{"id":510934,"date":"2025-11-04T10:39:23","date_gmt":"2025-11-04T10:39:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/510934\/"},"modified":"2025-11-04T10:39:23","modified_gmt":"2025-11-04T10:39:23","slug":"payer-le-prix-de-rester-ou-celui-de-partir-le-dilemme-des-entreprises-francaises-en-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/510934\/","title":{"rendered":"Payer le prix de rester ou celui de partir, le dilemme des entreprises fran\u00e7aises en Russie"},"content":{"rendered":"<p>En 2025, 23 entreprises fran\u00e7aises exercent toujours leurs activit\u00e9s en territoire russes. Un tiers seulement des 75 qui faisaient commerce dans le pays d\u00e9but 2022, avant l\u2019invasion de l\u2019Ukraine. Depuis, de nombreux g\u00e9ants \u2013 comme la soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, LVMH ou Safran \u2013 ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se retirer, que ce soit par conviction, contrainte d\u00fb aux sanctions ou enjeux r\u00e9putationnels.<\/p>\n<p>Cependant, le poids des soci\u00e9t\u00e9s restantes n\u2019est pas moindre. Selon <a href=\"https:\/\/b4ukraine.org\/pdf\/B4Ukraine%5FReport%5F2025.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>un rapport<\/strong><\/a>, deux entreprises Fran\u00e7aises se trouvent dans le top 20 des compagnies en termes de chiffre d&rsquo;affaires en Russie en 2024. <\/p>\n<p><strong>Auchan<\/strong> avec 3 270 millions de dollars se trouve \u00e0 la huiti\u00e8me place. Le magasin de bricolage <strong>Leroy Merlin<\/strong> se positionne m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me place avec 6 795 millions de dollars (les deux appartiennent \u00e0 l&#8217;empire familial <strong>Mulliez<\/strong>). Leroy Merlin fait \u00e9galement partie des entreprises qui ont pay\u00e9 en 2023 le plus d\u2019imp\u00f4t \u00e0 Moscou, avec l\u2019entreprise L\u2019Or\u00e9al<\/p>\n<p>M\u00eame si ce sont les \u00c9tats-Unis et l\u2019Allemagne qui restent les plus grands contributeurs \u00e0 l\u2019\u00c9tat russe en mati\u00e8re de taxation de leurs entreprises pr\u00e9sentes sur le sol russe. La France n\u2019est cependant pas en reste avec 565 millions de dollars de taxes pay\u00e9es \u00e0 la Russie par des entreprises qui, majoritairement, n\u2019ont pas pr\u00e9vu de quitter le pays.<\/p>\n<p>Une somme qui a une influence concr\u00e8te, selon un rapport de l&rsquo;\u00c9cole d&rsquo;\u00e9conomie de Kyiv (KSE), de B4Ukraine et de l&rsquo;Initiative \u00ab Faire pression sur Poutine \u00bb. Les entreprises internationales op\u00e9rant toujours en Russie ont, selon eux, vers\u00e9 au moins 17,2 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;imp\u00f4ts \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat russe pour la seule ann\u00e9e 2024, ou 51,8 milliards d&rsquo;euros depuis le d\u00e9but de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie. Un chiffre qu\u2019ils mettent en comparaison avec le budget de d\u00e9fense russe : 125 milliards d&rsquo;euros selon l\u2019institut international d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Des investissements tr\u00e8s importants en Russie<\/p>\n<p>Il faut rappeler qu\u2019<strong>avant l\u2019invasion russe en Ukraine, la France \u00e9tait un investisseur majeur en Russie<\/strong>. En 2020, la France \u00e9tait le 1er employeur \u00e9tranger en Russie selon la Chambre de commerce Nord-de-France \u00ab les entreprises fran\u00e7aises sont particuli\u00e8rement bien implant\u00e9es dans l\u2019agroalimentaire, la finance, la distribution, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019automobile, la construction \/ services urbains, les transports, l\u2019a\u00e9ronautique-spatial et la pharmacie \u00bb, vante un rapport.<\/p>\n<p>Depuis, plusieurs de ces secteurs ont tout simplement d\u00fb quitter le pays, dans l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer leurs activit\u00e9s l\u00e9galement. L\u2019a\u00e9ronautique-spatial est par exemple sous le coup de sanctions par l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du secteur automobile, le constructeur <strong>Renault<\/strong> a annonc\u00e9 son d\u00e9part du pays un mois apr\u00e8s le d\u00e9but du conflit. La Russie repr\u00e9sentait pourtant, avec 500 000 vente de v\u00e9hicules par an, 10 % des revenus du groupe. La vente de ses parts \u00e0 un rouble symbolique a co\u00fbt\u00e9 2,2 milliards d\u2019euros au groupe.<\/p>\n<p>Un exemple que ne semble pas vouloir suivre <strong>Auchan<\/strong>. S\u2019il avait d\u00fb se s\u00e9parer de ses magasins russes en 2022, lui aussi aurait d\u00fb amputer environ 10 % de son chiffre d&rsquo;affaires, soit 3 milliards d\u2019euros. Le distributeur fran\u00e7ais y a investi en effet des centaines des millions, au total 94 hypermarch\u00e9s et 138 supermarch\u00e9s porte le logo Auchan en Russie. Avec la d\u00e9sertification des centres commerciaux russes depuis le d\u00e9but de la guerre en Ukraine, cette valeur a cependant beaucoup chut\u00e9. En 2025, Auchan Russia n\u2019est plus \u00e9valu\u00e9 qu\u2019\u00e0 179 millions d\u2019euros, selon des nouvelles du journal sp\u00e9cialis\u00e9 l\u2019Inform\u00e9. <\/p>\n<p>Une perte de valeur qui a entra\u00een\u00e9 des rumeurs selon lequel le groupe pourrait quitter la Russie. Le journal La Lettre avait parl\u00e9 de n\u00e9gociation pour la cession de la filiale russe \u00e0 Gazprombank. <\/p>\n<p>La d\u00e9cision aurait pu para\u00eetre logique, particuli\u00e8rement associ\u00e9e au d\u00e9part de Leroy Merlin, autre groupe qui a longtemps maintenu une pr\u00e9sence en Russie et sous le contr\u00f4le du groupe Mulliez. Auchan s\u2019est pourtant d\u00e9fendu de ces rumeurs. Le distributeur assume ouvertement de maintenir son implantation locale pour \u00ab permettre de nourrir la population \u00bb.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;article de La lettre en janvier dernier, le distributeur du Nord a refus\u00e9 de signer avec le candidat \u00e0 la reprise de sa filiale russe, Gazprombank, et le lui a signifi\u00e9 entre No\u00ebl et le jour de l&rsquo;An.<\/p>\n<p>Une majorit\u00e9 de produits de consommation non essentiels<\/p>\n<p>Une d\u00e9fense qu\u2019utilisent facilement les entreprises fran\u00e7aises qui font le choix de rester en Russie malgr\u00e9 la guerre en Ukraine. Les secteurs de l\u2019industrie pharmaceutique et les produits agricoles et alimentaires ne sont en effet, \u00e0 ce jour, pas vis\u00e9s par les sanctions europ\u00e9ennes et les contre-sanctions russes.<\/p>\n<p>Ce fut \u00e9galement la justification du groupe de conserves et surgel\u00e9s <strong>Bonduelle<\/strong> qui d\u00e9fendait en mars 2022 sa pr\u00e9sence continue en Russie du fait que ses usines \u00ab produisent des denr\u00e9es alimentaires de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 comme le ma\u00efs, les pois et haricots secs \u00e0 destination des 146 millions de consommateurs russes, mais aussi des 90 millions de consommateurs des pays limitrophes. (G\u00e9orgie, Arm\u00e9nie, Azerba\u00efdjan, B\u00e9larus, Kazakhstan et Asie Centrale). \u00bb<\/p>\n<p>Le groupe a depuis r\u00e9duit significativement son activit\u00e9 en Russie.<\/p>\n<p>Cependant, sur les 23 entreprises fran\u00e7aises qui n\u2019ont donn\u00e9 aucun signe de se retirer du march\u00e9 russe, la moiti\u00e9 y vendent des produits de consommations discr\u00e9tionnaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui ne sont pas de consommation courante. Parmi ceux-ci peuvent \u00eatre cit\u00e9s les groupes <strong>Clarins, Dessanges, Etam<\/strong> ou encore le fabricant de raquettes de tennis <strong>Babolat<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce dernier avait pourtant annonc\u00e9 la cessation de ses activit\u00e9s dans le pays. Babolat a cependant \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 en 2025 sur <a href=\"https:\/\/www.yalerussianbusinessretreat.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>la liste des pays toujours pr\u00e9sent en Russie par le Yale Chief Executive Leadership Institute.<\/strong><\/a> En cause, selon l\u2019institut, le fait que le distributeur russe associ\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise continue de vendre des raquettes \u00ab avec un flux apparemment in\u00e9puisable de produits Babolat qui semble d\u00e9passer largement les stocks normaux. \u00bb<\/p>\n<p>Avec 32.7 milliards d\u2019euros de revenus en Russie, le secteur des biens de consommation courants est tout de m\u00eame celui qui rapporte le plus aux entreprises \u00e9trang\u00e8res pr\u00e9sentent en Russie, et par extension aux caisses russes via l\u2019imp\u00f4t. Un secteur dans lequel la France tenait en 2023 les premi\u00e8res places avec Auchan et Leroy Merlin.<\/p>\n<p>Se mettre en sommeil plut\u00f4t que se retirer<\/p>\n<p>Le d\u00e9part des 52 entreprises fran\u00e7aises qui \u00e9taient pr\u00e9sentes en 2022 n\u2019est cependant que rarement total. Seules 16 d\u2019entre elles, \u00e0 l\u2019image de <strong>Renault<\/strong>, ont fait ce choix. Il faut dire que le choix co\u00fbte cher.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse aux sanctions sur son pays, le Kremlin a d\u00e8s 2022 mis en place tout un arsenal juridique et administratif pour emp\u00eacher les d\u00e9parts d\u2019entreprises, o\u00f9 au minimum pouvoir en profiter. En est issu la cr\u00e9ation d\u2019une sous-commission charg\u00e9e de d\u00e9livrer des autorisations pr\u00e9alables pour toutes les op\u00e9rations de sortie du pays.<\/p>\n<p>Pour obtenir celle-ci, les entreprises doivent acceptent une d\u00e9cote qui atteint d\u00e9sormais au moins 60% de la valeur des actifs et payer l\u2019exit tax, qui n\u2019a fait qu\u2019augmenter au fil du temps jusqu\u2019\u00e0 atteindre 35% du montant de la vente. Cette taxe, par ailleurs, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme participation dans le financement de la guerre et donc passible de sanctions. <\/p>\n<p>Avoir essay\u00e9 de quitter le pays avant la mise en place de ce syst\u00e8me ne veut pas pour autant r\u00e9ussir \u00e0 se retirer avec ses billes. En ao\u00fbt 2025, les filiales de la soci\u00e9t\u00e9 de gaz industriel <strong>Air Liquide<\/strong>, qui avait annonc\u00e9 son d\u00e9part de Russie en 2022, ont \u00e9t\u00e9 par exemple plac\u00e9es sous \u00ab gestion temporaire \u00bb d\u2019une entreprise russe par un d\u00e9cret sign\u00e9 par Vladimir Poutine. L\u2019entreprise \u00e9tait en processus de cession \u00e0 des acteurs locaux.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 le choix de nombreuses entreprises de se mettre seulement \u00ab en veille \u00bb en r\u00e9siliant la plupart de leurs contrats et en se s\u00e9parant de leurs salari\u00e9s, tout en gardant un dirigeant qui n\u2019est pas forc\u00e9ment une personne physique, mais qui peut \u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 de gestion russe. C\u2019est le cas d\u2019entreprises comme <strong>Kering<\/strong>, <strong>D\u00e9cathlon<\/strong> ou <strong>Herm\u00e8s<\/strong>.<\/p>\n<p>Pour Nezir Sinani, directeur de B4Ukraine, une coalition mondiale d&rsquo;organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, cette solution n\u2019est pas la bonne. \u00ab Les entreprises soutiennent l&rsquo;\u00e9conomie de guerre de la Russie par le biais des imp\u00f4ts qu&rsquo;elles paient \u00bb, mart\u00e8le-t-il. M\u00eame en sommeil, de nombreuses entreprises ont souvent encore un petit chiffre d&rsquo;affaires en Russie.<\/p>\n<p>\u00ab Le prix que les entreprises paient est bien plus \u00e9lev\u00e9 que le co\u00fbt d\u2019un d\u00e9part du pays, car il se mesure en centaines de milliers de vies \u00bb, conclu Nezir Sinani.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En 2025, 23 entreprises fran\u00e7aises exercent toujours leurs activit\u00e9s en territoire russes. 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