{"id":527452,"date":"2025-11-11T16:11:15","date_gmt":"2025-11-11T16:11:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/527452\/"},"modified":"2025-11-11T16:11:15","modified_gmt":"2025-11-11T16:11:15","slug":"portrait-dune-prostituee-sm-kika-desserre-les-vices-liberation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/527452\/","title":{"rendered":"Portrait d\u2019une prostitu\u00e9e SM, \u00abKika\u00bb desserre les vices \u2013 Lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Elle s\u2019appelle Manon Clavel. En 2019, il n\u2019\u00e9tait pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde, \u00e0 27 ans, de jouer la m\u00e8re fictive de Catherine Deneuve, dans un film intitul\u00e9 la V\u00e9rit\u00e9 qui \u00e9tait tout en trompe-l\u2019\u0153il, jeu de pistes, vie romanc\u00e9e et tournage cin\u00e9, alternant g\u00e9n\u00e9rations de femmes, vraies com\u00e9diennes, fausses actrices-autrices. De 7 \u00e0 73 ans, les \u00e2ges sens dessus dessous, \u00e0 califourchon, s\u2019adonnaient au vaudeville malicieux et surr\u00e9el. Le <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/cinema\/2019\/12\/23\/hirokazu-kore-eda-enfers-de-famille_1770837\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.liberation.fr\/cinema\/2019\/12\/23\/hirokazu-kore-eda-enfers-de-famille_1770837\/\">discret beau film de Hirokazu Kore-Eda<\/a> made in France posait d\u00e9j\u00e0 la question : qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une actrice nomm\u00e9e Deneuve dans le d\u00e9sordre d\u2019une \u00e9tude gigogne et sa d\u00e9clinaison dans le r\u00f4le d\u2019une m\u00e8re, d\u2019une fille, d\u2019une s\u0153ur (jumelle) ?<\/p>\n<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Changement de d\u00e9cor, autre film d\u2019actrice. Autre \u00e9tude de femme, sign\u00e9e Alexe Poukine. Manon Clavel joue cette fois le r\u00f4le principal, le personnage-titre : <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/cinema\/cannes-2025-kika-leffet-domine-20250516_3GVDVPB2ENEJJJ3LNN5JEMB5OI\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/cinema\/cannes-2025-kika-leffet-domine-20250516_3GVDVPB2ENEJJJ3LNN5JEMB5OI\/\">Kika<\/a> se situe \u00e0 Bruxelles o\u00f9, chose importante, la prostitution est d\u00e9criminalis\u00e9e. Au d\u00e9but, c\u2019est le bonheur. Kika rencontre un nouvel amour, il s\u2019appelle David. Qui meurt au bout de vingt minutes. Ce coup de force, le film le monte en ellipses s\u00e8ches, sautes de temps maladroites pour en masquer l\u2019arbitraire (ainsi de laisser hors-champ la mort, et de se d\u00e9barrasser, ni une ni deux, des deux hommes de la vie de Kika en sc\u00e8nes br\u00e8ves, trop \u00e9vasives). Mais le coup de force est aussi ce qui justifie, dans le r\u00e9cit qui suit, les coups du sort et les multiples surprises d\u2019un film qui prend le temps et tout d\u2019abord celui d\u2019\u00e9tonner. La fiction qui se cherchait se synchronise \u00e0 son personnage, \u00e0 son rythme, \u00e0 son deuil. Figure de m\u00e8re, de fille, de travailleuse sociale et vite de travailleuse du sexe, Kika est d\u2019abord une femme amoureuse prise au d\u00e9pourvu de cette disparition soudaine.<\/p>\n<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Manon Clavel porte Kika sur ses \u00e9paules et parvient de fa\u00e7on impressionnante, \u00e0 partir des th\u00e8mes \u00abcharg\u00e9s\u00bb (pr\u00e9carit\u00e9, deuil, prostitution, sado-masochisme), \u00e0 brosser un portrait de femme sur laquelle rien ne p\u00e8se. Elle traverse le film dans un chagrin mat, souriant, anesth\u00e9si\u00e9. Le rapport avec Deneuve ? C\u2019est Belle de jour version prolo, d\u2019un standing sordide autre. Alexe Poukine joue avec le naturalisme aussi, fait un film loin des fantasmes et \u00abbourgeoiseries\u00bb rac\u00e9es de Luis Bu\u00f1uel en 1967. S\u00e9verine-Deneuve, pomponn\u00e9e pour les hommes, est remplac\u00e9e par une com\u00e9dienne \u00e0 peine maquill\u00e9e, son oppos\u00e9e BDSM. La grande id\u00e9e de Kika, dans ce grand choix de casting, est de prendre le parti de la com\u00e9die, de l\u2019incongru, du regard subtil sur les hommes. De l\u2019affabulation \u00e0 la prostitution, de la vie de famille \u00e0 la vie de dominatrice, du travail social au travail du sexe, c\u2019est une histoire d\u2019exp\u00e9rimentation des limites et de se prendre ou non au jeu.<\/p>\n<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Alexe Poukine avait d\u2019ailleurs pens\u00e9 jouer le r\u00f4le-titre, comme elle avait interpr\u00e9t\u00e9 la m\u00e8re paum\u00e9e dans Palma, son moyen m\u00e9trage de fiction. Ayant sign\u00e9 deux documentaires, <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/sans-frapper-au-choeur-des-violences-sexuelles-20220309_MFKDCXYYFFD7DIZZ5YVKDSCZXE\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/sans-frapper-au-choeur-des-violences-sexuelles-20220309_MFKDCXYYFFD7DIZZ5YVKDSCZXE\/\">Sans frapper<\/a>, r\u00e9cit en ronde de confession d\u2019un viol, et <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/sauve-qui-peut-du-care-a-louvrage-20250603_4BYNUWGXFNHPNKZYAEA7N5TSZ4\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.liberation.fr\/culture\/sauve-qui-peut-du-care-a-louvrage-20250603_4BYNUWGXFNHPNKZYAEA7N5TSZ4\/\">Sauve qui peut<\/a>, son jeu d\u2019\u00e9change de r\u00f4les entre soignants et souffrants en milieu \u00abhospitalier\u00bb, comme ici entre domina et clients masochistes, Poukine a renonc\u00e9 \u00e0 jouer dans l\u2019h\u00f4tel de passe. La cin\u00e9aste poursuit les questions sur les faux-semblants, les r\u00f4les \u00e0 tenir et ce qu\u2019implique de manquer \u00e0 son r\u00f4le. Son truc, docu ou cul, c\u2019est le naturalisme contrari\u00e9.<\/p>\n<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Kika \u00abkicks\u00bb donc, r\u00f4le de domina tarif\u00e9. Sans frapper, le personnage entre et sort, ouvre et ferme plein de portes, monte et descend d\u2019\u00e9troits escaliers. Sa vie est escarp\u00e9e, comme la gal\u00e8re de trouver de la thune et la duret\u00e9 de la mort d\u2019un amour. La difficult\u00e9 \u00e0 se loger, elle et sa fille. A porter les tapis ou \u00e0 voir sa gamine s\u2019allonger dessus pour marquer son d\u00e9saccord. La force progressive du film, d\u2019open space de service public en alc\u00f4ves tendues de rouge pour sexe kinky, est de d\u00e9coller du naturalisme, de le pervertir crescendo, avec de beaux seconds r\u00f4les. A merveille, le malsain le dispute au trouble, \u00e0 la g\u00eane, au rire, avec cet air interdit de Kika client apr\u00e8s client, de pegging en coprophilie. <\/p>\n<p class=\"sc-cPiKLX AiZTS text-element\">Poukine \u00e9tablit un jeu de la v\u00e9rit\u00e9 particulier, par le faux, en miroir pervers : la sc\u00e8ne chez l\u2019homme \u00e0 la paraphilie de b\u00e9b\u00e9 adulte va loin dans l\u2019\u00e9vocation d\u2019un tabou \u2013 du viol des gar\u00e7ons par les m\u00e8res. Dou\u00e9 d\u2019une com\u00e9dienne extraordinaire, Kika pose des questions appropri\u00e9es et inappropri\u00e9es, de cin\u00e9 et de valeurs. O\u00f9 finit l\u2019empathie et o\u00f9 commence l\u2019humiliation, la mise au service altruiste et la vampirisation de l\u2019autre, le care et le sado-masochisme. Le film est passionnant comme pi\u00e8ge et lib\u00e9ration, Kika se rel\u00e8ve en s\u2019\u00e9croulant, pour tenir, comme elle fait son deuil, sans s\u2019\u00e9pancher. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que si elle fond en larmes, ce ne sera pas sous les coups, mais sous les caresses.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Elle s\u2019appelle Manon Clavel. 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