{"id":563717,"date":"2025-11-28T04:18:13","date_gmt":"2025-11-28T04:18:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/563717\/"},"modified":"2025-11-28T04:18:13","modified_gmt":"2025-11-28T04:18:13","slug":"pour-sauver-leurope-il-faut-une-grande-reinitialisation-de-lunion-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/563717\/","title":{"rendered":"\u00ab Pour sauver l&rsquo;Europe, il faut une grande r\u00e9initialisation de l&rsquo;Union europ\u00e9enne \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Olivier Bault\u00a0: Parce que tout va mal, et qu\u2019aucune petite r\u00e9forme technique ne suffira \u00e0 remettre l\u2019Union europ\u00e9enne sur de bons rails. Plusieurs dynamiques sont aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u0153uvre et appellent une grande r\u00e9orientation.<\/p>\n<p>D\u2019abord, l\u2019immigration. Le pacte migratoire europ\u00e9en, qui entrera en vigueur l\u2019ann\u00e9e prochaine, transf\u00e8re une grande part des comp\u00e9tences en mati\u00e8re de contr\u00f4le des fronti\u00e8res ext\u00e9rieures vers l\u2019Union europ\u00e9enne. Or, comme le montrent les documents de la Commission justifiant ce pacte, l\u2019objectif affich\u00e9 n\u2019est pas d\u2019arr\u00eater l\u2019immigration, mais de la g\u00e9rer. La premi\u00e8re urgence est donc de permettre aux \u00c9tats de reprendre en main leur politique migratoire, ou au minimum de restaurer un v\u00e9ritable pouvoir de d\u00e9cision nationale sur ce sujet crucial.<\/p>\n<p>Ensuite, le Pacte vert. L\u2019extension prochaine du march\u00e9 des droits d\u2019\u00e9mission au chauffage r\u00e9sidentiel et aux v\u00e9hicules particuliers est un exemple des plus parlants de cette politique \u00e9cologiste qui a pour effet m\u00e9canique d\u2019appauvrir et ruiner le continent, alors m\u00eame que l\u2019Europe ne repr\u00e9sente qu\u2019environ 7 % des \u00e9missions mondiales de CO\u2082.<\/p>\n<p>Enfin, le fonctionnement interne des institutions europ\u00e9ennes. La Commission europ\u00e9enne se comporte de plus en plus comme un gouvernement de substitution aux \u00c9tats nationaux. Parall\u00e8lement, la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tend sans cesse son champ de comp\u00e9tence, au point d\u2019imposer la primaut\u00e9 de ses interpr\u00e9tations du droit europ\u00e9en sur les constitutions nationales. Ce glissement progressif transforme de fait la CJUE en une Cour constitutionnelle europ\u00e9enne qui ne dit pas son nom.<\/p>\n<p>Les conflits r\u00e9cents avec le Tribunal constitutionnel polonais ou la Cour constitutionnelle roumaine en donnent une bonne illustration. Dans ces affaires, la CJUE a affirm\u00e9 que les juges polonais ou roumains pouvaient \u00e9carter l\u2019interpr\u00e9tation de leur propre Constitution par leur cour constitutionnelle lorsque celle-ci ne serait pas conforme au droit europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces d\u00e9rives, une simple retouche du syst\u00e8me ne suffira pas. Pour remettre l\u2019Europe dans la bonne direction, il faut une grande r\u00e9initialisation. Le clin d\u2019\u0153il au Great Reset de Davos est volontaire, mais l\u2019ambition n\u2019est pas la m\u00eame : il ne s\u2019agit pas de \u00ab\u00a0refaire le monde\u00a0\u00bb, mais de refonder l\u2019Union europ\u00e9enne pour qu\u2019elle redevienne ce qu\u2019elle aurait toujours d\u00fb \u00eatre : une communaut\u00e9 d\u2019\u00c9tats souverains, d\u00e9mocratiques, vivant en paix et dans la prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Initialement con\u00e7ue pour faciliter le libre-\u00e9change, garantir la libre circulation et assurer une coexistence pacifique entre \u00c9tats, la construction europ\u00e9enne a progressivement d\u00e9riv\u00e9, au fil des d\u00e9cennies, vers un tout autre mod\u00e8le. Peu \u00e0 peu, elle s\u2019est dot\u00e9e d\u2019une monnaie unique, d\u2019un appareil administratif tentaculaire, d\u2019un embryon de corps diplomatique, d\u2019un ordre juridique autonome sup\u00e9rieur aux lois nationales, avec m\u00eame l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une Cour constitutionnelle capable d\u2019infliger des sanctions financi\u00e8res aux \u00c9tats membres. Aujourd\u2019hui, vous estimez que nous nous rapprochons de ce que vous d\u00e9crivez comme un \u00ab\u00a0super-\u00c9tat totalitaire\u00a0\u00bb, destin\u00e9, dites-vous, \u00e0 \u00ab poser les fondations d\u2019un nouvel ordre mondial \u00bb, pour reprendre les mots de Jos\u00e9 Manuel Dur\u00e3o Barroso, pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne entre 2004 et 2014. Comment expliquer cette \u00e9volution du projet europ\u00e9en ?<\/strong><\/p>\n<p>Cette \u00e9volution n\u2019est pas accidentelle. Elle est voulue par certains acteurs qui ne cachent plus leur malaise face \u00e0 la d\u00e9mocratie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe d\u2019ailleurs l\u2019Union europ\u00e9enne : on l\u2019observe aussi aux \u00c9tats-Unis, au Canada et ailleurs o\u00f9, \u00e0 mesure que leurs politiques cessent de satisfaire les populations, une partie des \u00e9lites dites lib\u00e9rales se d\u00e9tournent des m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques traditionnels. La mont\u00e9e des forces qualifi\u00e9es de populistes en est la cons\u00e9quence directe. Il est d\u2019ailleurs r\u00e9v\u00e9lateur qu\u2019un responsable comme Matteo Salvini revendique pr\u00e9cis\u00e9ment le terme de \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb, au motif qu\u2019il renvoie au peuple lui-m\u00eame, et que ces partis entendent porter les revendications populaires. C\u2019est justement ce refus de la d\u00e9possession d\u00e9mocratique qui heurte ces \u00e9lites.<\/p>\n<p>On assiste \u00e0 une crise profonde de la d\u00e9mocratie, qui adopte un visage de plus en plus autoritaire. Le cas britannique est, \u00e0 cet \u00e9gard, saisissant : on y arr\u00eate en moyenne une trentaine de personnes par jour pour des opinions exprim\u00e9es en ligne. Plus spectaculaire encore, l\u2019arrestation r\u00e9cente d\u2019un sc\u00e9nariste par quatre policiers arm\u00e9s pour de simples tweets critiquant l\u2019id\u00e9e que l\u2019on puisse changer de sexe \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9rive r\u00e9pressive s\u2019est observ\u00e9e aussi en Roumanie\u00a0: une pr\u00e9sidentielle a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e puis r\u00e9organis\u00e9e dans un climat qui laisse planer des doutes s\u00e9rieux sur la l\u00e9gitimit\u00e9 du r\u00e9sultat. En France, la candidate donn\u00e9e favorite par les sondages est emp\u00each\u00e9e de se pr\u00e9senter sur la base d\u2019un jugement de premi\u00e8re instance. En Pologne, la situation est devenue particuli\u00e8rement pr\u00e9occupante.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir contribu\u00e9 au changement de gouvernement par un chantage financier consistant \u00e0 retenir des fonds pourtant dus au pays, la Commission europ\u00e9enne soutient d\u00e9sormais un ex\u00e9cutif qui viole ouvertement la loi, r\u00e9prime l\u2019opposition et place des responsables politiques en d\u00e9tention provisoire pendant de nombreux mois. Les conditions de d\u00e9tention ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9es de torture par le D\u00e9fenseur des droits polonais : non des tortures physiques classiques, mais des traitements assimil\u00e9s \u00e0 de la torture au regard des conventions internationales, comme des r\u00e9veils toutes les heures par des lumi\u00e8res violentes pendant des semaines enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Ces \u00e9pisodes, mis bout \u00e0 bout, dessinent une crise d\u00e9mocratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Dans ce contexte, la constitution d\u2019un super-\u00c9tat europ\u00e9en appara\u00eet pour beaucoup comme un moyen de consolider la domination d\u2019\u00e9lites qui ne souhaitent plus \u00eatre d\u00e9menties par le suffrage populaire.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme des trait\u00e9s europ\u00e9ens vot\u00e9e en novembre 2023 par le Parlement europ\u00e9en, comprenant 267 amendements, en est une illustration. Le texte est aujourd\u2019hui en sommeil au Conseil europ\u00e9en, sans doute pour ne pas inqui\u00e9ter les \u00e9lecteurs, mais nul doute qu\u2019il pourra \u00eatre r\u00e9activ\u00e9 au moment opportun. S\u2019il venait \u00e0 aboutir, il consacrerait un transfert d\u00e9finitif de souverainet\u00e9 hors de port\u00e9e des peuples. Les grandes d\u00e9cisions ne seraient plus prises dans les capitales nationales, mais \u00e0 Bruxelles, et sans que les citoyens puissent r\u00e9ellement infl\u00e9chir ces choix.<\/p>\n<p>C\u2019est vers cette Europe post-d\u00e9mocratique que certains veulent nous conduire, une Europe gouvern\u00e9e d\u2019en haut, o\u00f9 les nations seraient r\u00e9duites au r\u00f4le de simples ex\u00e9cutants.<\/p>\n<p><strong>Vladimir Boukovski, c\u00e9l\u00e8bre dissident sovi\u00e9tique, comparait l\u2019UE \u00e0 une \u00ab nouvelle URSS \u00bb, estimant qu\u2019elle reproduisait les m\u00eames structures et les m\u00eames r\u00e9flexes totalitaires. Partagez-vous cette analyse ?<\/strong><\/p>\n<p>Viktor Orb\u00e1n lui-m\u00eame a \u00e9tabli un parall\u00e8le entre les anciens cadres communistes d\u2019Europe de l\u2019Est et les \u00e9lites politico-m\u00e9diatiques occidentales issues de Mai 68. Selon lui, il existe une v\u00e9ritable \u00ab parent\u00e9 id\u00e9ologique \u00bb, et force est de constater que cette comparaison revient souvent dans les pays d\u2019Europe centrale. En Pologne, en Hongrie, en Tch\u00e9quie ou en Slovaquie \u2013 bref, dans les pays anciennement soumis au syst\u00e8me sovi\u00e9tique \u2013, beaucoup voient des similitudes entre l\u2019ancienne emprise id\u00e9ologique du bloc de l\u2019Est et les pressions normatives venant aujourd\u2019hui de Bruxelles.<\/p>\n<p>Chez les conservateurs de ces pays, l\u2019id\u00e9ologie promue par certaines institutions europ\u00e9ennes est d\u2019ailleurs fr\u00e9quemment qualifi\u00e9e de \u00ab n\u00e9o-marxiste \u00bb. L\u2019exemple le plus souvent cit\u00e9 est celui de \u00ab l\u2019id\u00e9ologie du genre \u00bb, une doctrine impos\u00e9e d\u2019en haut, en rupture avec les traditions nationales, et fond\u00e9e sur des pr\u00e9misses pseudo-scientifiques.<\/p>\n<p>Les parall\u00e8les sont d\u2019autant plus frappants pour ceux qui ont connu l\u2019\u00e9poque communiste\u2009: nombreux sont les t\u00e9moignages, y compris personnels \u2013 ma propre \u00e9pouse polonaise, qui a grandi \u00e0 cette \u00e9poque, le dit souvent \u2013, selon lesquels l\u2019ing\u00e9rence dans la mani\u00e8re de penser, ou dans la mani\u00e8re dont les gens \u00ab doivent \u00bb percevoir le monde, est parfois ressentie aujourd\u2019hui comme plus intrusive encore qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait sous le r\u00e9gime communiste.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e, largement partag\u00e9e dans cette r\u00e9gion, que les lib\u00e9raux europ\u00e9ens ne sont pas des lib\u00e9raux au sens classique du terme, mais bien des h\u00e9ritiers d\u2019une nouvelle forme de socialisme. Apr\u00e8s le socialisme international du communisme et le socialisme national du nazisme, \u00e9merge ainsi un socialisme \u00ab lib\u00e9ral \u00bb qui s\u2019appuie, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, sur une science d\u00e9voy\u00e9e. Le communisme mobilisait une sociologie pseudo-scientifique\u2009; le nazisme s\u2019appuyait sur une biologie falsifi\u00e9e\u2009; le progressisme contemporain combine souvent les deux, notamment dans son approche du genre\u2009: un m\u00e9lange de sociologie id\u00e9ologique et d\u2019anthropologie pr\u00e9sent\u00e9e comme scientifique.<\/p>\n<p>Il faut pr\u00e9ciser en apart\u00e9 que le lib\u00e9ralisme authentique, celui qui repose sur la libert\u00e9 \u00e9conomique, l\u2019\u00c9tat de droit et la responsabilit\u00e9 individuelle, ne peut fonctionner durablement que si la soci\u00e9t\u00e9 partage un socle de valeurs communes, comme le soulignait Tocqueville. Historiquement, ce mod\u00e8le a prosp\u00e9r\u00e9 dans des soci\u00e9t\u00e9s fa\u00e7onn\u00e9es par le christianisme, o\u00f9 la libert\u00e9 se d\u00e9ployait dans un cadre moral commun\u00e9ment accept\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nombre de soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes ne sont plus v\u00e9ritablement chr\u00e9tiennes. Or, lorsque dispara\u00eet ce socle de valeurs communes fa\u00e7onn\u00e9 par des si\u00e8cles de culture chr\u00e9tienne, le lib\u00e9ralisme perd son cadre moral et tend \u00e0 se transformer en une forme d\u2019anomie, voire en une \u00ab loi de la jungle \u00bb. Dans cet environnement d\u00e9structur\u00e9, ce ne sont plus les principes h\u00e9rit\u00e9s d\u2019une tradition morale partag\u00e9e qui orientent la vie collective, mais les valeurs impos\u00e9es par les groupes les plus puissants\u00a0: \u00e9conomiques, m\u00e9diatiques, culturels ou politiques. La libert\u00e9 n\u2019est plus ordonn\u00e9e au bien commun mais livr\u00e9e aux rapports de force.<\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 de la parent\u00e9 id\u00e9ologique que certains \u00e9tablissent entre marxisme et ce \u00ab lib\u00e9ralisme \u00bb europ\u00e9en, qui ressemble, soulignez-vous, davantage \u00e0 un n\u00e9omarxisme, Ryszard Legutko, dans Le diable dans la d\u00e9mocratie, raconte comment, apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, les \u00e9lites communistes se sont rapidement et concr\u00e8tement transform\u00e9es en nouvelles \u00e9lites \u00ab lib\u00e9rales \u00bb europ\u00e9ennes. Avez-vous vous-m\u00eame observ\u00e9 cette bascule id\u00e9ologique au sein des \u00e9lites post-communistes ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, et c\u2019est particuli\u00e8rement vrai en Pologne. Le parti consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme le plus progressiste est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019h\u00e9ritier direct de l\u2019ancien Parti communiste. Et ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne se limite pas \u00e0 la Pologne : on le retrouve, sous diff\u00e9rentes formes, dans la majorit\u00e9 des pays d\u2019Europe centrale et orientale.<\/p>\n<p>Il faut rappeler qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque communiste, jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, les partis communistes \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s conservateurs sur les questions sociales, culturelles et morales. Mais la chute du syst\u00e8me a entra\u00een\u00e9 une mutation rapide. Beaucoup d\u2019anciens cadres se sont accommod\u00e9s sans difficult\u00e9 de la transition vers le capitalisme, veillant \u00e0 ce qu\u2019elle se d\u00e9roule \u00e0 leur avantage \u00e9conomique. Cette reconversion s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une recomposition id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, ces \u00e9lites post-communistes ont travers\u00e9 une p\u00e9riode de flottement : plus d\u2019id\u00e9ologie structurante, mais \u00e9galement tr\u00e8s peu de scrupules. Or, pour exister politiquement et remporter des \u00e9lections, il leur fallait un nouveau r\u00e9cit mobilisateur. C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont adopt\u00e9, presque naturellement, l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9omarxiste.<\/p>\n<p>Cette conversion id\u00e9ologique a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus ais\u00e9e qu\u2019elle prolongeait, sous une autre forme, leur ancien r\u00e9flexe\u2009: imposer d\u2019en haut une nouvelle vision \u00e9galitariste du monde pr\u00e9sent\u00e9e comme rationnelle, moderne et in\u00e9vitable.<\/p>\n<p><strong>Pour op\u00e9rer ce que vous appelez la grande r\u00e9initialisation de l\u2019Union europ\u00e9enne, vous avancez deux sc\u00e9narios possibles. Le premier consiste en un \u00ab retour aux fondamentaux \u00bb, tandis que le second propose \u00ab un nouveau d\u00e9part \u00bb. Pourriez-vous d\u00e9tailler en quoi chacun de ces sc\u00e9narios consiste concr\u00e8tement ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de d\u00e9part est simple : la d\u00e9mocratie ne fonctionne que si elle exprime la volont\u00e9 d\u2019un peuple. Or, il n\u2019existe pas de \u00ab peuple europ\u00e9en \u00bb. Dans ces conditions, le centre de d\u00e9cision doit rester au niveau des nations, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019exerce r\u00e9ellement la souverainet\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le premier sc\u00e9nario consiste donc en un retour aux sources, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une Europe plus proche de celle qui existait avant Maastricht, mais red\u00e9finie de mani\u00e8re plus explicite pour \u00e9viter les d\u00e9rives institutionnelles survenues depuis.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant reviendrait \u00e0 deux institutions directement li\u00e9es aux gouvernements nationaux :\u00a0 le Conseil europ\u00e9en, qui r\u00e9unit les chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement ; le Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne, qui rassemble les ministres des \u00c9tats membres selon les domaines concern\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces organes ont l\u2019avantage d\u2019\u00eatre compos\u00e9s de responsables politiques issus d\u2019\u00e9lections nationales et donc r\u00e9vocables par leurs citoyens : par des \u00e9lections, par des pressions populaires, voire, dans des cas extr\u00eames, par des ruptures politiques majeures, toujours au niveau national. Autrement dit, ils ne sont pas coup\u00e9s du peuple. Ce sont donc eux qui devraient disposer du dernier mot, et non le Parlement europ\u00e9en, qui ne repr\u00e9sente aucun peuple constitu\u00e9 mais seulement vingt-sept \u00c9tats juxtapos\u00e9s. L\u2019Union n\u2019ayant pas de peuple propre, elle ne peut produire une d\u00e9mocratie propre.<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame esprit, les conflits de comp\u00e9tences ne devraient pas \u00eatre tranch\u00e9s par la Cour de justice de l\u2019UE, dont la jurisprudence a souvent \u00e9tendu les pouvoirs des institutions europ\u00e9ennes. Ce r\u00f4le devrait revenir aux \u00c9tats membres eux-m\u00eames, r\u00e9unis au sein du Conseil, afin de d\u00e9finir ce qui rel\u00e8ve de l\u2019Union et ce qui doit rester de la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Cette \u00ab Europe des nations \u00bb recentr\u00e9e sur l\u2019essentiel reposerait principalement sur quelques piliers obligatoires : le march\u00e9 commun, l\u2019union douani\u00e8re et la coop\u00e9ration \u00e9conomique. Pour tout le reste, les \u00c9tats pourraient s\u2019associer \u00ab \u00e0 la carte \u00bb, en participant, ou non, \u00e0 des coop\u00e9rations renforc\u00e9es selon leurs int\u00e9r\u00eats. Et ils devraient pouvoir en sortir librement si ces engagements ne correspondent plus \u00e0 leurs priorit\u00e9s. L\u2019Union deviendrait ainsi \u00e0 la fois un march\u00e9 commun, un cadre de coop\u00e9ration, et un espace permettant de g\u00e9rer les d\u00e9saccords entre pays europ\u00e9ens. Le renoncement \u00e0 la confrontation militaire constitue, il faut le dire, l\u2019un des acquis majeurs de la construction europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>C\u2019est le premier sc\u00e9nario. Mais chacun sait que modifier les trait\u00e9s actuels n\u00e9cessite l\u2019unanimit\u00e9 des vingt-sept \u00c9tats membres, ce qui rend cette voie difficile. D\u2019autant plus que les institutions europ\u00e9ennes elles-m\u00eames ne soutiendraient pas une telle r\u00e9orientation souverainiste.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 un second sc\u00e9nario, celui du \u00ab nouveau d\u00e9part \u00bb. Nigel Farage l\u2019a r\u00e9sum\u00e9 avec humour : pour r\u00e9former l\u2019Union europ\u00e9enne, il faudrait que \u00ab l\u2019Europe quitte l\u2019Union europ\u00e9enne. \u00bb<\/p>\n<p>Dans cette hypoth\u00e8se, l\u2019actuelle Union serait dissoute d\u2019un commun accord, afin de permettre la cr\u00e9ation d\u2019une Communaut\u00e9 europ\u00e9enne des nations fond\u00e9e sur un nouveau trait\u00e9. L\u2019avantage serait qu\u2019une telle structure n\u2019exigerait pas la signature de tous les pays : seuls les \u00c9tats d\u00e9sirant en faire partie y adh\u00e9reraient.<\/p>\n<p><strong>Pour vous, la sortie de l\u2019UE doit-elle \u00eatre donc mise sur la table\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour n\u00e9gocier v\u00e9ritablement une r\u00e9forme des trait\u00e9s, il est essentiel de ne pas exclure a priori l\u2019hypoth\u00e8se de la sortie de l\u2019Union europ\u00e9enne. Renoncer par avance \u00e0 cette option, c\u2019est se priver d\u2019un important levier de n\u00e9gociation. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous expliquons, \u00e0 Ordo Iuris, au parti Droit et Justice (PiS) : tant qu\u2019il rejette cat\u00e9goriquement l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un Polexit, il se place en position de faiblesse face aux institutions europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Or, on observe une \u00e9volution : le PiS n\u2019exclut plus compl\u00e8tement cette \u00e9ventualit\u00e9, comme il le faisait auparavant. Cela ne signifie pas qu\u2019il la souhaite, mais qu\u2019il comprend que toute n\u00e9gociation cr\u00e9dible n\u00e9cessite d\u2019assumer que l\u2019on peut aussi claquer la porte si les conditions deviennent inacceptables.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 l\u2019exception de la France, o\u00f9 vous \u00e9tiez pr\u00e9sent ce mois-ci, dans quels autres pays europ\u00e9ens avez-vous pr\u00e9sent\u00e9 ce projet, et comment a-t-il \u00e9t\u00e9 accueilli ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que notre initiative \u00e9mane d\u2019une organisation hongroise et d\u2019une organisation polonaise, nous avons naturellement pr\u00e9sent\u00e9 notre projet en premier lieu \u00e0 Budapest et \u00e0 Varsovie. \u00c0 Budapest, nous avons re\u00e7u le soutien de Bal\u00e1zs Orb\u00e1n, chef de cabinet de Viktor Orb\u00e1n, ainsi que l\u2019appui du Fidesz, qui consid\u00e8re ce projet avec beaucoup de bienveillance. \u00c0 Varsovie, la pr\u00e9sentation s\u2019est faite en pr\u00e9sence du vice-pr\u00e9sident de la Di\u00e8te, chef de l\u2019aile nationaliste chr\u00e9tienne de Konfederacja \u2013 une alliance de nationalistes chr\u00e9tiens et de libertariens conservateurs dans le style de l\u2019Argentin Javier Milei \u2013 et de plusieurs personnalit\u00e9s du parti Droit et Justice (PiS), qui ont publiquement exprim\u00e9 leur soutien.<\/p>\n<p>Lorsque nous l\u2019avons pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Madrid, le vice-pr\u00e9sident de Vox a, pour sa part, d\u00e9clar\u00e9, \u00e0 propos de nos propositions : \u00ab Maintenant, nous avons un programme. \u00bb Nous constatons d\u2019ailleurs un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9, par exemple du parti AUR en Roumanie.<\/p>\n<p>\u00c0 Bruxelles, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 le projet au groupe Patriotes pour l\u2019Europe, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 accueilli tr\u00e8s favorablement. L\u2019enjeu, d\u00e9sormais, est d\u2019int\u00e9resser la droite fran\u00e7aise, car la France est indispensable \u00e0 toute recomposition europ\u00e9enne. Nous pensons que ce projet peut s\u00e9duire non seulement le Rassemblement national, mais aussi Reconqu\u00eate, Identit\u00e9 et Libert\u00e9, ainsi qu\u2019une partie des R\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Nous appelons toutes les forces politiques attach\u00e9es aux libert\u00e9s d\u00e9mocratiques et \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale \u00e0 puiser dans nos propositions et \u00e0 se les approprier.<\/p>\n<p>Les opinions exprim\u00e9es dans cet article sont celles de l\u2019auteur et ne refl\u00e8tent pas n\u00e9cessairement celles d\u2019Epoch Times.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Olivier Bault\u00a0: Parce que tout va mal, et qu\u2019aucune petite r\u00e9forme technique ne suffira \u00e0 remettre l\u2019Union europ\u00e9enne&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":563718,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1586],"tags":[11,1777,674,1779,1011,27,12,25,1778,364],"class_list":{"0":"post-563717","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-european-union","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-news","15":"tag-republique-francaise","16":"tag-ue","17":"tag-union-europeenne"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115625401112494655","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/563717","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=563717"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/563717\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/563718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=563717"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=563717"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=563717"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}