{"id":562169,"date":"2025-11-27T11:36:13","date_gmt":"2025-11-27T11:36:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/562169\/"},"modified":"2025-11-27T11:36:13","modified_gmt":"2025-11-27T11:36:13","slug":"gaza-soudan-ukraine-il-faut-relire-la-philosophe-sarah-kofman-pour-comprendre-notre-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/562169\/","title":{"rendered":"\u00abGaza, Soudan, Ukraine\u2026 il faut (re)lire la philosophe Sarah Kofman pour comprendre notre monde\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n    <strong>FIGAROVOX\/TRIBUNE &#8211;<\/strong> La philosophe Sarah Kofman ne propose un \u00ab nouvel humanisme\u00bb qui serait \u00e0 la mesure des trag\u00e9dies du XXe si\u00e8cle, analyse la normalienne Eve Judah, qui nous invite \u00e0 nous plonger dans son \u0153uvre.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">D\u00eeplom\u00e9e en philosophie contemporaine de l\u2019ENS, Eve Judah r\u00e9alise une th\u00e8se en litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Cambridge.\u00a0<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Du Gaza au Soudan, de l\u2019<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/plan-de-paix-pour-l-ukraine-territoires-cessez-le-feu-adhesion-a-l-otan-les-positions-de-kiev-moscou-washington-et-bruxelles-20251127\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"LEFIGARO\">Ukraine<\/a>\u00a0au Xinjiang\u00a0: les images circulent, les chiffres montent\u2026 et pourtant, une forme d\u2019indiff\u00e9rence s\u2019installe. La violence est difficile \u00e0 comprendre quand elle se produit sur une telle \u00e9chelle. Les mots nous manquent. Un jour, de grands intellectuels surgiront de ces trag\u00e9dies. Leurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8veront pour raconter, affronter, analyser, t\u00e9moigner\u2026 Ces livres viendront, et ils nous permettront de comprendre ce que nous ne pouvons encore formuler.<\/p>\n<p>                                    <a class=\"fig-a11y-skip a11y-hidden\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle\"><br \/>\n        Passer la publicit\u00e9<br \/>\n    <\/a><\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Mais pour l\u2019instant, pour comprendre ce qui se passe aujourd\u2019hui, il faut revenir vers le pass\u00e9. Vers les penseurs qui ont tent\u00e9 de dire l\u2019indicible apr\u00e8s les catastrophes qui ont marqu\u00e9 leur histoire et le n\u00f4tre. Sarah Kofman \u00e9crivait \u00e0 partir de ce qui lui est arriv\u00e9\u00a0: le g\u00e9nocide des Juifs en Europe. Mais son \u0153uvre peut nous offrir une mani\u00e8re de r\u00e9pondre aux catastrophes qui se d\u00e9roulent autour de nous.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Dans Paroles suffoqu\u00e9es, qui vient de para\u00eetre chez Verdier, Kofman raconte la mort de son p\u00e8re \u00e0 Auschwitz. Mais c\u2019est aussi, et en m\u00eame temps, une r\u00e9flexion philosophique profonde sur ce que veut dire \u00ab \u00eatre humain\u00a0\u00bb. C\u2019est quoi \u00ab l\u2019humain\u00a0\u00bb, dans un monde d\u00e9pourvu d\u2019humanit\u00e9\u00a0? Quelle est la valeur de la vie humaine\u00a0? Voici une question d\u2019actualit\u00e9, auquel nous ne savons pas comment r\u00e9pondre.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">La r\u00e9ponse de Kofman\u00a0? Un \u00ab nouvel humanisme\u00bb qui serait \u00e0 la mesure des trag\u00e9dies du XXe si\u00e8cle. C\u2019est un geste surprenant, pour ne pas dire courageux\u00a0: une revendication forte d\u2019un id\u00e9al abandonn\u00e9 par tant de philosophes contemporains. Au c\u0153ur de l\u2019humanisme, un propos de plus en plus difficile \u00e0 tenir\u00a0: la valeur intrins\u00e8que de l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Eh oui\u2026 on a rarement l\u2019occasion d\u2019apprendre de bonnes nouvelles dans le journal. Mais en voici une\u00a0: les \u00e9ditions Verdier republient les \u0153uvres compl\u00e8tes de Sarah Kofman, grande philosophe du XXe si\u00e8cle encore trop m\u00e9connue. Un nouveau volume vient de para\u00eetre, Paroles Suffoqu\u00e9es suivi de Comment s\u2019en sortir\u00a0?, et ceci dans un tr\u00e8s beau format poche.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Mais qui est Kofman\u00a0? L\u2019an dernier, les \u00e9ditions Verdier ont d\u00e9but\u00e9 la collection avec son autobiographie, Rue Ordener rue Labat. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une enfance cach\u00e9e, terroris\u00e9e, au nord de Paris. C\u2019est l\u2019histoire de la d\u00e9portation de son p\u00e8re, qui se sacrifie pour sauver sa femme et ses six enfants quand un \u00ab flic fran\u00e7ais\u00a0\u00bb vient frapper \u00e0 la porte. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une adolescence pass\u00e9e dans la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>                                    <a class=\"fig-a11y-skip a11y-hidden\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle_mtf\"><br \/>\n        Passer la publicit\u00e9<br \/>\n    <\/a><\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Le r\u00e9cit laisse en suspens l\u2019entr\u00e9e \u00e0 la fac et le \u00ab devenir philosophe\u00a0\u00bb de cette femme singuli\u00e8re. Elle enseigne dans un lyc\u00e9e \u00e0 Toulouse avant de s\u2019installer \u00e0 Paris. Entre 1970 et 1994, elle publie une trentaine de livres \u2013 une \u0153uvre immense \u2013 tout en enseignant \u00e0 la Sorbonne. Ce sont des livres qui abordent, avant la lettre, les th\u00e8mes qui rythment le d\u00e9bat politique contemporain\u00a0: la sexualit\u00e9 et le genre, l\u2019identit\u00e9 et la\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/actualite-france\/en-france-la-tentation-islamiste-gagne-du-terrain-dans-la-jeune-generation-musulmane-20251117\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"LEFIGARO\">religion<\/a>, la d\u00e9prime et l\u2019injustice\u2026<\/p>\n<p>Presque tous les \u00e9crits de Kofman sont des lectures comment\u00e9es, r\u00e9it\u00e9ratives, qui effacent par le d\u00e9doublement de l\u2019\u00e9crit originel la distinction d\u2019avec la copie.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-coup de mai 1968, elle fonde la collection \u00abLa Philosophie en effet\u00bb, avec Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe. Pour les artistes, philosophes et litt\u00e9raires qui y participent, c\u2019est un lieu de rencontre situ\u00e9 en dehors des contraintes de l\u2019espace universitaire, leur permettant d\u2019innover dans un format collectif. Ils voulaient faire de la philosophie autrement. Sa vie sera rythm\u00e9e de somatisations intenses. On raconte qu\u2019elle avait du mal \u00e0 descendre les escaliers de son immeuble (elle se d\u00e9battait avec l\u2019ascenseur, toujours en panne). Pas \u00e0 pas, son mari empilait des livres sur chaque marche, pour qu\u2019elle puisse \u00e0 chaque fois poser le pied sur une surface \u00e9gale. Elle parcourait ainsi, sa vie durant, le chemin de la\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/societe\/andre-perrin-une-partie-de-la-gauche-ne-s-indigne-d-un-assassinat-que-si-la-victime-appartient-au-camp-du-bien-20251023\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"LEFIGARO\">philosophie<\/a>.<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Une des particularit\u00e9s du style de Kofman tient \u00e0 une esp\u00e8ce de ventriloquie, entre lecture et r\u00e9\u00e9criture. Presque tous les \u00e9crits de Kofman sont des lectures comment\u00e9es, r\u00e9it\u00e9ratives, qui effacent par le d\u00e9doublement de l\u2019\u00e9crit originel la distinction d\u2019avec la copie. C\u2019est ainsi que Kofman d\u00e9joue l\u2019autorit\u00e9 de la tradition, que ce soit Kant ou Nietzsche, Freud ou Platon\u00a0: en \u00e9crivant, elle cite, elle paraphrase, elle r\u00e9p\u00e8te le texte en question ; elle le d\u00e9double, le d\u00e9pla\u00e7ant et le d\u00e9tournant vers ses propres fins, introduisant sa pens\u00e9e \u2018propre\u2019 par le biais d\u2019une proximit\u00e9 si \u00e9touffante qu\u2019on ne sait parfois o\u00f9 son texte commence et l\u2019autre prend fin.<\/p>\n<p class=\"fig-body-link\">\n            \u00c0 lire aussi<br \/>\n        <a class=\"fig-body-link__link fig-premium-mark\" href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/economie\/benoit-heilbrunn-philosophe-les-clients-de-shein-entendent-reprendre-le-pouvoir-par-la-consommation-20251122\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"LEFIGARO\"><\/p>\n<p>        Beno\u00eet Heilbrunn, philosophe\u00a0: \u00ables clients de Shein entendent reprendre le pouvoir par la consommation\u00bb<br \/>\n    <\/a>\n<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">C\u2019est ainsi qu\u2019elle peut se dire \u00ab moi, Nietzsche\u00a0\u00bb, en restant tout \u00e0 fait Kofman, dans Nietzsche et la sc\u00e8ne philosophique. Ou bien, dans Autobiogriffures, elle se d\u00e9guise en chat\u00a0: \u00abJe suis comme ce chat Murr\u00bb, \u00e9crit-elle, \u00ab dont l\u2019autobiographie n\u2019est qu\u2019un assemblage de citations d\u2019auteurs divers. Il cherche \u00e0 affirmer son identit\u00e9 par cette autobiographie, mais il ne se rend pas compte qu\u2019il la perd par l\u2019\u00e9criture m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Paroles suffoqu\u00e9es est suivi de Comment s\u2019en sortir\u00a0? \u00c0 chaque fois que je tape \u00ab comment s\u2019en sortir\u00a0\u00bb sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/sciences\/un-google-maps-des-voies-antiques-a-l-apogee-de-l-empire-romain-20251117\" target=\"_blank\" data-fig-type=\"Article\" rel=\"noopener\" data-gtm-custom-categorie=\"navigation\" data-gtm-custom-action=\"crossclick\" data-gtm-custom-label=\"Contextuel\" data-gtm-event=\"customEventSPE\" data-fig-domain=\"LEFIGARO\">Google<\/a>, en oubliant de pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agit du livre de Kofman, on me dirige vers des sites de conseil pour la d\u00e9prime et les pens\u00e9es suicidaires. Il faut le lire ainsi, en tant que t\u00e9moignage d\u2019une d\u00e9prime profonde\u00a0: \u00abPeut-on sortir de ce que Platon appelle une aporie\u00a0? de cette situation intenable, cauchemardesque o\u00f9, comme tomb\u00e9 dans les profondeurs d\u2019un puits, vous \u00eates soudainement d\u00e9pourvu de toute ressource\u00a0? o\u00f9 vous \u00eates paralys\u00e9, prisonnier dans les t\u00e9n\u00e8bres sans issue des liens inextricables de la mort\u00a0?\u00bb<\/p>\n<p>                                    <a class=\"fig-a11y-skip a11y-hidden\" href=\"#fig-a11y-skip-main-inarticle_btf\"><br \/>\n        Passer la publicit\u00e9<br \/>\n    <\/a><\/p>\n<p class=\"fig-paragraph\">Kofman se donna la mort en 1994, la nuit du 150e anniversaire de Nietzsche. Nous attendons avec h\u00e2te la parution des prochains volumes. La France est un des seuls pays au monde \u00e0 pouvoir se vanter d\u2019une culture philosophique populaire\u00a0: les livres d\u2019une femme philosophe essentielle, mais quasiment oubli\u00e9e, sont maintenant facilement accessibles en librairie, en poche, \u00e0 petit prix. Allez-y.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"FIGAROVOX\/TRIBUNE &#8211; La philosophe Sarah Kofman ne propose un \u00ab nouvel humanisme\u00bb qui serait \u00e0 la mesure des&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":562170,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1590],"tags":[11,1777,674,665,12,2195,220],"class_list":{"0":"post-562169","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-ukraine","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-gaza","12":"tag-news","13":"tag-philosophie","14":"tag-ukraine"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115621461375690488","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/562169","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=562169"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/562169\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/562170"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=562169"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=562169"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=562169"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}