{"id":551589,"date":"2025-11-22T15:32:25","date_gmt":"2025-11-22T15:32:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/551589\/"},"modified":"2025-11-22T15:32:25","modified_gmt":"2025-11-22T15:32:25","slug":"le-moment-kennedy-de-lallemagne-spatiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/551589\/","title":{"rendered":"Le moment Kennedy de l\u2019Allemagne spatiale"},"content":{"rendered":"<p>Jeudi 25\u00a0septembre 2025, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un discours prononc\u00e9 devant la F\u00e9d\u00e9ration des industries allemandes\u00a0(BDI), Boris Pistorius, le tr\u00e8s populaire ministre socialiste de la D\u00e9fense, a <a href=\"https:\/\/www.dw.com\/en\/germany-updates-berlin-vows-billions-in-space-defense-to-counter-russia-china\/live-74128924\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">annonc\u00e9<\/a> une s\u00e9rie d\u2019investissements pour les capacit\u00e9s spatiales de d\u00e9fense allemandes avoisinant un total de 35\u00a0milliards d\u2019euros sur les cinq prochaines ann\u00e9es. Les ordres de grandeur de ces efforts, in\u00e9dits pour le secteur spatial en Europe, t\u00e9moignent en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un renversement doctrinal et politique beaucoup plus large, qui voit l\u2019Allemagne affirmer sa pr\u00e9\u00e9minence sur les sujets spatiaux. Ces annonces, qui interviennent en concomitance avec le d\u00e9voilement de man\u0153uvres hostiles de satellites russes contre des infrastructures allemandes en orbite, refl\u00e8tent une prise de conscience outre-Rhin des enjeux li\u00e9s au spatial, en particulier en mati\u00e8re de d\u00e9fense. \u00c0\u00a0plus long terme, elles pr\u00e9figurent ce \u00e0 quoi pourrait ressembler le rapport de puissance dans l\u2019Europe de demain, avec une Allemagne en cheffe de file.<\/p>\n<p>Pour la France, qui craint tout ce qui touche \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des forces de part et d\u2019autre du Rhin, ces annonces marquent un d\u00e9classement redout\u00e9 de longue date \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, alors que ses marges de man\u0153uvre, budg\u00e9taires comme politiques, sont particuli\u00e8rement contraintes. Les r\u00e9centes annonces du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui vient de d\u00e9voiler une <a href=\"https:\/\/www.sgdsn.gouv.fr\/files\/files\/Publications\/20251112_Strat%C3%A9gie%20nationale%20spatiale%202025-2040.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">strat\u00e9gie nationale spatiale<\/a>, illustrent froidement cette d\u00e9corr\u00e9lation grandissante entre les moyens et les ambitions. Malgr\u00e9 tout, la pouss\u00e9e d\u2019ambition allemande peut aussi faire appara\u00eetre des opportunit\u00e9s, \u00e0 condition pour la France de s\u2019organiser rapidement.<\/p>\n<p>Pour l\u2019Europe, qui doit composer avec la mont\u00e9e en puissance des strat\u00e9gies hybrides et du rapport de force dans son voisinage imm\u00e9diat, ces annonces sont naturellement salutaires et constituent un pas dans la bonne direction. Le\u00a0continent accuse en effet, particuli\u00e8rement en mati\u00e8re d\u2019architectures de d\u00e9fense spatiale, de grandes lacunes et de profondes d\u00e9pendances, alors que le r\u00f4le de celles-ci dans les op\u00e9rations grandit d\u2019un conflit \u00e0 l\u2019autre, et que la perspective d\u2019un engagement sur son propre sol se pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Aux racines du basculement allemand<\/p>\n<p>Lorsque Boris Pistorius s\u2019avance \u00e0 la tribune, le parterre de g\u00e9n\u00e9raux et de chefs d\u2019entreprise qui compose l\u2019auditoire n\u2019attend pas de grands bouleversements. Et\u00a0pour cause\u00a0: Doroth\u00e9e B\u00e4r, la ministre de la Recherche, de la Technologie et de l\u2019Espace qui s\u2019est exprim\u00e9e juste avant lui, s\u2019est content\u00e9e d\u2019un propos relativement plat. Rien qui ne laisse augurer, en d\u00e9finitive, que la table puisse \u00eatre revers\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est alors que, \u00e0 l\u2019image d\u2019un deus ex\u00a0machina grossi\u00e8rement ficel\u00e9, Boris Pistorius entame son discours et fend l\u2019armure. Dans le sillage du ton grave qu\u2019il emprunte, il annonce des investissements en mati\u00e8re de spatial de d\u00e9fense d\u2019une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent pour un total de <a href=\"https:\/\/europeanspaceflight.com\/germany-commits-e35-billion-to-space-related-defence-projects\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">35\u00a0milliards d\u2019euros d\u2019ici \u00e0\u00a02030<\/a>, soit 7\u00a0milliards par an. Pour la seule \u0153uvre de rappel, le soutien public total de l\u2019\u00c9tat en France en mati\u00e8re de spatial avoisine les <a href=\"https:\/\/www.senat.fr\/rap\/r23-697\/r23-6972.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">3\u00a0milliards annuels<\/a>, dont la part consacr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense, toujours difficile \u00e0 estimer en raison de la nature intrins\u00e8quement duale du secteur, oscille entre 800\u00a0millions et 1,3\u00a0milliard d\u2019euros selon les p\u00e9rim\u00e8tres retenus. Toujours dans le sillage de la strat\u00e9gie nationale spatiale, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a toutefois annonc\u00e9 des moyens suppl\u00e9mentaires \u00e0 hauteur de 4,2\u00a0milliards d\u2019euros d\u2019ici\u00a02030 pour le spatial militaire fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>De\u00a0fait, les investissements allemands annonc\u00e9s d\u00e9passent de tr\u00e8s loin tout ce que la France est en mesure de proposer compte tenu de sa situation budg\u00e9taire. Pire, ils envoient le signal que notre pays ne joue d\u00e9sormais plus dans la m\u00eame cat\u00e9gorie que son voisin. De\u00a0mani\u00e8re cruelle, la cible de ces d\u00e9penses vient en creux valider la <a href=\"https:\/\/www.vie-publique.fr\/files\/rapport\/pdf\/194000642.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">posture spatiale strat\u00e9gique<\/a> que la France d\u00e9fend depuis 5\u00a0ans sans s\u2019\u00eatre donn\u00e9 les moyens de la financer. Ce\u00a0dont la France r\u00eavait, l\u2019Allemagne l\u2019a fait.<\/p>\n<p>Ainsi, comme l\u2019annonce Boris Pistorius, l\u2019objectif pour l\u2019arm\u00e9e allemande est de se positionner en mati\u00e8re de satellites d\u2019observation, de syst\u00e8mes spatiaux de d\u00e9fense, de surveillance et m\u00eame d\u2019alerte avanc\u00e9e. Pour le dire autrement, il s\u2019agit de doter la Bundeswehr de l\u2019ensemble des capacit\u00e9s spatiales n\u00e9cessaires \u00e0 la conduite d\u2019un conflit de haute intensit\u00e9.<\/p>\n<p>La\u00a0cl\u00e9 de vo\u00fbte de cette nouvelle ambition doit \u00eatre une constellation nationale de communication en orbite basse, dont le financement composera pr\u00e8s d\u2019un tiers du total d\u00e9voil\u00e9 par le ministre allemand de la D\u00e9fense. Si\u00a0son annonce \u00e9tait pressentie de longue date par les observateurs du secteur, son architecture pr\u00e9cise n\u2019\u00e9tait, jusqu\u2019ici, ni fix\u00e9e ni m\u00eame d\u00e9cid\u00e9e. Pour les plus cyniques, le vent de la rumeur provenait en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un pilotage de Berlin, qui souhaitait s\u2019octroyer de nouveaux leviers de n\u00e9gociation dans une tentative \u00e0 peine voil\u00e9e de remettre \u00e0 plat les discussions relatives \u00e0 IRIS\u00b2, le projet europ\u00e9en de constellation de connectivit\u00e9 en orbite basse et moyenne. L\u2019entreprise allemande s\u2019est pourtantav\u00e9r\u00e9e bien r\u00e9elle, assortie au demeurant d\u2019un financement et d\u2019une ambition que peu anticipaient.<\/p>\n<p>Pour la France, englu\u00e9e dans une crise politique aux contours incertains et gripp\u00e9e par des finances publiques qui poursuivent leur d\u00e9gradation, l\u2019interpr\u00e9tation du virage allemand pose question. La\u00a0premi\u00e8re le\u00e7on de ces annonces n\u2019est pas tant industrielle ou technologique que strat\u00e9gique. L\u2019Allemagne cherche depuis pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie maintenant \u00e0 <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/allemagne\/4143\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">revenir dans le jeu spatial<\/a>, o\u00f9 elle a longtemps <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/article\/RIS_127_0131\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">pein\u00e9 \u00e0 faire valoir ses int\u00e9r\u00eats<\/a>.<\/p>\n<p>Il\u00a0convient ici de noter la convergence intrins\u00e8que entre les dimensions strat\u00e9gique et \u00e9conomique du secteur spatial du point de vue allemand et le r\u00f4le de cette convergence dans les <a href=\"https:\/\/link.springer.com\/chapter\/10.1007\/978-3-658-42602-6_21\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">dynamiques industrielles<\/a> \u00e0 l\u2019\u0153uvre. L\u2019\u00e9volution r\u00e9cente de la position allemande s\u2019inscrit \u00e0 cet \u00e9gard <a href=\"https:\/\/www.businesswire.com\/news\/home\/20250925738688\/en\/Planet-to-Open-New-Satellite-Manufacturing-Facility-in-Berlin\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">dans le sillage d\u2019une remise en cause de la strat\u00e9gie de son complexe industriel<\/a> et de sa recherche de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s, en particulier technologiques, qui pourraient lui permettre de pr\u00e9venir et de mitiger l\u2019effondrement de quelques-unes de ses industries nationales phares.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019Allemagne ne s\u2019\u00e9tait pas v\u00e9ritablement donn\u00e9 les moyens de contester le leadership fran\u00e7ais, de telle sorte qu\u2019en mati\u00e8re de spatial europ\u00e9en, elle a toujours plut\u00f4t suivi le tempo qu\u2019elle ne l\u2019a dict\u00e9, \u00e9pousant le fameux <a href=\"https:\/\/ip-quarterly.com\/en\/scholz-needs-stop-copying-macron\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">leading from behind<\/a> d\u2019Helmut Schmidt. Les annonces de Boris Pistorius ne laissent aucune place au doute quant \u00e0 la prise de conscience que le spatial est en passe de devenir l\u2019un des p\u00f4les majeurs de puissance du XXI\u1d49\u00a0si\u00e8cle et que l\u2019Allemagne ne pouvait d\u00e9cemment pas se permettre d\u2019en \u00eatre absente. Cette r\u00e9orientation, m\u00e9caniquement appel\u00e9e \u00e0 mettre le pays en travers de la vision fran\u00e7aise, ne s\u2019est pas faite sans heurts, amenant des <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/journal-revue-internationale-et-strategique-2022-3-page-131?lang=en&amp;utm\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">confrontations fr\u00e9quentes<\/a> sur le sujet des lanceurs (Ariane\u00a06), de Galileo (le syst\u00e8me de navigation europ\u00e9en, \u00e9quivalent du GPS), des satellites et, <a href=\"https:\/\/www.gifas.fr\/press-summary\/l-allemagne-s-oppose-a-iris2-juge-trop-favorable-a-la-france\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">plus r\u00e9cemment<\/a>, d\u2019IRIS\u00b2.<\/p>\n<p>En\u00a0l\u2019occurrence, le discours de Boris Pistorius donne corps \u00e0 la volont\u00e9 allemande de jouer dans la cour des grands. Il\u00a0faut dire qu\u2019en mati\u00e8re de spatial, si ce sont les grandes aventures humaines et scientifiques qui suscitent l\u2019int\u00e9r\u00eat du grand public, ce sont bien les infrastructures \u2013\u00a0satellites, syst\u00e8mes sols\u00a0\u2013 et les technologies int\u00e9ressant la d\u00e9fense qui demeurent les marqueurs v\u00e9ritables d\u2019une puissance. Les premi\u00e8res agissent d\u2019ailleurs souvent comme une vitrine au service d\u2019un secteur dont la matrice fut et demeure militaire. En\u00a0investissant dans le secteur spatial de d\u00e9fense, l\u2019Allemagne ne s\u2019y trompe donc pas et se donne les moyens r\u00e9els de reprendre le leadership en Europe.<\/p>\n<p>S\u2019il fallait une preuve suppl\u00e9mentaire de cette bascule, et si l\u2019on en croit les mots de Doroth\u00e9e B\u00e4r elle-m\u00eame, l\u2019Allemagne nourrit toujours l\u2019ambition de devenir le <a href=\"https:\/\/www.handelsblatt.com\/politik\/deutschland\/verteidigung-bund-investiert-35-milliarden-euro-in-weltraumsicherheit\/100157997.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">premier contributeur \u00e0 l\u2019Agence spatiale europ\u00e9nne<\/a>\u00a0(ESA). Le\u00a0vote du Bundestag le\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bundestag.de\/presse\/hib\/kurzmeldungen-1015404\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">18\u00a0septembre dernier<\/a> avait affect\u00e9 une contribution \u00e0 l\u2019ESA en diminution par rapport aux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, pour atteindre 943\u00a0millions d\u2019euros sur l\u2019ann\u00e9e, ce qui n\u2019avait pas manqu\u00e9 de semer le doute \u00e0 l\u2019agence comme \u00e0 Paris, Rome ou encore Bruxelles. Cette d\u00e9cision s\u2019\u00e9tait de toute \u00e9vidence faite ind\u00e9pendamment du nouveau cadre strat\u00e9gique allemand. La\u00a0conf\u00e9rence minist\u00e9rielle de Br\u00eame qui doit se tenir les\u00a026 et\u00a027\u00a0novembre prochain devrait \u00eatre l\u2019occasion pour l\u2019Allemagne de joindre la parole aux actes, avec une contribution annonc\u00e9e proche de 5\u00a0milliards d\u2019euros, loin devant ses partenaires fran\u00e7ais et italiens.<\/p>\n<p>Une posture ajust\u00e9e \u00e0 la centralit\u00e9 croissante du spatial<\/p>\n<p>Les <a href=\"https:\/\/www.handelsblatt.com\/politik\/deutschland\/verteidigung-bundeswehr-manager-erklaert-die-neue-milliarden-industrie-fuers-all\/100157424.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">termes employ\u00e9s<\/a> par Michael Traut, major g\u00e9n\u00e9ral et chef du Commandement allemand de l\u2019espace, ne laissent aucune place au doute\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons pris conscience de l\u2019importance de l\u2019espace pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0[\u2026]. Le\u00a0spatial est appel\u00e9 \u00e0 devenir une partie int\u00e9grante de la guerre.\u00a0\u00bb Ces paroles viennent \u00e9pouser une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: le d\u00e9passement du spatial comme simple outil d\u2019appui au service des arm\u00e9es pour s\u2019\u00e9riger en pilier op\u00e9rationnel des architectures contemporaines de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense. En\u00a0toile de fond, difficile de ne pas voir l\u2019ombre du conflit ukrainien. La\u00a0situation sur ce terrain, fr\u00e9quemment comment\u00e9e pour les similitudes qu\u2019elle affiche avec le premier conflit mondial, est en r\u00e9alit\u00e9 celle d\u2019une guerre o\u00f9 le spatial intervient \u00e0 tous les \u00e9tages.<\/p>\n<p>En\u00a0Ukraine, l\u2019ensemble des \u00e9chelons \u2013\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-article-cahier.php?carticle=564&amp;cidcahier=1316\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">tactiques, strat\u00e9giques et op\u00e9ratifs<\/a>\u00a0\u2013 est facilit\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 par le spatial, qui mobilise tous les types de services qu\u2019il peut offrir. Le\u00a0plus notoire est sans nul doute celui de la connectivit\u00e9, ici permise en grande partie par la constellation Starlink, dont le d\u00e9ploiement rapide a permis d\u2019assurer la r\u00e9silience de toute la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne, bien au-del\u00e0 des seuls militaires. Plus en avant dans le conflit, la constellation est venue r\u00e9pondre aux <a href=\"https:\/\/css.ethz.ch\/content\/dam\/ethz\/special-interest\/gess\/cis\/center-for-securities-studies\/pdfs\/CSSAnalyse361-EN.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">besoins quotidiens<\/a> formul\u00e9s par les forces ukrainiennes en mati\u00e8re de connectivit\u00e9, en particulier dans l\u2019usage des drones, banalis\u00e9 pendant le conflit, et dont l\u2019une des modalit\u00e9s de pilotage se fait par ondes radio transmises par satellites. On\u00a0rappellera utilement que, de l\u2019aveu m\u00eame de certains g\u00e9n\u00e9raux ukrainiens, le <a href=\"https:\/\/www.wsj.com\/business\/telecom\/ukraine-leans-on-elon-musks-starlink-in-fight-against-russia-11657963804\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">conflit aurait pu \u00eatre perdu<\/a> en l\u2019absence de Starlink.<\/p>\n<p>Le\u00a0renseignement d\u2019origine image\u00a0(ROIM), illustr\u00e9 en amont et au d\u00e9but du conflit, continue \u00e9galement de jouer un r\u00f4le pr\u00e9gnant, \u00e0 telle enseigne que c\u2019est d\u2019abord contre lui que se sont port\u00e9es les <a href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/c58fccea-00c4-4fad-bc0a-0185b7415579\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">mesures am\u00e9ricaines de suspension d\u2019aide<\/a> lors de l\u2019arriv\u00e9e aux affaires de la seconde administration Trump. La\u00a0navigation enfin, qui rel\u00e8ve du positionnement par satellites, permet de guider de nombreux syst\u00e8mes d\u2019armes et d\u2019organiser les mouvements de troupes. Cette fonction essentielle permise par des syst\u00e8mes spatiaux n\u2019\u00e9chappe pas davantage au conflit\u00a0: la guerre \u00e9lectronique y est <a href=\"https:\/\/www.rand.org\/content\/dam\/rand\/pubs\/research_reports\/RRA2900\/RRA2950-1\/RAND_RRA2950-1.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">particuli\u00e8rement intense<\/a>, avec notamment le brouillage (jamming), destin\u00e9 \u00e0 saturer le syst\u00e8me GNSS, et l\u2019usurpation (spoofing), qui vise \u00e0 le tromper par l\u2019\u00e9mission de faux signaux.<\/p>\n<p>Le\u00a0discours de Boris Pistorius marque aussi la prise de conscience allemande qu\u2019un futur conflit se joue dans l\u2019espace et que les infrastructures qui y sont pr\u00e9sentes peuvent \u00eatre prises pour cible\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui les attaque peut paralyser des \u00c9tats entiers.\u00a0\u00bb Ces propos sont \u00e0 replacer dans le cadre du d\u00e9voilement r\u00e9cent par les arm\u00e9es allemandes d\u2019approches et autres man\u0153uvres de harc\u00e8lement russes autour de <a href=\"https:\/\/edition.cnn.com\/2025\/09\/25\/europe\/germany-warning-russia-space-threat-intl\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">certaines de ses infrastructures<\/a>. Ils renvoient plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la notion <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/annuaire-francais-de-relations--9782376510550-page-887?lang=fr&amp;tab=texte-integral\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">d\u2019arsenalisation<\/a>, qui se rapporte au <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/l-annee-des-relations-internationales-2025-2026--9782376510734-page-749?lang=fr\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">placement d\u2019armes dans l\u2019espace<\/a>, permettant, selon l\u2019objectif poursuivi, de conduire des op\u00e9rations depuis ou dans l\u2019espace, afin de neutraliser les capacit\u00e9s spatiales adverses et d\u2019entraver l\u2019exercice de leur souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Pour y r\u00e9pondre, Boris Pistorius a esquiss\u00e9 quelques pistes particuli\u00e8rement ambitieuses, en mati\u00e8re de surveillance de l\u2019espace, de man\u0153uvres avec le lancement de satellites patrouilleurs-guetteurs et, enfin, de nouvelle constellation d\u2019observation, de reconnaissance et de communications. Ces syst\u00e8mes devraient \u00eatre assortis de nombreuses normes de redondance et de robustesse \u00e0 des fins de r\u00e9silience jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent quasiment absentes des architectures europ\u00e9ennes. La\u00a0France ne dispose, par exemple, que de quelques satellites d\u2019observation patrimoniaux, dont les tr\u00e8s strat\u00e9giques satellites de la Composante spatiale optique\u00a0(CSO), au nombre de trois. Ces technologies comptent parmi les meilleures et les plus \u00e9prouv\u00e9es au monde, mais leur nombre limit\u00e9 et leur tr\u00e8s haute valeur unitaire en font des cibles vuln\u00e9rables et de choix pour un acteur capable.<\/p>\n<p>Pour Marco Fuchs, le pr\u00e9sident d\u2019OHB Systems \u2013\u00a0qui devrait se tailler la part du lion dans les futures annonces allemandes\u00a0\u2013, ce discours est au spatial allemand ce que le discours de John Fitzgerald Kennedy \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.rice.edu\/jfk-speech\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">l\u2019universit\u00e9 de Rice en\u00a01962<\/a> fut au spatial am\u00e9ricain. Le\u00a0\u00ab\u00a0Moonshot\u00a0\u00bb, comme il est parfois surnomm\u00e9, correspond \u00e0 ce moment o\u00f9 le pr\u00e9sident am\u00e9ricain esquisse l\u2019effort convergent de toute une nation vers une aventure difficile et exigeante, pour des motifs politiques, mais aussi intrins\u00e8quement culturels. Le\u00a0mariage entre l\u2019aventure spatiale am\u00e9ricaine et l\u2019esprit pionnier et prom\u00e9th\u00e9en dont elle se pr\u00e9vaut a marqu\u00e9 les m\u00e9moires de toute une g\u00e9n\u00e9ration. Aujourd\u2019hui encore, le \u00ab\u00a0Moonshot\u00a0\u00bb se trouve fr\u00e9quemment pris \u00e0 t\u00e9moin \u2013\u00a0parfois, non sans na\u00efvet\u00e9\u00a0\u2013 pour justifier du caract\u00e8re sup\u00e9rieur de l\u2019aventure spatiale et susciter la bonne mobilisation des intelligences.<\/p>\n<p>Le\u00a0nouveau barycentre du spatial europ\u00e9en\u00a0?<\/p>\n<p>Les questions restent nombreuses, bien s\u00fbr, et un tel discours ne saurait \u00eatre seulement performatif. Les sommes engag\u00e9es, d\u2019abord, et les d\u00e9lais qui lui sont rattach\u00e9s, ensuite, laissent perplexe sur la capacit\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019Allemagne \u00e0 transformer de telles annonces, autant d\u2019un point de vue technologique qu\u2019industriel. Le\u00a0discours tr\u00e8s politique laisse d\u00e9sormais la place aux v\u00e9ritables difficult\u00e9s. Le\u00a0parall\u00e8le avec le premier \u00e2ge de l\u2019aventure lunaire am\u00e9ricaine peut \u00eatre poursuivi jusqu\u2019\u00e0 rappeler les mots du tr\u00e8s illustre administrateur de la NASA entre\u00a01961 et\u00a01968, James\u00a0E. Webb, prononc\u00e9s dans le sillage du discours pr\u00e9cit\u00e9 de Kennedy. Conscient certainement de l\u2019ampleur de la t\u00e2che qui l\u2019attend, il r\u00e9p\u00e8te \u00e0 plusieurs reprises une formule pass\u00e9e depuis \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Who wants my job\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, il y a bien \u00e9videmment une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9 qui s\u2019ouvre pour la France, qui pourrait mettre au service du projet allemand \u2013\u00a0et donc europ\u00e9en\u00a0\u2013 ses comp\u00e9tences et son tissu industriel. Pour son propre secteur, asphyxi\u00e9 par les pertes de comp\u00e9titivit\u00e9 et l\u2019absence de perspectives budg\u00e9taires, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une occasion inesp\u00e9r\u00e9e de se maintenir avant que des temps plus favorables ne lui permettent de s\u2019engager sur un chemin proche de celui des Allemands.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, cependant, les investissements annonc\u00e9s par Boris Pistorius semblent d\u2019abord fl\u00e9ch\u00e9s vers des infrastructures souveraines, sans financement attribu\u00e9 \u00e0 des projets europ\u00e9ens. Toujours selon les mots du g\u00e9n\u00e9ral Traut, l\u2019\u00ab\u00a0Allemagne ne veut d\u00e9pendre des capacit\u00e9s cl\u00e9s d\u2019aucune autre puissance, am\u00e9ricaine ou europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Cette vision renvoie \u00e0 la dimension politique et strat\u00e9gique de la pens\u00e9e allemande, laquelle cherche \u00e0 corriger une position de d\u00e9pendance consentie h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019ordre post-Seconde Guerre mondiale, qui l\u2019aurait priv\u00e9e d\u2019une pr\u00e9\u00e9minence naturelle sur les sujets spatiaux.<\/p>\n<p>Sur le plan strictement strat\u00e9gique, l\u2019Allemagne demeure ainsi attach\u00e9e \u00e0 son ancrage atlantiste traditionnel, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9mergence de d\u00e9bats internes. Le\u00a0choix de privil\u00e9gier les capacit\u00e9s spatiales de soutien, de surveillance et de communication plut\u00f4t que des capacit\u00e9s offensives montre bien que pour l\u2019heure, il ne s\u2019agit pas de s\u2019affranchir compl\u00e8tement de la tutelle am\u00e9ricaine, mais de consid\u00e9rablement cr\u00e9dibiliser ses moyens nationaux au sein d\u2019un cadre strat\u00e9gique qui reste fondamentalement align\u00e9 sur celui de l\u2019Alliance atlantique.<\/p>\n<p>Au\u00a0cas par cas, cette volont\u00e9 de faire \u00e9merger des infrastructures souveraines n\u2019emp\u00eache donc pas le lancement de nouvelles coop\u00e9rations. La\u00a0difficult\u00e9 apparente des Allemands \u00e0 traduire industriellement l\u2019ensemble de l\u2019enveloppe consentie pourrait les pousser \u00e0 solliciter des solutions dites \u00ab\u00a0sur \u00e9tag\u00e8re\u00a0\u00bb, aupr\u00e8s de partenaires \u00e9trangers hors du cadre europ\u00e9en, afin de b\u00e9n\u00e9ficier rapidement de capacit\u00e9s cl\u00e9s en main.<\/p>\n<p>De\u00a0la m\u00eame mani\u00e8re, certaines ambitions partag\u00e9es l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 pragmatiquement nouer de premi\u00e8res coop\u00e9rations structurantes. On\u00a0citera notamment le projet Joint Early Warning for a European Lookout (JEWEL), lanc\u00e9 conjointement avec la France. Ce\u00a0projet ambitieux doit doter les deux pays d\u2019une premi\u00e8re capacit\u00e9 d\u2019alerte avanc\u00e9e, qui permet la primo-d\u00e9tection de d\u00e9parts de vecteurs et corriger ainsi l\u2019une des <a href=\"https:\/\/institutmontaigne.org\/ressources\/pdfs\/publications\/note-puissance-spatiale-le-reveil-de-la-france.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">d\u00e9pendances les plus criantes<\/a> des Europ\u00e9ens pour ce qui rel\u00e8ve de la composante spatiale. Au\u00a0niveau industriel, les collaborations annonc\u00e9es entre OHB Systems et Dassault Aviation pour la confection d\u2019un premier d\u00e9monstrateur d\u2019avion spatial Vortex (pour \u00ab\u00a0v\u00e9hicule orbital r\u00e9utilisable de transport et d\u2019exploration\u00a0\u00bb), ou la tr\u00e8s ambitieuse entreprise franco-allemande The\u00a0Exploration Company sont autant d\u2019exemples de ces quelques lignes de convergence.<\/p>\n<p>Cette grille de lecture plus \u00e9conomique des annonces allemandes converge avec l\u2019analyse strat\u00e9gique de la souverainet\u00e9 en mati\u00e8re de spatial. Cette derni\u00e8re trouve aussi son origine dans le conflit ukrainien, qui d\u00e9montre la centralit\u00e9 des syst\u00e8mes spatiaux en m\u00eame temps qu\u2019il en souligne les implications en mati\u00e8re de souverainet\u00e9 et de puissance. En\u00a0plus des mesures d\u2019interruption de renseignement d\u2019origine image, les services de Starlink ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s momentan\u00e9ment pour pr\u00e9venir une attaque par drones navals contre des b\u00e2timents russes, <a href=\"https:\/\/www.bbc.com\/news\/world-europe-66752264\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">alors jug\u00e9e escalatoire<\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, le projet allemand, pour tout ce qu\u2019il comporte de b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019endroit de la s\u00e9curit\u00e9 du continent, pourrait \u00e9galement venir bousculer et profond\u00e9ment modifier l\u2019\u00e9quilibre du spatial europ\u00e9en et, avec lui, les grands ouvrages qui le maintiennent \u00e0 flot. C\u2019est notamment le cas d\u2019IRIS\u00b2, le projet constellation de t\u00e9l\u00e9communications s\u00e9curis\u00e9es de la Commission europ\u00e9enne. Pouss\u00e9 par la France et l\u2019ex-commissaire Thierry Breton, celui-ci est charg\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la lourde ambition d\u2019assurer une souverainet\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe sur un pan critique dont elle se trouve encore d\u00e9pourvue \u00e0 l\u2019heure actuelle, la rendant fatalement d\u00e9pendante, \u00e0 l\u2019image de l\u2019Ukraine.<\/p>\n<p>Les enjeux spatiaux hors d\u00e9fense<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des objectifs seulement strat\u00e9giques, IRIS\u00b2 porte aussi la promesse d\u2019une activit\u00e9 industrielle et commerciale pour l\u2019ensemble du secteur. On\u00a0peut craindre que le projet en l\u2019\u00e9tat ne p\u00e2tisse d\u2019une d\u00e9fiance encore plus prononc\u00e9e de la part de l\u2019Allemagne, qui pourrait ne pas avoir besoin de deux constellations aux fonctions et aux modalit\u00e9s \u2013\u00a0autant que l\u2019on sache\u00a0\u2013 similaires. La\u00a0messe n\u2019est toutefois pas encore dite et il est tout \u00e0 fait possible, pour ne pas dire souhaitable, que ces deux architectures \u00e9voluent dans un cadre commun.<\/p>\n<p>La\u00a0question d\u2019IRIS\u00b2 ouvre donc plus g\u00e9n\u00e9ralement celle de l\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 des syst\u00e8mes spatiaux europ\u00e9ens et alli\u00e9s, qui ne peuvent en d\u00e9finitive plus se contenter d\u2019\u00e9voluer en silo et selon des besoins exclusivement nationaux. C\u2019est notamment vrai en mati\u00e8re de Command &amp; Control\u00a0(C2) et de transfert des informations, o\u00f9 les bonnes volont\u00e9s pass\u00e9es ont parfois pu se heurter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. En\u00a0mati\u00e8re de surveillance de l\u2019espace, notamment le consortium EU\u00a0Space Surveillance &amp;\u00a0Tracking\u00a0(EU-SST), la coordination europ\u00e9enne a parfois souffert de nombreux manquements.<\/p>\n<p>Ces enjeux de temps long se t\u00e9lescopent par ailleurs avec un moment de recomposition pour l\u2019industrie spatiale europ\u00e9enne. Les d\u00e9fis industriels, notamment, au-del\u00e0 d\u2019IRIS\u00b2, se sont trouv\u00e9s au c\u0153ur des n\u00e9gociations entre les trois principaux fabricants de satellites europ\u00e9ens, Thales Alenia Space, Airbus Defense &amp;\u00a0Space et Leonardo, dont l\u2019objet est de parvenir \u00e0 une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2025\/09\/15\/airbus-thales-et-leonardo-prets-a-fusionner-leurs-activites-satellites-pour-lutter-contre-starlink_6641219_3234.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">fusion des activit\u00e9s satellitaires<\/a>. Dans l\u2019id\u00e9e, une telle fusion doit permettre l\u2019\u00e9mergence d\u2019un acteur de taille critique suffisante pour peser \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, avec en toile de fond l\u2019ambition de limiter les pertes des trois fabricants. Autre circonstance particuli\u00e8rement \u00e9vocatrice de la singularit\u00e9 du moment, <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/societes\/martin-sion-quittera-la-presidence-d-arianegroup-pour-diriger-alstom-en-avril-20251008\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">le d\u00e9part de Martin Sion<\/a> de la direction g\u00e9n\u00e9rale d\u2019ArianeGroup.<\/p>\n<p>Le\u00a0discours ne l\u00e8ve \u00e9galement pas le voile sur les intentions allemandes en dehors du spatial de d\u00e9fense. Les dynamiques qui s\u2019y jouent sont pourtant importantes, et prises dans un halo d\u2019incertitudes qui nous viennent d\u2019outre-Atlantique, o\u00f9 la bataille quant au budget de la NASA s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sans administrateur permanent entre l\u2019\u00e9viction puis le retour en gr\u00e2ce de Jared Isaacman. On\u00a0ne saurait trop rappeler que l\u2019Europe se retrouve en position d\u2019\u00eatre d\u00e9finitivement exclue de nombreuses missions scientifiques et exploratoires qu\u2019elle avait lanc\u00e9es. En\u00a0envisageant la plupart de ses missions sous un format de coop\u00e9ration, l\u2019Europe s\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 plac\u00e9e dans une situation de d\u00e9pendance qui emp\u00eache la continuit\u00e9 de certains programmes lorsque le partenaire fait d\u00e9faut. C\u2019est notamment vrai pour les missions martiennes Rosalind Franklin (rover europ\u00e9en \u00e0 la surface) et Mars Sample Return (retour d\u2019\u00e9chantillon depuis la surface).<\/p>\n<p>Surtout, les Europ\u00e9ens ne savent toujours rien de la suite qui sera r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 Artemis, programme am\u00e9ricain d\u2019exploration lunaire lanc\u00e9 en\u00a02018 et qui ambitionne le retour de la puissance am\u00e9ricaine sur le sol s\u00e9l\u00e9nite. Initialement pr\u00e9vu pour\u00a02024, le programme <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2025\/09\/20\/us\/politics\/spacex-us-moon-race.html?searchResultPosition=2\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">accumule les difficult\u00e9s<\/a> et pourrait \u00eatre reconfigur\u00e9 au <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/sciences\/article\/2025\/09\/01\/les-incertitudes-liees-a-la-politique-spatiale-americaine-relancent-le-debat-sur-l-autonomie-europeenne_6638048_1650684.html?search-type=advanced&amp;ise_click_rank=11\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">d\u00e9triment des contributions europ\u00e9ennes<\/a>. La\u00a0pouss\u00e9e d\u2019ambition allemande, si elle n\u2019a trait qu\u2019\u00e0 la d\u00e9fense jusqu\u2019\u00e0 maintenant (et dans un cadre \u00e9minemment national), serait \u00e9galement susceptible de se d\u00e9ployer dans les domaines du vol habit\u00e9 et de l\u2019exploration, que l\u2019Europe pourrait \u00eatre contrainte d\u2019abandonner sans signal ambitieux.<\/p>\n<p>Outre-Rhin, le sujet de l\u2019exploration lunaire suscite par exemple un int\u00e9r\u00eat singulier chez beaucoup, voire \u00e9motionnel chez certains. Cette ambition allemande de peser dans le jeu lunaire s\u2019est refl\u00e9t\u00e9e jusque sur le devant de la sc\u00e8ne politique nationale, puisque l\u2019exploration de la Lune fait partie <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2025\/04\/contrat-de-coalition-allemand-le-texte-integral.pdf\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">du contrat de coalition<\/a> qui a port\u00e9 le chancelier Friedrich Merz au pouvoir. L\u2019Allemagne pourrait ainsi se faire en Europe le d\u00e9fenseur d\u2019une exploration robotis\u00e9e de la surface, par exemple, alors que la Lune n\u2019est jamais parvenue \u00e0 susciter de fort int\u00e9r\u00eat, encore moins de consensus. L\u2019enjeu est double\u00a0: il s\u2019agit aussi bien de s\u2019attribuer l\u2019une des quelques \u2013\u00a0rares\u00a0\u2013 zones d\u2019atterrissage qui existent au p\u00f4le Sud de la Lune que de s\u2019inviter dans un rapport de puissances dont la finalit\u00e9 n\u2019est pas le seul prestige, mais aussi la capacit\u00e9 \u00e0 faire valoir son mod\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Ces questions, dont on comprend qu\u2019elles ne figurent pas au rang de priorit\u00e9 pour de nombreux \u00c9tats europ\u00e9ens, devraient n\u00e9anmoins \u00eatre port\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre du jour de la prochaine conf\u00e9rence minist\u00e9rielle de l\u2019ESA, la semaine prochaine, \u00e0 Br\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *<\/p>\n<p>La\u00a0pouss\u00e9e d\u2019ambition allemande intervient dans un paysage spatial europ\u00e9en en pleine recomposition et, disons-le, \u00e0 un carrefour existentiel. La\u00a0p\u00e9riode qui s\u2019ouvre pourrait voir le continent s\u2019\u00e9carteler sous l\u2019effet de replis nationaux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, nourris par les tensions politiques ou les contraintes budg\u00e9taires. L\u2019affaissement du spatial europ\u00e9en aurait pourtant des cons\u00e9quences particuli\u00e8rement irr\u00e9parables en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de souverainet\u00e9, alors que se profilent \u00e0 l\u2019horizon des menaces d\u2019une magnitude in\u00e9dite.<\/p>\n<p>La\u00a0France sait mieux que quiconque les enjeux tr\u00e8s particuliers que ce domaine charrie et les pesanteurs strat\u00e9giques qui lui sont rattach\u00e9es. N\u00e9anmoins, sa fragile situation la conduit contre sa volont\u00e9 \u00e0 devoir se mettre en retrait d\u2019une refonte de l\u2019Europe spatiale, au profit d\u2019une Allemagne qui pourrait en devenir le ma\u00eetre des horloges \u00e0 l\u2019exemple des mots. C\u2019est donc momentan\u00e9ment aupr\u00e8s d\u2019elle que se nichent les marges suffisantes pour emmener le continent, sinon vers la m\u00eame aventure, du moins vers le m\u00eame \u00e9lan qui fit lever les yeux au ciel de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique il y a bient\u00f4t 65\u00a0ans.<\/p>\n<p>Cr\u00e9dits photo : <a href=\"https:\/\/www.istockphoto.com\/photo\/european-space-agency-european-space-operations-centre-esa-logo-telecommunications-gm2164282592-584565103?searchscope=image%2Cfilm\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Victor Golmer<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Jeudi 25\u00a0septembre 2025, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un discours prononc\u00e9 devant la F\u00e9d\u00e9ration des industries allemandes\u00a0(BDI), Boris Pistorius, le tr\u00e8s&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":551590,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1587],"tags":[66891,11,672,1804,1805,1803,1777,674,1801,12,1802],"class_list":{"0":"post-551589","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-allemagne","8":"tag-a-la-une-1er-niveau","9":"tag-actualites","10":"tag-allemagne","11":"tag-bundesrepublik-deutschland","12":"tag-de","13":"tag-deutschland","14":"tag-eu","15":"tag-europe","16":"tag-germany","17":"tag-news","18":"tag-republique-federale-dallemagne"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115594077439176155","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/551589","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=551589"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/551589\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/551590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=551589"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=551589"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=551589"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}