{"id":602171,"date":"2025-12-16T03:24:24","date_gmt":"2025-12-16T03:24:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/602171\/"},"modified":"2025-12-16T03:24:24","modified_gmt":"2025-12-16T03:24:24","slug":"un-geant-de-lacier-un-fleuron-de-lengrais-un-titan-de-la-mecanique-lourde-le-controle-des-mastodontes-industriels-de-lukraine-lautre-guerre-de-vladimir-poutine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/602171\/","title":{"rendered":"Un g\u00e9ant de l&rsquo;acier, un fleuron de l&rsquo;engrais, un titan de la m\u00e9canique lourde&#8230; Le contr\u00f4le des mastodontes industriels de l&rsquo;Ukraine, l&rsquo;autre guerre de Vladimir Poutine"},"content":{"rendered":"<p>Faut\u2011il geler la ligne de front, ou c\u00e9der encore du territoire \u00e0 Vladimir Poutine? Cette question est au c\u0153ur des discussions entre les \u00e9missaires diplomatiques r\u00e9unis \u00e0 Berlin. Les vell\u00e9it\u00e9s territoriales du ma\u00eetre du Kremlin restent tr\u00e8s fortes. En avan\u00e7ant dans le Donbass, il a mis la main sur des sites industriels strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Vladimir Poutine veut le Donbass. Au\u2011del\u00e0 de l\u2019aspect strat\u00e9gique \u2013 un territoire qui lui offrirait un couloir vers l\u2019Ouest et consoliderait la position de son arm\u00e9e \u2013, le Donbass est aussi une formidable terre industrielle, v\u00e9ritable forge de l\u2019ancienne URSS, avec des sous\u2011sols tr\u00e8s riches en minerais et un secteur de la chimie tr\u00e8s actif, notamment pour produire les engrais qui alimentent les riches terres agricoles de l\u2019Ukraine. Pour le ma\u00eetre du Kremlin, mettre la main sur le Donbass, c\u2019est aussi affaiblir l\u2019\u00e9conomie ukrainienne et renforcer la sienne.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, il a d\u00e9j\u00e0 fait main basse sur les usines des territoires ukrainiens que les forces russes occupent depuis 2014. Entre politique de terre br\u00fbl\u00e9e et d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019outil industriel pour nourrir son complexe militaro\u2011industriel, la plupart d\u2019entre elles sont d\u00e9soss\u00e9es ou tournent au ralenti.<\/p>\n<p>\u00c0 Pokrovsk, la bataille de Metinvest, le c\u0153ur du charbon et de l\u2019acier<\/p>\n<p>La situation est toujours confuse autour de Pokrovsk, que l\u2019arm\u00e9e russe revendique, mais o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e ukrainienne semble regagner un peu de terrain. \u00c0 Pokrovsk se trouve une mine de charbon \u00e0 coke ultra strat\u00e9gique, exploit\u00e9e par Metinvest, le premier groupe sid\u00e9rurgique du pays.<\/p>\n<p>Avant la guerre, cette mine de Pokrovsk \u00e9tait au c\u0153ur d\u2019une cha\u00eene qui pesait pr\u00e8s de 40% des exportations d\u2019acier de l\u2019Ukraine, et Metinvest \u00e9tait le premier employeur priv\u00e9 du pays. Historiquement, ce gisement est un pur produit de l\u2019URSS: ouvert \u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique, modernis\u00e9 dans les ann\u00e9es 2000, il a longtemps aliment\u00e9 les aci\u00e9ries de Marioupol.<\/p>\n<p>Le charbon \u00e0 coke, ce n\u2019est pas du charbon ordinaire: c\u2019est l\u2019ingr\u00e9dient indispensable pour produire de l\u2019acier dans les hauts\u2011fourneaux. Sans coke, pas d\u2019acier. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hiver dernier, <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2025\/01\/15\/world\/europe\/ukraine-russia-coal-mine.html\" target=\"_blank\" class=\"external_link\" rel=\"noopener\">les mineurs descendaient encore sous terre <\/a>alors que les Russes n\u2019\u00e9taient plus qu\u2019\u00e0 quelques kilom\u00e8tres des t\u00eates de puits, pour que les hauts\u2011fourneaux ukrainiens continuent \u00e0 tourner et que l\u2019Ukraine garde de l\u2019acier, donc des rails, des blind\u00e9s, des ponts \u00e0 reconstruire.<\/p>\n<p>En janvier dernier, \u00e0 cause de la proximit\u00e9 du front et du quasi\u2011encerclement de la ville par les forces russes, <a href=\"https:\/\/www.themoscowtimes.com\/2025\/01\/13\/ukraine-stops-production-at-pokrovsk-coal-mine-as-russian-troops-close-in-a87593\" target=\"_blank\" class=\"external_link\" rel=\"noopener\">Metinvest a d\u00fb arr\u00eater l\u2019activit\u00e9 de cette mine strat\u00e9gique.<\/a><\/p>\n<p>Cette suspension est un coup dur pour l\u2019industrie ukrainienne. Pour Vladimir Poutine, mettre la main sur Pokrovsk, c\u2019est aussi couper l\u2019oxyg\u00e8ne de la sid\u00e9rurgie ukrainienne.<\/p>\n<p>Stirol, l\u2019ancien fleuron chimique ukrainien d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019abandon<\/p>\n<p>Avec Stirol, la Russie a stopp\u00e9 net un fleuron chimique, lui aussi h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique. Fond\u00e9e en 1933 \u00e0 Horlivka, l\u2019usine est le premier industriel ukrainien \u00e0 r\u00e9ussir \u00e0 produire de l\u2019ammoniac \u00e0 partir des gaz de cokerie, \u00e0 l\u2019\u00e9poque une v\u00e9ritable prouesse au c\u0153ur du Donbass.<\/p>\n<p>Avant la guerre, ce site g\u00e9ant employait environ 4.500 personnes et produisait jusqu\u2019\u00e0 1,5 million de tonnes d\u2019ammoniac par an, mati\u00e8re premi\u00e8re indispensable pour les engrais azot\u00e9s, sans lesquels il n\u2019y a pas de rendements agricoles. Avant 2014, Stirol irriguait les grandes plaines agricoles qui ont donn\u00e9 \u00e0 l\u2019Ukraine le surnom de \u00ab\u00a0grenier de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais en 2014, Horlivka tombe sous le contr\u00f4le des s\u00e9paratistes pro\u2011russes et la production du site s\u2019arr\u00eate. Beaucoup de techniciens fuient,<a href=\"https:\/\/ceobs.org\/ukraine-damage-map-stirol-chemical-plant\/\" target=\"_blank\" class=\"external_link\" rel=\"noopener\"> laissant derri\u00e8re eux des bassins de boues, des sols pollu\u00e9s et une usine fant\u00f4me.<\/a> C\u2019est un coup dur pour l\u2019\u00e9conomie ukrainienne: Poutine a ainsi priv\u00e9 Kiev d\u2019un industriel strat\u00e9gique dans un pays o\u00f9 l\u2019agriculture pesait environ 10% du PIB et pr\u00e8s de 40% des exportations avant la guerre.<\/p>\n<p>Yenakiieve: un g\u00e9ant de l\u2019acier qui tourne au ralenti<\/p>\n<p>Au c\u0153ur du Donbass occup\u00e9, un autre aci\u00e9riste important: Yenakiieve. Avant la guerre, ce fleuron industriel de l\u2019Est ukrainien produisait environ 3,3 millions de tonnes d\u2019acier brut par an. Le site faisait vivre pr\u00e8s de 5.000 salari\u00e9s, dans une ville presque enti\u00e8rement structur\u00e9e autour de l\u2019usine. Depuis la prise de contr\u00f4le par les autorit\u00e9s pro\u2011russes en 2014, puis la rupture avec Metinvest, les hauts\u2011fourneaux sont souvent \u00e0 l\u2019arr\u00eat et le site tourne au ralenti, autour de 10 \u00e0 15% de ses capacit\u00e9s selon les estimations.<\/p>\n<p>La politique de \u00ab\u00a0terre br\u00fbl\u00e9e industrielle\u00a0\u00bb de Vladimir Poutine<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 2014, <a href=\"https:\/\/www.kyivpost.com\/post\/46644\" target=\"_blank\" class=\"external_link\" rel=\"noopener\">les s\u00e9paratistes pro\u2011russes commencent \u00e0 piller les usines les plus strat\u00e9giques. <\/a>Ils d\u00e9mant\u00e8lent l\u2019usine de cartouches de Louhansk et l\u2019usine Topaz de Donetsk. Apr\u00e8s 2022, une partie de ces actifs est progressivement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019orbite du g\u00e9ant russe Rostec, mastodonte du complexe militaro\u2011industriel cr\u00e9\u00e9 par Vladimir Poutine en 2007. Au coeur des territoires occup\u00e9s, l\u2019industriel russe cherche \u00e0 remettre en capacit\u00e9 l\u2019usine de wagons ferroviaires de Stakhanov, autrefois pilier de la construction lourde ukrainienne.<\/p>\n<p>Si certains sites industriels se retrouvent \u00e0 l\u2019abandon, Vladimir Poutine a aussi commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux richesses du sous\u2011sol dans les territoires occup\u00e9s. Un appel d\u2019offres lanc\u00e9 par les autorit\u00e9s d\u2019occupation a ainsi \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 pour exploiter un gisement d\u2019or pr\u00e8s du village de Bobrykove, dans la r\u00e9gion de Louhansk. En parall\u00e8le, Moscou investit dans des capacit\u00e9s de traitement des minerais strat\u00e9giques, notamment \u00e0 Solikamsk, dans l\u2019Oural, pour renforcer son autonomie en m\u00e9taux critiques \u2013 y compris ceux qu\u2019elle esp\u00e8re extraire dans les zones qu\u2019elle contr\u00f4le.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 ukrainien, des usines \u00e0 prot\u00e9ger<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 ukrainien, on se bat \u00e0 la fois sur le terrain et dans les coulisses des tractations diplomatiques pour conserver un maximum de territoires et prot\u00e9ger d\u2019autres industriels cl\u00e9s. Parmi eux, \u00e0 seulement 70 km de Pokrovsk, <a href=\"https:\/\/www.bfmtv.com\/economie\/le-cauchemar-de-kiev-serait-que-les-russes-la-prennent-a-seulement-70-km-du-front-l-usine-nkmz-est-la-plus-grande-d-ingenierie-lourde-d-europe-et-elle-nourrit-l-armee-en-obus-et-blindes_AN-202511170761.html\" title=\"Le cauchemar de Kiev serait que les Russes la prennent: \u00e0 seulement 70 km du front, l&#039;usine NKMZ est la plus grande d\u2019ing\u00e9nierie lourde d\u2019Europe (et elle nourrit l&#039;arm\u00e9e en obus et blind\u00e9s)\" class=\"internal_link\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la ville\u2011usine NKMZ, \u00e0 Kramatorsk<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019une des plus grandes usines d\u2019ing\u00e9nierie lourde d\u2019Europe. Elle est dot\u00e9e d\u2019environ 500 machines\u2011outils et peut r\u00e9pondre \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 tous les besoins de l\u2019industrie lourde: pi\u00e8ces g\u00e9antes sur mesure pour sous\u2011marins ou centrales nucl\u00e9aires, laminoirs, \u00e9quipements miniers. Ce site est un v\u00e9ritable t\u00e9moin de l\u2019\u00e8re sovi\u00e9tique. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e, en 1976, la plus grande presse d\u2019Europe, 65.000 tonnes, command\u00e9e par Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing pour Issoire, dans le Puy\u2011de\u2011D\u00f4me.<\/p>\n<p>NKMZ est aujourd\u2019hui devenue la base arri\u00e8re de l\u2019arsenal militaire ukrainien. Le site industriel consacre une grande partie de ses ateliers \u00e0 la maintenance et \u00e0 la modernisation du mat\u00e9riel de combat ukrainien. Sa capture par Moscou priverait Kiev d\u2019un atout industriel strat\u00e9gique \u2013 et d\u2019un symbole de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Cherkazy Azot: le chimiste au coeur des r\u00e9coltes ukrainiennes<\/p>\n<p>\u00c0 200 km au sud de Kiev, un autre fleuron ukrainien \u00e0 prot\u00e9ger: le chimiste Cherkasy Azot, g\u00e9ant de l\u2019engrais ukrainien appartenant au groupe OSTCHEM.<\/p>\n<p>Capable de produire pr\u00e8s d\u2019un million de tonnes d\u2019ammoniac par an et plus de 500.000 tonnes d\u2019engrais sur le seul premier semestre 2025, l\u2019usine reste le premier producteur d\u2019engrais azot\u00e9s du pays malgr\u00e9 les frappes de drones et les coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. En temps normal, ce site de 4.500 salari\u00e9s nourrit les champs de bl\u00e9 et de ma\u00efs qui font vivre le pays; depuis 2022, il tourne par \u00e0\u2011coups, tomb\u00e9 \u00e0 30\u201335% de sa capacit\u00e9. Le groupe a d\u00fb r\u00e9cemment r\u00e9\u00e9quilibrer ses cadences de production sur les sites rest\u00e9s en territoire non occup\u00e9, afin de compenser la perte de sites tomb\u00e9s aux mains des Russes, comme Stirol ou Severodonetsk.<\/p>\n<p>Autant d\u2019exemples qui illustrent la sensibilit\u00e9 d\u2019un accord sur un trac\u00e9 territorial. Dans un pays avec des sous sols si riches et des bases industrielles qui produisent de l\u2019acier et des engrais, garder la main sur ces outils industriels permet de continuer \u00e0 faire la guerre aujourd\u2019hui, et reconstruire son \u00e9conomie demain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Faut\u2011il geler la ligne de front, ou c\u00e9der encore du territoire \u00e0 Vladimir Poutine? 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