{"id":628938,"date":"2025-12-30T02:30:45","date_gmt":"2025-12-30T02:30:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/628938\/"},"modified":"2025-12-30T02:30:45","modified_gmt":"2025-12-30T02:30:45","slug":"on-a-erige-un-barrage-de-caddies-ancienne-caissiere-au-centre-alma-elle-a-mene-lune-des-greves-les-plus-emblematiques-de-lhistoire-de-rennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/628938\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0On a \u00e9rig\u00e9 un barrage de caddies\u00a0\u00bb\u00a0: ancienne caissi\u00e8re au centre Alma, elle a men\u00e9 l\u2019une des gr\u00e8ves les plus embl\u00e9matiques de l\u2019histoire de Rennes"},"content":{"rendered":"<p>Ghislaine Mesnage. Le nom de cette femme de 70 ans pass\u00e9s ne dit peut-\u00eatre pas grand-chose aux Rennais de 2025. Pourtant, elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des visages de l\u2019une des gr\u00e8ves les plus embl\u00e9matiques qu\u2019a connues la capitale bretonne au XXe si\u00e8cle. Celle des caissi\u00e8res de Mammouth en 1975. Il y a 50 ans tout ronds. \u00ab La grande gr\u00e8ve \u00bb, se souvient celle qui \u00e9tait alors d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale CFDT de la grande surface du centre Alma, aujourd\u2019hui Carrefour, qui traverse en 2025, hasard du calendrier, une <a href=\"https:\/\/www.letelegramme.fr\/economie\/en-bretagne-quatre-supermarches-carrefour-places-en-redressement-judiciaire-plus-de-650-emplois-dans-la-balance-6938927.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">forte zone de turbulences<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab La grande gr\u00e8ve \u00bb, donc. Dix-huit jours d\u2019occupation de la galerie marchande, en pleine rentr\u00e9e scolaire, du 1er au 18 septembre 1975, pour d\u00e9noncer le management \u00ab brutal \u00bb de la direction. \u00ab Cette ann\u00e9e-l\u00e0, un nouveau directeur, Georges Cercellier, a instaur\u00e9 une ambiance de terreur \u00bb, raconte Hugo Melchior, auteur de l\u2019ouvrage Les caddies de la col\u00e8re. La grande gr\u00e8ve des employ\u00e9.e.es de l\u2019hypermarch\u00e9 Mammouth Alma (Rennes, 1975), \u00e9ditions Goater. \u00ab Il a multipli\u00e9 les licenciements, les avertissements et les changements de poste, ajoute Ghislaine Mesnage. Des salari\u00e9s sont donc venus nous voir pour demander son licenciement. On savait qu\u2019on ne pouvait pas avoir gain de cause alors on a plut\u00f4t demand\u00e9 plus d\u2019avantages pour les salari\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Une gr\u00e8ve minoritaire, mais \u00e0 majorit\u00e9 f\u00e9minine<\/p>\n<p>Et le 1er septembre, la gr\u00e8ve est lanc\u00e9e. \u00ab Une gr\u00e8ve minoritaire, avec 30 gr\u00e9vistes sur les 280 salari\u00e9s, note Ghislaine Mesnage. Mais avec une majorit\u00e9 de femmes et de caissi\u00e8res comme moi car nous \u00e9tions essentielles pour que la gr\u00e8ve prenne. Sans nous, pas d\u2019achat \u00bb. Afin de ne pas faire perdre de salaire \u00e0 leurs coll\u00e8gues non-gr\u00e9vistes, ils optent pour un mode d\u2019action original. \u00ab On a \u00e9rig\u00e9 un barrage de caddies devant l\u2019entr\u00e9e du magasin, accroch\u00e9s aux grilles. On avait m\u00eame mis du chewing-gum sur les serrures des caddies \u00bb, se souvient-elle, amus\u00e9e. \u00ab Quand j\u2019y repense 50 ans apr\u00e8s, je trouve \u00e7a hallucinant. \u00c0 partir du moment o\u00f9 on bloquait le magasin, le patron perdait du fric et devait n\u00e9gocier. Et on avait beaucoup inform\u00e9 les clients sur nos revendications, on ne voulait pas se les mettre \u00e0 dos \u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/694c07cf16df865e710ed4eb.1.jpeg\" width=\"480\" height=\"300\" class=\"web_golden_m\" loading=\"lazy\" alt=\"Le barrage de caddies devant le Mammouth d'Alma.\"\/>Le barrage de caddies devant le Mammouth d&rsquo;Alma. (Photo transmise au T\u00e9l\u00e9gramme)\u00ab Ghislaine, c\u2019est un ovni \u00bb<\/p>\n<p>Pendant trois semaines, c\u2019est un v\u00e9ritable bras de fer que se livrent la direction et les gr\u00e9vistes. \u00ab Le lendemain du lancement de la gr\u00e8ve, \u00e0 6 h, la direction a tent\u00e9 d\u2019enlever les caddies. On a eu une petite altercation et ensuite, on a d\u00e9cid\u00e9 de dormir sur place \u00bb. Si certains tournent, Ghislaine, elle, dort dans la galerie commerciale toutes les nuits.<\/p>\n<p>\u00ab Ghislaine, c\u2019est un ovni dans le paysage \u00bb, estime Hugo Melchior. Car en 1975, les femmes se faisaient encore rares dans les mouvements sociaux, rares \u00e0 faire gr\u00e8ve. Et encore plus rares parmi les leaders syndicaux. \u00ab Quand elle est embauch\u00e9e, elle est \u00e9tudiante en psychologie \u00e0 Rennes 2, alors que ses coll\u00e8gues caissi\u00e8res n\u2019avaient pour la plupart aucun de dipl\u00f4me \u00bb. \u00ab J\u2019avais 22 ans et comme je devais repasser des examens, j\u2019avais perdu ma bourse et j\u2019avais pris ce boulot \u00bb, rembobine-t-elle.<\/p>\n<blockquote><p>Je levais la main, et toutes les caissi\u00e8res quittaient leur caisse. Les clients partaient sans payer.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c9galement militante \u00e0 la Ligue communiste r\u00e9volutionnaire, rien ne la pr\u00e9disposait pourtant \u00e0 un parcours militant. \u00ab Je viens d\u2019une famille d\u2019agriculteurs de la Mayenne. Des parents bien de droite, qui votaient De Gaulle et Chirac, et o\u00f9 il n\u2019y avait que le journal agricole. Mais en arrivant \u00e0 Rennes 2, je me suis mobilis\u00e9e contre la guerre du Vietnam, puis j\u2019ai rencontr\u00e9 un amoureux \u00e0 la Ligue, c\u2019est le hasard de la vie \u00bb. Et caissi\u00e8re \u00e0 Mammouth ? \u00ab Dans ma t\u00eate, d\u00e8s que j\u2019avais mon examen en psycho, je quittais ce boulot. \u00bb Sauf que la gr\u00e8ve de 1975 est arriv\u00e9e. Et a tout chang\u00e9. \u00ab Le syndicalisme m\u2019allait mieux, alors j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 la fac. \u00bb<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve, elle, prend fin le 18 septembre. Par la force. \u00ab La direction et les agents de ma\u00eetrise ont sorti les lances \u00e0 incendie un matin et ont r\u00e9ussi \u00e0 nous d\u00e9loger \u00bb. Ghislaine Mesnage fait alors appel aux \u00e9tudiants de Rennes 2 et \u00e0 la Ligue r\u00e9volutionnaire. Qui d\u00e9barquent \u00e0 300 \u00e0 Alma. \u00ab Je voulais qu\u2019on continue la gr\u00e8ve, mais les deux autres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux \u00e9taient sur une autre ligne et pensaient qu\u2019il fallait savoir arr\u00eater une gr\u00e8ve. Ils ont eu gain de cause. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La gr\u00e8ve, un moment fondateur pour les femmes \u00bb<\/p>\n<p>Pour reprendre le chemin de leurs caisses, Ghislaine Mesnage et les gr\u00e9vistes obtiennent la suppression des avertissements, la r\u00e9int\u00e9gration d\u2019un salari\u00e9 renvoy\u00e9 et dix minutes de battement au moment du pointage de prise de poste. Mais pour elles, l\u2019essentiel \u00e9tait ailleurs. \u00ab La gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 un moment fondateur pour moi et pour les femmes. Pour la plupart, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on faisait gr\u00e8ve \u00bb.<\/p>\n<p>Cette gr\u00e8ve de 75 a ainsi eu un r\u00f4le \u00e9mancipateur pour certaines de ces employ\u00e9es. \u00ab Certaines ont subi des pressions. Lors de cette gr\u00e8ve, beaucoup de maris emmenaient leur femme \u00e0 la porte du magasin et qui attendaient qu\u2019elles rentrent travailler. Et certaines faisaient gr\u00e8ve le jour, mais rentraient le soir car il fallait s\u2019occuper des gosses et les maris ne voulaient pas qu\u2019elles dorment dehors \u00bb. Cette gr\u00e8ve a donc \u00e9t\u00e9 \u00ab un moment de respiration pour beaucoup de femmes. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de parler de leurs probl\u00e8mes personnels car elles n\u2019avaient aucun autre espace pour \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas limit\u00e9es \u00e0 faire des sandwichs \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ghislaine a eu un r\u00f4le d\u2019exemple pour ces femmes. Elle a fait en sorte que, pendant la gr\u00e8ve, ce ne soient pas toujours aux femmes de s\u2019occuper des corv\u00e9es, ajoute Hugo Melchior. Elle a \u0153uvr\u00e9 pour que les femmes ne soient pas limit\u00e9es \u00e0 faire des sandwichs. \u00bb Apr\u00e8s la gr\u00e8ve, ces liens ont perdur\u00e9. \u00ab On se retrouvait souvent au resto ou chez moi. Et on a pu faire d\u2019autres d\u00e9brayages. Je levais la main, et toutes les caissi\u00e8res quittaient leur caisse. Les clients partaient sans payer \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019histoire entre Ghislaine Mesnage et Mammouth, devenu en 1981 Carrefour, prend fin en 1986. \u00ab Je commen\u00e7ais \u00e0 tourner en rond \u00bb. Au boulot ? Sans doute, mais surtout dans le combat syndical. \u00ab A Carrefour, ils s\u2019en fichaient si le magasin de Rennes faisait gr\u00e8ve. Alors je suis rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019Ipag (Institut de pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale) et je suis devenue intendante en coll\u00e8ges. J\u2019ai termin\u00e9 au coll\u00e8ge de la Binquenais, je m\u2019y plaisais bien. \u00bb La raison est toute simple. \u00ab C\u2019\u00e9tait un \u00e9tablissement Zep (Zone d\u2019\u00e9ducation prioritaire), je travaillais beaucoup avec l\u2019assistante sociale. Avec moi, un enfant qui ne pouvait pas payer la cantine n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mis dehors, on lui trouvait toujours une solution \u00bb. Une autre forme de militantisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Ghislaine Mesnage. 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