venue perquisitionner chez nous, raconte L\u00e9o Buchet. Nous \u00e9tions tous r\u00e9unis dans le salon. Soudain, ma grand-m\u00e8re s\u2019est lev\u00e9e et a d\u00e9clar\u00e9 d\u2019une voix forte\u00a0: \u2018\u2018Je suis la baronne Buchet, pr\u00e9sidente de la Croix-Rouge fran\u00e7aise. Un de mes fils est mort au champ d\u2019honneur. Nous sommes une famille honorable et\u2026\u2019\u2019 Elle n\u2019a pas pu continuer. Un soldat l\u2019a pouss\u00e9e d\u00e9daigneusement \u2013 \u2018\u2018Tais-toi, la vieille\u00a0!\u2019\u2019 \u2013. Ce fut un v\u00e9ritable choc pour moi, car elle \u00e9tait tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e et avait d\u00e9j\u00e0 perdu la vue.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Apr\u00e8s le D\u00e9barquement en Normandie, le 6 juin 1944, les Allemands d\u00e9cident d\u2019organiser le transfert de leurs prisonniers dans des camps en Allemagne.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab\u00a0Ma m\u00e8re a appris que les d\u00e9tenus ni\u00e7ois allaient \u00eatre embarqu\u00e9s dans des trains \u00e0 la gare de marchandises de La Bocca, pr\u00e8s de Cannes, indique L\u00e9o. Malgr\u00e9 les p\u00e9nuries d\u2019essence, un commer\u00e7ant de la place du Palais, o\u00f9 nous habitions, a accept\u00e9 de nous y conduire \u2013 ma m\u00e8re, mon fr\u00e8re Claude et moi \u2013 dans sa vieille camionnette.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Tenus \u00e0 distance par des militaires en armes, les Buchet aper\u00e7oivent Charles pour la derni\u00e8re fois, \u00e0 travers les vitres embu\u00e9es d\u2019un wagon. \u00ab\u00a0Nous n\u2019avons connu que bien plus tard le chemin de croix qu\u2019il a endur\u00e9, gr\u00e2ce au t\u00e9moignage des rescap\u00e9s qui \u00e9taient avec lui.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>                                                                                Un aper\u00e7u de la cruaut\u00e9 des nazis<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Pour l\u2019heure, la famille est condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019incertitude. Le 7 juillet 1944, en sortant du lyc\u00e9e, L\u00e9o est glac\u00e9 d\u2019effroi. Il aper\u00e7oit deux hommes pendus \u00e0 des r\u00e9verb\u00e8res sur l\u2019avenue de la Victoire (1). \u00ab\u00a0Je ne savais pas encore de quelle mani\u00e8re atroce mon p\u00e8re allait finir sa vie, soupire-t-il. Mais j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 un aper\u00e7u de la cruaut\u00e9 des nazis.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">En ao\u00fbt 1944, le r\u00e9dacteur en chef de L\u2019\u00c9claireur de Nice quitte Belfort pour le camp de Nuengamme, en Allemagne du Nord. L\u00e0, il est d\u00e9pouill\u00e9 de ses v\u00eatements, contraint de rev\u00eatir la tenue ray\u00e9e des for\u00e7ats, puis envoy\u00e9 aux travaux forc\u00e9s au camp de Wilhemshaven.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">En mars 1945, devant la progression des alli\u00e9s, les Allemands \u00e9vacuent les prisonniers vers l\u2019Est. En chemin, leur convoi est bombard\u00e9. Sur 390 d\u00e9tenus, 250 sont tu\u00e9s. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re faisait partie des rescap\u00e9s, pr\u00e9cise L\u00e9o Buchet. Tr\u00e8s affaibli, il pouvait \u00e0 peine marcher \u00e0 cause de ses blessures de 1915.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>                                                                                L\u2019erreur fatale des soldats britanniques<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00c0 Bergen-Belsen, l\u2019enfer a d\u00e9ploy\u00e9 ses chaudrons. Les nouveaux arrivants n\u2019ont rien \u00e0 manger. Charles Buchet boit l\u2019eau filtr\u00e9e sur les cadavres qu\u2019il est contraint de tra\u00eener jusqu\u2019aux charniers.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le 15 avril 1945, enfin, le camp est lib\u00e9r\u00e9 par les Britanniques. Les militaires comptabilisent pr\u00e8s de 60\u2005000 prisonniers, pour la plupart gravement malades. Des milliers de cadavres pourrissent  \u00e0 m\u00eame le sol. Les jeunes soldats, t\u00e9tanis\u00e9s, commettent alors une erreur fatale\u00a0: ils donnent leurs rations militaires \u00e0 ces fant\u00f4mes affam\u00e9s, rong\u00e9s par les \u00e9pid\u00e9mies de fi\u00e8vre typho\u00efde, de tuberculose et de typhus.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Plus de 13\u2005000 anciens prisonniers, trop faibles pour r\u00e9cup\u00e9rer, d\u00e9c\u00e8dent apr\u00e8s leur lib\u00e9ration. Le baron Buchet est de ceux-l\u00e0\u00a0: il meurt le 19 avril 1945.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Malgr\u00e9 la peine qui les accable, ses quatre fils ne tardent pas \u00e0 relever la t\u00eate. \u00ab\u00a0Lorsque je l\u2019ai vu pour la derni\u00e8re fois, je n\u2019avais pas encore quinze ans et sa disparition a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9chirure, t\u00e9moigne L\u00e9o Buchet. Mais j\u2019entends encore sa voix, calme et pos\u00e9e, qui nous parlait des r\u00e8gles de la vie, de la loyaut\u00e9, du courage et de la volont\u00e9.\u2005\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Message re\u00e7u. Jean, Claude et L\u00e9o feront des carri\u00e8res brillantes. Charly, lui, marchera sur les traces de son p\u00e8re et se hissera \u00e0 la t\u00eate de la r\u00e9daction d\u2019un nouveau journal, bient\u00f4t imprim\u00e9 sur les rotatives de L\u2019\u00c9claireur\u00a0: Nice-Matin.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">1. Il s\u2019agissait des r\u00e9sistants S\u00e9raphin Torrin et Ange Grassi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans la famille, on l\u2019appelait \u00ab\u00a0le baron\u00a0\u00bb. 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