{"id":664645,"date":"2026-01-15T05:47:19","date_gmt":"2026-01-15T05:47:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/664645\/"},"modified":"2026-01-15T05:47:19","modified_gmt":"2026-01-15T05:47:19","slug":"a-marseille-de-la-prison-ferme-requise-dans-un-vaste-proces-pour-trafic-de-pesticides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/664645\/","title":{"rendered":"\u00e0 Marseille, de la prison ferme requise dans un vaste proc\u00e8s pour trafic de pesticides"},"content":{"rendered":"<p>\u00abApr\u00e8s la premi\u00e8re affaire, j\u2019ai voulu arr\u00eater les b\u00eatises.\u00bb Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que cette phrase d\u2019Alain H. n\u2019a pas convaincu le procureur. Le retrait\u00e9 est accus\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un vaste trafic de pesticides depuis 2018, entre des distributeurs espagnols et des agriculteurs des Bouches-du-Rh\u00f4ne et de la Dr\u00f4me. <\/p>\n<p>Ce mercredi, le procureur a requis contre lui dix mois de prison ferme et 65\u00a0000 euros d\u2019amende dans la salle des proc\u00e8s \u00abhors normes\u00bb du tribunal de Marseille. Alain H. a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 2021 \u00e0 six mois de prison avec sursis dans la premi\u00e8re partie de cette affaire, concernant des agriculteurs normands.<\/p>\n<p>De la prison ferme est aussi requise contre son principal client, Didier Cornille. L\u2019exploitant agricole est \u00e0 la t\u00eate de l\u2019entreprise fran\u00e7aise leader de la salade, la soci\u00e9t\u00e9 Reveny, qui compte 80 salari\u00e9\u00b7es et des clients comme Bonduelle ou Florette. L\u2019int\u00e9ress\u00e9, lui aussi, <a href=\"https:\/\/larlesienne.info\/2025\/04\/09\/brulages-plastiques-en-camargue-la-condamnation-de-didier-cornille\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, en 2025<\/a>, pour avoir br\u00fbl\u00e9 des d\u00e9chets plastiques dans son exploitation en Camargue.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"\" class=\"wp-image-52522\" data-lazy- data-lazy- data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Design-sans-titre-2026-01-14T185433.300-1024x683.jpg\"\/>Alain H. r\u00e9pond aux questions devant le tribunal judiciaire de Marseille (Bouches-du-Rh\u00f4ne), ce mercredi. \u00a9\u00a0Samy Hage\/Vert<\/p>\n<p>Pour les cinq autres pr\u00e9venus, les peines requises vont de quatre \u00e0 huit mois de prison avec sursis, en plus d\u2019amendes entre 15\u00a0000 et 40\u00a0000 euros. Tous d\u00e9tiennent des exploitations agricoles majeures, comme la soci\u00e9t\u00e9 des Sansouires, num\u00e9ro un du melon fran\u00e7ais, ou la soci\u00e9t\u00e9 des Cailloux, un important fournisseur de fruits et l\u00e9gumes. Elles fournissent les groupes de la grande distribution et ont m\u00eame obtenu le label Haute valeur environnementale, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019une d\u2019entre elles. Lors de son r\u00e9quisitoire, le procureur a demand\u00e9 de juger \u00abun syst\u00e8me qui est appliqu\u00e9 par de grosses entreprises\u00a0; des entreprises qui dominent le march\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Des notes comptables accablantes<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me d\u00e9taill\u00e9 depuis ce lundi par le tribunal, qui diffuse sur un \u00e9cran les documents comptables d\u2019Alain H., saisis lors d\u2019une perquisition\u00a0: il ach\u00e8terait des produits phytosanitaires interdits en France \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s espagnoles comme Agro Naqui. Cette derni\u00e8re, potentielle complice, produirait une fausse facture pour un engrais l\u00e9gal, avant de livrer le produit dans une palette avec un film plastique noir opaque et la mention \u00abengrais\u00bb. Alain H. vendrait ensuite le pesticide \u00e0 des agriculteurs fran\u00e7ais, en touchant une commission. Notons qu\u2019Agro Naqui n\u2019est pas jug\u00e9e. Le tribunal indique que l\u2019entreprise fait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate en Espagne, sans plus de d\u00e9tails.<\/p>\n<p>La d\u00e9fense d\u2019Alain H. oscille entre contestation et minimisation des faits. Quand le tribunal affiche une note m\u00e9thodologique qui explique noir sur blanc l\u2019engrais \u00e0 indiquer en lieu et place du pesticide illicite \u00e0 livrer (le Raft), il r\u00e9pond \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00abJe ne suis pas sp\u00e9cialiste des phytosanitaires, je suis sp\u00e9cialiste des engrais\u00bb, se d\u00e9fend-il. Le pr\u00e9sident pose une question rh\u00e9torique\u00a0: \u00abSi vous \u00eates sp\u00e9cialistes, vous confirmez que le Raft n\u2019est pas un engrais\u00a0?\u00bb<\/p>\n<p>Lors de l\u2019audience, alors que les \u00e9l\u00e9ments s\u2019encha\u00eenent, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 tient t\u00eate. Dans un devis, Alain H. compare le prix d\u2019un pesticide dans sa version interdite en France avec sa version autoris\u00e9e, quasiment deux fois plus ch\u00e8re. \u00abVous vous rendez compte de la diff\u00e9rence\u00a0?\u00bb, enrage Alain H. Le pr\u00e9sident ass\u00e8ne\u00a0: \u00abVous vous rendez compte que c\u2019est un produit interdit depuis 2014\u00a0?\u00bb L\u2019int\u00e9ress\u00e9 se r\u00e9tracte et jure alors ne pas se souvenir d\u2019avoir vendu ce produit. Une contradiction qui agace le pr\u00e9sident, qui l\u00e2che\u00a0: \u00abJ\u2019ai l\u2019impression, monsieur, qu\u2019\u00e0 chaque fois que je vous interroge, vous dites quelque chose et, apr\u00e8s, vous revenez en arri\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Nier en bloc<\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, le retrait\u00e9 fait sourire ou agace l\u2019audience par sa d\u00e9sinvolture. Il parle sans filtre, et sans son avocat lors des pauses, insistant sur le fait que des aliments trait\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger avec des pesticides interdits en France sont vendus sur nos \u00e9tals. Le pr\u00e9sident doit m\u00eame le rappeler \u00e0 l\u2019ordre pour ses bavardages en pleine plaidoirie. \u00abPeut-\u00eatre le privil\u00e8ge de l\u2019\u00e2ge\u00bb, dit le procureur \u00e0 propos du pr\u00e9venu de 78\u00a0ans, avant d\u2019avertir\u00a0: \u00abIl n\u2019est pas na\u00eff, c\u2019est un homme d\u2019affaires, il sait ce qu\u2019il dit.\u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9fense vire \u00e0 l\u2019absurde lorsque les autres pr\u00e9venus passent \u00e0 la barre. Face \u00e0 une dizaine de factures faisant mention de centaines voire de milliers de litres de pesticides interdits, Didier Cornille nie en bloc pendant pr\u00e8s de trois heures. Une facture d\u2019engrais \u00e0 son nom est m\u00eame appos\u00e9e d\u2019un post-it indiquant les pesticides interdits r\u00e9ellement livr\u00e9s. L\u2019agriculteur ose\u00a0: \u00ab\u00c0 votre place, je me poserais la m\u00eame question que vous.\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Alain H., il maintient que ces documents ne correspondent pas \u00e0 des ventes r\u00e9elles. Il affirme sans broncher tenir une comptabilit\u00e9 virtuelle, pour des transactions potentielles. \u00abC\u2019est [l\u2019argent] qu\u2019ils m\u2019auraient d\u00fb si j\u2019avais fait la vente\u00bb, dit-il \u00e0 propos d\u2019une facture. \u00abVous \u00eates l\u2019un des pr\u00e9venus qui \u00e9crit le plus de choses qui ne se produisent pas\u00bb, ironise le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>3,5 tonnes de pesticides trouv\u00e9es<\/p>\n<p>Les enqu\u00eateur\u00b7ices ont bien retrouv\u00e9 3,5 tonnes de pesticides non autoris\u00e9s chez l\u2019ensemble des pr\u00e9venus. La plupart plaident la \u00abn\u00e9gligence\u00bb ou la \u00abfaute professionnelle\u00bb et assurent avoir achet\u00e9 ces produits avant leur interdiction, et avoir oubli\u00e9 de s\u2019en d\u00e9barrasser. Plusieurs sont pourtant dat\u00e9s d\u2019apr\u00e8s leur fin d\u2019autorisation de mise sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Chez Patrick R., g\u00e9rant de l\u2019exploitation de fruits et l\u00e9gumes des Brosses, c\u2019est une cuve de 1\u00a0000 litres de Raison 50, dat\u00e9e d\u2019un an apr\u00e8s son interdiction en France, qui a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e dans son exploitation. Elle est entam\u00e9e aux deux tiers. \u00abA priori, les 700 litres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dans la canalisation\u00bb, pique Philippe de Castro, avocat de l\u2019ONG anti-pesticides G\u00e9n\u00e9rations futures, partie civile du proc\u00e8s. Le pr\u00e9venu n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent \u00e0 la barre pour r\u00e9pondre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"\" class=\"wp-image-52524\" data-lazy- data-lazy- data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Design-sans-titre-2026-01-14T185624.024-1024x683.jpg\"\/>La salle des proc\u00e8s \u00abhors normes\u00bb du tribunal judiciaire de Marseille. \u00a9\u00a0Samy Hage\/Vert<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, la d\u00e9fense insiste sur l\u2019absence d\u2019une preuve de l\u2019utilisation des produits. Il est vrai que les traces de pesticides interdits n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9es sur les productions concern\u00e9es. Interrog\u00e9 en tant que t\u00e9moin, l\u2019enqu\u00eateur \u00e0 la Brigade nationale d\u2019enqu\u00eates v\u00e9t\u00e9rinaires et phytosanitaires (BNEVP) justifie cette d\u00e9cision\u00a0: \u00abIl peut nous arriver de trouver des produits avec beaucoup de poussi\u00e8re, ce qui peut laisser penser \u00e0 de la n\u00e9gligence. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas.\u00bb Il explique \u00e9galement que la date d\u2019achat ne pr\u00e9sage pas de la date d\u2019usage, surtout au vu de la taille des commandes\u00a0: \u00abAvant une interdiction, certains exploitants peuvent \u00eatre tent\u00e9s de faire un stock d\u2019opportunit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Des exploitations majeures<\/p>\n<p>L\u2019argument de la n\u00e9gligence r\u00e9siste mal \u00e9tant donn\u00e9 la taille des exploitations, estiment les parties civiles. Isabelle Vergnoux, avocate de la section des Bouches-du-Rh\u00f4ne de France Nature Environnement (FNE), plaide\u00a0: \u00abLa n\u00e9gligence est difficilement entendable [\u2026] On est sur des agriculteurs qui se portent bien, pas sur de petits agriculteurs qui ont des difficult\u00e9s financi\u00e8res.\u00bb En tout, neuf associations et syndicats sont parties civiles, comme l\u2019UFC-Que Choisir, la Ligue pour la protection des oiseaux et CLCV (Consommation, logement et cadre de vie).<\/p>\n<p>On trouve aussi le syndicat agricole Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne. Son avocate, Lucile Stahl, entend faire entendre les pr\u00e9judices des salari\u00e9\u00b7es des pr\u00e9venus\u00a0: \u00abLeurs actions engagent les salari\u00e9s agricoles, qui sont les premi\u00e8res victimes, mais aussi les riverains, les femmes enceintes.\u00bb. Les parties civiles rappellent aussi que la France est le troisi\u00e8me pays qui autorise le plus de substances pour pesticides dans l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des avocat\u00b7es la d\u00e9fense, la plupart demandent la relaxe. Fabrice Baboin, avocat de Didier Cornille, avance avec gravit\u00e9\u00a0: \u00abQui va nourrir la France\u00a0?\u00bb Son confr\u00e8re, l\u2019avocat d\u2019Alain H., Alain Baduel, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire \u00e9cho \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 sociale, fustigeant le procureur\u00a0: \u00abIl faut n\u2019avoir rien entendu de la col\u00e8re agricole.\u00bb Il d\u00e9crit la personnalit\u00e9 de son client, \u00abdans son jus\u00bb, dit-il\u00a0: \u00abC\u2019est un homme d\u2019un autre si\u00e8cle. Il vient d\u2019une agriculture qui ne connait en rien les normes environnementales.\u00bb Il demande une relaxe partielle.<\/p>\n<p>Alain H. ne perd pas sa d\u00e9sinvolture en sortie d\u2019audience, m\u00eame apr\u00e8s avoir appris la peine requise contre lui\u00a0: \u00abSi je fais vraiment du ferme, je vais faire comme Sarkozy, je vais \u00e9crire un livre\u00a0!\u00bb Le d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, pr\u00e9vu le 7 avril, l\u2019informera de son destin judiciaire et litt\u00e9raire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00abApr\u00e8s la premi\u00e8re affaire, j\u2019ai voulu arr\u00eater les b\u00eatises.\u00bb Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que cette&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":664646,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2814],"tags":[1111,11,1777,674,1011,27,884,12,76562,882,25,76563],"class_list":{"0":"post-664645","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-marseille","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-marseille","15":"tag-news","16":"tag-proces-hors-normes","17":"tag-provence-alpes-cote-dazur","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-trafic-de-pesticides"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115897541858532546","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/664645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=664645"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/664645\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/664646"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=664645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=664645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=664645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}