{"id":611181,"date":"2025-12-20T06:45:13","date_gmt":"2025-12-20T06:45:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/611181\/"},"modified":"2025-12-20T06:45:13","modified_gmt":"2025-12-20T06:45:13","slug":"decryptage-accord-ue-mercosur-pourquoi-leconomie-francaise-pourrait-y-gagner-malgre-la-colere-des-agriculteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/611181\/","title":{"rendered":"DECRYPTAGE. Accord UE-Mercosur\u00a0: pourquoi l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise pourrait y gagner\u2026 malgr\u00e9 la col\u00e8re des agriculteurs"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                    l&rsquo;essentiel<br \/>\n                                                                Massivement contest\u00e9 par les agriculteurs fran\u00e7ais, l\u2019accord commercial entre l\u2019Union europ\u00e9enne et le Mercosur est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un march\u00e9 de dupes. Les \u00e9valuations \u00e9conomiques montrent pourtant un bilan global l\u00e9g\u00e8rement positif pour l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise. Mais ces gains sont tr\u00e8s in\u00e9galement r\u00e9partis, opposant fili\u00e8res agricoles fragilis\u00e9es et secteurs industriels, de services et de luxe largement gagnants.\n                            <\/p>\n<p>L\u2019accord entre l\u2019Union europ\u00e9enne et les pays du Mercosur (Argentine, Br\u00e9sil, Paraguay et Uruguay) cristallise en France une opposition rare par son intensit\u00e9. Blocages, manifestations et prises de position politiques quasi unanimement contre le texte sur la table depuis vingt ans traduisent une inqui\u00e9tude profonde du monde agricole. Cette hostilit\u00e9 ne rel\u00e8ve pas d\u2019un rejet abstrait du libre-\u00e9change mais s\u2019explique parce que l\u2019accord, dont les b\u00e9n\u00e9fices agr\u00e9g\u00e9s sont modestes, impacte n\u00e9gativement certaines fili\u00e8res d\u00e9j\u00e0 sous pression. Les \u00e9valuations \u00e9conomiques montrent pourtant que l\u2019accord pourrait avoir un bilan global l\u00e9g\u00e8rement positif pour l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>L\u00e9g\u00e8rement positif car les propres \u00e9valuations de la Commission europ\u00e9enne convergent vers un gain macro\u00e9conomique plut\u00f4t limit\u00e9\u00a0: de l\u2019ordre de +\u00a00,1\u00a0% de PIB \u00e0 long terme pour l\u2019Union europ\u00e9enne, soit une dizaine de milliards d\u2019euros par an. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle fran\u00e7aise, l\u2019effet est donc bien positif mais marginal, loin des transformations structurelles souvent invoqu\u00e9es. En revanche, l\u2019impact sectoriel est, lui, nettement marqu\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019inqui\u00e9tude l\u00e9gitime du monde agricole<\/p>\n<p>Ainsi, dans l\u2019agriculture, les lignes de fracture sont claires pour la France qui importe huit fois plus qu\u2019elle n\u2019exporte vers le Mercosur\u00a0: 1\u00a0562\u00a0millions d\u2019euros import\u00e9s, 189\u00a0millions d\u2019euros export\u00e9s en 2024, selon Eurostat. Certaines fili\u00e8res apparaissent gagnantes si l\u2019accord entre en vigueur. Les vins et spiritueux b\u00e9n\u00e9ficieraient de la suppression de droits de douane actuellement compris entre 20\u00a0% et 27\u00a0%, ouvrant des d\u00e9bouch\u00e9s jug\u00e9s strat\u00e9giques par les exportateurs fran\u00e7ais dans un contexte de recul des ventes. Les produits agroalimentaires transform\u00e9s et haut de gamme, notamment ceux prot\u00e9g\u00e9s par des indications g\u00e9ographiques, profiteraient \u00e0 la fois de la baisse des barri\u00e8res tarifaires et de la reconnaissance juridique de leurs appellations sur les march\u00e9s sud-am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, l\u2019\u00e9levage concentre l\u2019essentiel des pertes potentielles. Les quotas d\u2019importation accord\u00e9s au b\u0153uf, \u00e0 la volaille et au porc du Mercosur, bien que limit\u00e9s en volume \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, ciblent des segments de march\u00e9 sensibles, o\u00f9 les \u00e9carts de co\u00fbts de production sont importants. Pour l\u2019\u00e9levage bovin allaitant, d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9 \u00e9conomiquement, cette concurrence accrue est per\u00e7ue comme une menace directe pour la p\u00e9rennit\u00e9 des exploitations et des territoires ruraux qui en d\u00e9pendent. La question des prot\u00e9ines v\u00e9g\u00e9tales, notamment du soja sud-am\u00e9ricain, renforce \u00e9galement les inqui\u00e9tudes sur la d\u00e9pendance ext\u00e9rieure et l\u2019autonomie alimentaire (en 2024, 890,1\u00a0millions d\u2019euros de nourriture pour animaux ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9s).<\/p>\n<p>L\u2019industrie, l\u2019a\u00e9ronautique\u00a0et le luxe seraient gagnants<\/p>\n<p>Hors agriculture, le tableau est, en revanche, sensiblement diff\u00e9rent. L\u2019industrie manufacturi\u00e8re figure parmi les principales b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019automobile, les \u00e9quipements industriels, les machines-outils ou encore l\u2019a\u00e9ronautique profiteraient de la lev\u00e9e de droits de douane pouvant atteindre 35\u00a0% et d\u2019un meilleur acc\u00e8s aux march\u00e9s publics du Mercosur. Pour ces secteurs, l\u2019accord ouvre un march\u00e9 de pr\u00e8s de 300\u00a0millions de consommateurs, dans une r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019Union europ\u00e9enne avait progressivement perdu du terrain face \u00e0 la Chine.<\/p>\n<p>Les services et le luxe apparaissent \u00e9galement gagnants. Les exportations fran\u00e7aises de services vers le Mercosur, d\u00e9j\u00e0 significatives, seraient facilit\u00e9es par l\u2019ouverture accrue des march\u00e9s financiers, num\u00e9riques et de transport. Les groupes du luxe, de la cosm\u00e9tique et de la mode b\u00e9n\u00e9ficieraient \u00e0 la fois de la baisse des droits de douane et d\u2019une protection renforc\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette asym\u00e9trie entre les secteurs \u00e9conomiques qui nourrit le rejet fran\u00e7ais. Les gains, diffus et concentr\u00e9s dans des secteurs exportateurs souvent urbains, s\u2019opposent \u00e0 des pertes tr\u00e8s localis\u00e9es dans l\u2019agriculture, avec des cons\u00e9quences sociales, territoriales et environnementales imm\u00e9diates et potentiellement majeures. Si l\u2019on raisonne en PIB, l\u2019accord est bien l\u00e9g\u00e8rement positif, mais si l\u2019on raisonne en coh\u00e9sion territoriale et en mod\u00e8le agricole, il appara\u00eet, en l\u2019\u00e9tat et en attendant de potentiels ajustements d\u2019ici le mois prochain, profond\u00e9ment d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"l&rsquo;essentiel Massivement contest\u00e9 par les agriculteurs fran\u00e7ais, l\u2019accord commercial entre l\u2019Union europ\u00e9enne et le Mercosur est souvent pr\u00e9sent\u00e9&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":611182,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1586],"tags":[11,33,1777,674,1779,1011,27,12,25,1778,364],"class_list":{"0":"post-611181","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-actualites","9":"tag-economie","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-european-union","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-news","16":"tag-republique-francaise","17":"tag-ue","18":"tag-union-europeenne"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115750549963995494","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611181","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=611181"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611181\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/611182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=611181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=611181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=611181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}