{"id":740861,"date":"2026-02-17T14:30:21","date_gmt":"2026-02-17T14:30:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/740861\/"},"modified":"2026-02-17T14:30:21","modified_gmt":"2026-02-17T14:30:21","slug":"le-moteur-europeen-grippe-france-allemagne-et-illusion-de-convergence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/740861\/","title":{"rendered":"Le Moteur Europ\u00e9en gripp\u00e9 : France Allemagne et illusion de convergence"},"content":{"rendered":"<p>Le rapport de s\u00e9curit\u00e9 global de l\u2019administration Trump, ses pr\u00e9tentions territoriales sur le Groenland, la guerre \u00e9conomique et commerciale lanc\u00e9e par la Chine. Autant de sujets inscrits \u00e0 l\u2019agenda europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Pour faire face \u00e0 ces diff\u00e9rentes vell\u00e9it\u00e9s, le Vieux Continent, souvent raill\u00e9 pour son inaction, est ressorti de cet \u00e9pisode dans un \u00e9tat de stabilit\u00e9 relative.<\/p>\n<p>La France comme l\u2019Allemagne ont apport\u00e9 un soutien militaire et diplomatique au Danemark ainsi qu\u2019aux autorit\u00e9s groenlandaises. D\u2019aucuns estiment que cette d\u00e9monstration a eu un impact sur l\u2019\u00e9volution du discours du pr\u00e9sident Donald Trump, devenu moins agressif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Union europ\u00e9enne. Une suppos\u00e9e inflexion appuy\u00e9e par le discours du secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat \u00e9tatsunien Marco Rubio \u00e0 la conf\u00e9rence de Munich sur la s\u00e9curit\u00e9 (13 au 15 f\u00e9vrier). Ce dernier avait mentionn\u00e9 le lien fort des Europ\u00e9ens et des \u00c9tats-Unis, \u00ab Nous serons toujours un enfant de l\u2019Europe \u00bb avait-il dit, soulageant par la m\u00eame occasion la pr\u00e9sidente de la commission europ\u00e9enne Ursula Von der Leyen.<\/p>\n<p>Le point culminant de cette s\u00e9quence internationale sous haute tension s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 lors du forum \u00e9conomique mondial de Davos (20 janvier 2026), o\u00f9 le pr\u00e9sident Macron a prononc\u00e9 en anglais un discours salu\u00e9 par la presse internationale et les \u00e9lites \u00e9conomiques. Il en est rest\u00e9 son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab For sure \u00bb, devenu viral sur les plateformes de m\u00e9dias sociaux, au point d\u2019\u00e9clipser le discours du chancelier allemand Friedrich Merz. Le chef de la CDU a pos\u00e9 le diagnostic d\u2019un ordre mondial entr\u00e9 dans une \u00e8re domin\u00e9e par la politique des grandes puissances. Il a \u00e9galement soulign\u00e9 que l\u2019Europe n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la merci de cette \u00e9volution et qu\u2019elle pouvait contribuer \u00e0 la fa\u00e7onner, concluant en ces termes : \u00ab L\u2019Europe et l\u2019Allemagne ont compris le message.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le chef de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais affirme \u00e9galement sa volont\u00e9 de renforcer l\u2019Europe, notamment par la valorisation de la coop\u00e9ration intracommunautaire. \u00c0 cet effet, il souhaite instaurer une \u00ab priorit\u00e9 europ\u00e9enne \u00bb dans les domaines technologiques de l\u2019intelligence artificielle, de la d\u00e9fense et du num\u00e9rique. Cette vision s\u2019inspire du rapport Draghi, du nom de l\u2019ancien dirigeant de la Banque centrale europ\u00e9enne. Afin de parvenir \u00e0 une \u00ab souverainet\u00e9 europ\u00e9enne \u00bb, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais esp\u00e8re \u00e9galement faire \u00e9voluer les r\u00e8gles de la Banque centrale, en introduisant une plus grande flexibilit\u00e9 des taux directeurs, maintenus \u00e0 un niveau bas depuis la crise de la Covid-19. Il a par ailleurs exprim\u00e9 le souhait d\u2019un nouvel emprunt commun des vingt-sept pays de l\u2019Union afin de d\u00e9velopper les secteurs industriels pr\u00e9cit\u00e9s, mais aussi de contourner les contraintes li\u00e9es \u00e0 la situation budg\u00e9taire actuelle de son propre pays.<\/p>\n<p>Seulement, le chancelier ne l\u2019entend pas de cette oreille. Son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Johann Wadephul, a r\u00e9cemment critiqu\u00e9 lors d\u2019une intervention au sein d\u2019une radio publique allemande, une action jug\u00e9e insuffisante de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais en mati\u00e8re de d\u00e9fense. En juin 2025, les pays membres de l\u2019OTAN s\u2019\u00e9taient en effet engag\u00e9s \u00e0 porter leurs d\u00e9penses militaires \u00e0 hauteur de 5 % de leur produit int\u00e9rieur brut. Le gouvernement allemand estime que la faiblesse du pr\u00e9sident fran\u00e7ais sur la sc\u00e8ne politique int\u00e9rieure ne lui permet pas d\u2019imposer ses vues dans les d\u00e9cisions politiques de l\u2019Union europ\u00e9enne. \u00c0 l\u2019instar de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, l\u2019actuel titulaire de la chancellerie exhorte la gouvernance fran\u00e7aise \u00e0 engager des r\u00e9formes et \u00e0 r\u00e9aliser des \u00e9conomies, notamment sur ses politiques sociales.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.franceinfo.fr\/replay-jt\/france-2\/20-heures\/video-angela-merkel-irritee-par-la-politique-economique-menee-en-france_766815.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">D\u00e8s 2014, Angela Merkel, alors cheffe du gouvernement allemand, exprimait d\u00e9j\u00e0 ses inqui\u00e9tudes quant au manque de rigueur budg\u00e9taire de son homologue fran\u00e7ais<\/a>, Fran\u00e7ois Hollande, et l\u2019appelait \u00e0 emprunter la voie des \u00e9conomies afin de se conformer aux exigences du cadre europ\u00e9en. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le contexte \u00e9tait pourtant jug\u00e9 moins d\u00e9grad\u00e9 pour la France.<\/p>\n<p><strong>Politique int\u00e9rieure et G\u00e9o\u00e9conomie contraignante <\/strong><\/p>\n<p>Emmanuel Macron est n\u00e9anmoins le porteur de cette ligne \u00e9conomique, qui met l\u2019accent sur l\u2019attractivit\u00e9 de l\u2019investissement \u00e9tranger et la libre circulation des capitaux. Ses nombreuses r\u00e9formes engag\u00e9es depuis 2017 ont \u00e9t\u00e9 largement inspir\u00e9es par les \u00e9lites \u00e9conomiques et politiques allemandes, auxquelles il se r\u00e9f\u00e9rait r\u00e9guli\u00e8rement pour justifier l\u2019efficacit\u00e9 de son action. Il avait d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par Angela Merkel pour les r\u00e9formes entreprises \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat. Force est pourtant de constater que la France se trouve aujourd\u2019hui dans une situation budg\u00e9taire complexe, aggrav\u00e9e par une instabilit\u00e9 politique persistante et par une lecture m\u00e9diatique parfois dogmatique, des \u00e9l\u00e9ments qui p\u00e8sent sur sa cr\u00e9dibilit\u00e9 aupr\u00e8s des agences de notation. <a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/politique\/20240306.OBS85308\/alain-minc-il-faut-d-urgence-augmenter-les-impots.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Selon Alain Minc, ancien conseiller du pr\u00e9sident<\/a>, cette situation r\u00e9sulterait notamment de l\u2019incapacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 lever l\u2019imp\u00f4t sur les grandes fortunes et les grandes entreprises en p\u00e9riode de crise.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, comme le souligne le s\u00e9nateur Fabien Gay, l\u2019\u00c9tat a largement soutenu les grandes entreprises par le biais de subventions de natures diverses, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019aides directes, de cr\u00e9dits d\u2019imp\u00f4t ou de dispositifs de soutien \u00e0 l\u2019innovation. Cette inertie fiscale, conjugu\u00e9e \u00e0 la suppression ou \u00e0 la transformation de plusieurs leviers majeurs, notamment la suppression de l\u2019imp\u00f4t de solidarit\u00e9 sur la fortune remplac\u00e9 par l\u2019imp\u00f4t sur la fortune immobili\u00e8re, la baisse progressive puis la suppression de la cotisation sur la valeur ajout\u00e9e des entreprises, la mise en place d\u2019un pr\u00e9l\u00e8vement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital ainsi que la suppression de la taxe d\u2019habitation pour les r\u00e9sidences principales, repr\u00e9sente un manque \u00e0 gagner estim\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 70 milliards d\u2019euros. Elle a contribu\u00e9 selon certains observateurs \u00e9conomiques h\u00e9t\u00e9rodoxes comme les \u00e9conomistes atterr\u00e9s \u00e0 la d\u00e9gradation du contexte budg\u00e9taire fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Allemagne a d\u00fb faire face \u00e0 une situation de <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2026\/01\/15\/l-allemagne-est-sortie-de-la-recession-en-2025-mais-son-modele-industriel-reste-en-panne_6662402_3234.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">quasi-r\u00e9cession<\/a>. Son mod\u00e8le \u00e9conomique, fond\u00e9 sur l\u2019exportation de composants industriels \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, tels que les machines-outils de pr\u00e9cision, les \u00e9quipements d\u2019automatisation industrielle, les composants automobiles ou encore les syst\u00e8mes chimiques sp\u00e9cialis\u00e9s, est aujourd\u2019hui mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par l\u2019essor de la Chine, \u00e0 la fois comme puissance industrielle, technologique et surtout commerciale. Le march\u00e9 europ\u00e9en se trouve ainsi inond\u00e9 de produits chinois, allant des biens manufactur\u00e9s courants, comme les \u00e9quipements \u00e9lectroniques grand public, les panneaux photovolta\u00efques ou les batteries lithium-ion, \u00e0 des produits \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e, notamment dans le secteur automobile avec l\u2019essor des v\u00e9hicules \u00e9lectriques chinois. Dans ce contexte, l\u2019ancien chancelier Olaf Scholz, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une coalition r\u00e9unissant le Parti social-d\u00e9mocrate allemand et les Verts, a fait le choix de soutenir la consommation int\u00e9rieure, au prix d\u2019un recours accru \u00e0 l\u2019endettement de l\u2019\u00c9tat allemand. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2025 le pays avait d\u00e9gag\u00e9 une croissance de 0,2% \u00e0 0,3% selon Destatis (office f\u00e9d\u00e9rale de la statistique), constituant le premier signe de rebond \u00e9conomique apr\u00e8s deux ann\u00e9es de l\u00e9thargie.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Europe comme devenir mais l\u2019Europe comme terrain d\u2019affrontement<\/strong><\/p>\n<p>Les deux g\u00e9ants europ\u00e9ens font donc face \u00e0 des difficult\u00e9s de nature diverses et tentent par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019agenda international de refa\u00e7onner leurs \u00e9conomies respectives. Le choix du Pr\u00e9sident fran\u00e7ais d\u2019axer ladite souverainet\u00e9 europ\u00e9enne sur un remodelage de la politique budg\u00e9taire europ\u00e9enne s\u2019impose par sa propre incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider de la politique budg\u00e9taire de son pays. Les entreprises ne peuvent par cons\u00e9quent pas pr\u00e9voir de plans d\u2019actions \u00e0 long terme et les investisseurs doutent suppos\u00e9ment du devenir de leurs investissements. Une politique de r\u00e9industrialisation et d\u2019investissement dans les secteurs de la d\u00e9fense, du num\u00e9rique et de l\u2019IA, en somme des secteurs ou la France disposent d\u2019avantages comparatifs, pourraient suppos\u00e9ment revitaliser les \u00e9lites \u00e9conomiques fran\u00e7aises et leurs fleurons.<\/p>\n<p>Les accords de libre-\u00e9change conclus entre l\u2019Union europ\u00e9enne et le Mercosur, ainsi qu\u2019entre l\u2019Union europ\u00e9enne et l\u2019Inde, s\u2019inscrivent \u00e0 l\u2019inverse dans une strat\u00e9gie allemande consistant \u00e0 investir durablement les march\u00e9s sud-am\u00e9ricains et indiens par l\u2019exportation de ses produits industriels. Cette orientation repose sur un \u00e9change implicite fond\u00e9 sur l\u2019obtention de concessions douani\u00e8res portant \u00e0 la fois sur les produits manufactur\u00e9s et agricoles, et vise, dans le m\u00eame mouvement, \u00e0 r\u00e9affirmer la filiation historique du mod\u00e8le \u00e9conomique allemand, traditionnellement structur\u00e9 autour de la performance de ses exportations.<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un retour \u00e0 une hyperinflation est aujourd\u2019hui largement \u00e9cart\u00e9e, la politique de taux directeurs bas men\u00e9e par la Banque centrale europ\u00e9enne ne permet cependant pas \u00e0 l\u2019Allemagne de mobiliser de mani\u00e8re significative la consommation int\u00e9rieure comme levier principal du rebond \u00e9conomique. Cette contrainte s\u2019explique en grande partie par la persistance de r\u00e8gles \u00e9conomiques et budg\u00e9taires actuelles qui trouvent leur l\u00e9gitimation dans une lecture \u00e9conomico-historique du d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat allemand. Celle-ci demeure profond\u00e9ment marqu\u00e9e par le traumatisme de l\u2019hyperinflation de l\u2019entre-deux-guerres, par l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une guerre \u00e9conomique ayant d\u00e9bouch\u00e9 sur deux conflits arm\u00e9s majeurs, mais \u00e9galement par l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 des principes tels que la concurrence libre et non fauss\u00e9e et le libre-\u00e9change, \u00e9rig\u00e9s en garants de la stabilit\u00e9 \u00e9conomique et de la paix sur le Vieux Continent. Ce cadre normatif et id\u00e9ologique, largement int\u00e9gr\u00e9 au discours culturel de l\u2019Union europ\u00e9enne en tant qu\u2019acteur \u00e9conomique, contribue ainsi \u00e0 maintenir une forme d\u2019immobilit\u00e9 strat\u00e9gique de l\u2019Allemagne en mati\u00e8re d\u2019\u00e9volution de son mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, en limitant sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019engager pleinement dans une r\u00e9orientation fond\u00e9e sur la stimulation de la demande int\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Une France isol\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>La longue histoire de l\u2019Union europ\u00e9enne, et plus particuli\u00e8rement la dynamique institutionnelle et \u00e9conomique qui s\u2019affirme depuis le trait\u00e9 de Maastricht, met en lumi\u00e8re la capacit\u00e9 des \u00e9lites \u00e9conomiques allemandes \u00e0 orienter les grandes \u00e9ch\u00e9ances europ\u00e9ennes et \u00e0 imposer leurs temporalit\u00e9s et leurs priorit\u00e9s au reste du continent. Il serait toutefois r\u00e9ducteur de r\u00e9sumer la dualit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e0 une opposition simpliste entre \u00e9conomies de consommation et \u00e9conomies exportatrices, ou encore \u00e0 une lecture strictement comptable opposant \u00e9conomies d\u00e9ficitaires et \u00e9conomies exc\u00e9dentaires en mati\u00e8re de commerce ext\u00e9rieur. N\u00e9anmoins, les enseignements de John Maynard Keynes, figure fondatrice de la macro\u00e9conomie et porteur d\u2019une pens\u00e9e aux accents f\u00e9d\u00e9ralistes \u00e0 travers son projet de monnaie internationale ( le bancor), rappellent que ces d\u00e9s\u00e9quilibres structurels conditionnent profond\u00e9ment les asym\u00e9tries du syst\u00e8me \u00e9conomique et, par cons\u00e9quent, les relations commerciales, politiques et diplomatiques entre les \u00c9tats.<\/p>\n<p>Keynes soulignait \u00e9galement que <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/rfeco_0769-0479_1990_num_5_4_1267\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00ab les hommes d\u2019action, qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales, sont le plus souvent les esclaves de quelque \u00e9conomiste d\u00e9funt \u00bb<\/a>. Cette affirmation trouve une r\u00e9sonance particuli\u00e8re dans l\u2019action allemande contemporaine, qui, \u00e0 l\u2019instar de son homologue \u00e9tatsunien, cherche \u00e0 consolider son pr\u00e9 carr\u00e9 \u00e9conomique et \u00e0 r\u00e9actualiser une doctrine dont l\u2019efficacit\u00e9 pass\u00e9e a progressivement occult\u00e9 les conditions historiques pr\u00e9cises qui l\u2019avaient rendue op\u00e9rante. Ce mouvement s\u2019apparente moins \u00e0 une innovation strat\u00e9gique qu\u2019\u00e0 la reconduction d\u2019un cadre intellectuel ayant conduit l\u2019Allemagne \u00e0 s\u2019\u00e9loigner des fondements m\u00eames de son rayonnement \u00e9conomique initial.<\/p>\n<p>La France n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette logique et se trouve elle aussi prise dans ses propres contradictions. La justification actuelle de la r\u00e9industrialisation appara\u00eet d\u2019autant plus fragile qu\u2019elle s\u2019inscrit dans un contexte d\u2019isolement politique relatif, largement nourri par une attitude jug\u00e9e agressive lors de la crise de la zone euro \u00e0 l\u2019\u00e9gard de partenaires tels que la Gr\u00e8ce, l\u2019Espagne, l\u2019Irlande ou encore l\u2019Italie. Ces \u00c9tats, avec lesquels la France partage pourtant de nombreuses caract\u00e9ristiques structurelles, qu\u2019il s\u2019agisse de niveaux de dette publique \u00e9lev\u00e9s, de fortes capacit\u00e9s agricoles, d\u2019\u00e9conomies touristiques dynamiques ou encore de soci\u00e9t\u00e9s largement orient\u00e9es vers la consommation, ont progressivement privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion au cadre allemand, certes contraignant, mais per\u00e7u comme plus lisible et plus stable. \u00c0 l\u2019inverse, la solidarit\u00e9 propos\u00e9e par Paris est apparue conditionnelle et subordonn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense de ses propres int\u00e9r\u00eats. Dans cette perspective, le Mercosur agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur des rapports de force \u00e0 l\u2019\u0153uvre au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. La position fran\u00e7aise y appara\u00eet affaiblie face \u00e0 une Allemagne qui, une fois encore, parvient \u00e0 imposer son agenda et \u00e0 orienter les choix strat\u00e9giques de l\u2019Union europ\u00e9enne dans le sens de ses priorit\u00e9s \u00e9conomiques et commerciales.<\/p>\n<p><strong>Un duel asym\u00e9trique <\/strong><\/p>\n<p>Dans un souci de continuit\u00e9 politique avec ses deux quinquennats, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais s\u2019attache \u00e0 consolider son assise nationale en verrouillant des postes institutionnels et politiques clefs au profit de ses plus proches collaborateurs, \u00e0 l\u2019image de Richard Ferrand ou d\u2019Am\u00e9lie de Montchalin. Cette strat\u00e9gie de s\u00e9curisation interne s\u2019inscrit dans un climat de forte tension politique, nourri par la crainte persistante de l\u2019accession au pouvoir d\u2019une gauche radicale ou d\u2019une extr\u00eame droite, dont certaines dynamiques sont per\u00e7ues comme pouvant \u00eatre soutenues, directement ou indirectement, par des puissances imp\u00e9riales en d\u00e9clin. Ce contexte fragilise davantage une pr\u00e9sidence qui, y compris sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, appara\u00eet de plus en plus affaiblie et contrainte dans sa capacit\u00e9 d\u2019initiative.<\/p>\n<p>\u00c0 juste titre, la Chine, les \u00c9tats Unis, fait relativement nouveau dans le discours public, mais \u00e9galement la Russie, sont d\u00e9sormais r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9sign\u00e9s comme des concurrents g\u00e9opolitiques majeurs, tant par les experts en relations internationales que par les m\u00e9dias. Cette lecture, bien que pertinente \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale, tend toutefois \u00e0 occulter une r\u00e9alit\u00e9 plus imm\u00e9diate et plus structurante pour la France. Le concurrent direct, dans le cadre europ\u00e9en, demeure avant tout consid\u00e9r\u00e9 comme un alli\u00e9 strat\u00e9gique. \u00a0D\u00e8s lors, le devenir de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise, ses marges de man\u0153uvre potentielles, la question de sa souverainet\u00e9 ou, \u00e0 l\u2019inverse, le risque d\u2019une vassalisation renforc\u00e9e, ne sauraient \u00eatre envisag\u00e9s en dehors d\u2019un cadre institutionnel, \u00e9conomique et politique largement ma\u00eetris\u00e9 par Berlin. Cette d\u00e9pendance structurelle limite la capacit\u00e9 de la France \u00e0 formuler une strat\u00e9gie autonome et coh\u00e9rente, tant sur le plan \u00e9conomique que diplomatique, et inscrit durablement son avenir dans une relation asym\u00e9trique o\u00f9 l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs demeure largement d\u00e9favorable tant que le cadre europ\u00e9en ne sera pas r\u00e9form\u00e9. Les r\u00e9centes man\u0153uvres g\u00e9opolitiques des grandes puissances sont susceptibles de remettre en cause cette suppos\u00e9e fatalit\u00e9 et d\u2019infl\u00e9chir durablement la pens\u00e9e \u00e9conomique des \u00e9lites franco-allemandes, ainsi que le statu quo institutionnel et doctrinal en vigueur depuis la mise en \u0153uvre du trait\u00e9 de Lisbonne. L\u2019intensification des rivalit\u00e9s strat\u00e9giques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale contraint d\u00e9sormais les acteurs europ\u00e9ens \u00e0 reconsid\u00e9rer des \u00e9quilibres longtemps per\u00e7us comme intangibles, tant en mati\u00e8re de souverainet\u00e9 \u00e9conomique que de gouvernance politique.<\/p>\n<p><strong>Convergence Franco-Allemande<\/strong><\/p>\n<p>La convergence franco-allemande pourrait ainsi s\u2019op\u00e9rer moins par une volont\u00e9 politique spontan\u00e9e que sous l\u2019effet de contraintes ext\u00e9rieures croissantes pesant sur la soutenabilit\u00e9 du mod\u00e8le europ\u00e9en. Cette dynamique se manifeste avec une acuit\u00e9 particuli\u00e8re dans le champ de l\u2019Europe de la d\u00e9fense, longtemps demeur\u00e9e un projet timor\u00e9, frein\u00e9 \u00e0 la fois par la fragmentation des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques nationaux et par la domination industrielle et technologique du complexe militaro-industriel \u00e9tatsunien, qui limite l\u2019autonomie capacitaire du continent. Elle impose de facto une r\u00e9flexion renouvel\u00e9e sur les instruments budg\u00e9taires et financiers de l\u2019Union, dont l\u2019inad\u00e9quation face aux exigences strat\u00e9giques contemporaines devient de plus en plus manifeste. Ces pressions externes s\u2019exercent \u00e9galement sur le cadre politique et id\u00e9ologique europ\u00e9en, qu\u2019il s\u2019agisse des vell\u00e9it\u00e9s r\u00e9visionnistes port\u00e9es par la Russie de Vladimir Poutine ou des remises en cause doctrinales issues du courant MAGA aux \u00c9tats-Unis, notamment incarn\u00e9es par JD Vance, qui fragilisent le socle normatif de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 europ\u00e9enne cr\u00e9dible appara\u00eet indissociable d\u2019une r\u00e9forme profonde du pacte de stabilit\u00e9 et de croissance. L\u2019assouplissement des r\u00e8gles encadrant les d\u00e9ficits et la dette publique, combin\u00e9 \u00e0 une distinction plus nette entre d\u00e9penses courantes et investissements strat\u00e9giques, constituerait un levier essentiel pour permettre aux \u00c9tats membres d\u2019engager les efforts n\u00e9cessaires en mati\u00e8re de d\u00e9fense, de transition technologique et de r\u00e9industrialisation. Cette \u00e9volution du cadre budg\u00e9taire ne saurait toutefois produire pleinement ses effets sans une red\u00e9finition du r\u00f4le de la Banque centrale europ\u00e9enne. Au-del\u00e0 de sa mission de stabilit\u00e9 des prix, la BCE pourrait \u00eatre appel\u00e9e \u00e0 accompagner plus explicitement une strat\u00e9gie d\u2019investissement commun, en garantissant des conditions de financement soutenables pour les \u00c9tats et en soutenant l\u2019\u00e9mission de dette europ\u00e9enne mutualis\u00e9e. L\u2019exp\u00e9rience du plan de relance post-Covid a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019un recours encadr\u00e9 \u00e0 la dette commune pouvait renforcer la coh\u00e9sion de l\u2019Union tout en limitant les asym\u00e9tries entre \u00e9conomies nationales. Dans cette perspective, la mutualisation partielle de l\u2019endettement destin\u00e9 \u00e0 financer des projets strat\u00e9giques europ\u00e9ens appara\u00eetrait comme un terrain de convergence entre la France et l\u2019Allemagne, en offrant \u00e0 la premi\u00e8re des marges de man\u0153uvre budg\u00e9taires accrues et \u00e0 la seconde un instrument de stabilisation macro\u00e9conomique apte \u00e0 s\u00e9curiser durablement son mod\u00e8le \u00e9conomique dans un environnement international marqu\u00e9 par une instabilit\u00e9 croissante.<\/p>\n<p>Toute l\u2019affirmation de cette hypoth\u00e8se r\u00e9side \u00a0aussi dans les urnes. Les prochaines \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales fran\u00e7aises pourraient en effet ouvrir une nouvelle s\u00e9quence politique et infl\u00e9chir la dynamique actuelle. Une nouvelle gouvernance aurait la capacit\u00e9 de red\u00e9finir les priorit\u00e9s internationales de la France et de replacer la question de la souverainet\u00e9 \u00e9conomique et budg\u00e9taire au c\u0153ur de son action europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>La prochaine mandature devra ainsi faire de ce dossier un axe central de sa politique \u00e9trang\u00e8re. Sa cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 Bruxelles et \u00e0 Berlin d\u00e9pendra largement de sa capacit\u00e9 \u00e0 porter une r\u00e9forme du cadre budg\u00e9taire europ\u00e9en, \u00e0 peser sur l\u2019\u00e9volution du r\u00f4le de la Banque centrale europ\u00e9enne et \u00e0 d\u00e9fendre de nouveaux instruments de financement commun. Autant de leviers qui conditionneront le retour de la France comme acteur moteur du projet europ\u00e9en et la possibilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9\u00e9quilibrage durable du rapport de force franco-allemand. D\u2019autant plus que l\u2019Allemagne ne jouit pas d\u2019un contexte favorable et devra composer avec la France si elle entend maintenir le cadre europ\u00e9en. <\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle d\u00e9clarait en son temps, \u00e0 propos de l\u2019action du Chancellier Adenauer :<a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/xxs_0294-1759_1995_num_46_1_3176_t1_0204_0000_3\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> \u00ab Les Allemands ont maintenant pris une position de dissidence par rapport \u00e0 notre trait\u00e9 de coop\u00e9ration et d\u2019amiti\u00e9. Nous ne pouvons pas les en emp\u00eacher. L\u2019Allemagne suit sa voie, et ce n\u2019est pas la n\u00f4tre. D\u00e8s lors, nous ne pouvons plus avoir de politique commune avec elle. \u00bb<\/a> Ceux qui se r\u00e9clament de son h\u00e9ritage devront, \u00e0 coup s\u00fbr, prendre en compte ces consid\u00e9rations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le rapport de s\u00e9curit\u00e9 global de l\u2019administration Trump, ses pr\u00e9tentions territoriales sur le Groenland, la guerre \u00e9conomique et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":260375,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[1587],"tags":[11,672,1804,1805,1803,1777,674,44958,3535,1801,11514,18613,12,1802,82816],"class_list":["post-740861","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-allemagne","tag-actualites","tag-allemagne","tag-bundesrepublik-deutschland","tag-de","tag-deutschland","tag-eu","tag-europe","tag-france-allemagne","tag-geopolitique","tag-germany","tag-macron","tag-merz","tag-news","tag-republique-federale-dallemagne","tag-unioneuropeen"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116086454742185180","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/740861","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=740861"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/740861\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/260375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=740861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=740861"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=740861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}