{"id":551617,"date":"2025-11-22T15:54:36","date_gmt":"2025-11-22T15:54:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/551617\/"},"modified":"2025-11-22T15:54:36","modified_gmt":"2025-11-22T15:54:36","slug":"critique-cine-jean-valjean-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/551617\/","title":{"rendered":"Critique Cin\u00e9 : Jean Valjean (2025)"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\" style=\"text-align: center;\"><strong>Jean Valjean \/\/ De Eric Besnard. Avec Gr\u00e9gory Gadebois, Bernard Campan et Alexandra Lamy.<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Adapter Jean Valjean au cin\u00e9ma, c\u2019est toucher \u00e0 un monument. On parle d\u2019un personnage dont le parcours traverse la col\u00e8re, la honte, la chute, la lumi\u00e8re, la reconstruction. Autant dire qu\u2019il y avait l\u00e0 un terrain fertile. Pourtant, le film Jean Valjean d\u2019\u00c9ric Besnard donne plut\u00f4t l\u2019impression d\u2019un travail appliqu\u00e9, s\u00e9rieux, presque respectueux, mais qui manque d\u2019\u00e9lan, comme si la mise en sc\u00e8ne se contentait de suivre une fiche technique sans jamais prendre de risques. Le film se concentre sur les d\u00e9buts du personnage, bien avant Cosette et les barricades.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\">1815. Jean Valjean sort du bagne, bris\u00e9, rejet\u00e9 de tous. Errant sans but, il trouve refuge chez un homme d\u2019\u00c9glise, sa s\u0153ur et leur servante. Face \u00e0 cette main tendue, Jean Valjean vacille et, dans cette nuit suspendue, devra choisir qui il veut devenir.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Un choix int\u00e9ressant en th\u00e9orie, puisque ces pages du roman montrent un homme encore brut, encore caboss\u00e9, presque incontr\u00f4lable. La mati\u00e8re \u00e9tait l\u00e0 : la faim, la honte, la violence int\u00e9rioris\u00e9e. Sauf qu\u2019\u00e0 force d\u2019illustrer chaque id\u00e9e, chaque souvenir, chaque pens\u00e9e de Valjean avec une voix off insistante et des flashbacks r\u00e9p\u00e9titifs, Jean Valjean transforme cette p\u00e9riode trouble en un long tunnel presque m\u00e9canique. L\u2019usage de la voix off, justement, devient un v\u00e9ritable obstacle. Elle revient sans arr\u00eat, comme si le film avait peur que le spectateur ne saisisse pas les enjeux pourtant limpides. \u00c0 chaque pens\u00e9e sombre de Valjean, une voix vient tout expliquer.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 chaque geste perdu dans la brume de son pass\u00e9, un commentaire tente de le surligner. Ce proc\u00e9d\u00e9 finit par alourdir l\u2019ensemble et retire toute subtilit\u00e9 \u00e0 un personnage qui, pourtant, n\u2019en manque pas. L\u2019autre probl\u00e8me majeur, c\u2019est le rythme. Le film prend son temps, beaucoup de temps, pour raconter des \u00e9v\u00e9nements qui n\u2019auraient n\u00e9cessit\u00e9 qu\u2019une trentaine de minutes tant ils se r\u00e9p\u00e8tent. Certes, Victor Hugo pouvait s\u2019\u00e9tendre sans perdre son lecteur : son \u00e9criture cr\u00e9e un monde entier. Ici, le cin\u00e9ma ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de la m\u00eame marge. Deux heures deviennent longues quand l\u2019histoire tourne en boucle, surtout avec des flashbacks superpos\u00e9s \u00e0 l\u2019image comme s\u2019ils sortaient d\u2019un atelier num\u00e9rique des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cela, le casting reste le vrai point fort. Gr\u00e9gory Gadebois, solide comme toujours, porte Valjean avec une pr\u00e9sence physique impressionnante. Son regard suffit parfois \u00e0 raconter la d\u00e9tresse du personnage. Il travaille chaque r\u00e9action, chaque tension dans les \u00e9paules, chaque brusquerie contenue. Pourtant, m\u00eame lui semble parfois perdu dans un cadre trop rigide, un peu prisonnier d\u2019une mise en sc\u00e8ne pourtant cens\u00e9e lib\u00e9rer son personnage. Bernard Campan, en \u00e9v\u00eaque Myriel, surprend d\u2019entr\u00e9e. Sa premi\u00e8re apparition a de quoi d\u00e9sar\u00e7onner, mais il finit par trouver quelque chose de juste, presque apaisant.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Alexandra Lamy, dans un r\u00f4le s\u00e9v\u00e8re et religieux, apporte une rigidit\u00e9 cr\u00e9dible, tandis qu\u2019Isabelle Carr\u00e9 continue de jouer avec une douceur triste qui fonctionne toujours. Ironiquement, ces acteurs r\u00e9ussissent \u00e0 attirer l\u2019attention alors m\u00eame que le film ne leur laisse pas beaucoup d\u2019espace. La question se pose alors : pourquoi ce casting talentueux semble-t-il si \u00e9touff\u00e9 ? Une partie de la r\u00e9ponse vient de la mise en sc\u00e8ne. Beaucoup trop sage. Elle illustre au lieu de montrer, souligne au lieu de laisser respirer. Tout para\u00eet contr\u00f4l\u00e9, fig\u00e9, comme si chaque sc\u00e8ne devait ressembler \u00e0 un tableau acad\u00e9mique. Rien ne d\u00e9passe. Les \u00e9motions restent contenues, maintenues derri\u00e8re une distance qui emp\u00eache de vraiment s\u2019y attacher.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Le film cherche pourtant une dimension physique, presque sensorielle, en tentant de montrer la peur, l\u2019\u00e9puisement, la douleur. Mais \u00e0 force de vouloir traduire le v\u00e9cu int\u00e9rieur du personnage par des effets visuels et des flashbacks, le r\u00e9sultat perd en intensit\u00e9. On ressent l\u2019intention, mais pas la force. Cette id\u00e9e de mettre en image les sensations de Valjean aurait pu fonctionner si elle avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e avec plus de libert\u00e9. L\u00e0, tout semble relu, pens\u00e9, verrouill\u00e9. Cette opposition entre ambition et r\u00e9sultat se retrouve aussi dans la narration \u00e9clat\u00e9e. Le film veut casser la ligne chronologique mais reste enferm\u00e9 dans un style trop classique. L\u2019envie de modernit\u00e9 est l\u00e0, mais la forme reste rigide.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019impression est \u00e9trange : comme si deux films cohabitaient sans dialoguer. L\u2019un veut raconter la col\u00e8re int\u00e9rieure d\u2019un homme bris\u00e9. L\u2019autre se contente de d\u00e9rouler un programme scolaire sur Les Mis\u00e9rables. Visuellement, l\u2019ensemble manque d\u2019\u00e9nergie. Certains plans paraissent ternes, sans relief. M\u00eame les d\u00e9cors, pourtant soign\u00e9s, ne suffisent pas \u00e0 compenser cette absence de souffle. L\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres adaptations cherchaient le romanesque ou la tension sociale, Jean Valjean reste plant\u00e9 dans une esth\u00e9tique correcte mais peu vibrante. Les images auraient pu \u00eatre belles si elles avaient \u00e9t\u00e9 mieux servies. Ici, elles semblent surtout propres. Malgr\u00e9 ces limites, quelques sc\u00e8nes parviennent \u00e0 transmettre quelque chose.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Le passage o\u00f9 Valjean commence \u00e0 laisser tomber sa rage, par exemple, offre un moment troublant. Cette transition entre haine et possible r\u00e9demption aurait pu \u00eatre le c\u0153ur du film. Elle ne dure que quelques instants, mais elle rappelle ce que cette histoire peut offrir quand elle respire enfin. Malheureusement, ces instants sont trop rares pour porter l\u2019ensemble. Plus le film avance, plus un sentiment se confirme : Jean Valjean ressemble \u00e0 un t\u00e9l\u00e9film ambitieux, appliqu\u00e9, mais qui manque de vibration. Les choix narratifs l\u2019\u00e9loignent du souffle hugolien, pourtant essentiel pour donner vie \u00e0 ce personnage. Le film raconte un destin immense avec une prudence presque mus\u00e9ale, comme s\u2019il avait peur d\u2019ab\u00eemer l\u2019\u0153uvre d\u2019origine en la r\u00e9inventant.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">En fin de compte, Jean Valjean n\u2019est pas un \u00e9chec total. Il n\u2019est pas ridicule, pas non plus compl\u00e8tement rat\u00e9. Il souffre surtout d\u2019un manque d\u2019audace et de libert\u00e9. Tout est trop contr\u00f4l\u00e9, trop expliqu\u00e9, trop sage. Le r\u00e9sultat fr\u00f4le parfois la neutralit\u00e9, alors que l\u2019histoire de Valjean m\u00e9ritait un traitement plus incarn\u00e9, plus charnel, plus vivant. Et pourtant, malgr\u00e9 les voix off trop nombreuses, malgr\u00e9 les flashbacks insistants, malgr\u00e9 une mise en sc\u00e8ne fig\u00e9e, il reste une chose : ce personnage continue de fasciner. M\u00eame dans une adaptation imparfaite, Valjean garde sa force symbolique. Mais cette version passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019occasion de le r\u00e9inventer ou de le red\u00e9couvrir. Elle reste correcte, polie, presque timide. Une adaptation qui laisse sur sa faim, faute d\u2019avoir os\u00e9 bousculer son propre cadre.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Note : 4.5\/10<\/strong>. En bref, un retour aux origines aussi sage qu\u2019un devoir maison.<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Sorti le 19 novembre 2025 au cin\u00e9ma<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Jean Valjean \/\/ De Eric Besnard. Avec Gr\u00e9gory Gadebois, Bernard Campan et Alexandra Lamy. \u00a0 Adapter Jean Valjean&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":551618,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1354],"tags":[58,59,1346,1011,27,1360],"class_list":{"0":"post-551617","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-divertissement","9":"tag-entertainment","10":"tag-films","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115594164029580138","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/551617","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=551617"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/551617\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/551618"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=551617"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=551617"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=551617"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}