{"id":524819,"date":"2025-11-10T11:55:20","date_gmt":"2025-11-10T11:55:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/524819\/"},"modified":"2025-11-10T11:55:20","modified_gmt":"2025-11-10T11:55:20","slug":"un-requiem-allemand-le-voyage-dhiver-a-lopera-de-rouen-de-lecoute-a-la-vision-compte-rendu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/524819\/","title":{"rendered":"Un Requiem allemand &#038; Le Voyage d\u2019hiver \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Rouen \u2013 De l\u2019\u00e9coute \u00e0 la vision \u2013 Compte rendu"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019Op\u00e9ra de Rouen prend des risques et multiplie les tentatives pour donner plus de libert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9coute musicale\u00a0! En voici encore la preuve avec un Requiem allemand de Brahms pas comme les autres et un Voyage d\u2019hiver de Schubert chant\u00e9 certes, mais accompagn\u00e9 par un quatuor et non le fid\u00e8le clavier.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/ra_6_.jpg\" width=\"500\" height=\"300\" alt=\"\" title=\"\u00a9 Caroline Doutre\"\/><\/p>\n<p>\n\u00a0 \u00a9 Caroline Doutre<\/p>\n<p>\n\u00a0<br \/><strong>Brahms \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 voir<\/strong><br \/>\u00a0<br \/>R\u00e9sultant d\u00e9tonnant, surtout pour le Requiem, dans lequel on a coutume de p\u00e9n\u00e9trer comme dans une douce litanie, scand\u00e9e de marches pesantes et guid\u00e9e par une infaillible foi en l\u2019\u00e9ternit\u00e9. La musique de Brahms est certes puissante autant que coul\u00e9e, et on a l\u2019habitude de se laisser porter par elle en une lancinante avanc\u00e9e. Et voil\u00e0 qu\u2019elle se regarde autant qu\u2019elle s\u2019entend. Certes, les oratorios, les Passions de Bach sont de plus en plus souvent mises en sc\u00e8ne, un peu, pour les secondes, comme les myst\u00e8res m\u00e9di\u00e9vaux. Ici, modernit\u00e9 oblige, c\u2019est la vid\u00e9o qui r\u00e8gne en ma\u00eetresse, avec \u00e0 la baguette une Laurence Equilbey drainant les \u00e9nergies (et dieu sait qu\u2019elle en a) et menant la grande marche brahmsienne sur fond de d\u00e9cor de destruction. Omnipr\u00e9sent, un avion fracass\u00e9, victime de la violence humaine, laquelle n\u2019a rien de contemporain, et des naufrag\u00e9s du cataclysme qui tentent de survivre, en mettant leur seul espoir dans la parole divine\u00a0: nuit, fum\u00e9es, cendres, d\u00e9funts. La patte du vid\u00e9aste Woytek Doroszuk est ici habile avec des jeux de lumi\u00e8re \u00e9crasants qui cr\u00e9ent une ambiance angoissante sans vulgarit\u00e9 trop d\u00e9monstrative, et les errements des personnages sont \u00a0subtilement dos\u00e9s par le talentueux David Bob\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/ra_3_.jpg\" width=\"500\" height=\"350\" alt=\"\" title=\"\u00a9 Caroline Doutre\"\/><\/p>\n<p> \u00a9 Caroline Doutre<\/p>\n<p>\n\u00a0<br \/><strong>La germanit\u00e9 la plus sombre<\/strong><br \/>\u00a0<br \/>Mais il y a deux fa\u00e7ons de recevoir ce concert spectacle\u00a0: ou l\u2019on peut trouver que la richesse tendue du chef d\u2019\u0153uvre brahmsien n\u2019a pas besoin de cette projection visuelle et qu\u2019elle perd en finesse ce qu\u2019elle gagne en spectaculaire, l\u2019\u00e9coute en \u00e9tant en quelque sorte d\u00e9vi\u00e9e et la musique se faisant musique de fond.\u00a0 Ou l\u2019on peut accepter la force que la direction comme toujours volontaire et dramatique de Laurence Equilbey avec son merveilleux ch\u0153ur accentus et l\u2019excellent orchestre rouennais, ajoute au recueillement plus resserr\u00e9 que suscite l\u2019\u0153uvre habituellement. Avec une battue, une violence qui en accentuent la germanit\u00e9 la plus sombre. Et on respire lorsque la danseuse Xiao Liu vient, comme un triste papillon, distiller la gr\u00e2ce de ses mouvements l\u00e9gers dans la douloureuse fresque qui se d\u00e9roule. L\u2019\u00e9motion, m\u00eame si l\u2019enjeu est plus que charg\u00e9, est incontestablement pr\u00e9sente, surtout avec les interventions, passag\u00e8res mais bouleversantes d\u2019Elsa Beno\u00eet et de Samuel Hasselhorn.<br \/>\u00a0<br \/><strong>Fascinante immersion<\/strong><br \/>\u00a0<br \/>En revanche il n\u2019y a pas deux fa\u00e7ons de recevoir le sombre et fascinant Voyage d\u2019hiver, donn\u00e9 partiellement le lendemain \u00e0 la chapelle Corneille par le m\u00eame baryton Samuel Hasselhorn, dont l\u2019Op\u00e9ra de Rouen a depuis longtemps rep\u00e9r\u00e9 le talent hors normes, aujourd\u2019hui explosant dans sa s\u00e9rie schubertienne chez Harmonia Mundi, avec le non moins splendide Ammiel Bushakevitz au piano. Schubert donc, apr\u00e8s Brahms. Son immersion dans l\u2019univers d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du Voyage d\u2019hiver est simplement fascinante. Avec cette voix aux mille couleurs, \u00e0 la diction si pure, passant du bronze \u00e0 la plus fine dentelle, qui se retourne comme un gant, des protestations v\u00e9h\u00e9mentes et br\u00fbl\u00e9es au souffle d\u2019agonie, on retrouve ce romantisme allemand o\u00f9 le h\u00e9ros est toujours malade, d\u00e9pressif, incapable de supporter la condition humaine.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/hasselhorn_c_nikolaj_lund.jpg\" width=\"400\" height=\"250\" alt=\"\" title=\"\u00a9 Nikolaj Lund\"\/><\/p>\n<p> Samuel Hasselhorn \u00a9 Nikolaj Lund<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Une transcription de David Walter<\/strong><br \/>\u00a0<br \/>Et surprise \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019actif du concert\u00a0: pour une fois, ce n\u2019\u00e9tait pas le chant du piano qui faisait \u00e9cho aux douleurs du Voyageur, mais un quatuor \u00e0 cordes issu de l\u2019Orchestre de Rouen, dans la transcription r\u00e9alis\u00e9e par David Walter. L\u2019union des quatre superbes musiciens, Naaman Sluchin et Tristan Benveniste au violon, Agathe Blondel \u00e0 l\u2019alto et Guillaume Effler au violoncelle donnait \u00e0 l\u2019ensemble de ces dix-sept lieder choisis parmi les vingt-quatre qui forment le cycle, une tout autre port\u00e9e sonore, la voix du chanteur-conteur \u00e9tant comme envelopp\u00e9e, caress\u00e9e par des fr\u00e8res\u00a0: une aventure nouvelle pour Hasselhorn, qui avouait dr\u00f4lement n\u2019avoir jamais chant\u00e9 avec un orchestre de chambre\u00a0! Et pour lui permettre de respirer un peu le groupe de lieder se trouvait \u00e9maill\u00e9 de trois des six Moments musicaux D 780\u00a0(les nos 1, 2 et 3) qui apportaient une bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne \u00e0 cette descente \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, achev\u00e9e, comme il se doit, sur le Joueur de vielle, scandant l\u2019inanit\u00e9 du voyage.<br \/>\u00a0<br \/><strong>Nu dans les t\u00e9n\u00e8bres<\/strong><br \/>\u00a0<br \/>Tout au long, la voix de Samuel Hasselhorn se faisait torrentielle, ou l\u00e9ger souffle, toujours sans aucune fracture, glissant comme sur le fleuve de la mort, avec un Poteau indicateur qui n\u2019indique rien\u00a0: je dois suivre une route d\u2019o\u00f9 personne n\u2019est revenu, y \u00e9crit Wilhelm M\u00fcller, auteur de cette s\u00e9rie de po\u00e8mes. D\u00e9chirant. On pensait, en l\u2019\u00e9coutant, \u00e0 la phrase que Tolkien met dans la bouche de son h\u00e9ros Frodon dans le Seigneur des Anneaux, lorsqu\u2019il touche au terme de son sacrificiel p\u00e9riple\u00a0: \u00ab\u00a0je suis nu dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb. Que tant de tristesse puisse donner tant de bonheur, telle \u00e9tait la merveille.<br \/>\u00a0<br \/>Notez que le Requiem allemand sera repris pour trois dates \u00e0 la Seine Musicale en janvier et, dans la foul\u00e9e, au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Provence (sans mise en sc\u00e8ne). Entre temps, accentus aura fr\u00e9quent\u00e9 un r\u00e9pertoire tout diff\u00e9rent puisqu\u2019il prend part au Robinson Cruso\u00e9 d\u2019Offenbach que le th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es accueille du 3 au 14 d\u00e9cembre (1), dans la production de Laurent Pelly.<br \/>\u00a0<br \/><strong>Jacqueline Thuilleux<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/logoccbreves_6.png\" width=\"80\" height=\"62\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>\n(1)\u00a0<a href=\"http:\/\/www.theatrechampselysees.fr\/saison-2025-2026\/opera-mis-en-scene\/robinson-crusoe\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">www.theatrechampselysees.fr\/saison-2025-2026\/opera-mis-en-scene\/robinson-crusoe<\/a><\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Brahms\u00a0: Un Requiem allemand de Brahms<\/strong> \u2013 Rouen, Op\u00e9ra, 4 novembre 2025\u00a0; prochaines repr\u00e9sentation \u00e0 Boulogne (Seine Musicale) les 15, 17 &amp; 18 janvier 2026 \/\/\u00a0<a href=\"http:\/\/www.laseinemusicale.com\/spectacles-concerts\/un-requiem-allemand-brahms\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">www.laseinemusicale.com\/spectacles-concerts\/un-requiem-allemand-brahms\/<\/a><br \/>\u00a0<br \/>puis au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Provence, en version orchestrale, le 21 janvier 2026 \/\/\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lestheatres.net\/fr\/33-grand-theatre-de-provence\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">www.lestheatres.net\/fr\/33-grand-theatre-de-provence<\/a><br \/>\u00a0<br \/><strong>Voyage d\u2019hiver<\/strong> \u2013 Rouen, Chapelle Corneille, 5 novembre 2025<br \/>\u00a0<br \/>Photo \u00a9 Caroline Doutre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00a0 \u00a0 D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019Op\u00e9ra de Rouen prend des risques et multiplie les tentatives pour donner plus de libert\u00e9&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":524820,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9587],"tags":[1111,11,1777,674,1011,27,12,5161,25,9590],"class_list":{"0":"post-524819","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-rouen","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-news","15":"tag-normandie","16":"tag-republique-francaise","17":"tag-rouen"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115525276958413502","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524819","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=524819"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524819\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/524820"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=524819"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=524819"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=524819"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}