{"id":585888,"date":"2025-12-08T07:54:40","date_gmt":"2025-12-08T07:54:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/585888\/"},"modified":"2025-12-08T07:54:40","modified_gmt":"2025-12-08T07:54:40","slug":"critique-cine-gerald-le-conquerant-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/585888\/","title":{"rendered":"Critique Cin\u00e9 : G\u00e9rald le conqu\u00e9rant (2025)"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\" style=\"text-align: center;\"><strong>G\u00e9rald le conqu\u00e9rant \/\/ De Fabrice Ebou\u00e9. Avec Fabrice Ebou\u00e9, Logan Lef\u00e8bvre et Alexandra Roth.<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Avec G\u00e9rald le conqu\u00e9rant, Fabrice \u00c9bou\u00e9 poursuit une voie qu\u2019il affectionne : utiliser la com\u00e9die comme un scalpel pour d\u00e9couper les obsessions identitaires et le fameux \u201cvivre ensemble\u201d malmen\u00e9 par un pays qui doute de lui-m\u00eame. Le film prend la forme d\u2019un faux documentaire, un format d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 par le r\u00e9alisateur dans d\u2019autres projets, mais ici d\u00e9clin\u00e9 sous un angle plus radical. Cela donne une \u0153uvre singuli\u00e8re, parfois percutante, parfois \u00e9puisante, mais clairement taill\u00e9e pour faire r\u00e9agir. Ce projet raconte le quotidien de G\u00e9rald, un fermier normand persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019h\u00e9ritier spirituel de Guillaume le Conqu\u00e9rant.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019appelle G\u00e9rald. Son objectif : redorer le blason de sa r\u00e9gion de c\u0153ur, la Normandie. Sa m\u00e9thode : b\u00e2tir le plus grand parc d&rsquo;attractions du pays, \u00e0 la gloire de Guillaume le conqu\u00e9rant. Et pour y parvenir, il est pr\u00eat \u00e0 aller loin, tr\u00e8s loin\u2026 Retenez bien ce pr\u00e9nom, car il va marquer l\u2019Histoire !<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Le personnage se lance dans un projet d\u00e9lirant : concurrencer un c\u00e9l\u00e8bre parc historique avec sa propre reconstitution, bricol\u00e9e, bancale et totalement guid\u00e9e par une vision identitaire du monde. C\u2019est un terrain parfait pour \u00c9bou\u00e9, qui aime exposer les contradictions humaines en jouant sur un humour noir assum\u00e9. G\u00e9rald, c\u2019est un homme convaincu que son mode de vie est le seul valable. \u00c9bou\u00e9 lui donne toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un h\u00e9raut auto-proclam\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 normande : fier, rigide, obtus, mais aussi touchant par moments, presque malgr\u00e9 lui. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ce personnage change peu au fil du r\u00e9cit.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Son obsession tourne en boucle, son discours reste fig\u00e9, et m\u00eame si ses exc\u00e8s d\u00e9clenchent souvent des rires spontan\u00e9s, la dynamique finit par s\u2019essouffler. Le film reprend la forme d\u2019un reportage en cours de tournage, cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule et dialogues face cam\u00e9ra. Ce proc\u00e9d\u00e9 n\u2019a plus r\u00e9ellement d\u2019effet de surprise aujourd\u2019hui, mais il permet \u00e0 \u00c9bou\u00e9 d\u2019installer un rythme brut, proche de l\u2019improvisation. Le spectateur suit G\u00e9rald partout : dans ses champs, dans son \u201cparc historique\u201d artisanal, face \u00e0 ses rares soutiens et ses nombreux d\u00e9tracteurs. Le style documentaire donne une proximit\u00e9 amusante, mais il met aussi en lumi\u00e8re la limite du personnage, qui reste enferm\u00e9 dans sa folie identitaire sans jamais vraiment \u00e9voluer.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Fabrice \u00c9bou\u00e9 ne fait pas dans la dentelle, et G\u00e9rald le conqu\u00e9rant ne fait pas exception. L\u2019humour est gras, parfois volontairement choquant, jouant avec les tabous pour tirer des fl\u00e8ches bien cibl\u00e9es : racisme ordinaire, peur de l\u2019autre, crispation identitaire, fantasme de puret\u00e9 culturelle\u2026 Tout y passe. Certaines sc\u00e8nes frappent juste et d\u00e9clenchent un vrai rire nerveux. On sent la volont\u00e9 du r\u00e9alisateur de secouer plut\u00f4t que de rassurer, et l\u2019audace du projet m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9e. Le film ose s\u2019attaquer \u00e0 des sujets sensibles sans chercher \u00e0 \u00e9dulcorer son propos, et il profite de ce ton frontal pour d\u00e9voiler les contradictions d\u2019un certain discours public.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Mais cette audace atteint parfois ses limites. Le film tente r\u00e9guli\u00e8rement de surprendre, de pousser son id\u00e9e un cran plus loin, quitte \u00e0 para\u00eetre r\u00e9p\u00e9titif. Les situations sont dr\u00f4les, oui, mais l\u2019accumulation finit par affaiblir l\u2019impact. Certains gags tournent un peu en rond, comme si le film cherchait sans arr\u00eat \u00e0 se r\u00e9inventer sans vraiment y parvenir.<b> <\/b>La force du film se trouve dans son intention : d\u00e9noncer ce que j\u2019appelle la \u201cd\u00e9mence identitaire\u201d, cette tendance \u00e0 se refermer sur une image fantasm\u00e9e de soi-m\u00eame ou de son territoire. \u00c9bou\u00e9 montre comment une personne isol\u00e9e, mal dans son \u00e9poque, peut s\u2019inventer un r\u00f4le et une gloire perdue.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">G\u00e9rald ne comprend plus le monde qui l\u2019entoure, alors il fabrique le sien, plus petit, plus simple, plus conforme \u00e0 ses r\u00eaves d\u2019ordre et de domination. Cette id\u00e9e est int\u00e9ressante et d\u2019actualit\u00e9, mais le film peine parfois \u00e0 la porter jusqu\u2019au bout. L\u00e0 o\u00f9 un projet comme Barbaque assumait un trash total, G\u00e9rald le conqu\u00e9rant reste plus sage. Comme si \u00c9bou\u00e9 n\u2019osait pas aller jusqu\u2019\u00e0 la folie annonc\u00e9e. Par moments, je sentais que le film pouvait taper plus fort, explorer plus en profondeur le malaise de son personnage ou l\u2019absurdit\u00e9 de son monde. Mais il reste sur une ligne interm\u00e9diaire, entre satire mordante et com\u00e9die plus classique.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Cela dit, certaines s\u00e9quences sont vraiment efficaces. Il y a des fulgurances, des moments o\u00f9 la satire trouve un \u00e9cho tr\u00e8s contemporain. Et c\u2019est dans ces passages que le film d\u00e9ploie tout son potentiel : l\u2019absurdit\u00e9 devient r\u00e9flexion, et la caricature devient un miroir. Fabrice \u00c9bou\u00e9 porte son film avec un jeu volontairement surjou\u00e9, un peu th\u00e9\u00e2tral, comme s\u2019il commentait son propre personnage au lieu de s\u2019y fondre compl\u00e8tement. Ce choix peut diviser, mais il s\u2019int\u00e8gre assez bien \u00e0 l\u2019esprit documentaire du film. Parmi les seconds r\u00f4les, Alexandra Roth se d\u00e9marque par une \u00e9nergie rafra\u00eechissante. Sa pr\u00e9sence apporte une dose d\u2019humanit\u00e9 au milieu du chaos provoqu\u00e9 par G\u00e9rald.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\">Ses sc\u00e8nes sont parmi les plus convaincantes, car elles proposent un contrepoint \u00e0 la folie ambiante. G\u00e9rald le conqu\u00e9rant ne cherche pas \u00e0 plaire \u00e0 tout le monde, et c\u2019est peut-\u00eatre sa plus grande qualit\u00e9. Il surprend autant qu\u2019il d\u00e9route. Il amuse autant qu\u2019il agace. Il pousse parfois trop loin, parfois pas assez. Mais il reste sinc\u00e8re dans son intention de d\u00e9noncer les d\u00e9rives identitaires qui polluent le d\u00e9bat public. Pour qui aime les com\u00e9dies format\u00e9es du dimanche soir, le film risque de para\u00eetre \u00e9trange et trop abrupt. Pour ceux qui appr\u00e9cient les propositions plus marginales, plus piquantes, c\u2019est un voyage d\u00e9cal\u00e9, parfois r\u00e9p\u00e9titif, mais clairement d\u00e9paysant.<\/p>\n<p class=\"p4\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Note : 6\/10<\/strong>. En bref, G\u00e9rald le conqu\u00e9rant est une satire audacieuse, in\u00e9gale mais vivante. Elle secoue, elle d\u00e9range un peu, elle fait rire beaucoup. Le film manque parfois d\u2019un \u00e9lan narratif plus solide, mais son ton, son humour noir et son regard sans filtre sur la b\u00eatise identitaire en font une proposition int\u00e9ressante. Pas un film parfait, mais un film qui a quelque chose \u00e0 dire, et qui le dit franchement.<\/p>\n<p class=\"p5\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Sorti le 3 d\u00e9cembre 2025 au cin\u00e9ma<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"G\u00e9rald le conqu\u00e9rant \/\/ De Fabrice Ebou\u00e9. 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