{"id":626759,"date":"2025-12-28T08:58:16","date_gmt":"2025-12-28T08:58:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/626759\/"},"modified":"2025-12-28T08:58:16","modified_gmt":"2025-12-28T08:58:16","slug":"rossini-il-barbiere-di-siviglia-marseille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/626759\/","title":{"rendered":"ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia &#8211; Marseille"},"content":{"rendered":"<p>Comme Antoine Brunetto l\u2019a fait lors de la cr\u00e9ation de cette production \u00e0 Mulhouse en octobre 2018, et pour les m\u00eames raisons, nous sommes bien tent\u00e9 de maugr\u00e9er contre cette version du Barbiere di Siviglia dont le programme ne mentionne pas l\u2019\u00e9dition. \u00c0\u00a0Marseille comme \u00e0 Mulhouse pas de \u00ab Cessa di pi\u00f9 resistere \u00bb et des ornements de la cavatine de Rosina qui font penser \u00e0 l\u2019anecdote connue, r\u00e9v\u00e9latrice du v\u0153u de Rossini que les interpr\u00e8tes respectent la ligne avant de l\u2019orner jusqu\u2019\u00e0 la faire dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>A ces r\u00e9serves sur la version musicale on ajoutera celle n\u00e9e de la d\u00e9sinvolture avec laquelle <strong>Pierre-Emmanuel Rousseau<\/strong>, metteur en sc\u00e8ne, d\u00e9corateur et costumier, traite le mat\u00e9riau dramatique, d\u00e9daignant la construction dans le temps et faisant souvent surgir les personnages dans le d\u00e9cor de mani\u00e8re arbitraire et incompr\u00e9hensible. Le livret de Sterbini respecte l\u2019arc temporel de la com\u00e9die de Beaumarchais : de l\u2019aubade \u00e0 Rosina jusqu\u2019au rendez-vous nocturne pour l\u2019enl\u00e8vement. Ce sont ces bornes qui d\u00e9terminent le rythme effr\u00e9n\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, calqu\u00e9 sur le d\u00e9sir du comte, qui ne souffre aucun retard : \u00ab Je veux la voir \u00e0 tout prix\u2026je veux que tu m\u2019introduises aujourd\u2019hui dans cette maison \u00bb. La strat\u00e9gie de Figaro \u2013 s\u2019incruster chez Bartolo gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9quisition de logement \u2013 ayant \u00e9chou\u00e9, Almaviva en improvise aussit\u00f4t une autre et s\u2019introduit dans la maison d\u00e9guis\u00e9 en \u00e9l\u00e8ve de Basilio. Comment ? On l\u2019ignore, car lui et Figaro, semblent y circuler assez librement quand on les voit appara\u00eetre \u00e7\u00e0 et l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9tage de la maison de Bartolo. Les lumi\u00e8res de <strong>Gilles Gentner<\/strong> sont soign\u00e9es, mais cal\u00e9es sur la mise en sc\u00e8ne elles n\u2019accompagnent pas la course des heures.<\/p>\n<p>Cette impatience comme moteur de l\u2019action est pour nous dilu\u00e9e par les inventions du metteur en sc\u00e8ne, qui introduit un valet suppl\u00e9mentaire aupr\u00e8s d\u2019un Ambrogio muet, et on a donc deux com\u00e9diens qui miment des domestiques cacochymes dont la d\u00e9marche ralentie est en hiatus avec le tempo musical. Quant \u00e0 Berta, la mise en sc\u00e8ne la fait aller et venir dans ses t\u00e2ches domestiques, pr\u00e9sence importune pour Rosina qu\u2019elle semble surveiller de pr\u00e8s mais aussi pour nous car elle constitue un \u00e9l\u00e9ment de distraction de la musique et des sentiments exprim\u00e9s par la jeune fille. <strong>Andreea Soare <\/strong>s\u2019acquitte magistralement de sa mission et l\u2019air de sorbet \u00ab\u00a0Il vecchiotto cerca moglie\u00a0\u00bb lui donne l\u2019occasion, apr\u00e8s le final du premier acte, de lib\u00e9rer l\u2019\u00e9tendue et la puissance de sa voix. Autre manipulation, l\u2019 inflexion du personnage de Figaro\u00a0: il semble vivre d\u2019exp\u00e9dients, quand Almaviva l\u2019interroge sur sa boutique il d\u00e9signe son sac, sac dans lequel il dissimule des liasses de billets, o\u00f9 il entasse ce qu\u2019il rafle chez Bartolo, et o\u00f9 il garde une bouteille qu\u2019il t\u00eate r\u00e9solument, et t\u00e8tera \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne au final.<\/p>\n<p>Mais que p\u00e8sent ces remarques lorsque les apparitions pour nous intempestives font fuser les rires, que les d\u00e9hanchements syst\u00e9matiques des interpr\u00e8tes quand le tempo s\u2019acc\u00e9l\u00e8re suscitent des murmures d\u2019approbation et que le succ\u00e8s, \u00e0 la fin du spectacle, est \u00e0 la fois tonitruant et interminable\u00a0? Manifestement le public est venu pour s\u2019amuser et cette production le lui a permis. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup\u00a0!<\/p>\n<p>La distribution n\u2019appelle pas de r\u00e9serve notable, si l\u2019on accepte qu\u2019Almaviva soit un t\u00e9nor di grazia, ce que n\u2019\u00e9tait pas Manuel Garcia \u2013 il chantait aussi, l\u00e9g\u00e8rement transpos\u00e9,\u00a0 le Comte des Nozze di Figaro \u2013\u00a0pour qui Rossini \u00e9crivit le r\u00f4le. <strong>Santiago Ballerini <\/strong>virevolte en sc\u00e8ne aussi souplement qu\u2019il chante, tr\u00e8s joliment au premier acte avec force piani et diminuendi de belcantiste, plus \u00e9nergiquement au deuxi\u00e8me acte, amput\u00e9 de \u00ab\u00a0Cessa di pi\u00f9 resistere\u00a0\u00bb. <strong>Gilen Goicoechea <\/strong>manque peut-\u00eatre un peu d\u2019\u00e9nergie dans le court r\u00f4le de Fiorello l\u2019entremetteur, mais cette sc\u00e8ne de l\u2019aubade \u2013 quelle id\u00e9e saugrenue de faire passer une procession en fond de sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019aube \u2013 ne semble pas avoir trouv\u00e9 son rythme. <strong>Alessio Cacciamani <\/strong>n\u2019est pas la basse profonde qu\u2019on peut aimer entendre pour Basilio mais il interpr\u00e8te son air de la calomnie avec go\u00fbt, sans expressionisme outrancier.<\/p>\n<p><strong>Marc Barrard <\/strong>est un Bartolo chevronn\u00e9, aussi se coule-t-il ais\u00e9ment dans le personnage et sa bonne sant\u00e9 vocale lui permet d\u2019affronter les passages d\u2019agilit\u00e9 sans difficult\u00e9. <strong>El\u00e9onore Pancrazi <\/strong>a toute la souplesse, l\u2019\u00e9tendue et l\u2019agilit\u00e9 que requiert le r\u00f4le de Rosina, et une aisance sc\u00e9nique \u00e9vidente, bien n\u00e9cessaire pour la le\u00e7on de chant dans la mise en sc\u00e8ne scabreuse qui fait glousser autour de nous. En outre la chanteuse a l\u2019intelligence de ne pas chercher \u00e0 assombrir son timbre et conserve ainsi l\u2019\u00e9l\u00e9gance inh\u00e9rente au chant rossinien.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le-titre est tenu avec brio par <strong>Vito Priante <\/strong>qui donne ici une nouvelle preuve de son intelligence d\u2019interpr\u00e8te. Il se coule dans cette conception du personnage qui le situe \u2013 sans que l\u2019on ait compris pourquoi, en dehors de la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre original \u2013 en marge, en recherche d\u2019exp\u00e9dients, loin de l\u2019ambitieux qui a su se rendre indispensable \u00e0 beaucoup dans une soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par les aristocrates et\u00a0 en cela pr\u00e9figurant l\u2019av\u00e8nement d\u2019une bourgeoisie d\u2019entrepreneurs. On voit ainsi un homme port\u00e9 sur la bouteille et peu soign\u00e9. Faut-il s\u2019\u00e9tonner que son air d\u2019entr\u00e9e n\u2019ait pas le brillant habituel\u00a0? Mais le public ne se trompe pas et distingue le chanteur du personnage, et il recueillera un triomphe l\u00e9gitime aux saluts.<\/p>\n<p>Est-ce la bonne humeur n\u00e9e du spectacle, le public acclame tout le monde. Le ch\u0153ur, qui sera irr\u00e9prochable dans son intervention \u00e0 la fin de l\u2019acte premier, s\u2019est montr\u00e9 peu performant au d\u00e9but pour le tapage que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du comte d\u00e9clenche lorsqu\u2019il le cong\u00e9die. \u00c9tait-il handicap\u00e9 par les moulinets de cape que la mise en sc\u00e8ne imposait\u00a0? L\u2019orchestre semble s\u2019\u00e9chauffer pendant l\u2019ouverture, qui manque de brillant, peut-\u00eatre prudence d\u2019 <strong>Alessandro Cadario<\/strong>, dont la direction atteindra par la suite le juste milieu entre la pulsion conforme aux climats et au confort des chanteurs et les acc\u00e9l\u00e9rations qui mettent la fi\u00e8vre sur sc\u00e8ne et dans le public.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Comme Antoine Brunetto l\u2019a fait lors de la cr\u00e9ation de cette production \u00e0 Mulhouse en octobre 2018, et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":626760,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2814],"tags":[1111,11,1777,674,1011,27,884,12,882,25],"class_list":{"0":"post-626759","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-marseille","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-marseille","15":"tag-news","16":"tag-provence-alpes-cote-dazur","17":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115796371398182900","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/626759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=626759"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/626759\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/626760"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=626759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=626759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=626759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}