{"id":643349,"date":"2026-01-05T21:23:11","date_gmt":"2026-01-05T21:23:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/643349\/"},"modified":"2026-01-05T21:23:11","modified_gmt":"2026-01-05T21:23:11","slug":"censure-extreme-droite-et-democratie-lerreur-allemande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/643349\/","title":{"rendered":"Censure, extr\u00eame droite et d\u00e9mocratie : l\u2019erreur allemande"},"content":{"rendered":"<p>En voulant conjurer le spectre nazi par la censure, l\u2019Allemagne contemporaine r\u00e9active une m\u00e9canique d\u00e9j\u00e0 fatale \u00e0 Weimar. Et si le rem\u00e8de pr\u00e9parait le pire\u00a0?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph paywall\">On pr\u00e9sente souvent l\u2019Europe comme le berceau de la libert\u00e9 d\u2019expression. Ce principe s\u2019enracine dans l\u2019h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res, port\u00e9 par des penseurs qui os\u00e8rent d\u00e9fier les monarques, interroger l\u2019autorit\u00e9 religieuse et braver la censure d\u2019\u00c9tat. Voltaire, John Locke, Montesquieu ou Baruch Spinoza furent de ces pr\u00e9curseurs intellectuels pour qui la libre parole relevait d\u2019un imp\u00e9ratif autant moral que politique. C\u2019est dans les salons parisiens, les caf\u00e9s londoniens et les universit\u00e9s n\u00e9erlandaises que cette id\u00e9e allait prendre corps, avant de s\u2019imposer comme l\u2019un des piliers de la modernit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais le continent qui, jadis, se voulait \u00e0 l\u2019avant-garde de cette libert\u00e9 donne aujourd\u2019hui lourdement l\u2019impression de vouloir l\u2019\u00e9touffer. Partout en Europe, les restrictions \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression se multiplient, au nom de la lutte contre la haine, la d\u00e9sinformation ou l\u2019extr\u00e9misme \u2013 et ce sous l\u2019autorit\u00e9 de gouvernements d\u00e9mocratiquement \u00e9lus.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En 2023, le Danemark a ainsi adopt\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/debats\/liberte-d-expression-en-europe-20-ans-apres-les-caricatures-de-mahomet-30-09-2025-2599951_2.php\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">une loi p\u00e9nalisant la profanation des textes sacr\u00e9s<\/a>. Au Royaume-Uni, en novembre 2024, la police d\u2019Essex d\u00e9barquait au domicile de la chroniqueuse du Daily Telegraph Allison Pearson pour l\u2019interroger sur un message publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente sur les r\u00e9seaux sociaux, soup\u00e7onn\u00e9 de relever d\u2019une incitation \u00e0 la haine raciale en ligne. Parall\u00e8lement, en Su\u00e8de, le r\u00e9fugi\u00e9 irakien Salwan Momika \u00e9tait poursuivi pour \u00ab agitation contre un groupe ethnique \u00bb apr\u00e8s avoir br\u00fbl\u00e9 des exemplaires du Coran, dans une mise en sc\u00e8ne largement m\u00e9diatis\u00e9e. L\u2019affaire ne sera class\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s son assassinat par balle, en direct sur TikTok, le 29 janvier 2025.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais nulle part ailleurs cette d\u00e9rive censoriale n\u2019est aussi marqu\u00e9e qu\u2019en Allemagne. Le pays qui a donn\u00e9 au monde Emmanuel Kant \u2013 et dont le fameux sapere aude (\u00ab ose savoir \u00bb) incarne l\u2019esprit de l\u2019Aufkl\u00e4rung [le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res en Allemagne, NDLR] \u2013 en est venu \u00e0 sanctionner la dissidence par des dispositifs d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 draconienne.<\/p>\n<p>Masque et croix gamm\u00e9e<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Prenons le cas de C. J. Hopkins, \u00e9crivain am\u00e9ricain install\u00e9 en Allemagne. Hopkins a critiqu\u00e9 les politiques mises en place pendant la pand\u00e9mie de Covid-19, allant jusqu\u2019\u00e0 \u00e9tablir un parall\u00e8le avec l\u2019autoritarisme de l\u2019Allemagne nazie. La couverture de son livre publi\u00e9 en 2022, The Rise of the New Normal Reich, montre un masque m\u00e9dical frapp\u00e9 d\u2019une croix gamm\u00e9e. Apr\u00e8s avoir diffus\u00e9 \u00e0 deux reprises cette image sur Twitter, il a appris qu\u2019une enqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 ouverte \u00e0 son encontre. En septembre 2024, la Cour d\u2019appel de Berlin l\u2019a reconnu coupable de diffusion de symboles interdits \u2013 un d\u00e9lit passible d\u2019une peine pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 trois ans de prison.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">L\u2019affaire Hopkins est loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9e. Comme l\u2019a montr\u00e9 un reportage de l\u2019\u00e9mission 60 Minutes diffus\u00e9 en f\u00e9vrier 2025, la police allemande a men\u00e9 des perquisitions arm\u00e9es dans des domiciles priv\u00e9s pour des infractions relevant de l\u2019expression : la publication suppos\u00e9e d\u2019un dessin jug\u00e9 raciste, le partage de \u00ab ragots malveillants \u00bb ou de \u00ab fausses citations \u00bb \u2013 y compris \u00e0 l\u2019insu de leur auteur \u2013, ou encore le fait d\u2019avoir trait\u00e9 de \u00ab connard \u00bb un responsable politique.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Au regard de son histoire, il est ais\u00e9 de comprendre pourquoi l\u2019Allemagne s\u2019est dot\u00e9e d\u2019un arsenal aussi strict pour pr\u00e9venir toute r\u00e9surgence de l\u2019extr\u00e9misme. Le pays applique parmi les l\u00e9gislations les plus s\u00e9v\u00e8res d\u2019Europe en mati\u00e8re de libert\u00e9 d\u2019expression, pr\u00e9sent\u00e9es comme des garde-fous indispensables contre la haine et l\u2019intol\u00e9rance. La n\u00e9gation de l\u2019Holocauste y est interdite, tout comme l\u2019affichage public de symboles nazis.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Reste que la pouss\u00e9e des id\u00e9ologies d\u2019extr\u00eame droite et le retour de r\u00e9flexes nationalistes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent \u2013 et en Allemagne tout particuli\u00e8rement \u2013 interrogent l\u2019efficacit\u00e9 r\u00e9elle de ces politiques. Le parti d\u2019extr\u00eame droite Alternative pour l\u2019Allemagne (AfD) a enregistr\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/en-allemagne-l-extreme-droite-de-l-afd-s-incruste-a-l-ouest-29-09-2025-2599784_24.php\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/en-allemagne-l-extreme-droite-de-l-afd-s-incruste-a-l-ouest-29-09-2025-2599784_24.php\">une perc\u00e9e historique lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales allemandes de 2025<\/a>, se hissant \u00e0 la deuxi\u00e8me place avec plus de 20 % des suffrages. Longtemps cantonn\u00e9 aux marges du jeu politique, le parti a su capter un m\u00e9contentement diffus, justement nourri par un sentiment de censure, mais aussi par les politiques migratoires et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Loin d\u2019\u00e9radiquer l\u2019extr\u00e9misme, les restrictions pesant sur la libert\u00e9 d\u2019expression en Allemagne ont peut-\u00eatre, <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/phebe-l-inutile-limitation-de-la-liberte-d-expression-26-08-2022-2487431_24.php\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">paradoxalement, contribu\u00e9 \u00e0 le d\u00e9placer<\/a> : repouss\u00e9s hors de l\u2019espace public, les discours radicaux se replient dans des chambres d\u2019\u00e9cho clandestines, o\u00f9 le ressentiment s\u2019aiguise \u00e0 l\u2019abri de la contradiction. R\u00e9duits au silence sur les r\u00e9seaux sociaux, certains finissent par se faire entendre dans les urnes. Mais si l\u2019appareil de censure mis en place par le gouvernement allemand finit par se retourner contre ses promoteurs, ce ne serait en rien une premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9c\u00e9dent Weimar<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la d\u00e9faite de l\u2019Empire allemand et son effondrement allaient favoriser l\u2019\u00e9mergence de la R\u00e9publique de Weimar. Sauf que le pays demeura profond\u00e9ment fractur\u00e9, min\u00e9 par des factions rivales d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 fragiliser la d\u00e9mocratie naissante. Les tensions culmin\u00e8rent \u00e0 la fin juin 1922, lorsque Karl Helfferich, figure du Parti populaire national allemand (DNVP), lan\u00e7a depuis le Reichstag une charge d\u2019une extr\u00eame virulence contre Walther Rathenau, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et juif. Selon Helfferich, Rathenau portait la responsabilit\u00e9 de la politique de r\u00e9parations vers\u00e9es \u00e0 la France apr\u00e8s la Grande Guerre, et donc des tourments \u00e9conomiques affligeant alors l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00ab Le calvaire de l\u2019ex\u00e9cution [des r\u00e9parations] nous a valu l\u2019effroyable d\u00e9valuation de la monnaie allemande, allait ainsi d\u00e9clarer Karl Helfferich. Ce qui a broy\u00e9 notre classe moyenne, jet\u00e9 d\u2019innombrables individus \u2013 et des familles enti\u00e8res \u2013 dans la mis\u00e8re, pouss\u00e9 bien d\u2019autres au d\u00e9sespoir et au suicide [\u2026]. Livr\u00e9 une part consid\u00e9rable de nos propres ressources \u00e0 des \u00e9trangers. Et \u00e9branl\u00e9 notre ordre \u00e9conomique et social jusque dans ses fondements ! \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Bien que le discours de Helfferich ait \u00e9t\u00e9 incendiaire, il ne constituait pas un appel direct \u00e0 la violence. Mais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Reichstag, des manifestants furieux entonn\u00e8rent un chant des plus sinistres : \u00ab Abattez Walther Rathenau, cette maudite truie juive ! \u00bb Le lendemain, le 24 juin 1922, Rathenau fut assassin\u00e9 par des membres du groupe d\u2019extr\u00eame droite Organisation Konsul.<\/p>\n<p>Lois d\u2019urgence<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En r\u00e9action \u00e0 cet assassinat brutal, le gouvernement adopta dans l\u2019urgence sa loi pour la protection de la R\u00e9publique. Celle-ci ne se contentait pas d\u2019interdire les organisations violentes comme Konsul ou le Deutschv\u00f6lkischer Schutz- und Trutzbund (F\u00e9d\u00e9ration populaire allemande pour la protection et la r\u00e9sistance). Elle s\u2019attaquait aussi \u00e0 la propagande nazie, pour entra\u00eener la fermeture de centaines de publications, dont Der Angriff (L\u2019Attaque), journal berlinois fond\u00e9 en 1927 par Joseph Goebbels.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Goebbels fut lui-m\u00eame condamn\u00e9 \u00e0 deux reprises \u00e0 des peines de prison \u2013 trois semaines, puis six \u2013 pour avoir insult\u00e9 Bernhard Weiss, commissaire adjoint de la police de Berlin et juif. Une disposition plus ancienne, l\u2019article 166 du Code p\u00e9nal allemand, allait \u00e9galement peser durablement sur la libert\u00e9 d\u2019expression. Celui-ci pr\u00e9voyait que : \u00ab Quiconque offense Dieu en blasph\u00e9mant publiquement \u00e0 l\u2019aide d\u2019expressions injurieuses, quiconque insulte publiquement une \u00c9glise chr\u00e9tienne ou toute communaut\u00e9 religieuse jouissant de droits reconnus sur le territoire f\u00e9d\u00e9ral, ou se rend coupable d\u2019un comportement insultant dans une \u00e9glise ou tout autre lieu r\u00e9serv\u00e9 aux r\u00e9unions religieuses, est passible d\u2019une peine d\u2019emprisonnement pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 trois ans. \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ces textes valurent la prison \u00e0 plusieurs figures nazies en vue, telles que Theodor Fritsch et Julius Streicher. Adolf Hitler lui-m\u00eame fut frapp\u00e9 d\u2019interdictions de parole dans plusieurs L\u00e4nder allemands entre 1925 et 1927, \u00e0 la suite de sa tentative avort\u00e9e de renverser la R\u00e9publique de Weimar.<\/p>\n<p>Victimes et martyrs<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Sauf que loin d\u2019affaiblir le mouvement nazi, ces mesures aliment\u00e8rent au contraire son discours victimaire : elles contribu\u00e8rent \u00e0 transformer ses dirigeants en martyrs et \u00e0 accr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils auraient \u00e9t\u00e9 la cible d\u2019un complot juif visant \u00e0 asservir les \u00ab Aryens \u00bb. Une affiche de propagande posait ainsi la question : \u00ab Pourquoi Adolf Hitler n\u2019a-t-il pas le droit de s\u2019exprimer ? Parce qu\u2019il d\u00e9nonce sans piti\u00e9 les ma\u00eetres de l\u2019\u00e9conomie allemande, les banquiers juifs internationaux et leurs laquais \u2013 d\u00e9mocrates, marxistes, j\u00e9suites et francs-ma\u00e7ons ! Parce qu\u2019il veut lib\u00e9rer les travailleurs de la domination de la grande finance ! \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">D\u2019autres affiches, placard\u00e9es dans l\u2019espace public, montraient Hitler b\u00e2illonn\u00e9 par du ruban adh\u00e9sif, arbitrairement r\u00e9duit au silence par le syst\u00e8me. Une l\u00e9gende, largement relay\u00e9e, en condensait le message : \u00ab Les escrocs peuvent parler partout en Allemagne, mais Hitler est interdit. \u00bb Comme l\u2019a expliqu\u00e9 Nadine Strossen, ancienne pr\u00e9sidente de l\u2019ACLU, grande association am\u00e9ricaine de d\u00e9fense des libert\u00e9s fondamentales, cela a engendr\u00e9 un v\u00e9ritable \u00ab effet fruit d\u00e9fendu \u00bb : \u00ab L\u2019impact net de ces lois de censure visant les discours nazis a \u00e9t\u00e9 d\u2019amplifier leur message, de leur offrir une visibilit\u00e9 qu\u2019ils n\u2019auraient jamais eue autrement et de susciter \u00e0 leur \u00e9gard une sympathie qu\u2019ils n\u2019auraient jamais obtenue dans d\u2019autres conditions. \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En 1930, la loi pour la protection de la R\u00e9publique fut encore durcie, conf\u00e9rant au gouvernement des pouvoirs accrus pour r\u00e9primer les organisations et les publications jug\u00e9es mena\u00e7antes. L\u2019ann\u00e9e suivante, le pr\u00e9sident Paul von Hindenburg invoqua l\u2019article 48 de la Constitution afin de promulguer un d\u00e9cret d\u2019urgence autorisant la suspension des journaux pour une dur\u00e9e pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 deux mois d\u00e8s lors qu\u2019ils \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s porter atteinte \u00e0 l\u2019ordre public. En outre, le texte imposait aux r\u00e9dactions la publication de rectificatifs et de communiqu\u00e9s officiels dict\u00e9s par les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>La presse contre la libert\u00e9 de la presse<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La presse de gauche salua ces mesures, soutenant \u2013 selon les termes d\u2019un journal \u2013 que \u00ab pour se prot\u00e9ger efficacement contre le mensonge et la calomnie, l\u2019\u00c9tat doit \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 porter atteinte \u00e0 des droits fondamentaux tels que la libert\u00e9 de la presse \u00bb. En juin 1932, un nouveau d\u00e9cret d\u2019urgence vint parachever ce mouvement, renfor\u00e7ant encore le contr\u00f4le gouvernemental sur les journaux et \u00e9largissant les motifs pouvant justifier leur interdiction.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Entre mars 1930 et mai 1932, pas moins de 284 journaux furent temporairement suspendus en Prusse, dont 99 affili\u00e9s au parti nazi, 77 communistes et 43 issus de l\u2019extr\u00eame droite. M\u00eame des caricatures satiriques brocardant tel ou tel responsable politique pouvaient valoir une interdiction. \u00c0 ce stade, les m\u00e9dias de gauche commenc\u00e8rent enfin \u00e0 comprendre que ces dispositifs faisaient peser une menace existentielle sur la libert\u00e9 de la presse elle-m\u00eame. Le quotidien Berliner Tageblatt alla jusqu\u2019\u00e0 comparer les quelque cent fermetures de journaux mensuelles en Allemagne aux r\u00e9pressions de l\u2019Italie fasciste et de la Russie sovi\u00e9tique. Quelques mois plus tard, le Tageblatt annon\u00e7ait, d\u2019un ton sombre, \u00ab la fin de la libert\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard. L\u2019Allemagne de Weimar reposait sur un syst\u00e8me institutionnel hybride, \u00e0 la fois pr\u00e9sidentiel et parlementaire. Et si Adolf Hitler avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1932 face au pr\u00e9sident sortant ind\u00e9pendant, Paul von Hindenburg, le parti nazi fut le grand vainqueur des \u00e9lections l\u00e9gislatives f\u00e9d\u00e9rales organis\u00e9es plus tard dans l\u2019ann\u00e9e, en remportant 37,3 % des si\u00e8ges du Reichstag \u2013 davantage que toute autre formation.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En r\u00e9action, Hindenburg nomma chancelier Franz von Papen, un aristocrate d\u00e9pourvu de v\u00e9ritable assise politique. Mais le Reichstag, domin\u00e9 par les nazis, adopta une motion de censure qui entra\u00eena sa chute d\u00e8s novembre 1932. Le mois suivant, Hindenburg le rempla\u00e7a par le g\u00e9n\u00e9ral Kurt von Schleicher.<\/p>\n<p>Liquidation m\u00e9thodique de la libert\u00e9 d\u2019expression<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Schleicher tenta alors de fragiliser le parti nazi en proposant un accord de partage du pouvoir \u00e0 Gregor Strasser, figure du mouvement oppos\u00e9e \u00e0 Adolf Hitler. Mais Hitler d\u00e9joua la man\u0153uvre et parvint \u00e0 pr\u00e9server l\u2019unit\u00e9 du parti. Priv\u00e9 de tout soutien au sein d\u2019un Reichstag domin\u00e9 par les nazis, Schleicher se retrouva rapidement paralys\u00e9. Le 28 janvier 1933, face \u00e0 une impasse politique totale et \u00e0 un gouvernement devenu ingouvernable, il fut contraint de d\u00e9missionner. Deux jours plus tard, avec l\u2019appui des \u00e9lites conservatrices allemandes, Paul von Hindenburg se r\u00e9signa \u00e0 nommer Adolf Hitler chancelier, convaincu qu\u2019il saurait le tenir en laisse. Illusion de courte dur\u00e9e. En l\u2019espace de quelques mois, Hitler allait m\u00e9thodiquement consolider son pouvoir.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le F\u00fchrer put alors prendre les r\u00eanes d\u2019un appareil juridique et d\u2019une culture politique d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 encadrer \u2013 et restreindre \u2013 la libert\u00e9 d\u2019expression, un h\u00e9ritage parfaitement ajust\u00e9 \u00e0 ses ambitions autoritaires. En s\u2019appuyant sur ces dispositifs de censure pr\u00e9existants, il r\u00e9ussit, sans d\u00e9lai, \u00e0 r\u00e9duire les dissidents au silence, \u00e0 \u00e9craser l\u2019opposition, \u00e0 b\u00e2illonner la presse et \u00e0 asseoir son emprise sur la nation. En mars 1933, le Reichstag adopta la loi d\u2019habilitation (Erm\u00e4chtigungsgesetz), autorisant Adolf Hitler \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer sans l\u2019aval du Parlement, \u00e0 modifier la Constitution et \u00e0 contourner enti\u00e8rement le pr\u00e9sident, rel\u00e9guant Paul von Hindenburg \u00e0 un r\u00f4le purement symbolique. Hitler \u00e9tait d\u00e9sormais un dictateur, gouvernant par d\u00e9cret. La libert\u00e9 d\u2019expression en Allemagne \u00e9tait officiellement morte.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le m\u00eame mois, la loi sur les pratiques malveillantes (Verordnung zur Abwehr heimt\u00fcckischer Diskreditierung der nationalen Regierung) alla plus loin encore en criminalisant les formes les plus infimes de dissidence. Le simple fait de \u00ab colporter des ragots \u00bb sur le gouvernement ou de tourner en d\u00e9rision ses repr\u00e9sentants devenait passible d\u2019emprisonnement \u2013 voire d\u2019internement dans un camp de concentration.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En juillet 1933, Adolf Hitler avait interdit tous les autres partis politiques, an\u00e9antissant ainsi toute opposition d\u00e9mocratique. En octobre, la loi des \u00e9diteurs (Schriftleitergesetz) resserrait encore l\u2019\u00e9tau sur l\u2019information, en excluant les \u00ab non-Aryens \u00bb des m\u00e9tiers du journalisme. En moins d\u2019un an, Hitler aura m\u00e9tamorphos\u00e9 l\u2019Allemagne en \u00c9tat totalitaire. Parmi les leviers d\u00e9cisifs de cette transformation ? Sa liquidation m\u00e9thodique de la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>Mauvais diagnostic<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Imputer l\u2019ascension du parti nazi \u00e0 une libert\u00e9 d\u2019expression en roue libre revient donc \u00e0 se tromper de diagnostic sur la faiblesse structurelle de la R\u00e9publique de Weimar. Car ce n\u2019est pas l\u2019exc\u00e8s de libert\u00e9 d\u2019expression qui a pouss\u00e9 Hitler au pouvoir, mais l\u2019\u00e9rosion de l\u2019\u00c9tat de droit et la r\u00e9ticence du gouvernement sanctionner les nazis pour leurs crimes bien r\u00e9els \u2013 et pas seulement leurs d\u00e9lits verbaux. Car tandis que leur rh\u00e9torique \u00e9tait musel\u00e9e par la censure, l\u2019appareil judiciaire laissait leurs violences prosp\u00e9rer dans une impunit\u00e9 dont leurs adversaires politiques ne b\u00e9n\u00e9ficiaient que tr\u00e8s rarement.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Voyez le tristement c\u00e9l\u00e8bre putsch de la brasserie de 1923. \u00c0 Munich, Adolf Hitler, entour\u00e9 de plus de 600 complices, parmi lesquels de futurs dignitaires nazis comme Hermann G\u00f6ring et Rudolf Hess, orchestra une tentative de coup d\u2019\u00c9tat militaire d\u2019une extr\u00eame violence, qui fit au moins une vingtaine de morts. Arr\u00eat\u00e9 et inculp\u00e9 de haute trahison \u2013 un crime passible, dans la plupart des d\u00e9mocraties, de la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, voire de la peine capitale \u2013 Hitler \u00e9copa d\u2019une peine d\u00e9risoire : cinq ans de prison, dont il ne purgea que huit mois. Et encore, dans une d\u00e9tention confortable, assortie de privil\u00e8ges particuliers et d\u2019un va-et-vient constant de visiteurs. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il r\u00e9digea Mein Kampf.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Son complice Rudolf Hess fut condamn\u00e9 \u00e0 dix-huit mois de prison, mais lib\u00e9r\u00e9 au bout de huit. Quant aux autres participants, ils s\u2019en tir\u00e8rent avec de simples remontrances \u2013 autant dire une tape sur les doigts. \u00c0 l\u2019inverse, les soul\u00e8vements de gauche \u2013 comme la r\u00e9volte spartakiste de 1919 \u2013 furent \u00e9cras\u00e9s dans une implacable brutalit\u00e9. Leurs figures de proue, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, furent arbitrairement assassin\u00e9es par les Freikorps, des unit\u00e9s paramilitaires acquises aux nationalistes. Le pouvoir judiciaire, encore largement tenu par des magistrats conservateurs issus de l\u2019\u00e8re pr\u00e9-weimarienne, se montrait alors d\u2019une r\u00e9currente indulgence envers les extr\u00e9mistes de droite, tout en infligeant des peines bien plus s\u00e9v\u00e8res \u00e0 leurs homologues de gauche.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si la R\u00e9publique de Weimar avait fait respecter l\u2019\u00c9tat de droit et sanctionn\u00e9 les crimes nazis \u00e0 la hauteur de leur gravit\u00e9, Hitler aurait peut-\u00eatre pu \u00eatre stopp\u00e9. Et s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour trahison, le cours de l\u2019histoire aurait pu s\u2019en trouver radicalement infl\u00e9chi. Mais si les lois de censure draconiennes ont pu s\u2019attaquer \u00e0 la propagande nazie, elles n\u2019allaient rien faire pour entraver la capacit\u00e9 des nazis \u00e0 recourir \u00e0 la violence.<\/p>\n<p>Pente glissante<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00c9tat allemand court le risque de s\u2019engager sur une pente dangereusement similaire \u00e0 celle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur de Weimar. Les m\u00eames r\u00e9flexes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qui avaient conduit ce gouvernement \u00e0 interdire les publications nazies et \u00e0 emprisonner leurs propagandistes nourrissent aujourd\u2019hui une nouvelle offensive en faveur de la censure.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Prenons le cas de Martin Sellner, figure de proue du nationalisme autrichien et leader du mouvement identitaire paneurop\u00e9en. En mars 2024, les autorit\u00e9s allemandes lui ont interdit l\u2019entr\u00e9e sur le territoire pour une dur\u00e9e de trois ans, au nom de l\u2019ordre public. Cette mesure faisait suite \u00e0 un discours prononc\u00e9 lors d\u2019une r\u00e9union tenue \u00e0 Potsdam en novembre 2023, au cours duquel il d\u00e9fendait la \u00ab remigration \u00bb, entendue comme l\u2019expulsion massive des immigr\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La pr\u00e9sence \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement de repr\u00e9sentants de l\u2019Alternative f\u00fcr Deutschland (AfD) et de l\u2019Union chr\u00e9tienne-d\u00e9mocrate (CDU) d\u00e9clencha une vague de manifestations \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Pour ses d\u00e9tracteurs, de tels propos tenaient d\u2019un appel \u00e0 peine voil\u00e9 au nettoyage ethnique. Sauf que l\u2019exclusion de Martin Sellner du territoire allemand n\u2019a pourtant fait qu\u2019accro\u00eetre sa visibilit\u00e9, nourrissant le ressentiment contre ce qui est per\u00e7u comme des abus de pouvoir et donnant du cr\u00e9dit \u00e0 son r\u00e9cit d\u2019un \u00c9tat cherchant \u00e0 faire taire des \u00ab v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9rangeantes \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Comme l\u2019a r\u00e9sum\u00e9 un internaute sur X : \u00ab Pourquoi, en 2024, continuons-nous \u00e0 croire que les lois ou les constitutions nous prot\u00e9geront ? Ces gouvernements tyranniques ne feront que r\u00e9\u00e9crire la loi a posteriori pour pi\u00e9ger des gens comme Martin, qui, soit dit en passant, est l\u2019homme le plus jovial et gentil du monde. \u00bb<\/p>\n<p>La censure nourrit la visibilit\u00e9<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Les mesures adopt\u00e9es par le gouvernement n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 susciter un \u00e9cho international. Effet imm\u00e9diat de cette interdiction : Martin Sellner a gagn\u00e9 en visibilit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 dans The War Room, l\u2019\u00e9mission anim\u00e9e par Owen Shroyer et diffus\u00e9e sur la cha\u00eene InfoWars d\u2019Alex Jones.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Dans le m\u00eame esprit, en juillet 2024, la ministre allemande de l\u2019Int\u00e9rieur, Nancy Faeser, a prononc\u00e9 l\u2019interdiction officielle du magazine Compact \u2013 \u00e0 ne pas confondre avec son homonyme am\u00e9ricain \u2013 et ordonn\u00e9 une perquisition au domicile de son r\u00e9dacteur en chef, J\u00fcrgen Els\u00e4sser. Les autorit\u00e9s ont justifi\u00e9 cette d\u00e9cision en pr\u00e9sentant la publication comme un \u00ab porte-parole central de la sc\u00e8ne d\u2019extr\u00eame droite \u00bb, accus\u00e9 d\u2019attiser la haine contre les Juifs et les immigr\u00e9s et de saper la d\u00e9mocratie parlementaire. Mais loin de marginaliser ces milieux, l\u2019interdiction a au contraire servi de catalyseur, galvanisant des factions d\u2019extr\u00eame droite bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res allemandes et les f\u00e9d\u00e9rant dans une d\u00e9nonciation commune de ce qu\u2019elles per\u00e7oivent comme une pers\u00e9cution croissante des voix dissidentes.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si le gouvernement est parvenu, dans une certaine mesure, \u00e0 endiguer les prises de parole d\u2019extr\u00eame droite, la violence issue de ces milieux a, elle, atteint des niveaux alarmants : 1 136 faits ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s en 2024, dont beaucoup assortis de blessures graves. En d\u00e9cembre 2024, un m\u00e9decin de cinquante ans li\u00e9 \u00e0 l\u2019Alternative f\u00fcr Deutschland <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/magdebourg-les-nouvelles-revelations-sur-l-auteur-de-la-tuerie-embarrassent-les-autorites-24-12-2024-2578644_24.php\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/magdebourg-les-nouvelles-revelations-sur-l-auteur-de-la-tuerie-embarrassent-les-autorites-24-12-2024-2578644_24.php\">lan\u00e7ait sa voiture dans la foule d\u2019un march\u00e9 de No\u00ebl \u00e0 Magdebourg<\/a>, faisant au moins cinq morts et plus de 200 bless\u00e9s. En mars 2025, cinq individus seront par ailleurs condamn\u00e9s pour avoir complot\u00e9 le renversement du gouvernement et l\u2019enl\u00e8vement de l\u2019ancien ministre de la Sant\u00e9, dans le cadre d\u2019un projet de coup d\u2019\u00c9tat d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Et si le vent politique tourne ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Alors que les autorit\u00e9s allemandes durcissent la r\u00e9pression \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale \u2013 allant jusqu\u2019\u00e0 perquisitionner le domicile de personnes simplement soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019avoir tenu des propos haineux en ligne \u2013 une question s\u2019impose : n\u2019avons-nous donc rien appris de Weimar ? Avons-nous oubli\u00e9 combien les pr\u00e9c\u00e9dents juridiques forg\u00e9s sous un r\u00e9gime peuvent \u00eatre r\u00e9investis par un autre, d\u00e8s lors que le vent politique tourne ? Ce sc\u00e9nario n\u2019a d\u2019ailleurs plus rien de th\u00e9orique, au vu du soutien record recueilli par l\u2019Alternative f\u00fcr Deutschland (AfD) lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00c0 force de vouloir discipliner la parole au nom de la d\u00e9mocratie, l\u2019Allemagne prend le risque de rejouer la partition fatale de Weimar : attiser la radicalisation en l\u00e9gitimant les r\u00e9cits de pers\u00e9cution, \u00e9riger les censur\u00e9s en h\u00e9ros face \u00e0 un \u00c9tat per\u00e7u comme r\u00e9pressif, et se priver des instruments m\u00eames qui permettent de prendre le pouls r\u00e9el des opinions et des col\u00e8res sociales. En cherchant \u00e0 emp\u00eacher le retour du pass\u00e9, les dirigeants actuels pourraient bien, sans le vouloir, acc\u00e9l\u00e9rer une r\u00e9surgence du pire.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si la d\u00e9mocratie entend survivre, elle doit certes combattre l\u2019extr\u00e9misme, mais aussi r\u00e9sister \u00e0 la tentation d\u2019en adopter les m\u00e9thodes. Car sa force ne se jauge pas \u00e0 sa capacit\u00e9 de b\u00e2illonner ses ennemis, mais \u00e0 sa volont\u00e9 de rester fid\u00e8le \u00e0 ses principes \u2013 a fortiori lorsqu\u2019ils d\u00e9rangent.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">*Jay Sophalkalyan est Cambodgien. Il pr\u00e9pare un master en sciences humaines exp\u00e9rimentales \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de New York et est r\u00e9dacteur en chef adjoint du Journal of the Political Inquiry.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">**<a href=\"https:\/\/quillette.com\/2025\/04\/22\/have-we-forgotten-weimar-censorship-free-speech-germany\/\" target=\"_self\" rel=\"noopener\" title=\"https:\/\/quillette.com\/2025\/04\/22\/have-we-forgotten-weimar-censorship-free-speech-germany\/\">Cet article est originellement paru dans Quillette<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En voulant conjurer le spectre nazi par la censure, l\u2019Allemagne contemporaine r\u00e9active une m\u00e9canique d\u00e9j\u00e0 fatale \u00e0 Weimar.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":643350,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1587],"tags":[11,672,1804,1805,1803,1777,674,1801,12,1802],"class_list":{"0":"post-643349","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-allemagne","8":"tag-actualites","9":"tag-allemagne","10":"tag-bundesrepublik-deutschland","11":"tag-de","12":"tag-deutschland","13":"tag-eu","14":"tag-europe","15":"tag-germany","16":"tag-news","17":"tag-republique-federale-dallemagne"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115844599249922037","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/643349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=643349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/643349\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/643350"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=643349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=643349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=643349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}