{"id":642017,"date":"2026-01-05T07:57:10","date_gmt":"2026-01-05T07:57:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/642017\/"},"modified":"2026-01-05T07:57:10","modified_gmt":"2026-01-05T07:57:10","slug":"dernier-boucher-historique-et-figure-emblematique-du-marche-de-la-condamine-a-monaco-olivier-dominique-range-le-tablier-apres-38-ans-de-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/642017\/","title":{"rendered":"Dernier boucher historique et figure embl\u00e9matique du march\u00e9 de la Condamine \u00e0 Monaco, Olivier Dominique range le tablier apr\u00e8s 38 ans de m\u00e9tier"},"content":{"rendered":"<p class=\"fs-5 \">Le rideau s\u2019est baiss\u00e9 sans fracas, mais non sans \u00e9motion, \u00e0 la boucherie \u00ab Chez Olivier \u00bb.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le 31 d\u00e9cembre, Olivier Dominique a v\u00e9cu sa derni\u00e8re matin\u00e9e derri\u00e8re son \u00e9tal du march\u00e9 de la Condamine.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Une page se tourne pour ce boucher install\u00e9 ici depuis le 1er ao\u00fbt 1986, t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 mon\u00e9gasque et figure famili\u00e8re pour plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de clients.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00c0 son arriv\u00e9e, le march\u00e9 n\u2019a rien de celui que l\u2019on conna\u00eet aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab Il y avait 13 bouchers, quatre fromagers, quatre boulangers, et deux vendeurs de fruits et l\u00e9gumes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Il n\u2019y avait pas de supermarch\u00e9 autour \u00bb, se souvient-il.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">L\u2019affluence est alors quotidienne, la demande forte. Puis, au fil des ann\u00e9es, les d\u00e9parts \u00e0 la retraite se succ\u00e8dent.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Pendant longtemps, ils sont encore cinq bouchers. Depuis pr\u00e8s de dix ans, Olivier Dominique est quasiment seul sur ce cr\u00e9neau traditionnel, non loin d\u2019un commer\u00e7ant proposant des viandes d\u2019exception dans la halle.<\/p>\n<p>                                                                                Qualit\u00e9 et prix raisonn\u00e9s<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Lui n\u2019a jamais d\u00e9vi\u00e9 de sa ligne. \u00ab Je suis rest\u00e9 dans le produit fran\u00e7ais \u00bb, insiste-t-il, citant le b\u0153uf charolais, parfois la Limousine, les veaux fermiers des Pyr\u00e9n\u00e9es, les agneaux de Sisteron.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Une constance revendiqu\u00e9e, assortie d\u2019un souci permanent d\u2019accessibilit\u00e9. \u00ab J\u2019ai toujours essay\u00e9 de proposer des prix qui convenaient \u00e0 tout le monde, en fonction de la qualit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Rien ne le pr\u00e9destinait pourtant \u00e0 s\u2019installer \u00e0 Monaco. Fran\u00e7ais, vivant \u00e0 Roquebrune, il ignore longtemps qu\u2019il peut travailler en Principaut\u00e9.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">C\u2019est presque par hasard qu\u2019il apprend qu\u2019une cabine se lib\u00e8re au march\u00e9. Il l\u2019ach\u00e8te. Et il y restera pr\u00e8s de 38 ans. \u00ab Je suis toujours l\u00e0 \u00bb, r\u00e9sume-t-il simplement.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Parmi les souvenirs qui jalonnent pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies derri\u00e8re le comptoir, Olivier Dominique cite sans h\u00e9siter ces moments de convivialit\u00e9 entre commer\u00e7ants, loin du simple acte de vente. \u00ab Les meilleurs souvenirs, ce sont les gueuletons entre No\u00ebl et le jour de l\u2019An \u00bb, sourit-il.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Il se rappelle notamment ses 30 ans de pr\u00e9sence au march\u00e9, c\u00e9l\u00e9br\u00e9s t\u00f4t le matin, avant l\u2019ouverture, autour d\u2019une table improvis\u00e9e, charcuterie comprise. Sa famille \u00e9tait l\u00e0, ses enfants aussi.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab C\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s beau moment, j\u2019avais eu un retour incroyable \u00bb, confie-t-il. Un souvenir parmi d\u2019autres, \u00e0 l\u2019image d\u2019un m\u00e9tier v\u00e9cu avant tout dans le partage.<\/p>\n<p>                                                                                Une vague d\u2019amour sur les r\u00e9seaux sociaux<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le parcours n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans obstacles. Le march\u00e9 est r\u00e9nov\u00e9 \u00e0 deux reprises, avec des p\u00e9riodes difficiles \u00e0 traverser.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab On ne gagnait plus ce que l\u2019on gagnait par le pass\u00e9 mais j\u2019aimais \u00eatre mon propre patron, j\u2019aimais ma client\u00e8le et j\u2019aimais ce m\u00e9tier. \u00bb Une fid\u00e9lit\u00e9 r\u00e9ciproque, devenue flagrante lors de ses derniers jours d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">L\u2019annonce de son d\u00e9part, relay\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux par d\u2019autres commer\u00e7ants du march\u00e9, d\u00e9clenche une vague de r\u00e9actions.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Des centaines de messages, des lettres, des bouteilles de champagne par quinzaine.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab Je n\u2019ai pas dormi la nuit avant mon dernier jour. J\u2019avais l\u2019estomac compl\u00e8tement nou\u00e9. Rien que d\u2019en parler, je suis extr\u00eamement \u00e9mu. \u00bb Le samedi soir pr\u00e9c\u00e9dant son d\u00e9part, commer\u00e7ants et clients l\u2019invitent au club bouliste de Monaco-Ville.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mouvant. On ne s\u2019attend jamais \u00e0 autant d\u2019amour, m\u00eame avec une client\u00e8le fid\u00e8le. \u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le 31 d\u00e9cembre, les mots des clients disent l\u2019attachement. \u00ab On ne peut pas se passer de lui \u00bb, glisse l\u2019un d\u2019eux. \u00ab Je suis cliente depuis plus de vingt ans et je ne sais pas o\u00f9 je vais aller d\u00e9sormais \u00bb, confie une habitu\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Une autre r\u00e9sume le sentiment g\u00e9n\u00e9ral : \u00ab C\u2019est un d\u00e9chirement au c\u0153ur de le voir arr\u00eater. \u00bb Et, en filigrane, une inqui\u00e9tude : \u00ab Le march\u00e9 perd toute son authenticit\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Une phrase loin d\u2019\u00eatre anodine \u00e0 quelques m\u00e8tres seulement du bar Le Zinc, dont la fermeture a \u00e9t\u00e9 act\u00e9e en octobre par la mairie de Monaco dans le cadre du futur march\u00e9 de la Condamine.<\/p>\n<p>                                                                                \u00ab Je suis d\u00e9\u00e7u de ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 passer la main \u00e0 un jeune boucher&#8230; \u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Lucide, le boucher observe aussi l\u2019avenir du march\u00e9 de la Condamine avec un regard m\u00eal\u00e9 d\u2019inqui\u00e9tude et de pragmatisme. La disparition progressive des m\u00e9tiers traditionnels, la fermeture de certaines cabines, l\u2019arriv\u00e9e annonc\u00e9e de nouvelles activit\u00e9s interrogent.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00ab Il y a de la place pour un bon boucher, comme il y a de la place pour un bar \u00bb, estime-t-il, rappelant l\u2019importance des commerces de proximit\u00e9 dans la vie du march\u00e9. Pour lui, caf\u00e9s et m\u00e9tiers de bouche restent essentiels \u00e0 l\u2019animation du lieu.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Sans amertume, il reconna\u00eet toutefois ne pas toujours comprendre les orientations prises. \u00ab Je ne me plains pas, j\u2019ai bien gagn\u00e9 ma vie. Mais le march\u00e9, c\u2019est aussi une histoire d\u2019authenticit\u00e9 et de lien. \u00bb<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Au moment de poser le tablier, Olivier Dominique mesure le chemin parcouru. Entr\u00e9 dans le m\u00e9tier \u00e0 14 ans, attir\u00e9 par le travail plus que par l\u2019\u00e9cole, il d\u00e9couvre la boucherie presque par n\u00e9cessit\u00e9, avant d\u2019y prendre go\u00fbt.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Les journ\u00e9es de 14 heures, les d\u00e9parts aux abattoirs \u00e0 deux heures du matin, la rudesse des d\u00e9buts. \u00ab C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur mais \u00e7a me plaisait. \u00bb Aujourd\u2019hui, il sourit en disant que son m\u00e9tier est devenu \u00ab le Club Med \u00bb, tant les conditions ont \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Un regret demeure pourtant : ne pas avoir pu transmettre. \u00ab Je suis d\u00e9\u00e7u de ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 passer la main \u00e0 un jeune boucher. J\u2019aurais pu l\u2019accompagner, lui pr\u00e9senter la client\u00e8le et les fournisseurs. \u00bb Une d\u00e9ception renforc\u00e9e par le regret exprim\u00e9 par les clients, et par le constat qu\u2019aucun boucher ne lui succ\u00e9dera directement.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Avant de partir, il a fait le tri. Il emporte avec lui le \u00ab plot \u00bb, la planche \u00e0 d\u00e9couper achet\u00e9e neuve \u00e0 ses d\u00e9buts, et un vieux couteau au manche en bois, interdit aujourd\u2019hui mais conserv\u00e9 pour ce qu\u2019il repr\u00e9sente : 40 ans de m\u00e9tier.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Le reste sera donn\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, transmis autrement.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">\u00c0 67 ans, Olivier Dominique s\u2019\u00e9loigne du billot mais pas de Monaco. Il continuera de venir au march\u00e9, de croiser ceux qui furent ses clients. \u00ab Je ne regrette rien \u00bb, affirme-t-il.<\/p>\n<p class=\"fs-5 \">Et au march\u00e9 de la Condamine, son absence laissera longtemps une place vide, bien au-del\u00e0 d\u2019une simple cabine ferm\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le rideau s\u2019est baiss\u00e9 sans fracas, mais non sans \u00e9motion, \u00e0 la boucherie \u00ab Chez Olivier \u00bb. 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