{"id":655837,"date":"2026-01-11T09:36:15","date_gmt":"2026-01-11T09:36:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/655837\/"},"modified":"2026-01-11T09:36:15","modified_gmt":"2026-01-11T09:36:15","slug":"temoignage-jai-fait-pipi-devant-lui-et-jai-commence-a-pleurer-comment-christian-negre-piegeait-ses-victimes-avec-des-diuretiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/655837\/","title":{"rendered":"TEMOIGNAGE. \u00ab\u00a0J\u2019ai fait pipi devant lui et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 pleurer\u00a0\u00bb\u00a0: comment Christian N\u00e8gre pi\u00e9geait ses victimes avec des diur\u00e9tiques"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                    l&rsquo;essentiel<br \/>\n                                                                \u00c0 23 ans, Aurore pensait jouer sa vie professionnelle en d\u00e9crochant un entretien au minist\u00e8re de la Culture. Elle en est sortie humili\u00e9e, bris\u00e9e, sans comprendre ce qui venait de lui arriver. Des ann\u00e9es plus tard, elle d\u00e9couvre avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019une des victimes de Christian N\u00e8gre, haut fonctionnaire qui droguait des femmes lors de faux entretiens. Son t\u00e9moignage est gla\u00e7ant.\u00a0Treize ans plus tard, cette Toulousaine attend toujours un proc\u00e8s.\n                            <\/p>\n<p>Aurore se souvient de chaque d\u00e9tail. De la tenue choisie avec soin. Du trajet en train depuis Besan\u00e7on. Des ballerines rang\u00e9es dans son sac pour remplacer ses chaussures \u00e0 talons \u00e0 la fin du rendez-vous. \u00c0 23 ans, dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019un master en ing\u00e9nierie culturelle, elle croit toucher du doigt l\u2019objectif pour lequel elle a tout sacrifi\u00e9\u00a0: travailler au minist\u00e8re de la Culture. L\u2019appel re\u00e7u quelques jours plus t\u00f4t nourrit tous ses espoirs. Un haut cadre du minist\u00e8re souhaite la rencontrer. Aucun poste pr\u00e9cis n\u2019est mentionn\u00e9, mais peu importe. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le graal absolu\u00a0\u00bb, dit-elle aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p class=\"std-elt__inline\">\n        <strong>\u00c0 lire aussi :<\/strong><br \/>\n        <a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2026\/01\/11\/enquete-la-stupefiante-affaire-christian-negre-des-centaines-de-femmes-droguees-aux-diuretiques-et-six-ans-apres-toujours-pas-de-proces-13150693.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ENQUETE. La stup\u00e9fiante affaire Christian N\u00e8gre\u00a0: des centaines de femmes drogu\u00e9es aux diur\u00e9tiques\u2026 et six ans apr\u00e8s, toujours pas de proc\u00e8s<\/a>\n    <\/p>\n<p>Le jour de l\u2019entretien, Christian N\u00e8gre\u00a0vient la chercher lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019accueil. Le geste la rassure. \u00ab\u00a0Je me suis dit\u00a0: il est sympa, il ne d\u00e9l\u00e8gue m\u00eame pas\u00a0\u00bb. Il l\u2019emm\u00e8ne dans un bureau, lui propose un th\u00e9, l\u2019accompagne\u00a0d\u2019un chocolat. Puis sugg\u00e8re de poursuivre l\u2019entretien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, sur les quais de Seine. Aurore accepte. Elle veut bien faire, ne surtout pas dire non, malgr\u00e9 ses talons qui lui promettent une promenade inconfortable. Les diur\u00e9tiques qui ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s \u00e0 son insu dans son th\u00e9 rendront bient\u00f4t ce petit tracas d\u00e9risoire.<\/p>\n<p>Une marche qui n\u2019en finit pas<\/p>\n<p>Les questions s\u2019encha\u00eenent, d\u00e9connect\u00e9es de son profil\u00a0: \u00ab\u00a0Il me demandait ce que je ferais si je devenais directrice artistique du Mont-Saint-Michel. C\u2019\u00e9tait absurde\u00a0\u00bb. Rapidement, son corps la trahit. Une douleur diffuse dans les jambes, dans le dos, le bas-ventre. Une envie pressante d\u2019uriner. Elle demande des toilettes. \u00ab\u00a0Il disait qu\u2019il n\u2019y avait rien, qu\u2019on \u00e9tait loin du minist\u00e8re\u00a0\u00bb. La marche se prolonge, interminable. La douleur s\u2019intensifie. Aurore insiste. Elle plie, supplie presque. \u00ab\u00a0Je pensais que c\u2019\u00e9tait ma faute, les talons, le stress.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au bout d\u2019un moment, elle n\u2019en peut plus. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais pli\u00e9e en deux.\u00a0\u00bb\u00a0Il finit par lui indiquer un endroit \u00e0 l\u2019\u00e9cart, lui propose de la dissimuler\u00a0avec sa veste. \u00ab\u00a0J\u2019ai fait pipi dehors, devant l\u2019homme qui pouvait potentiellement changer ma vie professionnelle. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 pleurer. J\u2019avais honte. Je m\u2019excusais sans arr\u00eat.\u00a0\u00bb\u00a0Il la rassure, lui tend un mouchoir.<\/p>\n<p>Quelques instants plus tard, il\u00a0d\u00e9cide d\u2019\u00e9courter l\u2019entretien. Sur le chemin du retour, elle r\u00e9alise qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 quelques m\u00e8tres du minist\u00e8re. \u00ab\u00a0Je me suis dit\u00a0: j\u2019ai g\u00e2ch\u00e9 l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une vie pour ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 me retenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle retourne \u00e0 la gare, et s\u2019\u00e9vanouit devant le guichet. \u00ab\u00a0Mes jambes ont l\u00e2ch\u00e9.\u00a0\u00bb Dans le train, la sensation persiste\u00a0: un corps vid\u00e9 de sa force. De retour chez sa m\u00e8re, elle prend un bain br\u00fblant pour tenter de reprendre le contr\u00f4le. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. \u00ab\u00a0J\u2019avais les jambes en coton. Je sentais qu\u2019il fallait de la chaleur, quelque chose pour que \u00e7a passe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9e d\u2019avoir tout g\u00e2ch\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle pense avoir tout g\u00e2ch\u00e9, est\u00a0convaincue d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0plac\u00e9e sur liste noire au minist\u00e8re\u00a0\u00bb apr\u00e8s un tel fiasco. \u00ab\u00a0Pour moi, c\u2019\u00e9tait de ma faute. \u00c0 aucun moment je n\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019il m\u2019avait drogu\u00e9e.\u00a0\u00bb D\u00e8s lors, elle renonce \u00e0 postuler dans les institutions parisiennes, change m\u00eame son\u00a0nom de famille, persuad\u00e9e qu\u2019il peut d\u00e9sormais lui causer du tort. \u00ab\u00a0Je me disais que mon identit\u00e9 devait dispara\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sept ann\u00e9es passent, Aurore emm\u00e9nage pr\u00e8s de Toulouse. Sa trajectoire professionnelle d\u00e9vie. Concours, postes alimentaires, puis un burn-out s\u00e9v\u00e8re. Un jour de 2019, alors qu\u2019elle est enceinte, elle re\u00e7oit un appel de la police judiciaire. On lui demande si elle conna\u00eet Christian N\u00e8gre. \u00ab\u00a0Sur le moment, je n\u2019ai pas compris.\u00a0\u00bb Deux semaines plus tard, elle d\u00e9couvre \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision l\u2019affaire\u00a0: un haut fonctionnaire est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir drogu\u00e9 pr\u00e8s de 250 femmes lors de faux entretiens pour les contraindre \u00e0 uriner devant lui.<\/p>\n<p class=\"std-elt__inline\">\n        <strong>\u00c0 lire aussi :<\/strong><br \/>\n        <a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2026\/01\/11\/entretien-affaire-christian-negre-ne-pas-savoir-ou-en-est-linstruction-est-une-violence-sans-nom-pour-les-victimes-denonce-sandrine-josso-13150532.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ENTRETIEN. Affaire Christian N\u00e8gre\u00a0: \u00ab\u00a0Ne pas savoir o\u00f9 en est l\u2019instruction est une violence sans nom pour les victimes\u00a0\u00bb, d\u00e9nonce Sandrine Josso<\/a>\n    <\/p>\n<p>Les enqu\u00eateurs lui apprennent alors l\u2019existence d\u2019un tableau o\u00f9 elle figure comme l\u2019une de ses nombreuses \u00ab\u00a0exp\u00e9riences\u00a0\u00bb, avec des d\u00e9tails pr\u00e9cis sur la substance administr\u00e9e, ses r\u00e9actions, ses v\u00eatements. \u00ab\u00a0Il avait tout not\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la couleur de ma culotte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Treize ans ont pass\u00e9 depuis les faits, et Christian N\u00e8gre\u00a0n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9. Aurore, comme des dizaines d\u2019autres, attend. Elle parle aujourd\u2019hui pour rompre le silence. Non pour raconter l\u2019horreur \u2013 elle est connue \u2013 mais pour dire l\u2019apr\u00e8s\u00a0: une vie d\u00e9vi\u00e9e, une vocation abandonn\u00e9e, et l\u2019usure d\u2019une attente judiciaire qui prolonge, encore, le traumatisme.<\/p>\n<p>    \u00ab\u00a0Un sujet qui veut affirmer sa puissance\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Derri\u00e8re le mode op\u00e9ratoire de Christian N\u00e8gre se cache une structure mentale complexe que les experts devront diss\u00e9quer. Pour Gabrielle Arena, psychiatre, ces agissements ne sont pas le fruit du hasard mais s\u2019enracinent dans une pathologie du contr\u00f4le.<br \/>\u00ab\u00a0Ces agissements peuvent se comprendre dans la lecture de son histoire personnelle\u00a0\u00bb, analyse-t-elle. \u00ab\u00a0Ce \u00e0 quoi on pense imm\u00e9diatement, c\u2019est \u00e0 un sujet qui veut affirmer sa puissance. Qui humilie et prend au pi\u00e8ge dans le cadre aussi de son poste de responsabilit\u00e9 et du processus de recrutement, o\u00f9 il a le contr\u00f4le. C\u2019est une recherche de toute-puissance\u00a0\u00bb.<br \/>L\u2019expertise psychiatrique, cruciale lors de l\u2019instruction, devra fouiller le pass\u00e9 du mis en cause pour comprendre ce qui a d\u00e9clench\u00e9 de telles humiliations sur plus de 200 plaignantes. \u00ab\u00a0Il faudra rechercher si le sujet a \u00e9t\u00e9, dans sa vie, humili\u00e9 par des femmes, et s\u2019il reproduit cette humiliation en voyant ces femmes uriner\u00a0\u00bb.<br \/>L\u2019experte \u00e9voque une dimension addictive, un engrenage o\u00f9 la pulsion prend le pas. \u00ab\u00a0Certains auteurs de faits similaires ou de viols n\u2019arrivent plus \u00e0 s\u2019arr\u00eater ni \u00e0 ma\u00eetriser leur compulsion. Le sujet commet l\u2019action, il a honte, mais pour se \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb, il va recommencer, \u00e9prouvant \u00e0 la fois du plaisir et du d\u00e9go\u00fbt\u00a0\u00bb. Ces m\u00e9canismes profonds, s\u2019ils sont mis en lumi\u00e8re par les experts, constitueront le c\u0153ur des explications attendues par les victimes en cas de proc\u00e8s.<br \/>BD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"l&rsquo;essentiel \u00c0 23 ans, Aurore pensait jouer sa vie professionnelle en d\u00e9crochant un entretien au minist\u00e8re de la&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":655838,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[11,1011,27,329,2722,303,12,25,2312],"class_list":{"0":"post-655837","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualites","8":"tag-actualites","9":"tag-fr","10":"tag-france","11":"tag-france-monde","12":"tag-haute-garonne","13":"tag-justice","14":"tag-news","15":"tag-republique-francaise","16":"tag-toulouse"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115875793001383168","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/655837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=655837"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/655837\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/655838"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=655837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=655837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=655837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}