{"id":648556,"date":"2026-01-08T03:49:15","date_gmt":"2026-01-08T03:49:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/648556\/"},"modified":"2026-01-08T03:49:15","modified_gmt":"2026-01-08T03:49:15","slug":"drones-peur-et-epuisement-la-realite-quotidienne-de-lacheminement-de-laide-humanitaire-en-ukraine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/648556\/","title":{"rendered":"Drones, peur et \u00e9puisement : la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne de l&rsquo;acheminement de l&rsquo;aide humanitaire en Ukraine"},"content":{"rendered":"<p>Pour les travailleurs humanitaires en premi\u00e8re ligne comme Oleg Kemin, du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (<a href=\"https:\/\/fr.wfp.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PAM<\/a>), cela implique de se rendre au c\u0153ur des territoires contest\u00e9s, le long de la ligne de contact de 1\u00a0000 kilom\u00e8tres qui s\u00e9pare l&rsquo;Ukraine de la Russie, o\u00f9 les drones d&rsquo;attaque repr\u00e9sentent une menace mortelle.<\/p>\n<p>Dans un entretien exclusif avec ONU Info, Oleg d\u00e9crit son travail d&rsquo;agent de s\u00e9curit\u00e9 et les d\u00e9fis auxquels il est confront\u00e9 pour acheminer l&rsquo;aide alimentaire aux populations vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>M\u00eame loin du front, le r\u00e9pit est rare, constate-t-il, les villes, y compris la capitale Kiev, \u00e9tant r\u00e9guli\u00e8rement bombard\u00e9es et plong\u00e9es dans l&rsquo;obscurit\u00e9 \u2013 comme ce fut le cas juste avant notre entretien.<\/p>\n<p>Sa conversation avec Daniel Johnson a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e pour des raisons de concision et de clart\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin<\/strong>\u00a0:\u00a0Chaque nuit, avec ces bombardements, c&rsquo;est tr\u00e8s difficile pour nous. Les infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques de l&rsquo;Ukraine sont la cible d&rsquo;attaques, et chaque attaque peut entra\u00eener de nouvelles coupures de courant dans tout le pays. Il y a aussi de nouvelles victimes, ce qui cr\u00e9e des tensions suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Disons que les personnes qui passent des nuits blanches dans les abris ne peuvent pas \u00eatre aussi productives que d&rsquo;habitude. En tant qu&rsquo;agent des op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 pour l&rsquo;ONU, mon travail consiste \u00e0 suivre ces alertes a\u00e9riennes constantes, \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 de notre personnel et \u00e0 les avertir des alertes.<\/p>\n<p>ONU Info : Comment g\u00e9rez-vous la menace constante d&rsquo;attaques ?<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin<\/strong> : Le mois prochain, cela fera quatre ans que la guerre a commenc\u00e9. Je me souviens encore des premi\u00e8res attaques, de la premi\u00e8re alerte a\u00e9rienne, et c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s effrayant. Il est impossible de s&rsquo;y habituer, surtout quand on voit les d\u00e9g\u00e2ts et les destructions, mais les gens finissent par s&rsquo;habituer \u00e0 tout.<\/p>\n<p>Mais de temps en temps, apr\u00e8s une journ\u00e9e de travail et fatigu\u00e9, on n&rsquo;entend pas l&rsquo;alerte a\u00e9rienne sur son t\u00e9l\u00e9phone ou la sir\u00e8ne dans la rue. D&rsquo;autres fois, on se r\u00e9veille avec la premi\u00e8re explosion et il est impossible de se rendre \u00e0 l&rsquo;abri, car l&rsquo;attaque a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9.<\/p>\n<p>On met en place des m\u00e9canismes \u2013 non pas pour s&rsquo;adapter \u2013 mais pour mieux comprendre la situation et suivre les proc\u00e9dures d&rsquo;urgence. Par exemple, une fois l&rsquo;attaque termin\u00e9e, faut-il commencer le d\u00e9compte des personnes et \u00e9valuer les besoins ?<\/p>\n<p>Dans tout le pays, les employ\u00e9s des compagnies d&rsquo;\u00e9nergie et des compagnies des eaux font de leur mieux pour maintenir une vie normale autant que possible et r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Dans la capitale, nous avons plus de possibilit\u00e9s d&rsquo;effectuer des r\u00e9parations tr\u00e8s rapidement, mais dans certaines villes \u2013 m\u00eame sur la rive gauche de Kiev \u2013 l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e pendant assez longtemps.<\/p>\n<p>ONU Info : O\u00f9 les besoins sont-ils les plus importants en Ukraine aujourd&rsquo;hui ?<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin<\/strong> : Certaines des communaut\u00e9s les plus vuln\u00e9rables se trouvent \u00e0 Pokrovsk, Kupyansk, Konstantynivka et Dobropillya \u2013 elles font toutes l&rsquo;actualit\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Nous avions l&rsquo;habitude d&rsquo;envoyer des convois d&rsquo;aide dans ces localit\u00e9s. C&rsquo;est vraiment triste de voir, avec le d\u00e9placement progressif de la ligne de front, comment la vie dispara\u00eet de ces villes.<\/p>\n<p>Lors de votre premier voyage, c&rsquo;est une ville normale, puis les magasins commencent \u00e0 fermer, de plus en plus de b\u00e2timents sont endommag\u00e9s et il y a moins de monde dans les rues. Lors de la derni\u00e8re mission, on ne voit plus qu&rsquo;une ville vide et ferm\u00e9e, et des gens qui n&rsquo;ont nulle part o\u00f9 aller.<\/p>\n<p>ONU Info : Comment les \u00e9quipes d&rsquo;aide se prot\u00e8gent-elles des attaques de drones ?<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemi<\/strong>n : Actuellement, dans les zones de front, on observe une forte pr\u00e9sence de drones \u00e0 vision subjective (t\u00e9l\u00e9command\u00e9s). Ces drones sont relativement petits et chacun est g\u00e9n\u00e9ralement pilot\u00e9 par un op\u00e9rateur. Lorsque l&rsquo;un de nos convois humanitaires se dirige vers ce type de zone, nous informons les deux parties au conflit de ses coordonn\u00e9es GPS en utilisant les syst\u00e8mes standard de notification humanitaire, afin qu&rsquo;il puisse atteindre sa destination en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais cela ne s&rsquo;applique qu&rsquo;aux v\u00e9hicules de l&rsquo;ONU ; les autres v\u00e9hicules civils et militaires du convoi restent vuln\u00e9rables. Pour contrer les drones, les forces arm\u00e9es ukrainiennes installent donc des couloirs de filets mont\u00e9s sur des pyl\u00f4nes de chaque c\u00f4t\u00e9 de la route, sur une distance de 10 \u00e0 15 kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Les petits drones n&rsquo;ont pas la vitesse suffisante pour traverser ces filets et s&rsquo;y retrouvent pi\u00e9g\u00e9s, ce qui offre une certaine protection. C&rsquo;est un dernier recours, certes, mais au moins il existe. Dans un tel couloir, on se sent plus en s\u00e9curit\u00e9, car il y a au moins une couche de protection autour du v\u00e9hicule.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les techniques de guerre \u00e9voluent constamment et il existe d\u00e9j\u00e0 des moyens de percer ces filets, ou les drones recherchent les br\u00e8ches, surtout en automne et en hiver, lorsque les vents violents peuvent d\u00e9chirer la structure. C&rsquo;est un double risque, car si le filet s&rsquo;enroule autour d&rsquo;une roue, il peut immobiliser le v\u00e9hicule.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/image1170x530cropped.jpg\" width=\"1170\" height=\"530\" alt=\"Un SUV blanc conduit le long d'une route rurale en Ukraine, passant sous un grand filet agricole soutenu par des poteaux.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>Un v\u00e9hicule du PAM passe sous des filets de protection anti-drones \u00e0 Kherson, en Ukraine.<\/p>\n<p>ONU Info : Qu&rsquo;en est-il des personnes qui ont besoin de l&rsquo;aide du PAM ?<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin <\/strong>: L&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, nous avons men\u00e9 des missions dans des communaut\u00e9s isol\u00e9es de la r\u00e9gion de Kharkiv (dans le nord-est de l&rsquo;Ukraine, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re russe). Certains villages que nous avons visit\u00e9s sont d\u00e9sormais inaccessibles, car il s&rsquo;agit d&rsquo;une zone de combat tr\u00e8s active, mais des habitants y vivent toujours.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;un de ces villages, j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de demander \u00e0 une habitante, une femme \u00e2g\u00e9e, pourquoi elle ne quittait pas le village. Elle m&rsquo;a r\u00e9pondu : \u00ab Ici se trouvent les tombes de mon mari et de mes enfants. Je n&rsquo;ai nulle part o\u00f9 aller ; la seule chose que je puisse faire est de veiller sur leurs tombes \u00bb.<\/p>\n<p>Des habitants vivent toujours dans ces communaut\u00e9s, et il \u00e9tait impossible d&rsquo;y acc\u00e9der en camion. Nous avons donc retir\u00e9 les si\u00e8ges arri\u00e8re de nos v\u00e9hicules blind\u00e9s, les avons remplis \u00e0 ras bord de kits alimentaires et avons litt\u00e9ralement travers\u00e9 la boue.<\/p>\n<p>Les v\u00e9hicules de nos partenaires se sont embourb\u00e9s, nous avons donc d\u00fb les remorquer. Les gens vivaient si pr\u00e8s des combats \u2013 \u00e0 seulement 4,5 kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re russe \u2013 et l&rsquo;activit\u00e9 des drones des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e9tait tr\u00e8s intense dans cette zone. Par cons\u00e9quent, pour certaines de ces communaut\u00e9s, nous leur apportons deux fois plus de kits alimentaires, car nous ne savons jamais si nous pourrons les atteindre dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<p>ONU Info : Que pouvez-vous nous dire de plus sur les communaut\u00e9s ukrainiennes que vous avez atteintes ?<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin<\/strong> : Il s&rsquo;agit de personnes \u00e2g\u00e9es, de retrait\u00e9s surtout. \u00c0 plusieurs reprises, des habitants nous ont dit : \u00ab C&rsquo;est notre terre, c&rsquo;est la maison o\u00f9 j&rsquo;ai grandi, c&rsquo;est une maison construite par mes arri\u00e8re-grands-parents, c&rsquo;est ma terre et je ne veux pas partir ! \u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autres fois, nous avons rencontr\u00e9 des personnes qui nous ont expliqu\u00e9 avoir tent\u00e9 de se rendre dans des pays europ\u00e9ens ou dans l&rsquo;ouest de l&rsquo;Ukraine, mais en raison de leur \u00e2ge, elles n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver un emploi leur permettant de gagner suffisamment d&rsquo;argent pour louer une maison. Elles ont donc d\u00fb retourner dans leurs communaut\u00e9s d\u00e9chir\u00e9es par la guerre. De plus, pour les personnes handicap\u00e9es et leurs proches, il n&rsquo;est pas facile de quitter ces communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat propose des \u00e9vacuations et une assistance, mais de nombreuses personnes pr\u00e9voient de rester sur place. Et ce sont ces personnes que nous aidons dans les communaut\u00e9s les plus proches de la ligne de front, o\u00f9 les magasins sont ferm\u00e9s et o\u00f9 personne n&rsquo;apporte de nourriture. Plus loin, si les march\u00e9s sont ouverts, nos donateurs fournissent une petite aide financi\u00e8re afin que les gens puissent choisir ce qu&rsquo;ils souhaitent ajouter \u00e0 leur panier alimentaire.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/1767844155_79_image1170x530cropped.jpg\" width=\"1170\" height=\"530\" alt=\"Une voiture blanche conduit dans une rue endommag\u00e9e en Ukraine, entour\u00e9e de b\u00e2timents d'appartements fortement bombard\u00e9s avec des fen\u00eatres cass\u00e9es et des fa\u00e7ades charbonn\u00e9es.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>Un v\u00e9hicule des Nations Unies traverse une ville d\u00e9truite en Ukraine.<\/p>\n<p>ONU Info : Un autre aspect de la mission du PAM est de s\u00e9curiser \u00e0 nouveau les terres agricoles afin que les Ukrainiens puissent cultiver leurs champs.<\/p>\n<p><strong>Oleg Kemin <\/strong>: Oui, nous participons aux op\u00e9rations de d\u00e9minage. L&rsquo;Ukraine est un immense pays agricole et une grande partie de ses terres \u2013 jusqu&rsquo;\u00e0 25 \u00e0 30 % \u2013 est contamin\u00e9e par des munitions non explos\u00e9es et des restes explosifs de guerre.<\/p>\n<p>Le PAM intervient donc dans le d\u00e9minage pour rendre ces terres \u00e0 nouveau cultivables. Comme vous le savez, les c\u00e9r\u00e9ales ukrainiennes contribuent \u00e0 nourrir des pays d&rsquo;Afrique et du monde entier. L&rsquo;un de nos objectifs est donc de participer \u00e0 cette activit\u00e9 afin de lutter contre la faim, non seulement en Ukraine, mais aussi, gr\u00e2ce aux c\u00e9r\u00e9ales ukrainiennes, partout dans le monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Pour les travailleurs humanitaires en premi\u00e8re ligne comme Oleg Kemin, du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM),&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":648557,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1590],"tags":[11,1777,674,12,220],"class_list":{"0":"post-648556","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-ukraine","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-news","12":"tag-ukraine"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115857441810991089","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/648556","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=648556"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/648556\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/648557"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=648556"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=648556"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=648556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}