{"id":627094,"date":"2025-12-29T07:49:09","date_gmt":"2025-12-29T07:49:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/627094\/"},"modified":"2025-12-29T07:49:09","modified_gmt":"2025-12-29T07:49:09","slug":"fouilles-sous-marines-3-3-lexploration-du-grand-st-antoine-le-bateau-qui-amena-la-peste-a-marseille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/627094\/","title":{"rendered":"Fouilles sous-marines (3\/3)\u00a0: l\u2019exploration du Grand St-Antoine, le bateau qui amena la peste \u00e0 Marseille"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                D\u00e9couverte \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70, l\u2019\u00e9pave au large de l\u2019\u00eele de Jarre est-elle bien celle du Grand Saint-Antoine, vaisseau maudit qui amena la peste \u00e0 Marseille en 1720\u00a0? Luc Long et son \u00e9quipe nous racontent leur mission d\u2019octobre\u00a02025, dernier volet de notre trilogie.\n                            <\/p>\n<p>1720. Le vaisseau Le Grand Saint-Antoine, voilier trois mats de fabrication hollandaise, accoste sur le port de Marseille, dans le quartier d\u2019Arenc. Il porte \u00e0 son bord des ballots de coton et des \u00e9toffes, destin\u00e9es \u00e0 la grande foire gardoise de Beaucaire\u2026 mais aussi un \u00e9quipage qui a vu, \u00e0 son bord, plusieurs hommes mourir de la peste.<\/p>\n<p>Marseille perd la moiti\u00e9 de sa population<\/p>\n<p>En l\u2019espace de quelques jours la maladie se propage, et explose, partout dans la ville. Le 9\u00a0ao\u00fbt, on d\u00e9nombre une centaine de morts par jour (1). Marseille perdra, au total, plus de la moiti\u00e9 de sa population\u00a0: 48\u00a0000 habitants sur 90\u00a0000. En Provence, sur 400\u00a0000 habitants, un quart d\u00e9c\u00e8de.<br \/>Le bateau, lui, est envoy\u00e9 en quarantaine \u00e0 l\u2019\u00eele de Jarre, avant d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9 en septembre.<br \/>Deux si\u00e8cles et demi plus tard, en 1978, des restes calcin\u00e9s sont retrouv\u00e9s au fond de la M\u00e9diterran\u00e9e, au large de l\u2019\u00eele de Jarre. Des vestiges sont remont\u00e9s de ce qui s\u2019apparente au Grand Saint-Antoine, dont une ancre, imposante, expos\u00e9e au mus\u00e9e d\u2019histoire de Marseille. Mais les restes de l\u2019\u00e9pave, eux, sont laiss\u00e9s au fond durant une quarantaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des amateurs avaient fait des relev\u00e9s, mais il n\u2019y avait pas eu de fouilles depuis les ann\u00e9es 80\u00a0\u00bb, explique Luc Long. L\u2019arch\u00e9ologue-sous-marin, assist\u00e9 de Michel Goury, historien de la peste et premier fouilleur du site en 1980, obtient l\u2019autorisation de fouiller l\u2019\u00e9pave du Grand Saint-Antoine. Pourquoi lui, connu davantage pour ses d\u00e9couvertes antiques dans le Rh\u00f4ne (dont le fameux buste attribu\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar, \u00e0 Arles) que pour l\u2019arch\u00e9ologie du XVIIIe\u00a0? \u00ab\u00a0J\u2019avais travaill\u00e9 en Camargue sur des \u00e9paves hollandaises, et \u00e9galement sur le Mauritius, \u00e9pave hollandaise qui avait fait naufrage au large du Gabon, explique Luc Long. Michel Goury m\u2019avait dit que son r\u00eave \u00e9tait de remonter cette \u00e9pave \u00e0 Marseille. On a fait une demande de fouille dans le but de prouver qu\u2019il s\u2019agit bien du Grand Saint-Antoine. Le but, dans cette fouille, n\u2019\u00e9tait pas tant de chercher des objets, plut\u00f4t des signatures architecturales pour prouver qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une embarcation hollandaise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les recherches permettent de d\u00e9celer l\u2019avant et l\u2019arri\u00e8re du navire. Et la recherche d\u2019indices concernant la \u00ab\u00a0coque premi\u00e8re\u00a0\u00bb, aux bord\u00e9s \u00e9pais, tout comme la construction de type nordique, vont dans le sens d\u2019une origine hollandaise du bateau, qui aurait pu \u00eatre achet\u00e9 \u00e0 Saint-Malo, cit\u00e9 de corsaires. Une mod\u00e9lisation 3D de l\u2019\u00e9pave a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e gr\u00e2ce aux recherches. Par ailleurs, des \u00e9chantillons de bois ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s pour \u00eatre analys\u00e9s afin d\u2019\u00e9tudier les essences, de dater l\u2019abattage d\u2019arbres utilis\u00e9s. Des objets en c\u00e9ramique ont aussi \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s.<\/p>\n<p>Recherche des mol\u00e9cules relatives au bacille de la peste<\/p>\n<p>L\u2019autre objectif, donn\u00e9 dans la mission, est plus d\u00e9licat\u00a0: \u00ab\u00a0On a \u00e9galement cherch\u00e9 une partie des mol\u00e9cules biologiques ARN S16 pour reconstituer la cha\u00eene ADN du bacille de la peste. Il s\u2019agissait de pr\u00e9l\u00e8vements relativement stricts associ\u00e9s \u00e0 quatre mois de travail pour en retrouver la trace.\u00a0\u00bb\u00a0Des \u00e9chantillons contenant notamment de la vase ont en effet \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s \u00ab\u00a0avec des gants et \u00e0 l\u2019aide de tube sp\u00e9cifiquement aseptis\u00e9s par rayon gamma pour \u00e9viter toute contamination exog\u00e8ne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s par le laboratoire Mercurialis Biotech en relation avec l\u2019INRAE (Institut national de recherche pour l\u2019agriculture, l\u2019alimentation et l\u2019environnement) de Clermont-Ferrand. L\u2019analyse est toujours en cours.<br \/>Une nouvelle campagne de fouilles devrait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e prochainement. L\u2019ensemble des trouvailles, si l\u2019\u00e9pave est bien confirm\u00e9e comme \u00e9tant le Grand Saint-Antoine, permettra possiblement de reconstituer une copie du fameux bateau de la peste. Un morceau d\u2019histoire \u2013 dramatique \u2013 de la cit\u00e9 phoc\u00e9enne sorti de l\u2019oubli.<\/p>\n<p>(1) Selon l\u2019ouvrage de Charles Carri\u00e8re, Marcel Couduri\u00e9 et Ferr\u00e9ol Rebuffat, \u201cMarseille ville morte, la peste de 1720\u201d<\/p>\n<p>Des premiers r\u00e9sultats d\u2019analyse du mortier de r\u00e9paration retrouv\u00e9 en fond de cale indiquent qu\u2019il contient des roches typiques d\u2019un contexte Turquie-Mer Eg\u00e9e. Un indice suppl\u00e9mentaire pour confirmer qu\u2019il s\u2019agit bien de l\u2019\u00e9pave du Grand Saint-Antoine.<\/p>\n<p>    Des marins pestif\u00e9r\u00e9s \u00e0 bord<\/p>\n<p>Parti de Marseille, le Grand Saint-Antoine a parcouru une grosse route avant de revenir \u00e0 son point de d\u00e9part. Pass\u00e9 par la Syrie, et le Liban, il embarque, sur cet \u00e9quipage, une quinzaine de Turcs dans l\u2019\u00e9quipage. \u00ab\u00a0L\u2019un de ces Turcs meurt le lendemain de son embarquement\u00a0\u00bb, explique Luc Long. Sur le chemin du retour, huit hommes, dont le chirurgien du bateau, meurent. Comment, alors, le bateau a-t-il pu accoster en plein Marseille\u00a0? \u00ab\u00a0Il a pu b\u00e9n\u00e9ficier de largesses pour rentrer dans la ville et d\u00e9charger ses soieries\u00a0\u00bb, alors que les passagers du bateau \u00e9taient plac\u00e9s en isolement pour seulement quelques jours. L\u2019\u00e9loignement du bateau, \u00e0 l\u2019\u00eele de Jarre, et plus encore sa mise \u00e0 feu, interviendront trop tard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"D\u00e9couverte \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70, l\u2019\u00e9pave au large de l\u2019\u00eele de Jarre est-elle bien celle du&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":627095,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2814],"tags":[1111,11,1777,674,1011,27,2679,937,884,12,2682,882,25,1857],"class_list":{"0":"post-627094","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-marseille","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-gard","15":"tag-histoire","16":"tag-marseille","17":"tag-news","18":"tag-nimes","19":"tag-provence-alpes-cote-dazur","20":"tag-republique-francaise","21":"tag-sociu00e9tu00e9"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115801762416823570","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/627094","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=627094"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/627094\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/627095"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=627094"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=627094"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=627094"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}