{"id":569191,"date":"2025-11-30T16:16:17","date_gmt":"2025-11-30T16:16:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/569191\/"},"modified":"2025-11-30T16:16:17","modified_gmt":"2025-11-30T16:16:17","slug":"petrole-dapres-pier-paolo-pasolini-mise-en-scene-de-sylvain-creuzevault-a-lodeon-theatre-de-leurope-dans-le-cadre-du-festival-dautomne-a-paris-un-fauteuil-pour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/569191\/","title":{"rendered":"P\u00e9trole d\u2019apr\u00e8s Pier Paolo Pasolini, mise en sc\u00e8ne de Sylvain Creuzevault \u00e0 L\u2019Od\u00e9on, th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Europe, dans le cadre du festival d\u2019Automne \u00e0 Paris &#8211; Un Fauteuil Pour l&rsquo;Orchestre"},"content":{"rendered":"<p>Plus d\u2019une heure de vid\u00e9o in extenso jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entracte, les acteurs \u00e9tant film\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un container, encore un qui veut remplacer le th\u00e9\u00e2tre par le cin\u00e9ma, soupire-t-on\u00a0; bombard\u00e9s d\u2019images, de voix en tous sens qui vous crachent \u00e0 la figure durant \u2026 3h30, on s\u2019accroche. Avez-vous vous d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019impression d\u2019avoir la t\u00eate broy\u00e9e dans un rouleau compresseur\u00a0? Le spectateur masochiste aime se faire fouetter.<\/p>\n<p>Progressivement on mesure la folie de Sylvain Creuzevault. Adapter Petrolio de Pasolini\u00a0? Autant s\u2019attaquer \u00e0 Rimbaud, imaginez le Bateau ivre sur sc\u00e8ne\u00a0! Magma de notes croulant sous les mythes, les visions, les co\u00efncidences et les myst\u00e8res, le roman inachev\u00e9 a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 en 1975 apr\u00e8s que l\u2019auteur ait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 sur un terrain vague de Rome, dans des circonstances qu\u2019on n\u2019a jamais vraiment \u00e9lucid\u00e9es. \u00a0L\u2019\u0153uvre trou\u00e9e, cod\u00e9e, crypt\u00e9e est \u00e0 la fois ancr\u00e9e dans l\u2019Italie des ann\u00e9es soixante et soixante-dix, et dans la Bible, la psychanalyse, Dante et Sade. Elle se pr\u00e9sente sous forme d\u2019une enqu\u00eate polici\u00e8re, qui viserait non pas tant \u00e0 trouver les coupables qu\u2019\u00e0 d\u00e9couvrir leurs mobiles. La pseudo enqu\u00eate de Pasolini sur le meurtre du patron du consortium p\u00e9trolier ENI en 1962 met en lumi\u00e8re les liens entre la D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne, les groupuscules extr\u00e9mistes, les multinationales de la chimie, et les dirigeants des pays p\u00e9troliers. Elle tisse une cartographie de forces occultes qui manipulent la soci\u00e9t\u00e9 et d\u00e9tiennent le pouvoir r\u00e9el. On a l\u2019impression que l\u2019auteur veut \u00e9crire le livre des livres, tout brasser, tout embrasser du monde ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur, jeter son corps tout entier dans la lutte politique et la sexualit\u00e9 car P\u00e9trole est aussi l\u2019histoire d\u2019un homme divis\u00e9 en deux, Carlo Valetti, (Sebastien Lefevre), tandis qu\u2019une partie de lui gravit les \u00e9chelons du pouvoir, l\u2019autre se fait enculer sur des terrains vagues par des ouvriers prostitu\u00e9s. Atroce v\u00e9rit\u00e9, la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, vendue aux multinationales, enfante le fasciste selon Pasolini et nous rend tous schizo\u00efdes, \u00e0 l\u2019image du pr\u00e9sident Schreber, c\u00e9l\u00e8bre cas du docteur Freud que Pasolini avait lu.<\/p>\n<p>Sylvain Creuzevault r\u00e9ussit \u00e0 tenir les deux fils de la pr\u00e9dation sexuelle et p\u00e9troli\u00e8re, dans le chaudron incandescent d\u2019un roman en train de s\u2019\u00e9crire qui n\u2019a ni d\u00e9but, ni fin. \u00ab Comme je descendais des fleuves impassibles \u00bb, sa mise en sc\u00e8ne avance dans le noir, emport\u00e9e par les flots, elle renverse les codes th\u00e9\u00e2traux habituels comme P\u00e9trolio les codes litt\u00e9raires, d\u2019o\u00f9 l\u2019aspect transgressif, novateur du po\u00e8me pasolinien et du spectacle P\u00e9trole. Seul le cin\u00e9ma pouvait restituer le flux de la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain, ses sensations et observations au jour le jour couch\u00e9es sur la page blanche, \u00e0 coup de montage cut, de gros plans, de contre plong\u00e9. Le voyage m\u00e8ne le spectateur vers des visions hallucin\u00e9es et d\u00e9routantes dans une esth\u00e9tique du fragment, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments naturels, les visages sont diffract\u00e9s et les lumi\u00e8res trembl\u00e9es, comme si l\u2019environnement \u00e9tait une projection de l\u2019\u00e9tat mental du po\u00e8te, un r\u00eave. Une multitude de personnages apparaissent dans la premi\u00e8re partie qui a quelque chose de Salo comme repr\u00e9sentation d\u2019une sorte de cannibalisme\u00a0; les l\u00e8vres gonfl\u00e9es comme des vulves, p\u00e9rorent, d\u00e9vorent, aspirent au dernier stade de la consommation absolue, c\u2019est presque la merde que l\u2019on mange \u00e0 Sal\u00f2 \u00ab\u00a0Il Merda\u00a0\u00bb. On y voit un apprenti cannibale ang\u00e9lique Carlo Valetti I \u00eatre initi\u00e9 aux arcanes de la chiennerie par sa tigresse de m\u00e8re assoiff\u00e9e de pouvoir. La seconde partie, plus th\u00e9\u00e2trale, croise s\u00e9quences au plateau et vid\u00e9o sur un d\u00e9cor m\u00e9taphysique, vide, dess\u00e9ch\u00e9 o\u00f9 deux rachitiques arbustes se font la niquent, un d\u00e9cor \u00e0 la Beckett qui n\u2019attendrait plus Godot pour jouir sans entraves. On se croirait dans le monde de Soleil Vert, film de Richard Fleischer quand la v\u00e9g\u00e9tation a presque disparu, la terre est devenue st\u00e9rile, la lumi\u00e8re s\u2019est affaiblit et les saisons n\u2019existent plus. Tout est jaunasse, maladif, et le spectateur voyeur regarde par le trou de la serrure des sc\u00e8nes dignes du septi\u00e8me cercle de l\u2019enfer de Dante quand, sur une lande br\u00fblante, les sodomites sont condamn\u00e9s \u00e0 courir dans le d\u00e9sert et les usuriers, forc\u00e9s de s\u2019asseoir sur les flammes.<\/p>\n<p>Le discours d\u2019Eugenio Cefis (Troyat dans la pi\u00e8ce jou\u00e9 par Sharif Andoura), nouveau pr\u00e9sident de la firme Montedison, en 1972, que Pasolini a voulu inclure dans Petrolio,intitul\u00e9 La mia patria si chiama multinationale (Ma patrie s\u2019appelle multinationale) est une s\u00e9quence d\u2019anthologie. L\u2019orateur est entour\u00e9 d\u2019une mafia gloutonne qui avale tout, se masturbe collectivement, d\u00e9p\u00e8ce, r\u00e9gurgite \u00e0 l\u2019infini autour d\u2019une table dans les vapeurs s\u00e9pia d\u2019une lumi\u00e8re rase. Rires d\u00e9moniaques, gloussements, soubresauts, la marmite est vraiment flippante. Quand il ne participe pas \u00e0 la bacchanale berlusconienne Carlo Valetti II nous rejoue l\u2019all\u00e9gorie du maitre et de l\u2019esclave et, sur une d\u00e9charge en p\u00e9riph\u00e9rie urbaine, se fait mettre par une vingtaine de ragazzi prolos. Le bourgeois dominant ne r\u00eave que d\u2019une chose, \u00eatre humili\u00e9 par la classe sociale domin\u00e9e. On ne peut qu\u2019admirer la performance des acteurs, munis de p\u00e9nis en plastique, grotesques et d\u00e9cal\u00e9s, \u00e0 qui Sylvain Creuzevault a d\u00fb demander d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer sans cesse comme des all\u00e9gories fantasm\u00e9es qui s\u2019entrechoquent. Au final, la boucle est boucl\u00e9e, le membre pompe \u00e0 l\u2019insigne du lion \u00e0 six pattes \u00e9jacule \u00e0 l\u2019infini l\u2019or noir qui se r\u00e9pand sur le sol r\u00eache.<\/p>\n<p>Et l\u2019auteur dans tout \u00e7a\u00a0? il est omnipr\u00e9sent, port\u00e9 par diff\u00e9rents personnages f\u00e9minins qui assurent la narration en continu face public, (Pauline B\u00e9lier, Bouta\u00efna El Fekkak, Anne Lise Heimburger). P\u00e9troleest aussi et c\u2019est le plus touchant, une fable sur l\u2019art de cr\u00e9er o\u00f9 un narrateur explique in fine qu\u2019il a failli rassembler les deux Carlo puis les a cass\u00e9s en mille morceaux, \u00e9chouant \u00e0 donner forme \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue. Tout ce qui prend forme fige la r\u00e9alit\u00e9 ; l\u2019\u00e9crivain pose alors son stylo et se dirige vers la mer pour se suicider.<\/p>\n<p>Sylvain Creuzevault recourt un peu trop syst\u00e9matiquement aux m\u00eames effets, la vid\u00e9o notamment ; submerg\u00e9s d\u2019informations, on d\u00e9croche par moment mais on est sci\u00e9 par la radicalit\u00e9, la virtuosit\u00e9 et l\u2019intelligence du geste artistique. Il ressuscite un po\u00e8te r\u00e9duit au silence, un cr\u00e9ateur total de la trempe d\u2019un Michel Ange ou Leonard de Vinci.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui des autocrates d\u00e9complex\u00e9s sont \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du maximum de chaos, les seigneurs de la tech semblent d\u00e9j\u00e0 investir un autre monde, o\u00f9 l\u2019Intelligence Artificielle s\u2019av\u00e8re incontr\u00f4lable\u2026 Aucun doute, Pasolini avait vu juste, dans un refoulement total du sacr\u00e9, l\u2019heure des pr\u00e9dateurs a sonn\u00e9. Il faut donc aller voir P\u00e9trole\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Petrole3_\u252c\u00aejeanLouisFernandez_133.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-52913\"  \/><\/p>\n<p>P\u00e9trole d\u2019apr\u00e8s Pier Paolo Pasolini, cr\u00e9ation collective, texte fran\u00e7ais Ren\u00e9 de Ceccatty<\/p>\n<p>Adaptation et mise en sc\u00e8ne\u00a0: \u00a0Sylvain Creuzevault<\/p>\n<p>Sc\u00e9nographie\u00a0:\u00a0Jean-Baptiste Bellon Valentine L\u00ea,<\/p>\n<p>Lumi\u00e8re\u00a0: Vyara Stefanova<\/p>\n<p>Musique\u00a0: Pierre-Yves Mac\u00e9<\/p>\n<p>Son\u00a0: \u00a0Lo\u00efc Waridel<\/p>\n<p>Vid\u00e9o\u00a0: Simon Anquetil<\/p>\n<p>Costumes : Constant Chiassai-Polin<\/p>\n<p>Maquillage, perruques\u00a0: Mityl Brimeur<\/p>\n<p>Masques\u00a0: Lo\u00efc N\u00e9br\u00e9da\u00a0<\/p>\n<p>\u00a9 Jean Louis Fernandez \u00a0<strong>\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Avec\u00a0: \u00a0S\u00e9bastien Lefebvre, Arthur Igual, Gabriel Dahmani, Pauline B\u00e9lier, Anne-Lise Heimburger, Sharif Andoura, Bouta\u00efna El Fekkak, Pierre-F\u00e9lix Gravi\u00e8re.<\/p>\n<p>Dur\u00e9e\u00a0: 3h30 avec entracte \u00a0<\/p>\n<p>Du 25 novembre au 21 d\u00e9cembre 2025<\/p>\n<p>du mardi au samedi 19h30, le dimanche 15h<\/p>\n<p>\u00c0 L\u2019Od\u00e9on-Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Europe<\/p>\n<p>Place de l\u2019Od\u00e9on<\/p>\n<p>75006 Paris<\/p>\n<p>R\u00e9servations\u00a0: T\u00e9l : 01 44 85 40 40,<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.theatre-odeon.eu\u00a0\">http:\/\/www.theatre-odeon.eu\u00a0<\/a><\/p>\n<p>Tourn\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>Du 24 au 27 f\u00e9vrier, com\u00e9die de Saint Etienne<\/p>\n<p>20 et 21 mai, com\u00e9die de Reims<\/p>\n<p>Du 3 au 5 juin, th\u00e9\u00e2tre de Vidy-Lausanne<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Plus d\u2019une heure de vid\u00e9o in extenso jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entracte, les acteurs \u00e9tant film\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un container, encore&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":569192,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,1777,674,68446,1011,27,12,626,844,68447,25,68448,67888],"class_list":{"0":"post-569191","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-festival-dautomne","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-news","15":"tag-paris","16":"tag-petrole","17":"tag-pier-paolo-pasolini","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-sylvain-creuzevault","20":"tag-theatre-de-lodeon"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115639549561983558","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/569191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=569191"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/569191\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/569192"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=569191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=569191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=569191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}