{"id":549622,"date":"2025-11-21T18:20:32","date_gmt":"2025-11-21T18:20:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/549622\/"},"modified":"2025-11-21T18:20:32","modified_gmt":"2025-11-21T18:20:32","slug":"critique-qui-va-a-la-chasse-perd-sa-place-sur-amazon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/549622\/","title":{"rendered":"critique qui va \u00e0 la chasse perd sa place sur Amazon"},"content":{"rendered":"<p>        seule contre tous<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Tout n\u2019est pas cens\u00e9 te mettre \u00e0 l\u2019aise\u00a0\u00bb<\/strong>, ass\u00e8ne Alma, une professeure en philosophie respect\u00e9e de l\u2019universit\u00e9 de Yale (Julia Roberts), \u00e0 son \u00e9tudiante Maggie, incarn\u00e9e par Ayo Edebiri, accusant un autre professeur d\u2019agression sexuelle (Hank jou\u00e9 par Andrew Garfield). La s\u00e9quence arrive au milieu du r\u00e9cit et nul doute, \u00e0 ce moment-l\u00e0, que la petite phrase prononc\u00e9e par Julia Roberts (\u00e0 son meilleur depuis <strong>Un \u00e9t\u00e9 \u00e0 Osage County<\/strong>, si ce n\u2019est plus) r\u00e9sonne plut\u00f4t comme un clin d\u2019\u0153il avis\u00e9 de Luca Guadagnino aux spectateurs eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>L\u2019inconfort est l\u2019une des cl\u00e9s du cin\u00e9ma du r\u00e9alisateur, qui a d\u00e9j\u00e0 largement explor\u00e9 cette facette du trouble dans ses pr\u00e9c\u00e9dents films. Que ce soit la relation amoureuse interdite de <strong>Call Me by Your Name<\/strong>, cannibale de <strong>Bones &amp; All<\/strong>, toxique de <strong>Queer<\/strong> ou tendue de <strong>A Bigger Splash<\/strong>, le triolisme de <strong>Challengers<\/strong> et la fureur sanglante de <strong>Suspiria<\/strong>, le malaise, sous toutes ses formes, infuse chaque \u0153uvre du r\u00e9alisateur. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est <strong>l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 morale qui d\u00e9coule de ses r\u00e9cits qui provoque souvent un inconfort psychologique<\/strong> et \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>Avec <strong>After the Hunt<\/strong>, Guadagnino semble s\u2019en d\u00e9lecter encore un peu plus. \u00c0 travers une atmosph\u00e8re non sans rappeler <strong>Eyes Wide Shut <\/strong>(notamment avec la BO du duo Reznor-Ross et quelques morceaux utilis\u00e9s comme Piano Concerto: II. Lento e deserto de Pierre-Laurent Aimard), il plonge les spectateurs au c\u0153ur d\u2019une affaire d\u2019agression sexuelle ou au moins d\u2019abus \u2013 le r\u00e9cit reste (volontairement ?) flou sur ce point. De quoi <strong>surfer sur un sujet \u00e9pineux, pour ne pas dire explosif, \u00e0 savoir la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9tablir la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong> dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le syst\u00e8me judiciaire a des limites structurelles \u00e9videntes pour statuer ce type de crime.<\/p>\n<p>Habilement, Luca Guadagnino choisit de ne jamais trancher pleinement sur les tenants et aboutissants de cette agression, laissant place \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation (jusqu\u2019\u00e0 un dernier mot en quasi-pied de nez pour ceux qui prendraient son film trop au s\u00e9rieux). La d\u00e9marche pourra sembler d\u00e9plac\u00e9e, surtout post-MeToo, mais certaines sc\u00e8nes sont suffisamment \u00e9vocatrices (\u00ab\u00a0Si c\u2019est vrai pour toi, c\u2019est vrai\u00a0\u00bb ; une sc\u00e8ne violente dans une chambre entre Alma et Hank) pour qu\u2019une piste de v\u00e9rit\u00e9 s\u2019en d\u00e9gage. Cela \u00e9tant dit, <strong>derri\u00e8re ses airs provocateurs, cette intrigue est avant tout un point de d\u00e9part autrement plus passionnant<\/strong> pour l\u2019Italien.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/content\/uploads\/2025\/11\/ath_fp_00001_r.jpg\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Julia Roberts dans After the Hunt\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/ath_fp_00001_r-1260x678.jpg\" width=\"1260\" height=\"678\"  \/><\/p>\n<p><\/a>Julia Roberts est brillanteentre adultes pas consentants<\/p>\n<p>Comme son titre l\u2019explicite, <strong>After the Hunt <\/strong>(soit \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la chasse\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais) ne s\u2019int\u00e9resse pas tant \u00e0 la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 derri\u00e8re l\u2019agression qu\u2019aux cons\u00e9quences d\u2019une telle affaire. Le long-m\u00e9trage s\u2019interroge \u00e0 la fois sur la cancel culture (sans jamais \u00eatre \u00e0 la hauteur du <b>T<\/b><strong>\u00c1R <\/strong>de Todd Field), le sexisme, le racisme mais au fond, surtout sur <strong>les dynamiques de pouvoirs au c\u0153ur d\u2019un syst\u00e8me scl\u00e9ros\u00e9 et toxique<\/strong>. Le r\u00e9alisateur l\u2019a expliqu\u00e9 lui-m\u00eame dans une interview avec ynet.news :<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Ce film parle de pouvoir : qui le d\u00e9tient, pourquoi on le convoite et pourquoi on tente de le ravir aux autres. Je crois que nous avons tous un besoin inn\u00e9 de pouvoir, qui d\u00e9coule probablement d\u2019un instinct de survie. Il part du principe que pour survivre, il faut dominer, quel que soit son environnement.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que <strong>After the Hunt <\/strong>prend toute sa dimension. En suivant le personnage d\u2019Alma, \u00e9cartel\u00e9e entre les accusations de Maggie et son amiti\u00e9 (voire plus) avec Hank, le r\u00e9cit suit finalement un personnage incapable de prendre une d\u00e9cision, ou plut\u00f4t, pr\u00e9f\u00e9rant prendre une anti-position, rejetant les deux camps tout en feignant de les comprendre. Pourquoi ? Simplement parce que <strong>sa place de professeure (et son avenir de titulaire) est en jeu et donc, in fine, son pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>, surtout en tant que femme.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/content\/uploads\/2025\/11\/ath_fp_00042_r.jpg\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Julia Roberts et Andrew Garfield dans After the Hunt\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/ath_fp_00042_r-1260x679.jpg\" width=\"1260\" height=\"679\"  \/><\/p>\n<p><\/a>Un vertige tr\u00e8s hitchcockien<\/p>\n<p>Ici, Luca Guadagnino d\u00e9peint en r\u00e9alit\u00e9 une \u00e9lite d\u2019une l\u00e2chet\u00e9 terrifiante, pr\u00e9f\u00e9rant user de grands mots et concepts philosophiques que de se confronter au fond du (des) probl\u00e8me(s) qui l\u2019entoure. Les personnages d\u2019<strong>After the Hunt <\/strong>d\u00e9fendent finalement, avec plus ou moins d\u2019honn\u00eatet\u00e9, leur bout de viande, dissimulant leurs intentions, refusant leur (possible) tort et militant plus pour la vengeance qu\u2019une vraie justice. Car <strong>la v\u00e9rit\u00e9 est-elle bonne \u00e0 prendre si elle nous fait sauter de notre pi\u00e9destal ?<\/strong><\/p>\n<p>Plus encore pour Alma, c\u2019est un dilemme moral, institutionnel et existentiel qui se dresse face \u00e0 elle : continuer \u00e0 s\u2019associer \u00e0 un syst\u00e8me patriarcal sur lequel elle s\u2019est construite malgr\u00e9 elle et dans la souffrance ou accepter de le d\u00e9truire pour laisser place \u00e0 un progr\u00e8s port\u00e9 par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, quitte \u00e0 tomber avec ? <strong inert=\"true\">After the Hunt pose des questions passionnantes sur nos convictions \u00e9thiques autant que sur l\u2019\u00e9cart g\u00e9n\u00e9rationnel f\u00e9ministe de ses deux h\u00e9ro\u00efnes<\/strong>, ouvrant une jolie r\u00e9flexion philosophique sans r\u00e9ponses \u00e9tablies.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/content\/uploads\/2025\/11\/ath_02018_r.jpg\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Ayo Edebiri et Julia Roberts dans After the Hunt\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/ath_02018_r-1260x840.jpg\" width=\"1260\" height=\"840\"  \/><\/p>\n<p><\/a>Deux mondes irr\u00e9conciliables ?<\/p>\n<p>Reste que tout ne fonctionne pas vraiment dans <strong>After the Hunt <\/strong>pour autant. \u00c9crit par la jeune <a href=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/personnalite\/nora-garrett\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/personnalite\/nora-garrett\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Nora Garrett<\/a> dont c\u2019est le premier sc\u00e9nario, le film est peut-\u00eatre trop dense (ambitieux ?) pour son propre bien. <strong>Il est souvent brouillon dans son approche th\u00e9matique<\/strong> et, plus tristement, impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019un \u00e9litisme repoussoir avec son jargon universitaire et ses \u00e9changes tr\u00e8s c\u00e9r\u00e9braux. En 2h19, le film est si bavard qu\u2019il en oublie presque l\u2019\u00e9motion derri\u00e8re ses personnages, en faisant plus des cerveaux sur pattes que des \u00e2mes d\u00e9chir\u00e9es par leurs traumatismes respectifs.<\/p>\n<p>Heureusement que, sublim\u00e9e par la photo du chef op\u00e9rateur Malik Hassan Sayeed (d\u2019ailleurs pass\u00e9 chez Kubrick pour\u2026 <strong>Eyes Wide Shut<\/strong>), <strong>la mise en sc\u00e8ne de Luca Guadagnino est d\u2019une beaut\u00e9 \u00e9poustouflante<\/strong>. Sa cam\u00e9ra sait donner corps \u00e0 chacun des personnages en quelques plans, gestes et regards. Et son utilisation de plans subjectifs (r\u00e9miniscents de Jonathan Demme) offre aux spectateurs une proximit\u00e9 avec les personnages d\u00e9stabilisante. Du pur inconfort \u00e0 la Guadagnino.<\/p>\n<p>After the Hunt est disponible sur Prime Video depuis le 20 novembre 2025 en France<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ecranlarge.com\/content\/uploads\/2025\/11\/afth_2025_static2x3_mosaic_2000x3000_pre_pv_final_fr-fr_armch.png\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Affiche fran\u00e7aise de After the Hunt\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/afth_2025_static2x3_mosaic_2000x3000_pre_pv_final_fr-fr_armch-1260x1890.png\" width=\"1260\" height=\"1890\"  \/><\/p>\n<p><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"seule contre tous \u00ab\u00a0Tout n\u2019est pas cens\u00e9 te mettre \u00e0 l\u2019aise\u00a0\u00bb, ass\u00e8ne Alma, une professeure en philosophie respect\u00e9e&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":549623,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1354],"tags":[58,59,1346,1011,27,1360],"class_list":{"0":"post-549622","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-divertissement","9":"tag-entertainment","10":"tag-films","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115589077340325243","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/549622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=549622"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/549622\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/549623"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=549622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=549622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=549622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}