{"id":614483,"date":"2025-12-21T20:36:22","date_gmt":"2025-12-21T20:36:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/614483\/"},"modified":"2025-12-21T20:36:22","modified_gmt":"2025-12-21T20:36:22","slug":"paris-est-passee-de-capitale-de-la-vie-courte-a-championne-de-la-longevite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/614483\/","title":{"rendered":"Paris est pass\u00e9e de capitale de la vie courte \u00e0 championne de la long\u00e9vit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Une plong\u00e9e dans les archives de la capitale permet de retracer les causes de la transformation de Paris, devenue en cent ans l\u2019une des villes o\u00f9 l\u2019on vit le plus longtemps au monde. Florian Bonnet, Catalina Torres et France Mesl\u00e9, d\u00e9mographes \u00e0 l\u2019Institut national d\u2019\u00e9tudes d\u00e9mographiques, analysent ce changement.<\/p>\n<p>Combien de temps peut-on esp\u00e9rer vivre\u00a0? Derri\u00e8re cette question d\u2019apparence simple se cache un des indicateurs les plus br\u00fblants pour appr\u00e9hender le d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique d\u2019un pays. Car l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance ne mesure pas seulement la dur\u00e9e moyenne de la vie\u00a0; elle r\u00e9sume \u00e0 elle seule l\u2019\u00e9tat sanitaire, les conditions de vie ainsi que les in\u00e9galit\u00e9s sociales au sein d\u2019une population.<\/p>\n<\/p>\n<p>En\u00a02024, la France figurait parmi les pays les plus long\u00e9vifs au monde (autrement dit, l\u2019un des pays o\u00f9 l\u2019on vit le plus longtemps). <a href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/8327319\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">L\u2019esp\u00e9rance de vie y \u00e9tait de 80 ans pour les hommes et de 85 ans et 7 mois pour les femmes,<\/a> selon l\u2019Insee. Derri\u00e8re ces moyennes nationales se cachent toutefois des disparit\u00e9s territoriales notables.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, par exemple, l\u2019esp\u00e9rance de vie atteignait 82 ans pour les hommes et 86 ans et 8 mois pour les femmes \u2013 soit un avantage de 1 \u00e0 2 ans par rapport \u00e0 la moyenne nationale selon le sexe. Mais cela n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Retour sur cent cinquante ans d\u2019\u00e9volutions.<\/p>\n<p>Une esp\u00e9rance de vie longtemps inf\u00e9rieure \u00e0 la moyenne fran\u00e7aise<\/p>\n<p>Paris n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 un havre de long\u00e9vit\u00e9. Il y a cent cinquante ans, la vie moyenne des habitants de la capitale \u00e9tait nettement plus courte. Un petit Parisien ayant souffl\u00e9 sa premi\u00e8re bougie en\u00a01872 pouvait esp\u00e9rer vivre encore 43 ans et 6 mois. Une petite Parisienne, 44 ans et dix mois.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le la figure ci-dessous, qui retrace l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 un an entre\u00a01872 et\u00a02019 pour la France enti\u00e8re (en noir) et pour la capitale (en rouge). Cet indicateur, qui exclut la mortalit\u00e9 infantile (tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e et mal mesur\u00e9e \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019\u00e9poque), permet de mieux suivre les changements structurels de la long\u00e9vit\u00e9 en France sur le long terme.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Esp\u00e9rance de vie \u00e0 1 an en France et \u00e0 Paris, 1872-2019. Les lignes verticales rouges mat\u00e9rialisent la p\u00e9riode durant laquelle s\u2019est produite la convergence avec l\u2019esp\u00e9rance de vie dans les autres r\u00e9gions du pays. \" class=\"c-img\" loading=\"lazy\" fetchpriority=\"auto\" width=\"718\"  src=\"https:\/\/img.20mn.fr\/jVq-8JrHTNGD5WFjjpQpkyk\/718x0\" \/>Esp\u00e9rance de vie \u00e0 1 an en France et \u00e0 Paris, 1872-2019. Les lignes verticales rouges mat\u00e9rialisent la p\u00e9riode durant laquelle s\u2019est produite la convergence avec l\u2019esp\u00e9rance de vie dans les autres r\u00e9gions du pays. \u2002-\u00a0DR<\/p>\n<p>On constate que, dans la capitale, l\u2019esp\u00e9rance de vie est longtemps rest\u00e9e inf\u00e9rieure \u00e0 celle du reste du pays. Ce n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01990 (pour les femmes) et des ann\u00e9es\u00a02000 (pour les hommes) qu\u2019elle a d\u00e9pass\u00e9 celle de l\u2019ensemble des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle, l\u2019\u00e9cart en d\u00e9faveur des habitants de la capitale atteignait dix ans pour les hommes et huit ans pour les femmes. Cette situation, commune de par le monde, est connue dans la litt\u00e9rature sous le nom de p\u00e9nalit\u00e9 urbaine. On l\u2019explique entre autres par une densit\u00e9 de population \u00e9lev\u00e9e favorisant la propagation des maladies infectieuses et un acc\u00e8s difficile \u00e0 une eau potable de qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9tude r\u00e9cemment publi\u00e9e dans la revue Population and Development Review, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 mieux comprendre comment Paris est pass\u00e9 de la capitale de la vie br\u00e8ve \u00e0 l\u2019un des territoires dans le monde o\u00f9 les habitants peuvent esp\u00e9rer vivre le plus longtemps.<\/p>\n<p>Une base de donn\u00e9es in\u00e9dite pour remonter le fil de la long\u00e9vit\u00e9 parisienne<\/p>\n<p>Pour cela, nous avons collect\u00e9 un ensemble in\u00e9dit de donn\u00e9es sur les causes de d\u00e9c\u00e8s entre\u00a01890 et\u00a01949 \u00e0 Paris, seule ville de France pour laquelle ces donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 produites \u00e0 cette \u00e9poque, gr\u00e2ce aux travaux fondateurs des statisticiens <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis-Adolphe_Bertillon\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">Louis-Adolphe<\/a> et (son fils) <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Bertillon\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">Jacques<\/a> Bertillon.<\/p>\n<p>Cette t\u00e2che est pendant tr\u00e8s longtemps rest\u00e9e impossible, car, m\u00eame si les donn\u00e9es requises existaient, elles restaient dispers\u00e9es dans les archives de la Ville et leurs co\u00fbts de num\u00e9risation \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s. De plus, les statistiques de mortalit\u00e9 par cause \u00e9taient difficiles \u00e0 exploiter, en raison de changements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de classification m\u00e9dicale. Nous avons pu r\u00e9cemment lever ces \u00e9cueils gr\u00e2ce \u00e0 des innovations de collecte et de m\u00e9thode statistique.<\/p>\n<p>En pratique, nous sommes all\u00e9s photographier de nombreux livres renseignant le nombre de d\u00e9c\u00e8s par \u00e2ge, sexe et cause pour l\u2019ensemble de la ville de Paris sur pr\u00e8s de 60 ans. Puis nous avons extrait cette information (bien souvent \u00e0 la main) afin qu\u2019elle soit utilisable par nos logiciels statistiques. Pour approfondir nos analyses, nous avons \u00e9galement collect\u00e9 ces donn\u00e9es par quartier \u2013 les 80 actuels \u2013 pour certaines maladies infectieuses, afin de mieux saisir la transformation des in\u00e9galit\u00e9s sociales et spatiales face \u00e0 la mort durant cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>Cette collecte minutieuse de dizaines de milliers de donn\u00e9es a permis de constituer une nouvelle base d\u00e9sormais librement accessible \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique. Elle offre la possibilit\u00e9 d\u2019analyser de mani\u00e8re in\u00e9dite les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019origine de l\u2019am\u00e9lioration spectaculaire de la long\u00e9vit\u00e9 \u00e0 Paris durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u1d49 si\u00e8cle, une p\u00e9riode o\u00f9 la population de la capitale a fortement augment\u00e9 pour atteindre pr\u00e8s de trois millions d\u2019habitants, notamment en raison de l\u2019arriv\u00e9e massive de jeunes migrants venus des campagnes fran\u00e7aises lors de l\u2019exode rural.<\/p>\n<p>Un gain important d\u00fb au recul des maladies infectieuses<\/p>\n<p>Entre\u00a01890 et\u00a01950, l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 1 an a bondi de pr\u00e8s de vingt-cinq ans \u00e0 Paris. \u00c0 quoi un tel progr\u00e8s est-il d\u00fb\u00a0? Si l\u2019on d\u00e9compose cette formidable hausse par grandes causes de d\u00e9c\u00e8s, pour les hommes comme pour les femmes, on constate que les maladies infectieuses dominaient largement la mortalit\u00e9 parisienne \u00e0 la Belle \u00c9poque. C\u2019\u00e9tait en particulier le cas de la tuberculose, la dipht\u00e9rie, la rougeole, la bronchite et la pneumonie. Nous avons \u00e9galement isol\u00e9 les cancers, les maladies cardio-vasculaires et, pour les femmes, les causes li\u00e9es \u00e0 la grossesse.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est sans appel\u00a0: la disparition progressive des maladies infectieuses explique \u00e0 elle seule pr\u00e8s de 80\u00a0% des gains de long\u00e9vit\u00e9 observ\u00e9s dans la capitale. Sur les 25 ann\u00e9es d\u2019esp\u00e9rance de vie gagn\u00e9es, 20 sont dues au recul de ces infections.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Contribution de chaque cause de d\u00e9c\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 1 an \u00e0 Paris entre 1891 et l\u2019ann\u00e9e indiqu\u00e9e, selon le sexe. Les contributions positives (au-dessus de 0) correspondent \u00e0 des gains d\u2019esp\u00e9rance de vie par rapport \u00e0 1891 ; les contributions n\u00e9gatives (en dessous de 0) indiquent des pertes ; les contributions sup\u00e9rieures \u00e0 1,5 an sont indiqu\u00e9es explicitement). \" class=\"c-img\" loading=\"lazy\" fetchpriority=\"auto\" width=\"718\"  src=\"https:\/\/img.20mn.fr\/A1ZZBL9kRsG6zh8ZhRS3jyk\/718x0\" \/>Contribution de chaque cause de d\u00e9c\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 1 an \u00e0 Paris entre 1891 et l\u2019ann\u00e9e indiqu\u00e9e, selon le sexe. Les contributions positives (au-dessus de 0) correspondent \u00e0 des gains d\u2019esp\u00e9rance de vie par rapport \u00e0 1891 ; les contributions n\u00e9gatives (en dessous de 0) indiquent des pertes ; les contributions sup\u00e9rieures \u00e0 1,5 an sont indiqu\u00e9es explicitement). \u2002-\u00a0Fourni par l&rsquo;auteur<\/p>\n<p>La lutte contre la tuberculose, <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/tuberculose-en-france-la-bataille-nest-pas-gagnee-206431\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">maladie infectieuse provoqu\u00e9e par la bact\u00e9rie Mycobacterium tuberculosis<\/a>, a \u00e9t\u00e9 le principal moteur de ce progr\u00e8s. Longtemps premi\u00e8re cause de d\u00e9c\u00e8s \u00e0 Paris, le d\u00e9clin rapide de cette maladie apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale repr\u00e9sente pr\u00e8s de huit ans d\u2019esp\u00e9rance de vie gagn\u00e9s pour les hommes et six ans pour les femmes. Les infections respiratoires (bronchites et pneumonies), tr\u00e8s r\u00e9pandues \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ont quant \u00e0 elles permis un gain suppl\u00e9mentaire de cinq ans. Des avanc\u00e9es sur plusieurs fronts (transformations \u00e9conomiques et sociales, progr\u00e8s en sant\u00e9 publique, efforts collectifs de lutte contre la tuberculose et am\u00e9liorations nutritionnelles) ont pu contribuer \u00e0 la baisse de la mortalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 ces maladies.<\/p>\n<p>La dipht\u00e9rie, particuli\u00e8rement meurtri\u00e8re chez les enfants au XIX\u1d49 si\u00e8cle, a \u00e9galement recul\u00e9 spectaculairement durant les ann\u00e9es\u00a01890, ce qui a permis un gain d\u2019esp\u00e9rance de vie d\u2019environ deux ans et six mois. La baisse de la mortalit\u00e9 due \u00e0 cette cause aurait \u00e9t\u00e9 impuls\u00e9e par l\u2019introduction r\u00e9ussie du s\u00e9rum antidipht\u00e9rique \u2013 l\u2019un des premiers traitements efficaces contre les maladies infectieuses.<\/p>\n<p>En revanche, les maladies cardio-vasculaires et les cancers n\u2019ont jou\u00e9 qu\u2019un r\u00f4le mineur avant\u00a01950. Leurs effets apparaissent plus tardivement, et s\u2019opposent m\u00eame parfois \u00e0 la progression g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: les cancers, notamment chez les hommes, ont l\u00e9g\u00e8rement frein\u00e9 la hausse de l\u2019esp\u00e9rance de vie. Quant aux causes li\u00e9es \u00e0 la grossesse, leur impact est rest\u00e9 limit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette formidable hausse de l\u2019esp\u00e9rance de vie s\u2019est poursuivie au-del\u00e0 de notre p\u00e9riode d\u2019\u00e9tude, mais \u00e0 un rythme moins soutenu. L\u2019augmentation a \u00e9t\u00e9 d\u2019un peu moins de vingt ans entre\u00a01950 et\u00a02019.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle, de f\u00e9roces in\u00e9galit\u00e9s sociales face \u00e0 la mort<\/p>\n<p>Nous l\u2019avons vu, la lutte contre la tuberculose a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des principaux moteurs des progr\u00e8s spectaculaires de l\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 Paris entre\u00a01890 et\u00a01950. Gr\u00e2ce aux s\u00e9ries des statistiques de d\u00e9c\u00e8s par cause que nous avons reconstitu\u00e9es pour les 80 quartiers de la capitale, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 mieux comprendre les ressorts de cette maladie en dressant une v\u00e9ritable g\u00e9ographie sociale.<\/p>\n<p>Pour chaque quartier, nous avons calcul\u00e9 un taux de mortalit\u00e9 \u00ab\u00a0brut\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le rapport entre le nombre de d\u00e9c\u00e8s dus \u00e0 la tuberculose et la population totale du quartier, pour 100.000 habitants. Nous avons ainsi pu produire une carte afin de visualiser cette mortalit\u00e9 sp\u00e9cifique, aux alentours de l\u2019ann\u00e9e\u00a01900.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"Taux bruts de mortalit\u00e9 par tuberculose (pour 100 000 habitants) dans les 80 quartiers parisiens en 1900. Les couleurs fonc\u00e9es indiquent une mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, les plus claires une mortalit\u00e9 faible. &#10;\" class=\"c-img\" loading=\"lazy\" fetchpriority=\"auto\" width=\"718\"  src=\"https:\/\/img.20mn.fr\/VDS5BjoFQvezOY_gJtw10yk\/718x0\" \/>Taux bruts de mortalit\u00e9 par tuberculose (pour 100 000 habitants) dans les 80 quartiers parisiens en 1900. Les couleurs fonc\u00e9es indiquent une mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, les plus claires une mortalit\u00e9 faible.<br \/>\n\u2002-\u00a0Fourni par l&rsquo;auteur<\/p>\n<p>On constate que les \u00e9carts de mortalit\u00e9 \u00e9taient consid\u00e9rables au sein de la capitale en\u00a01900. Les valeurs les plus \u00e9lev\u00e9es, souvent sup\u00e9rieures \u00e0 400 d\u00e9c\u00e8s pour 100.000 habitants, se concentraient dans l\u2019est et le sud de Paris. Les trois quartiers o\u00f9 les valeurs \u00e9taient les plus \u00e9lev\u00e9es sont Saint-Merri (pr\u00e8s de 900), Plaisance (850) et Belleville (un peu moins de 800). \u00c0 l\u2019inverse, les quartiers de l\u2019Ouest parisien affichaient des taux bien plus faibles, et des valeurs minimales proches de 100 dans les quartiers des Champs-\u00c9lys\u00e9es, de l\u2019Europe et de la Chauss\u00e9e-d\u2019Antin.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rences spatiales refl\u00e8tent directement les in\u00e9galit\u00e9s sociales de l\u2019\u00e9poque. En nous fondant sur les statistiques de loyers du d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle, nous avons estim\u00e9 quels \u00e9taient les dix quartiers les plus riches (mat\u00e9rialis\u00e9s sur la figure par des triangles noirs) ainsi que les dix plus pauvres (cercles noirs). On constate que la nette fracture sociale entre le Paris ais\u00e9 du centre-ouest et le Paris populaire des marges orientales se superpose clairement \u00e0 la carte de la mortalit\u00e9 par tuberculose.<\/p>\n<p>Une situation qui s\u2019\u00e9quilibre seulement apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale<\/p>\n<p>Si l\u2019on se penche sur l\u2019\u00e9volution de ces \u00e9carts entre la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle et 1950, on constate que les quartiers les plus pauvres affichaient \u00e0 la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle des taux de mortalit\u00e9 par tuberculose sup\u00e9rieurs \u00e0 600, trois fois et demie sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des quartiers les plus riches.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cart s\u2019est encore creus\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, sous l\u2019effet d\u2019une baisse de la mortalit\u00e9 plus forte dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres. Ainsi en\u00a01910, les taux de mortalit\u00e9 par tuberculose \u00e9taient encore quatre fois et demie plus \u00e9lev\u00e9s dans les quartiers populaires que dans les quartiers riches.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\u00c9volution des taux bruts de mortalit\u00e9 par tuberculose (pour 100 000 habitants) pour les 10 quartiers les plus riches et les 10 quartiers les plus pauvres de Paris, 1893-1948. \" class=\"c-img\" loading=\"lazy\" fetchpriority=\"auto\" width=\"718\"  src=\"https:\/\/img.20mn.fr\/rkuBDokjQM69FrY9Y76caSk\/718x0\" \/>\u00c9volution des taux bruts de mortalit\u00e9 par tuberculose (pour 100 000 habitants) pour les 10 quartiers les plus riches et les 10 quartiers les plus pauvres de Paris, 1893-1948. \u2002-\u00a0Fourni par l&rsquo;auteur<\/p>\n<p>Durant l\u2019entre-deux-guerres, les \u00e9carts se sont resserr\u00e9s. L\u2019\u00e9radication progressive des maladies infectieuses a permis les progr\u00e8s consid\u00e9rables d\u2019esp\u00e9rance de vie observ\u00e9s de la Belle \u00c9poque \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. La mortalit\u00e9 a chut\u00e9 tr\u00e8s rapidement dans les quartiers les plus d\u00e9favoris\u00e9s. \u00c0 la fin des ann\u00e9es\u00a01930, elle n\u2019y \u00e9tait plus que deux fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle des quartiers riches.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, les taux sont enfin pass\u00e9s sous les 100 d\u00e9c\u00e8s pour 100.000 habitants dans les quartiers pauvres. Un seuil que le quartier des Champs-\u00c9lys\u00e9es avait d\u00e9j\u00e0 atteint cinquante ans plus t\u00f4t\u2026<\/p>\n<p>Quelles le\u00e7ons pour l\u2019histoire\u00a0?<\/p>\n<p>Le rythme de cette transformation \u2013 dont la lutte contre la tuberculose a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moteurs \u2013 fut exceptionnel. Ce sont pr\u00e8s de six mois d\u2019esp\u00e9rance de vie qui ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9s chaque ann\u00e9e sur la p\u00e9riode allant des d\u00e9buts de la Belle \u00c9poque \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les d\u00e9terminants de cette forte baisse de la mortalit\u00e9 sont encore d\u00e9battus, toutefois on peut les regrouper en trois cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re concerne les investissements dans les infrastructures sanitaires. La connexion progressive des logements aux r\u00e9seaux d\u2019assainissement aurait contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction de la mortalit\u00e9 caus\u00e9e par les maladies infectieuses transmises par l\u2019eau.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.20minutes.fr\/dossier\/demographie\" class=\"c-link c-btn c-btn--primary\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Notre dossier d\u00e9mographie<\/a><\/p>\n<p>Par ailleurs, la mise en place au tournant du XX\u1d49 si\u00e8cle du \u00ab\u00a0casier sanitaire\u00a0\u00bb aurait contribu\u00e9 \u00e0 la baisse de la mortalit\u00e9 des maladies infectieuses transmises par l\u2019air \u2013 notamment la tuberculose \u2013, en permettant l\u2019enregistrement des informations li\u00e9es \u00e0 la salubrit\u00e9 des logements\u00a0: pr\u00e9sence d\u2019\u00e9gouts, d\u2019alimentation en eau, recensement du nombre de pi\u00e8ces sur courette, du nombre de cabinets d\u2019aisances communs ou privatifs, du nombre d\u2019habitants et de logements par \u00e9tage, liste des interventions effectu\u00e9es sur la maison (d\u00e9sinfections, rapport de la commission des logements insalubres, maladies contagieuses enregistr\u00e9es), compte-rendu d\u2019enqu\u00eate sanitaire (relevant la nature du sol, le syst\u00e8me de vidange, l\u2019\u00e9tat des chutes, les ventilations),\u00a0etc.<\/p>\n<p>La seconde cat\u00e9gorie de d\u00e9terminants qui ont pu faire augmenter l\u2019esp\u00e9rance de vie tient aux innovations m\u00e9dicales\u00a0: le <a href=\"https:\/\/pasteur-lille.fr\/2025\/03\/24\/vaccin-bcg-tuberculose-institut-pasteur-lille\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">vaccin BCG contre la tuberculose<\/a> (mis au point en\u00a01921) ou le <a href=\"https:\/\/www.pasteur.fr\/fr\/journal-recherche\/actualites\/diphterie-il-y-100-ans-premier-vaccin-base-anatoxines-bacteriennes\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" class=\"c-link c-link--is-underlined\">vaccin antidipht\u00e9rique<\/a> (mis au point en\u00a01923) ont, entre autres, modifi\u00e9 le paysage sanitaire.<\/p>\n<p>Enfin, la troisi\u00e8me et derni\u00e8re cat\u00e9gorie rel\u00e8ve des transformations \u00e9conomiques et sociales. La premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u1d49 si\u00e8cle a connu une croissance \u00e9conomique soutenue, une am\u00e9lioration des conditions de vie et une diminution marqu\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s de revenus.<\/p>\n<p>L\u2019am\u00e9lioration du r\u00e9seau de transport a par ailleurs facilit\u00e9 l\u2019approvisionnement alimentaire depuis les campagnes, contribuant \u00e0 une meilleure nutrition. Notre \u00e9tude semble montrer, enfin, que les antibiotiques, d\u00e9couverts plus tardivement, n\u2019ont jou\u00e9 qu\u2019un r\u00f4le marginal avant\u00a01950.<\/p>\n<p>Comprendre les dynamiques sanitaires contemporaines<\/p>\n<p>Nos recherches sur le sujet ne sont pas termin\u00e9es. Nous continuons \u00e0 accumuler de nouvelles donn\u00e9es pour analyser l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e9rance de vie et de la mortalit\u00e9 par cause dans chacun des 20 arrondissements et des 80 quartiers de la capitale afin d\u2019analyser plus en d\u00e9tail cette p\u00e9riode de cent cinquante ans. Nous pourrons ainsi progressivement lever le voile sur l\u2019ensemble des raisons qui font de Paris cette championne de la long\u00e9vit\u00e9 que l\u2019on conna\u00eet aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Ces recherches, bien que centr\u00e9es sur des ph\u00e9nom\u00e8nes historiques, conservent une importance majeure pour l\u2019analyse des dynamiques sanitaires contemporaines. Elles documentent la mani\u00e8re dont les maladies chroniques ont progressivement commenc\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e9rance de vie, r\u00f4le qui structure aujourd\u2019hui les transformations de la long\u00e9vit\u00e9.<\/p>\n<p>Elles d\u00e9montrent \u00e9galement que les disparit\u00e9s de mortalit\u00e9 selon les conditions socio-\u00e9conomiques, d\u00e9sormais bien \u00e9tablies dans la litt\u00e9rature actuelle, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans le Paris de la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Surtout, nos analyses examinent un cas concret montrant que, malgr\u00e9 l\u2019ampleur initiale des in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques de mortalit\u00e9, celles-ci se sont fortement r\u00e9duites lorsque les groupes les plus d\u00e9favoris\u00e9s ont pu b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un acc\u00e8s \u00e9largi aux am\u00e9liorations sanitaires, sociales et environnementales.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/1766349381_171_count.gif\" alt=\"The Conversation\" width=\"1\" height=\"1\" style=\"border:none !important;box-shadow:none !important;margin:0 !important;max-height:1px !important;max-width:1px !important;min-height:1px !important;min-width:1px !important;opacity:0 !important;outline:none !important;padding:0 !important\" referrerpolicy=\"no-referrer-when-downgrade\"\/> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une plong\u00e9e dans les archives de la capitale permet de retracer les causes de la transformation de Paris,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":614484,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,6969,1777,674,1011,27,662,12,626,940,25,71],"class_list":{"0":"post-614483","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-demographie","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-ile-de-france","15":"tag-news","16":"tag-paris","17":"tag-population","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-sante"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115759481281222408","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/614483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=614483"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/614483\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/614484"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=614483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=614483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=614483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}