{"id":540337,"date":"2025-11-17T13:42:13","date_gmt":"2025-11-17T13:42:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/540337\/"},"modified":"2025-11-17T13:42:13","modified_gmt":"2025-11-17T13:42:13","slug":"moyen-orient-du-deal-making-au-sense-making","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/540337\/","title":{"rendered":"Moyen-Orient : du deal-making au sense-making ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>En 2025, l\u2019impressionnante tourn\u00e9e de Donald Trump au Moyen-Orient conduisait \u00e0 la signature d\u2019une s\u00e9rie de m\u00e9ga-contrats \u00e9conomiques et de d\u00e9fense avec plusieurs \u00c9tats du Golfe, consacr\u00e9s aux investissements commerciaux, \u00e0 une coop\u00e9ration avanc\u00e9e dans le domaine des nouvelles technologies et \u00e0 un approfondissement des partenariats strat\u00e9giques r\u00e9gionaux.<\/strong> <\/p>\n<p>Entre l\u2019Arabie saoudite, les \u00c9mirats arabes unis et le Qatar, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain s\u00e9curisait des deals colossaux d\u00e9passant un total de deux trillions de dollars, concernant \u00e0 la fois des bases et \u00e9quipements militaires, des ventes d\u2019armes (parmi les plus importantes de l\u2019histoire), des centres de donn\u00e9es et des infrastructures physiques et \u00e9nerg\u00e9tiques. Dans la foul\u00e9e, les \u00c9tats-Unis annon\u00e7aient une lev\u00e9e des sanctions contre la Syrie, signalant l\u00e0 leur volont\u00e9 d\u2019un r\u00e9alignement du Levant au terme de d\u00e9cennies de conflits. En novembre 2025, ce d\u00e9sir de r\u00e9int\u00e9gration de la Syrie au grand jeu r\u00e9gional \u00e9tait formalis\u00e9 lors d\u2019une visite officielle du pr\u00e9sident Ahmed al-Charaa \u00e0 Washington, dans le cadre d\u2019un \u00e9ni\u00e8me deal que l\u2019administration Trump semblait vouloir passer avec le nouveau dirigeant de Damas.<\/p>\n<p>\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9vidence, cet imposant deal-making r\u00e9gional consolide l\u2019influence am\u00e9ricaine dans tout le Moyen-Orient, en particulier dans la p\u00e9ninsule arabique, afin de contrebalancer le poids d\u2019autres puissances. En p\u00e9rennisant les liens \u00e9conomiques et militaires avec cette partie du monde, Trump compte en effet contrecarrer le poids grandissant d\u2019un protagoniste comme la Chine. Beaucoup ont qualifi\u00e9 ces deals d\u2019historiques, porteurs de b\u00e9n\u00e9fices exceptionnels pour l\u2019industrie am\u00e9ricaine et ses emplois. Dans le m\u00eame temps, des critiques continuent de s\u2019exprimer concernant le r\u00e9alisme des chiffres et des engagements scell\u00e9s, plusieurs accords pr\u00e9c\u00e9dents s\u2019\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9s d\u00e9clamatoires. Une autre pr\u00e9occupation concerne la capacit\u00e9 de ces deals et de ce type de politique multi-align\u00e9e \u00e0 garantir des relations plus \u00e9quilibr\u00e9es avec les p\u00e9tromonarchies arabes, dont on conna\u00eet bien les rivalit\u00e9s. Enfin, et c\u2019est ici la r\u00e9serve la plus consid\u00e9rable, d\u2019aucuns s\u2019interrogent sur les r\u00e9percussions v\u00e9ritables de ce deal-making ambitieux.<\/p>\n<p>\u00a0Ce dernier facilitera-t-il en effet un r\u00e8glement des principales crises g\u00e9opolitiques du Moyen-Orient, au premier rang desquelles la d\u00e9flagration isra\u00e9lo-palestinienne et la guerre d\u00e9sormais ouverte entre Isra\u00ebl et l\u2019Iran\u00a0? Cette approche transactionnelle de la paix de la part de Donald Trump ne risque-t-elle pas, in fine, de se retourner contre lui et contre la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale si ces deals venaient \u00e0 ne pas se mat\u00e9rialiser\u00a0? En r\u00e9alit\u00e9, nul ne sait ce qu\u2019il adviendra au cours des prochains mois. Surtout, une sorte de myopie caus\u00e9e par une actualit\u00e9 incessante fait oublier \u00e0 de nombreux analystes qu\u2019il ne s\u2019agit pas des premiers grands deals am\u00e9ricains au Moyen-Orient. Une optique historique permet d\u2019en retracer la trajectoire \u00e9tendue dans le temps et d\u2019observer qu\u2019ils n\u2019ont pas permis auparavant cette pacification tant esp\u00e9r\u00e9e. Longtemps avant la cr\u00e9ation m\u00eame de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl en 1948, on se souvient des accords p\u00e9troliers des ann\u00e9es 1920, 1930 et 1940, comme l\u2019accord de la ligne rouge de 1928 qui formalisa l\u2019acc\u00e8s des \u00c9tats-Unis aux hydrocarbures de la r\u00e9gion, et des concessions saoudiennes qui pos\u00e8rent les jalons de la relation strat\u00e9gique et mutuellement b\u00e9n\u00e9fique entre le royaume et Washington. Plus tard, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution islamique de 1979 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, des rapports militaires et \u00e9conomiques \u00e9troits furent \u00e9tablis avec l\u2019Iran du Chah contre l\u2019influence sovi\u00e9tique, tandis que les accords de Camp David de 1978 aboutirent \u00e0 une paix entre l\u2019\u00c9gypte et Isra\u00ebl tout en promouvant un d\u00e9veloppement \u00e9conomique soutenu par les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Aucun de ces deals ne permit toutefois de r\u00e9aliser cette paix r\u00e9gionale alors souhait\u00e9e par leurs promoteurs. Pis, leurs effets ont par la suite \u00e9t\u00e9 lourdement amoindris par les aventures militaires calamiteuses ayant suivi le tournant du deuxi\u00e8me mill\u00e9naire, en Afghanistan puis en Irak, peu apr\u00e8s les attentats du 11 septembre. Depuis son premier mandat, Donald Trump entend tourner la page de ces fiascos militaires et favoriser des transactions \u00e9conomiques bilat\u00e9rales dont il pense qu\u2019elles seules pourront apporter la paix au Moyen-Orient, plus particuli\u00e8rement dans l\u2019apr\u00e8s-7 octobre et guerre \u00e0 Gaza. Ce deal-making repose sur une diplomatie du nombre et du calcul destin\u00e9e \u00e0 endiguer l\u2019influence iranienne et \u00e0 trouver une issue acceptable \u00e0 l\u2019implosion proche-orientale, tout en privil\u00e9giant des concessions \u00e9conomiques rapides sur les cadres de coop\u00e9ration multilat\u00e9raux traditionnels. Il vise aussi \u00e0 maintenir l\u2019influence des \u00c9tats-Unis dans un Moyen-Orient devenu multipolaire, o\u00f9 des puissances internationales comme la Chine et la Russie, mais aussi r\u00e9gionales comme Isra\u00ebl et la Turquie, visent de plus en plus \u00e0 affirmer leur autonomie. Il manque n\u00e9anmoins cruellement \u00e0 ce deal-making m\u00ealant de mani\u00e8re complexe int\u00e9r\u00eats p\u00e9troliers, commerciaux et strat\u00e9giques depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle une dimension de sense-making. <\/p>\n<p>Par sense-making (\u00ab\u00a0faire sens\u00a0\u00bb en anglais), il faut comprendre les processus cognitifs et analytiques permettant aux acteurs mondiaux d\u2019interpr\u00e9ter en bonne intelligence des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 large \u00e9chelle et d\u2019actionner des d\u00e9cisions fond\u00e9es sur des sc\u00e9narios cr\u00e9dibles et authentiquement profitables \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats dans la dur\u00e9e. Dans le cas du Moyen-Orient, cet exercice impliquerait de prendre en compte la part d\u2019incertitude qui p\u00e8se sur la politique locale, sa complexit\u00e9 sociohistorique, la non-lin\u00e9arit\u00e9 ainsi que l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des alliances r\u00e9gionales, la vitesse \u00e0 laquelle l\u2019environnement strat\u00e9gique \u00e9volue, et enfin la possibilit\u00e9 de catastrophes non anticip\u00e9es qui ne remettent pas pour autant en cause les sch\u00e9mas de pens\u00e9e \u00e9tablis. Les \u00c9tats-Unis comme les autres acteurs concern\u00e9s sauront-ils op\u00e9rer cette conversion du deal-making au sense-making\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Myriam Benraad<br \/>Sp\u00e9cialiste du Moyen-Orient<br \/>Professeure en g\u00e9opolitique et relations internationales Forward College\/Institut catholique de Paris (ICP)<\/strong><\/p>\n<p>Photo : Mijansk786<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"90\" height=\"90\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Myriam-Benraad-100x100.png\" class=\"attachment-90x90 size-90x90\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><strong>Myriam Benraad<\/strong><\/p>\n<p class=\"author-bio\">Politiste de formation, Myriam Benraad est titulaire d\u2019un doctorat de l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de Paris (Sciences Po, 2011) et s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9e dans les relations et la n\u00e9gociation internationales, les \u00e9tudes sur la paix et les conflits, ainsi que la g\u00e9opolitique mondiale et l\u2019\u00e9conomie politique internationale, avec un accent particulier sur les transitions et \u00e9motions politiques au Moyen-Orient et dans le monde arabe en g\u00e9n\u00e9ral.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nElle a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e a\u0300 divers centres de recherche et a r\u00e9guli\u00e8rement exerce\u0301 en tant que consultante et experte\/conseill\u00e8re technique pour l\u2019Union europ\u00e9enne et plusieurs organisations internationales et agences de d\u00e9veloppement (notamment la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement et la Banque mondiale).&#13;<br \/>\nOutre ses nombreuses ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, Myriam Benraad est une chercheuse chevronn\u00e9e ainsi que la fondatrice du R\u00e9seau interdisciplinaire d\u2019\u00e9tudes sur la vengeance (TNRS) et de l\u2019Institut Delphes.&#13;<br \/>\nParmi ses derni\u00e8res publications : M\u00e9canique des conflits : cycles de violence et r\u00e9solution et L\u2019Irak par-del\u00e0\u0300 toutes les guerres. Id\u00e9es re\u00e7ues sur un \u00c9tat en transition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En 2025, l\u2019impressionnante tourn\u00e9e de Donald Trump au Moyen-Orient conduisait \u00e0 la signature d\u2019une s\u00e9rie de m\u00e9ga-contrats \u00e9conomiques&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":540338,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1589],"tags":[11,73,1866,12,1864,1865,1863,308],"class_list":{"0":"post-540337","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-etats-unis","8":"tag-actualites","9":"tag-etats-unis","10":"tag-etats-unis-damerique","11":"tag-news","12":"tag-united-states","13":"tag-united-states-of-america","14":"tag-us","15":"tag-usa"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115565334202578780","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/540337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=540337"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/540337\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/540338"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=540337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=540337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=540337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}