{"id":562649,"date":"2025-11-27T16:40:14","date_gmt":"2025-11-27T16:40:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/562649\/"},"modified":"2025-11-27T16:40:14","modified_gmt":"2025-11-27T16:40:14","slug":"musee-duras-dapres-marguerite-duras-mise-en-scene-et-scenographie-de-julien-gosselin-au-theatre-de-lodeon-berthier-un-fauteuil-pour-lorchestre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/562649\/","title":{"rendered":"Mus\u00e9e Duras, d\u2019apr\u00e8s Marguerite Duras, mise en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographie de Julien Gosselin, au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on-Berthier &#8211; Un Fauteuil Pour l&rsquo;Orchestre"},"content":{"rendered":"<p>Mus\u00e9e Duras, ou Marguerite Duras \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du plateau\u2026 Julien Gosselin traverse l\u2019\u0153uvre de la romanci\u00e8re, dramaturge et cin\u00e9aste avec la promotion sortante du conservatoire national sup\u00e9rieur d\u2019art dramatique de 2024 et le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que cette travers\u00e9e de 10h, faites de 11 propositions comme autant d\u2019exp\u00e9rimentations et de relectures, est une immersion en apn\u00e9e dans une \u00e9criture prot\u00e9iforme avec pour th\u00e9matique obsessionnelle l\u2019amour, le sexe, la mort, l\u2019absence et le silence. Fragments de romans, de r\u00e9cits, de sc\u00e9narios, de th\u00e9\u00e2tres ou d\u2019essais, c\u2019est un vaste champs litt\u00e9raire ainsi explor\u00e9s, diss\u00e9qu\u00e9s. Ils sont jeunes, formidable de jeunesse, sans forc\u00e9ment l\u2019\u00e2ge ni l\u2019exp\u00e9rience des personnages, mais happ\u00e9s, immerg\u00e9s dans cette \u00e9criture avec une conviction profonde et un engagement physique total o\u00f9 le corps est aussi ici un enjeu qui d\u00e9fie l\u2019abstraction de certains textes, et l\u2019on plonge avec eux, \u00e0 condition de tenir, dans cette \u00e9criture vertigineuse, d\u00e9finitive, par\u00e9e souvent de crudit\u00e9 et de violence. En allant \u00e0 la source de l\u2019\u00e9criture durassienne, de ses enjeux et probl\u00e9matiques, Julien Gosselin et les \u00e9l\u00e8ves du conservatoire en finissent avec la petite musique durassienne trop souvent convenu, contresens absolu, pour lui rendre sa r\u00e9elle concr\u00e9tude, son poids de chair et d\u2019humanit\u00e9, de l\u2019intime au politique, que traduit une \u00e9criture rendue \u00e0 sa modernit\u00e9 ind\u00e9passable.<\/p>\n<p>Tout n\u2019est pas r\u00e9ussi, c\u2019est aussi l\u2019\u00e9cueil de cet exercice, parfois m\u00eame c\u2019est rat\u00e9, comme dans Savannah Bay ou L\u2019Amante anglaise, mais que sauve les com\u00e9diens par l\u2019extr\u00eame sensibilit\u00e9 d\u2019un jeu toujours au bord du gouffre, \u00e9corchant leur interpr\u00e9tation par leur conviction ferme d\u2019aller jusqu\u2019au bout de la violence de Marguerite Duras, violence qui innerve les rapports amoureux et sexuels, le d\u00e9sir irr\u00e9pressible \u00a0entre les personnages, d\u00e9sir inassouvi et ses contradictions qui m\u00e8ne \u00e0 la folie, \u00e0\u00a0 l\u2019envie de tuer. Mais l\u00e0 o\u00f9 nous sommes saisis, voire boulevers\u00e9s, vraiment, c\u2019est quand le r\u00e9cit, une \u00e9criture non d\u00e9volue initialement au th\u00e9\u00e2tre, est soumis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la sc\u00e8ne et devient l\u2019objet d\u2019une performance inou\u00efe, un champs d\u2019exp\u00e9rimentation sortant du cadre strict de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, au risque de l\u2019\u00e9chec. Echec qui n\u2019advient jamais dans ces propositions singuli\u00e8res et fortes car d\u00e9graiss\u00e9es de tout appareil dramaturgique ou sc\u00e9nographique les contraignant pour une libert\u00e9, certes ma\u00eetris\u00e9e, mais captivante de bout en bout pour ce qu\u2019elle produit de miraculeux. Ainsi de l\u2019Homme assis dans le couloir, de L\u2019Amant, de La Maladie de la mort et enfin de la Douleur. Propositions culott\u00e9es et sans concession qui vous percutent par leur aridit\u00e9 qui n\u2019est pas s\u00e9cheresse mais une mise \u00e0 nue de l\u2019\u00e9criture et de ce qu\u2019elle induit et provoque physiquement. Ou L\u2019Homme Atlantique qui cl\u00f4t cette travers\u00e9e, slam\u00e9 avec force mais qui vous tambourine sec le plexus. A l\u2019encontre des autres propositions comme Suzanna Andler ou Hiroshima mon amour, il y a dans ces exp\u00e9rimentations radicales une \u00e9radication totale de la forme th\u00e9\u00e2trale ordinaire ou attendue. Dans l\u2019obscurit\u00e9 le plus souvent, toute relative, c\u2019est une voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve, elle seule portant la dramaturgie, incarnant tout enti\u00e8re l\u2019\u00e9criture et son sujet, les deux comme souvent chez Marguerite Duras, indissociables. En cela ils r\u00e9pondent aux v\u0153ux de Marguerite Duras d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0sans les gesticulations pour faire croire au drame souffrant \u00e0 cause des paroles d\u00eetes, alors que le drame tout entier est dans les paroles et que le corps ne bronche pas \u00bb \u2026 Ce que Claude R\u00e9gy appliqu\u00e2t dans l\u2019Amante anglaise, avec pour unique sc\u00e9nographie deux chaises et un magn\u00e9tophone. Ce processus qui arrase net la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 classique est pouss\u00e9 ici \u00e0 son paroxisme m\u00eame si parfois, rien que de tr\u00e8s normal, le corps se l\u00e2che, se cabre sous la pression d\u2019une violence trop longtemps contenue, d\u2019une incarnation incandescente.<\/p>\n<p>Hors ces monologues, on regrette simplement que Julien Gosselin prenne \u00e0 contre-pied cette assertion durassienne et c\u2019est sans doute l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. La forme bien plus classique, comme la reconstitution de l\u2019interrogatoire et du proc\u00e8s de Claire Lannes (L\u2019amante anglaise), ce n\u2019est pas que cela ne fonctionne pas mais cela inscrit le th\u00e9\u00e2tre de Marguerite Duras dans une dramaturgie obsol\u00e8te, boulevardi\u00e8re et bourgeoise, qui ne lui convient pas, ou plus, ou si peu, o\u00f9 se perd la force de son \u00e9criture au scalpel, d\u2019une pr\u00e9cision redoutable, maniaque. On atteint l\u00e0 sans doute la limite de l\u2019exercice, particuli\u00e8rement avec Suzanna Andler ou La Musica, d\u2019un classicisme d\u00e9suet malgr\u00e9 encore une fois l\u2019acuit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture et une vision tragique de l\u2019humain pris dans les rets d\u2019amours impossibles qui ne dit rien d\u2019autre que l\u2019incompr\u00e9hension irr\u00e9soluble entre les deux sexes o\u00f9 les femmes se donnent enti\u00e8res absolument \u00e0 des hommes incapables jamais d\u2019aimer. Mais l\u2019important est ailleurs, dans le simple fait de voir comment ces com\u00e9diens appr\u00e9hendent, se d\u00e9gagent et d\u00e9passent ce cadre qui les contraint pour une incarnation, une \u00e9piphanie qui les br\u00fble et consume de l\u2019int\u00e9rieur. En cela et par eux c\u2019est r\u00e9ussi qui nous font oublier le c\u00f4t\u00e9 cin\u00e9matographique ou t\u00e9l\u00e9visuel de la chose ainsi mise en sc\u00e8ne, propre \u00e0 Julien Gosselin et que l\u2019on peut regretter qui met les sujets au niveau de l\u2019anecdotique alors que le vrai sujet c\u2019est l\u2019\u00e9criture et ce qu\u2019elle donne \u00e0 entendre qui d\u00e9passe le sujet lui-m\u00eame\u2026 Et pour reprendre Marguerite Duras, ce qu\u2019elle \u00e9crit sur le th\u00e9\u00e2tre, pr\u00e9cis\u00e9ment sur Racine qui serait le vrai et unique metteur en sc\u00e8ne de ses trag\u00e9dies, le metteur en sc\u00e8ne ici c\u2019est bien elle par la force de son \u00e9criture performative qui agit de fa\u00e7on irr\u00e9pressible sur chacun et les oblige.\u00a0Ce qui traverse ces dix heures et qui apparait c\u2019est combien chez Marguerite Duras le d\u00e9sir, le sexe et l\u2019amour, ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment, traverse toute son \u0153uvre et d\u00e9chire ses personnages incapables d\u2019aimer, irr\u00e9conciliables toujours. Et c\u2019est cette d\u00e9chirure port\u00e9e par l\u2019\u00e9criture qu\u2019il nous est donn\u00e9 \u00e0 voir superbement. Surtout ils inscrivent Marguerite Duras et son \u0153uvre dans le pr\u00e9sent, le leur, preuve que nous n\u2019en avons pas fini avec Marguerite Duras. \u00a0\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Musee-Duras-22-03-25-SImon-Gosselin-2-40-1024x683.webp.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-52871\"  \/><\/p>\n<p>Mus\u00e9e Duras, d\u2019apr\u00e8s Marguerite Duras<\/p>\n<p>Mise en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographie de Julien Gosselin<\/p>\n<p>Avec\u00a0: M\u00e9lodie Adda, Rita Benmananna, Juliette Cahon, Alice Da Luz Gomes, Yanis Doinel, Jules Finn, Violette Grimaud, Atefa Hesari, Jeanne Louis-Calixte, Yoann Thibaut Mathias, Clara Pacini, Louis Pencreac\u2019h, Lucile Rose, Foun\u00e9moussou Sissoko et la participation de Denis Eyriey, Guillaume Bachel\u00e9<\/p>\n<p>Dramaturgie\u00a0: Eddy d\u2019Aranjo<\/p>\n<p>R\u00e9gie vid\u00e9o\u00a0: Rapha\u00ebl Oriol, Baudouin Rencurel<\/p>\n<p>Collaboration \u00e0 la vid\u00e9o\u00a0: Pierre Martin Oriol<\/p>\n<p>Musique\u00a0: Guillaume Bachel\u00e9, Maxence Vandevelde<\/p>\n<p>Lumi\u00e8re\u00a0: Nicolas Joubert<\/p>\n<p>Collaboration \u00e0 la sc\u00e9nographie\u00a0: Lisetta Buccellato<\/p>\n<p>Costumes\u00a0: Val\u00e9rie Montagu<\/p>\n<p>Collaboration au son\u00a0: Julien Feryn<\/p>\n<p>Assistanat \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, surtitrage\u00a0: Alice de la Bouillerie<\/p>\n<p>Photo\u00a0: \u00a9 Simon Gosselin<\/p>\n<p>\u00a0Jusqu\u2019au 30 novembre<\/p>\n<p>Dur\u00e9e 10h (10h\/20h pauses comprises)<\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on-Berthier<\/p>\n<p>1 rue Andr\u00e9 Suar\u00e8s<\/p>\n<p>75007 Paris<\/p>\n<p>R\u00e9servations\u00a0: 01 44 85 40 40<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.theatre-odeon.eu<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Mus\u00e9e Duras, ou Marguerite Duras \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du plateau\u2026 Julien Gosselin traverse l\u2019\u0153uvre de la romanci\u00e8re, dramaturge et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":562650,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,67887,1777,674,1011,27,29769,29770,12,626,25,67888],"class_list":{"0":"post-562649","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-ateliers-berthier","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-julien-gosselin","15":"tag-marguerite-duras","16":"tag-news","17":"tag-paris","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-theatre-de-lodeon"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115622657227489162","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/562649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=562649"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/562649\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/562650"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=562649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=562649"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=562649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}