{"id":684960,"date":"2026-01-24T01:26:11","date_gmt":"2026-01-24T01:26:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/684960\/"},"modified":"2026-01-24T01:26:11","modified_gmt":"2026-01-24T01:26:11","slug":"hip-hop-de-marseille-a-medellin-la-danseuse-marina-gomes-raconte-les-quartiers-populaires-reportage-culture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/684960\/","title":{"rendered":"Hip-Hop: de Marseille \u00e0 Medell\u00edn, la danseuse Marina Gomes raconte les quartiers populaires &#8211; Reportage culture"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                D\u00e9construire les clich\u00e9s par la danse et le hip-hop\u202f: c\u2019est la mission que s\u2019est donn\u00e9e la chor\u00e9graphe marseillaise Mario G\u00f3mez. Sa trilogie \u2014 Asmanti, La Cuenta, Bach Nord \u2014 est affich\u00e9e au festival\u00a0Suresnes\u202fCit\u00e9s\u202fDanse, en banlieue parisienne. Trois pi\u00e8ces pour raconter la r\u00e9silience, la jeunesse\u00a0et la puissance de cr\u00e9ation des quartiers populaires.                    <\/p>\n<p>Surv\u00eats, baskets, casquette\u2026 Des jeunes tra\u00eenent autour d\u2019un banc. Leur d\u00e9marche nonchalante pleine d\u2019attitude se mue en danse. \u00ab C\u2019est une pi\u00e8ce qui se passe dans les quartiers populaires. Elle raconte diff\u00e9rents moments du quotidien, diff\u00e9rentes trajectoires, avec l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir un espace de repr\u00e9sentativit\u00e9 \u00e0 nos paroles, \u00e0 nos r\u00e9cits, \u00e0 nos v\u00e9cus. Ce sont des fragments de vie, dans diff\u00e9rents pays, \u00e0 diff\u00e9rents moments, mais on pourrait \u00eatre dans un seul et m\u00eame quartier \u00bb, explique Marina Gomes.<\/p>\n<p>Originaire de Marseille, la danseuse et chor\u00e9graphe raconte la vie et son v\u00e9cu dans les villes touch\u00e9es par la violence et le narcotrafic. Apr\u00e8s avoir compos\u00e9 Asmanti et Bach Nord, c\u2019est en Colombie, \u00e0 Medell\u00edn, qu\u2019elle puise l\u2019id\u00e9e de la troisi\u00e8me pi\u00e8ce &#8211; La Cuenta \u2013 qui compose sa trilogie. \u00ab L\u00e0-bas, j\u2019ai rencontr\u00e9 des collectifs de jeunes qui menaient un travail de m\u00e9moire et de r\u00e9silience avec les familles de victimes. Ce qui m\u2019a frapp\u00e9e, c\u2019est la force de leur parole \u00bb, raconte-t-elle.<\/p>\n<p>\u00ab Leur slogan \u00e9tait : \u201cNos vies comptent\u201d, \u201cchaque \u00eatre assassin\u00e9 \u00e9tait un \u00eatre aim\u00e9\u201d. Ils affirmaient que rien ne justifie l\u2019homicide. Quand je suis rentr\u00e9e \u00e0 Marseille, cela a fait \u00e9cho avec ce que nous traversions alors, notamment en 2023, l\u2019une des ann\u00e9es les plus sanglantes. Mais ce qui m\u2019a marqu\u00e9e, c\u2019est qu\u2019en France, j\u2019avais parfois l\u2019impression qu\u2019on comptait les morts, poursuit la chor\u00e9graphe. On les r\u00e9duit \u00e0 des chiffres, surtout lorsqu\u2019on suppose, parfois sans rien savoir, un lien avec le narcotrafic. On ne s\u2019\u00e9meut pas, alors qu\u2019il s\u2019agit souvent de mineurs ou de tr\u00e8s jeunes personnes \u00bb, d\u00e9plore-t-elle. Ces constats soul\u00e8vent, selon elle, une question fondamentale : \u00ab\u00a0Les enfants des quartiers populaires sont-ils consid\u00e9r\u00e9s comme des enfants fran\u00e7ais ? Et les enfants racis\u00e9s ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Rendre des visages et des r\u00e9cits \u00e0 celles et ceux qu\u2019on r\u00e9duit au silence <\/p>\n<p>Sur sc\u00e8ne, des fleurs poussent sur des grillages, d\u00e9plac\u00e9s comme des cercueils. Le d\u00e9cor \u00e9voque un point de deal : un danseur, assis, encagoul\u00e9, attend, guitare \u00e0 la main, tel un fusil. \u00ab Les cagoules renvoient \u00e0 la d\u00e9shumanisation. Les victimes sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme des personnes sans visage, sans histoire, analyse Marina Gomes. Je commence donc par entrer dans le clich\u00e9 \u2014 les \u201cm\u00e9chants\u201d, les \u201ccriminels\u201d \u2014 puis j\u2019enl\u00e8ve les masques pour montrer qu\u2019il y a des personnes, des histoires, des \u00e9motions, pr\u00e9cise-t-elle. Nous dansons avec nos v\u00eatements du quotidien. Ils font partie de la street culture. Ces codes sont imm\u00e9diatement lisibles pour les jeunes et les publics issus du hip-hop, mais beaucoup moins pour les publics des th\u00e9\u00e2tres. Il y a l\u00e0 un renversement de domination culturelle \u00bb, souligne la chor\u00e9graphe.<\/p>\n<p>Une f\u00eate, des corps qui s\u2019enlacent\u2026 puis des tirs. Lumi\u00e8re rouge sang. Lui veut se battre, elle le retient. \u00ab Je ne voulais pas parler seulement de celles et ceux qui meurent, mais de celles qui restent, dont on ne parle jamais, insiste Marina Gomes. On ne parle pas de ces familles meurtries, de ces femmes qui pleurent un enfant, un fr\u00e8re, un amoureux. La danse est un langage sans fronti\u00e8res, ni g\u00e9ographiques ni linguistiques. L\u2019\u00e9motion est un terrain commun : face \u00e0 quelqu\u2019un qui ressent quelque chose, il est difficile de rester indiff\u00e9rent. Mon travail consiste \u00e0 cr\u00e9er un espace o\u00f9 l\u2019on partage la m\u00eame \u00e9motion. \u00c0 partir de l\u00e0, le dialogue devient possible \u00bb, conclut-elle.<\/p>\n<p> La danse comme \u00e9motion partag\u00e9e et geste politique <\/p>\n<p>Faire danser les jeunes des quartiers est aussi au c\u0153ur de son engagement. Une vingtaine de lyc\u00e9ens de Nanterre participent au spectacle, comme Myriam, \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e Joliot-Curie.<\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde pense que ceux qui viennent de la banlieue font du trafic ou des affaires louches. Alors qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, on est s\u00e9rieux, d\u00e9termin\u00e9s, et on a aussi du g\u00e9nie, t\u00e9moigne-t-elle. Faire ce spectacle de danse nous rend fiers et montre qu\u2019on peut y arriver \u00bb, ajoute la lyc\u00e9enne.<\/p>\n<p>Du bitume \u00e0 la sc\u00e8ne, le hip-hop est aujourd\u2019hui pratiqu\u00e9 par pr\u00e8s de 600\u00a0000\u00a0personnes en France et s\u2019impose comme l\u2019un des arts vivants les plus populaires et f\u00e9d\u00e9rateurs du pays. Depuis plus de 30\u00a0ans, le festival Suresnes Cit\u00e9s Danse a contribu\u00e9 \u00e0 faire entrer les danses urbaines sur les sc\u00e8nes institutionnelles, les reconnaissant comme un art chor\u00e9graphique \u00e0 part enti\u00e8re. \u00ab \u00catre ici, \u00e0 Suresnes, avec ces trois spectacles, est symboliquement tr\u00e8s fort pour moi, confie Marina Gomes. Quand un th\u00e9\u00e2tre ouvre ses portes \u00e0 des r\u00e9cits comme les n\u00f4tres, racont\u00e9s sans compromis, c\u2019est un geste politique. Cela dit que le vivre-ensemble est possible. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"D\u00e9construire les clich\u00e9s par la danse et le hip-hop\u202f: c\u2019est la mission que s\u2019est donn\u00e9e la chor\u00e9graphe marseillaise&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":684961,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2814],"tags":[1111,11,251,5972,1777,674,1011,27,3617,884,1698,12,882,3292,25],"class_list":{"0":"post-684960","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-marseille","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-culture","11":"tag-danse","12":"tag-eu","13":"tag-europe","14":"tag-fr","15":"tag-france","16":"tag-hip-hop","17":"tag-marseille","18":"tag-musiques","19":"tag-news","20":"tag-provence-alpes-cote-dazur","21":"tag-reportage-culture","22":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/684960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=684960"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/684960\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/684961"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=684960"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=684960"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=684960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}