{"id":538779,"date":"2025-11-16T19:59:11","date_gmt":"2025-11-16T19:59:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/538779\/"},"modified":"2025-11-16T19:59:11","modified_gmt":"2025-11-16T19:59:11","slug":"vers-une-cybersecurite-dalliance-plutot-que-de-dependance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/538779\/","title":{"rendered":"vers une cybers\u00e9curit\u00e9 d\u2019alliance plut\u00f4t que de d\u00e9pendance\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Hamid Chriet, expert franco-britannique en cybers\u00e9curit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Les cybermenaces ignorent les fronti\u00e8res, les id\u00e9ologies et les accords commerciaux. Dans un monde o\u00f9 la donn\u00e9e est devenue une arme strat\u00e9gique, la s\u00e9curit\u00e9 num\u00e9rique est aujourd\u2019hui un enjeu aussi vital que l\u2019\u00e9nergie ou la d\u00e9fense. Pourtant, malgr\u00e9 cette \u00e9vidence, l\u2019Europe et le Royaume-Uni avancent encore trop souvent en ordre dispers\u00e9. L\u2019un, enferm\u00e9 dans sa r\u00e9gulation ; l\u2019autre, port\u00e9 par son pragmatisme op\u00e9rationnel. Il est temps d\u2019envisager une nouvelle approche : celle d\u2019une cybers\u00e9curit\u00e9 d\u2019alliance, fond\u00e9e sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 plut\u00f4t que sur la s\u00e9paration.<\/p>\n<p>Depuis le Brexit, beaucoup ont voulu croire que le d\u00e9part du Royaume-Uni marquait la fin d\u2019un projet num\u00e9rique commun. C\u2019est une erreur d\u2019analyse. Dans les faits, les cyber menaces auxquelles font face Paris, Berlin ou Londres sont identiques. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019attaques visant les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, les infrastructures critiques ou les donn\u00e9es de sant\u00e9, la nature des risques est la m\u00eame, et les adversaires, souvent, aussi. L\u2019illusion d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 isol\u00e9e ne tient pas. La cybers\u00e9curit\u00e9 post-Brexit ne doit pas \u00eatre une course solitaire, mais un champ de coop\u00e9ration agile entre des nations qui partagent des valeurs, des int\u00e9r\u00eats et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 commune.<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les britanniques et europ\u00e9ens diff\u00e8rent, certes, mais ils se compl\u00e8tent. Le Royaume-Uni a su d\u00e9velopper, autour du National Cyber Security Centre (NCSC), une approche \u00e0 la fois r\u00e9aliste, collaborative et orient\u00e9e r\u00e9sultats. Cette structure est devenue un mod\u00e8le international de r\u00e9activit\u00e9, en particulier dans la gestion de crise et le partage d\u2019intelligence avec le secteur priv\u00e9. L\u2019Union europ\u00e9enne, elle, a avanc\u00e9 sur un autre front : celui de la r\u00e9gulation et de la construction d\u2019un cadre commun. Les directives NIS2 et le Cyber Resilience Act traduisent une volont\u00e9 de normaliser les exigences de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent, d\u2019imposer une culture de la pr\u00e9vention et de la transparence.<\/p>\n<p>Ces deux philosophies, l&rsquo;agilit\u00e9 britannique et la r\u00e9gulation europ\u00e9enne\u00a0 ne devraient pas s\u2019opposer, mais se renforcer. Ensemble, elles peuvent former une approche coh\u00e9rente : une cybers\u00e9curit\u00e9 d\u2019alliance, pragmatique dans la mise en \u0153uvre et exigeante dans les standards. Ce mod\u00e8le serait capable de r\u00e9pondre au double d\u00e9fi auquel font face les d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes : prot\u00e9ger leurs infrastructures tout en pr\u00e9servant leur autonomie technologique.<\/p>\n<p>Car le v\u00e9ritable danger, aujourd\u2019hui, n\u2019est pas seulement celui de l\u2019attaque. Il r\u00e9side dans la d\u00e9pendance.La d\u00e9pendance aux technologies \u00e9trang\u00e8res, aux clouds am\u00e9ricains, aux solutions de s\u00e9curit\u00e9 con\u00e7ues hors du continent. Dans ce domaine, l\u2019Europe et le Royaume-Uni partagent la m\u00eame fragilit\u00e9 : celle de s\u2019en remettre, souvent par facilit\u00e9, \u00e0 des acteurs extra-europ\u00e9ens dont les int\u00e9r\u00eats ne co\u00efncident pas toujours avec les leurs. Cette situation cr\u00e9e une vuln\u00e9rabilit\u00e9 strat\u00e9gique : celle d\u2019une souverainet\u00e9 num\u00e9rique th\u00e9orique, d\u00e9pendante d\u2019infrastructures qui ne lui appartiennent pas.<\/p>\n<p>Rompre avec cette d\u00e9pendance ne signifie pas se replier sur soi. Il ne s\u2019agit pas de construire un \u201cmur num\u00e9rique europ\u00e9en\u201d, mais de b\u00e2tir un \u00e9cosyst\u00e8me technologique souverain et interop\u00e9rable. Sur ce point, le Royaume-Uni et l\u2019Union europ\u00e9enne ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 travailler ensemble. Londres poss\u00e8de une solide exp\u00e9rience dans la gestion des risques, la cyber-intelligence et la formation des talents. L\u2019Europe, de son c\u00f4t\u00e9, dispose d\u2019un pouvoir normatif unique et d\u2019une base industrielle en pleine mont\u00e9e en puissance. En combinant ces forces, il serait possible de cr\u00e9er une \u201ctroisi\u00e8me voie cyber\u201d : ni am\u00e9ricaine, ni chinoise, mais v\u00e9ritablement europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Cette coop\u00e9ration pourrait s\u2019articuler autour de trois priorit\u00e9s.D\u2019abord, le partage de renseignement cyber, car la menace est collective et la r\u00e9ponse doit l\u2019\u00eatre aussi. Ensuite, la recherche conjointe dans les technologies critiques\u00a0 chiffrement, cloud souverain, cybers\u00e9curit\u00e9 de l\u2019intelligence artificielle\u00a0 afin de r\u00e9duire la d\u00e9pendance aux grands acteurs mondiaux. Enfin, la formation : sans capital humain, il n\u2019y a pas de souverainet\u00e9. Cr\u00e9er des programmes communs de formation, de certification et de mobilit\u00e9 entre experts britanniques et europ\u00e9ens renforcerait la r\u00e9silience des deux c\u00f4t\u00e9s de la Manche.<\/p>\n<p>Certains diront que la coop\u00e9ration est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, \u00e0 travers l\u2019OTAN ou les partenariats sectoriels. C\u2019est vrai, mais cela reste insuffisant. L\u2019enjeu n\u2019est plus simplement de partager des informations techniques ou de r\u00e9agir \u00e0 une attaque : il s\u2019agit de d\u00e9finir une vision commune de la cybers\u00e9curit\u00e9 en Europe. Une vision capable de concilier la rapidit\u00e9 britannique et la stabilit\u00e9 europ\u00e9enne, la souplesse du march\u00e9 anglo-saxon et la rigueur institutionnelle de l\u2019Union. C\u2019est \u00e0 cette condition que nous pourrons b\u00e2tir une souverainet\u00e9 num\u00e9rique durable.<\/p>\n<p>Dans un monde o\u00f9 les lignes de fracture se redessinent entre blocs technologiques, la cybers\u00e9curit\u00e9 est devenue un instrument de puissance. L\u2019Europe et le Royaume-Uni n\u2019ont plus le luxe d\u2019agir s\u00e9par\u00e9ment. Leur avenir cyber d\u00e9pend de leur capacit\u00e9 \u00e0 coop\u00e9rer, \u00e0 mutualiser leurs forces et \u00e0 parler d\u2019une seule voix face aux g\u00e9ants qui dominent le cyberespace mondial.Ce n\u2019est pas dans la s\u00e9paration, mais dans l\u2019alliance, que se joue la souverainet\u00e9 num\u00e9rique europ\u00e9enne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par Hamid Chriet, expert franco-britannique en cybers\u00e9curit\u00e9. 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