{"id":757850,"date":"2026-02-25T03:17:25","date_gmt":"2026-02-25T03:17:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/757850\/"},"modified":"2026-02-25T03:17:25","modified_gmt":"2026-02-25T03:17:25","slug":"affaire-mandelson-epstein-crise-politique-au-royaume-uni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/757850\/","title":{"rendered":"Affaire Mandelson-Epstein : crise politique au Royaume-Uni"},"content":{"rendered":"<p class=\"c-paragraph paywall\">\u00abC\u2019est nous, les Italiens ? \u00bb Voil\u00e0 sans doute le meilleur m\u00e8me politique britannique que j\u2019ai pu voir depuis longtemps. (Si vous avez rat\u00e9 \u00ab C\u2019est nous, les m\u00e9chants ? \u00bb, je ne peux plus rien pour vous. Patience, \u00e7a viendra.)<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/son-sort-est-scelle-au-royaume-uni-la-deflagration-epstein-GO36K7NUTFDCLB5YZMUQ3MOK3M\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/son-sort-est-scelle-au-royaume-uni-la-deflagration-epstein-GO36K7NUTFDCLB5YZMUQ3MOK3M\/\">Sir Keir Starmer devait \u00eatre \u00e9ject\u00e9 du 10 Downing Street \u00e0 cause \u2013 entre autres \u2013 du scandale Jeffrey Epstein<\/a>, la Grande-Bretagne en serait \u00e0 sept Premiers ministres en dix ans : David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss, Rishi Sunak et Keir Starmer. De quoi \u00e9voquer irr\u00e9sistiblement l\u2019Italie de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Les Italiens ont, eux aussi, connu sept chefs de gouvernement en une d\u00e9cennie \u2013 et cela non pas une, mais deux fois : dans les ann\u00e9es 1950, puis dans les ann\u00e9es 1990 (je vous \u00e9pargne la liste compl\u00e8te : la vie est trop courte. Le seul nom vaguement familier serait celui de Silvio Berlusconi).<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais la comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0. La politique britannique est infiniment plus dr\u00f4le que la politique italienne ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9. Et ces soubresauts \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition sont, au fond, bien plus britanniques que la plupart des \u00e9trangers ne l\u2019imaginent.<\/p>\n<p>Westminster en mode \u00ab Carry On \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">J\u2019esp\u00e8re que les lecteurs britanniques d\u2019un certain \u00e2ge auront la r\u00e9f\u00e9rence si je dis que notre vie politique ressemble de plus en plus \u00e0 un film de la s\u00e9rie Carry On [\u00ab On continue \u00bb]. Tourn\u00e9e \u00e0 petit budget entre les ann\u00e9es 1950 et 1990, port\u00e9e par toute une g\u00e9n\u00e9ration de comiques anglais, la franchise m\u00ealait grosse poilade et grivoiserie. Le sommet du genre reste Carry On Up the Khyber, parodie d\u00e9licieusement pr\u00e9woke du Raj britannique \u2013 o\u00f9 Kenneth Williams vole la vedette de tout le monde en Khasi de Calabar.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ces derniers mois de crise politique, nous avons tous \u00e9t\u00e9 au spectacle. Comme si les sc\u00e9naristes avaient voulu reformer leur vieille troupe et rejouer les ann\u00e9es 1970 en farce pour cha\u00eenes d\u2019information en continu \u2013 avec, cette fois-ci, une distribution pour le moins improbable.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Starmer pourrait endosser le r\u00f4le de Harold Wilson, le Premier ministre travailliste qui est, dans la vraie vie, son h\u00e9ros politique \u2013 mais en aussi madr\u00e9 que Starmer semble poissard. <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/qui-est-nigel-farage-le-trump-britannique-dont-le-nom-circule-pour-le-poste-de-premier-ministre-04-10-2025-2600226_24.php\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/qui-est-nigel-farage-le-trump-britannique-dont-le-nom-circule-pour-le-poste-de-premier-ministre-04-10-2025-2600226_24.php\">Nigel Farage, chef populiste de Reform UK<\/a>, descendeur de bi\u00e8res et de clopes \u00e0 la cha\u00eene, tient un Enoch Powell pour le moins inattendu \u2013 Powell, aust\u00e8re classiciste de Cambridge, fut le premier grand d\u00e9magogue anti-immigration du pays. Et, plus absurde encore, Kemi Badenoch, elle-m\u00eame fille d\u2019immigr\u00e9s nig\u00e9rians, se retrouve dans la peau de Margaret Thatcher, la \u00ab dame de fer \u00bb du libre march\u00e9 qui tira la Grande-Bretagne de la torpeur de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/jeffrey-epstein-laffaire-de-pedocriminalite-du-siecle-CD6KQZVFHZFLDH655HDYIKFGPM\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/jeffrey-epstein-laffaire-de-pedocriminalite-du-siecle-CD6KQZVFHZFLDH655HDYIKFGPM\/\">scandale Jeffrey Epstein<\/a> n\u2019a \u00e9videmment rien de rigolo. De tr\u00e8s jeunes filles ont \u00e9t\u00e9 attir\u00e9es par Epstein et ses complices pour \u00eatre exploit\u00e9es sexuellement. Des crimes ont \u00e9t\u00e9 commis. Des existences ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9es. Et l\u2019on a assist\u00e9, ensuite, \u00e0 une longue tentative d\u2019\u00e9touffement.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Et pourtant, d\u00e8s que l\u2019affaire d\u00e9borde sur la sc\u00e8ne politique britannique \u2013 laissons de c\u00f4t\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/la-chute-finale-du-prince-andrew-emporte-par-laffaire-epstein-BYEZERQ5IVA5RHEU6L3BAK3GOE\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/la-chute-finale-du-prince-andrew-emporte-par-laffaire-epstein-BYEZERQ5IVA5RHEU6L3BAK3GOE\/\">la dimension royale, embarrassante, d\u2019Andrew, jadis d\u00e9nomm\u00e9 prince<\/a> \u2013, elle rev\u00eat in\u00e9vitablement une tonalit\u00e9 grotesque.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La com\u00e9die la plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire du West End, Pas de sexe, merci, nous sommes britanniques, cr\u00e9\u00e9e en 1971 et jou\u00e9e jusqu\u2019en 1987, reposait sur un ressort d\u2019une simplicit\u00e9 biblique : un jeune couple fra\u00eechement mari\u00e9 commande par correspondance de la verrerie scandinave\u2026 et se retrouve submerg\u00e9 de pornographie venue du Nord \u2013 photos, livres, films, et m\u00eame des jeunes femmes trop l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatues. Tout \u00e0 leur flegme britannique, les deux \u00e9poux s\u2019\u00e9chinent alors \u00e0 faire dispara\u00eetre toute trace \u00e0 m\u00eame de laisser croire qu\u2019ils pourraient nourrir le moindre int\u00e9r\u00eat pour la chose.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00ab Pas de sexe, merci, je suis Starmer \u00bb : difficile de mieux r\u00e9sumer le pi\u00e8ge dans lequel le Premier ministre se d\u00e9bat depuis quelques semaines \u2013 une s\u00e9quence qui a d\u00fb lui para\u00eetre interminable.<\/p>\n<p>Mandelson \u00e0 Washington : le pari risqu\u00e9 de Starmer<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">L\u2019histoire remonte \u00e0 d\u00e9cembre 2024, lorsque Starmer s\u2019est laiss\u00e9 convaincre de nommer lord Peter Mandelson, \u00e9l\u00e9phant du Parti travailliste, ambassadeur \u00e0 Washington. Le calcul tombait sous le sens. Mondain accompli, familier des \u00e9lites des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique \u2013 quand Starmer, plus compass\u00e9, r\u00e9visait son droit humanitaire, Mandelson voguait sur des yachts d\u2019oligarques \u2013, il passait pour l\u2019\u00e9missaire id\u00e9al \u00e0 la cour du roi Donald Ier. Notre homme \u00e0 Mar-a-Lago.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Starmer ne pouvait pourtant ignorer <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/tes-amis-restent-avec-toi-du-prince-andrew-a-noam-chomsky-ces-elites-qui-ont-soutenu-jeffrey-epstein-3674PPHIEREK3I3WJXNYKJQQEQ\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">les liens entre Mandelson et Epstein<\/a>. La presse les avait amplement document\u00e9s. Il savait aussi que la carri\u00e8re de Mandelson avait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e \u2013 non pas une, mais deux fois \u2013 par des scandales sal\u00e9s. Mais lui et ses conseillers ont estim\u00e9 que le risque valait la peine d\u2019\u00eatre pris, si Mandelson avait de quoi maintenir Donald Trump dans de bonnes dispositions, au moment o\u00f9 le pr\u00e9sident am\u00e9ricain distribuait ses droits de douane tous azimuts, indistinctement \u00e0 ses alli\u00e9s comme \u00e0 ses rivaux.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Puis, \u00e0 partir du 19 d\u00e9cembre, le minist\u00e8re de la Justice am\u00e9ricain a commenc\u00e9 \u00e0 publier, pi\u00e8ce apr\u00e8s pi\u00e8ce, les dossiers Epstein. \u00ab Toujours bon pour vendredi samedi chez vous ? \u00bb \u00e9crivait Mandelson \u00e0 Epstein le 17 juin 2009. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat britannique au Commerce ; Epstein purgeait une peine pour prox\u00e9n\u00e9tisme impliquant des mineures. Mais ce message ne r\u00e9v\u00e9lait qu\u2019un \u00e9pisode parmi d\u2019autres dans la s\u00e9rie de s\u00e9jours de Mandelson dans les propri\u00e9t\u00e9s d\u2019Epstein. Incarc\u00e9r\u00e9 \u2013 mais manifestement pas au point d\u2019\u00eatre coup\u00e9 du monde num\u00e9rique \u2013, Epstein s\u2019empressait d\u2019ailleurs de tenter d\u2019organiser une rencontre entre Mandelson et Jes Staley, alors grosse l\u00e9gume chez J.P. Morgan.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ce m\u00eame mois, Mandelson allait \u00e9galement transmettre \u00e0 Epstein des informations issues du gouvernement britannique. En pleine crise financi\u00e8re mondiale, le Premier ministre \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 envisager la cession de certains actifs publics. \u00ab Note int\u00e9ressante transmise au Premier ministre \u00bb, \u00e9crit Mandelson dans un courriel \u00e0 Epstein. \u00ab Quels actifs cessibles ? \u00bb r\u00e9plique ce dernier. \u00ab Des terrains, de l\u2019immobilier, j\u2019imagine \u00bb, r\u00e9pond Mandelson.<\/p>\n<p>Les mails qui embarrassent le Labour<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Comme souvent, Epstein entrem\u00ealait business et gaudriole. \u00ab \u00cates-vous s\u00fbr que l\u2019absence de sexe ne transforme pas votre cerveau en foie gras ? \u00bb lance-t-il \u00e0 Mandelson en novembre 2009. \u00ab C\u2019est assur\u00e9ment un probl\u00e8me grave \u00bb, r\u00e9torque celui-ci. \u00ab Le rem\u00e8de arrive \u00e0 Londres depuis S\u2019hai le week-end prochain. \u00bb En 2010, \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, Mandelson \u00e9crit encore : \u00ab Nous prions pour un Parlement sans majorit\u00e9. Ou alors pour un jeune homme bien membr\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Certes, Mandelson, ouvertement gay depuis des lustres, n\u2019avait pas le moindre int\u00e9r\u00eat pour le d\u00e9fil\u00e9 d\u2019adolescentes gravitant autour d\u2019Epstein. Mais cette amiti\u00e9 lui procurait d\u2019autres b\u00e9n\u00e9fices. Dans un mail adress\u00e9 \u00e0 Mandelson, Epstein promet ainsi de lui verser 3 225 livres sterling pour contribuer \u00e0 la formation d\u2019ost\u00e9opathe de son compagnon.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Je dois ici avouer conna\u00eetre Peter Mandelson depuis longtemps. Je l\u2019ai toujours trouv\u00e9 brillant et d\u2019une compagnie agr\u00e9able. Les messages \u00e9chang\u00e9s avec \u00e0 Epstein r\u00e9v\u00e8lent, au mieux, une stup\u00e9fiante absence de discernement. Mais la faute la plus lourde est peut-\u00eatre celle de Starmer, qui a choisi de le recruter.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Sur le plan strictement politique, cette erreur tombait \u00e0 point nomm\u00e9. Elle offrait aux d\u00e9put\u00e9s travaillistes le pr\u00e9texte id\u00e9al pour faire ce qu\u2019une partie d\u2019entre eux br\u00fblait d\u00e9j\u00e0 d\u2019envie de faire : se d\u00e9barrasser du Premier ministre.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Lors des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales du 4 juillet 2024, Keir Starmer plaidait pour un retour au calme : une \u00e8re de sobri\u00e9t\u00e9, voire d\u2019ennui, faite de comp\u00e9tence administrative, cens\u00e9e relancer l\u2019\u00e9conomie britannique et restaurer la confiance dans la vie publique. Nombre des d\u00e9put\u00e9s travaillistes \u00e9lus lors de la victoire \u00e9crasante de 2024 s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s pour tourner la page de ce qu\u2019ils d\u00e9non\u00e7aient comme la \u00ab corruption des conservateurs \u00bb. Les voil\u00e0 aujourd\u2019hui pris \u00e0 partie pour des travers qui, aux yeux d\u2019un \u00e9lectorat d\u00e9sabus\u00e9, ressemblent furieusement aux m\u00eames.<\/p>\n<blockquote cite=\"\" role=\"blockquote\" class=\"c-stack b-article-body--quote\" data-style-direction=\"vertical\" data-style-justification=\"start\" data-style-alignment=\"unset\" data-style-inline=\"false\" data-style-wrap=\"nowrap\">\n<p class=\"c-paragraph blockquote\">La cote de popularit\u00e9 de Keir Starmer, quatorze mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, est la plus basse jamais enregistr\u00e9e \u00e0 ce stade pour un Premier ministre depuis un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"c-paragraph\">Bien avant que la relation entre Epstein et Mandelson ne vienne percer une nouvelle br\u00e8che dans la coque de son navire, Starmer avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9\u00e7u une partie de ses troupes. Lui-m\u00eame et plusieurs ministres ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s de ne pas avoir d\u00e9clar\u00e9 certains cadeaux, et d\u2019avoir accept\u00e9 plus de 20 000 livres sterling de billets gratuits pour un concert de Taylor Swift. Puis se sont encha\u00een\u00e9s les revirements, laissant pantois ceux qu\u2019on envoyait les d\u00e9fendre sur les plateaux : aides au chauffage pour les retrait\u00e9s, plafonnement des allocations \u00e0 deux enfants, droits de succession sur les terres agricoles, p\u00e9rim\u00e8tre des identit\u00e9s num\u00e9riques.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le chancelier de l\u2019\u00c9chiquier \u2013 l\u2019\u00e9quivalent britannique du ministre des Finances \u2013 a d\u00fb op\u00e9rer un autre recul humiliant sur l\u2019imp\u00f4t sur le revenu. (Pour le d\u00e9tail de cette s\u00e9rie de faux pas, on peut se reporter au r\u00e9cit minutieux de Tim Shipman.) La derni\u00e8re volte-face en date ? L\u2019abandon, mi-f\u00e9vrier, du projet hasardeux \u2013 et probablement ill\u00e9gal \u2013 de reporter les \u00e9lections dans trente conseils locaux.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">R\u00e9sultat : selon Ipsos, la cote de popularit\u00e9 de Starmer, quatorze mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, est la plus basse jamais enregistr\u00e9e \u00e0 ce stade pour un Premier ministre depuis un demi-si\u00e8cle. Le Parti travailliste a perdu pr\u00e8s de quatorze points de soutien \u2013 la deuxi\u00e8me chute la plus brutale pour un parti au gouvernement dans l\u2019histoire politique de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Comme l\u2019a relev\u00e9 Anand Menon, ce gouvernement n\u2019avait nul besoin des dossiers Epstein pour chavirer. Pour l\u2019instant, les ministres serrent les rangs et r\u00e9affirment leur loyaut\u00e9. Mais l\u2019\u00e9preuve du Premier ministre est loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9preuve de Gorton &amp; Denton<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le prochain test est pr\u00e9vu pour le 26 f\u00e9vrier, lors de l\u2019\u00e9lection partielle de Gorton &amp; Denton, \u00e0 Manchester \u2013 une circonscription jusqu\u2019ici tenue pour un bastion travailliste. (Le scrutin a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9mission forc\u00e9e du d\u00e9put\u00e9 sortant, rattrap\u00e9 par des messages WhatsApp offensants, dont certains \u00e0 caract\u00e8re antis\u00e9mite.) On s\u2019attendait \u00e0 une triangulaire serr\u00e9e entre le Parti travailliste, le parti populiste Reform UK et les Verts, ancr\u00e9s \u00e0 gauche. Mais l\u2019affaire Mandelson pourrait rebattre les cartes : une partie de l\u2019\u00e9lectorat progressiste pourrait se reporter sur les Verts, per\u00e7us comme le meilleur rempart pour emp\u00eacher Reform UK d\u2019entrer au Parlement.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Soit l\u2019une des raisons pour lesquelles le Labour risque d\u2019y laisser des plumes. L\u2019autre tient aux calculs internes. Le Comit\u00e9 ex\u00e9cutif national, tenu par Starmer et ses proches, a bloqu\u00e9 la candidature du populaire maire du Grand Manchester, Andy Burnham. Motif officieux : s\u2019il retrouvait un si\u00e8ge aux Communes, Burnham pourrait contester la direction du parti.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Rien ne dit toutefois que cette man\u0153uvre suffira \u00e0 sauver Starmer. Une d\u00e9faite face \u00e0 Reform UK serait d\u00e9j\u00e0 un s\u00e9rieux camouflet. Mais si le Labour \u00e9tait battu par les Verts \u2013 et pire encore, rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la troisi\u00e8me place \u2013, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du Premier ministre deviendrait flagrante. Et m\u00eame s\u2019il franchit cet obstacle, le r\u00e9pit serait de courte dur\u00e9e : le Parti travailliste s\u2019achemine vers des r\u00e9sultats d\u00e9sastreux aux \u00e9lections \u00e9cossaises et galloises ainsi qu\u2019aux \u00e9lections locales anglaises du 7 mai.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pourquoi Starmer tient-il encore ? Parce que les alternatives cr\u00e9dibles tra\u00eenent, elles aussi, leurs casseroles. L\u2019ancienne vice-pr\u00e9sidente Angela Rayner a d\u00fb quitter le devant de la sc\u00e8ne l\u2019an dernier en raison de d\u00e9m\u00eal\u00e9s fiscaux. Wes Streeting, ministre de la Sant\u00e9, reste lest\u00e9 par ses liens pass\u00e9s avec Mandelson. Et les d\u00e9put\u00e9s travaillistes savent qu\u2019un changement de chef offrirait \u00e0 l\u2019opposition un argument r\u00eav\u00e9 pour exiger des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales anticip\u00e9es. Leur confortable majorit\u00e9 aux Communes repose en r\u00e9alit\u00e9 sur moins de 34 % des suffrages. 131 si\u00e8ges ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s avec moins de 5 000 voix d\u2019avance, dont 103 o\u00f9 l\u2019\u00e9cart entre le Labour et ses concurrents \u00e9tait inf\u00e9rieur \u00e0 5 %. Un nouveau scrutin balayerait quantit\u00e9 de carri\u00e8res \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">On croyait nagu\u00e8re que les conservateurs souffraient d\u2019une instabilit\u00e9 chronique \u00e0 leur t\u00eate. Il appara\u00eet d\u00e9sormais que c\u2019est l\u2019ensemble du syst\u00e8me politique britannique qui est devenu structurellement fragile. Le sondeur Joe Slater parle d\u2019une \u00ab \u00e8re zombie \u00bb, o\u00f9 aucun gouvernement ne dispose d\u2019un socle \u00e9lectoral solide. La vieille politique de classe du XXe si\u00e8cle \u2013 ouvriers fid\u00e8les au Labour, classes moyennes et sup\u00e9rieures acquises aux conservateurs \u2013 appartient au pass\u00e9. L\u2019\u00e9lectorat s\u2019est mu\u00e9 en masse de votants volatils, li\u00e9s surtout par une m\u00eame d\u00e9fiance envers la classe dirigeante.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pour mesurer l\u2019ampleur de cette hostilit\u00e9, il faut aussi lire Dominic Cummings. Cummings n\u2019est pas exactement un observateur neutre. Strat\u00e8ge du vote pro-Brexit en 2016 puis de la victoire de Boris Johnson en 2019, on ne saurait attendre de lui qu\u2019il s\u2019attendrisse sur le sort de Starmer. Mais ses analyses r\u00e9centes m\u00e9ritent qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate :<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00ab Tel est le verdict assourdissant des \u00e9lecteurs [\u2026] : les \u00e9lites ont failli, et les \u00e9lecteurs r\u00e9clament du changement. Faillite des id\u00e9es, des institutions, des comp\u00e9tences d\u2019ex\u00e9cution ; incapacit\u00e9 chronique \u00e0 reconna\u00eetre les erreurs ou \u00e0 en tirer les cons\u00e9quences \u2013 Irak, Afghanistan, crise financi\u00e8re, Covid, Ukraine, et ainsi de suite.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Face \u00e0 ce d\u00e9saveu r\u00e9p\u00e9t\u00e9, la r\u00e9ponse des \u00e9lites consiste \u00e0 :<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">a) persister et signer dans les politiques que les \u00e9lecteurs rejettent, au premier rang desquelles l\u2019importation d\u2019hommes venus des r\u00e9gions les plus instables du globe ;<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">b) se convaincre, dans un entre-soi de plus en plus f\u00e9brile, que \u201cle vrai probl\u00e8me\u201d vient en r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9lecteurs eux-m\u00eames \u2013 abus\u00e9s par la d\u00e9sinformation, \u201cl\u2019ing\u00e9rence russe\u201d, les oligarques de la tech \u2013 et s\u00e9duits par le populisme, le racisme, voire le fascisme ;<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">c) conclure que la solution consiste \u00e0 \u201crestaurer la confiance\u201d dans les id\u00e9es et les institutions de cette m\u00eame \u00e9lite, en leur accordant davantage de pouvoir et de ressources.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Et voil\u00e0 que les d\u00e9put\u00e9s sont aujourd\u2019hui hyst\u00e9riques au sujet d\u2019Epstein, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 vingt ans \u00e0 \u00e9touffer enqu\u00eates et reportages sur des r\u00e9seaux d\u2019exploitation sexuelle visant des enfants au Royaume-Uni \u2013 parce que ces scandales mena\u00e7aient le consensus bipartisan sur l\u2019immigration. [\u2026] Westminster, en somme, a fait de nous un m\u00e8me tragi-comique plan\u00e9taire. \u00bb<\/p>\n<p>Une \u00ab \u00e8re zombie \u00bb ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Faut-il en conclure que la victoire de Reform UK est in\u00e9luctable ? L\u2019inoxydable Nigel Farage sera-t-il le prochain \u2013 ou l\u2019avant-prochain \u2013 Premier ministre britannique ? \u00c0 s\u2019en tenir aux sondages, la tentation est grande de le croire. Le dernier MRP de More in Common projette 381 si\u00e8ges sur 650 pour Reform UK, soit une majorit\u00e9 de 112 si\u00e8ges sur l\u2019ensemble des autres partis. Le Labour y perdrait 326 si\u00e8ges, retombant \u00e0 85 ; les conservateurs en abandonneraient 51, ne conservant plus que 70 d\u00e9put\u00e9s aux Communes.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Un tel s\u00e9isme supposerait toutefois des \u00e9lections imm\u00e9diates. Or cela para\u00eet improbable. Que Starmer s\u2019accroche par miracle ou qu\u2019il soit remplac\u00e9, les d\u00e9put\u00e9s travaillistes ne sont pas d\u2019humeur \u00e0 jouer les dindons de la farce. Les prochaines l\u00e9gislatives auront lieu en 2028 ou 2029. D\u2019ici l\u00e0, l\u2019effet de nouveaut\u00e9 peut s\u2019\u00e9roder \u2013 comme s\u2019est \u00e9rod\u00e9, dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019\u00e9lan initial du Parti social-d\u00e9mocrate.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Les nouveaux partis n\u2019ont d\u2019ailleurs jamais manqu\u00e9 en Grande-Bretagne. Rien que de m\u00e9moire d\u2019homme, Reform UK s\u2019appelait encore le Brexit Party en 2019 ; avant lui, il y eut le Referendum Party, fond\u00e9 par l\u2019homme d\u2019affaires Jimmy Goldsmith ; plus t\u00f4t encore, l\u2019UK Independence Party, n\u00e9 en 1993, lui-m\u00eame issu de l\u2019Anti-Federalist League. Et on ne parle l\u00e0 que de la galaxie eurosceptique.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le talon d\u2019Achille des nouveaux partis de droite est presque toujours le m\u00eame : il est extraordinairement difficile d\u2019y tenir \u00e0 distance les opportunistes, les excentriques, les illumin\u00e9s et les fascistes assum\u00e9s \u2013 et tout aussi ardu d\u2019y attirer de v\u00e9ritables talents politiques. Lors des \u00e9lections locales de l\u2019an dernier, Reform UK a conquis la majorit\u00e9 dans dix conseils et tent\u00e9 de gouverner en minorit\u00e9 ailleurs. On promettait des offensives fa\u00e7on Doge contre les gaspillages publics. Elles n\u2019ont rien donn\u00e9. Dans le m\u00eame temps, l\u2019afflux de transfuges conservateurs est tel que le discours de rupture radicale risque d\u00e9j\u00e0 de se diluer.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Par ailleurs, les analyses de Cummings comportent plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui confortent ma vieille intuition : il serait imprudent d\u2019enterrer <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/royaume-uni-kemi-badenoch-elue-a-la-tete-du-parti-conservateur-02-11-2024-2574279_24.php\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Kemi Badenoch, la cheffe des conservateurs<\/a>.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">D\u2019abord, comme aux \u00c9tats-Unis, \u00ab la question politique de loin la plus importante pour les \u00e9lecteurs britanniques est le co\u00fbt de la vie \u00bb. Seuls les \u00e9lecteurs de Reform UK placent l\u2019immigration au premier rang. Ensuite, observe Cummings, \u00ab les \u00e9lecteurs ne savent presque rien de [Badenoch]. Elle est bien plus invisible que je ne le pensais \u00bb. Et, reconna\u00eet-il, ce n\u2019est pas de son fait. \u00ab Contrairement \u00e0 Starmer, il n\u2019y a pas de mur de n\u00e9gativit\u00e9 autour d\u2019elle. Plut\u00f4t un mur d\u2019indiff\u00e9rence \u2013 des regards vides \u2013 parce que personne ne pr\u00eate attention aux conservateurs. \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Deux cons\u00e9quences s\u2019imposent. Premi\u00e8rement, Badenoch a raison de concentrer ses attaques sur le terrain \u00e9conomique. Deuxi\u00e8mement, les \u00e9lecteurs n\u2019ont pas encore fig\u00e9 leur jugement \u00e0 son \u00e9gard. L\u2019espace reste ouvert \u2013 et la marque conservatrice peut se redresser. Apr\u00e8s tout, elle s\u2019est relev\u00e9e de la politique d\u2019apaisement. Elle a surv\u00e9cu \u00e0 Suez.<\/p>\n<p>Farage : raz de mar\u00e9e ou mirage ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Troisi\u00e8mement, Farage inspire un \u00ab scepticisme diffus \u00bb. Cummings, encore : \u00ab Une minorit\u00e9 sont de v\u00e9ritables fans. \u201cIl a eu raison sur le Brexit. Il a raison sur l\u2019immigration.\u201d \u201cC\u2019est l\u2019homme qu\u2019il nous faut. Il n\u2019est pas un politicien comme les autres. Il dit ce qu\u2019il pense. Il ferait un bon Premier ministre.\u201d \u00bb D\u2019autres le jugent \u00ab odieux \u00bb, \u00ab menteur \u00bb, \u00ab faisant son beurre sur la peur \u00bb, \u00ab ce serait un d\u00e9sastre \u00bb. Beaucoup h\u00e9sitent : \u00ab Il a raison sur l\u2019immigration, mais que ferait-il d\u2019autre ? \u00bb \u00ab Que propose-t-il sur le co\u00fbt de la vie ? \u00bb \u00ab Je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il ait l\u2019\u00e9toffe d\u2019un Premier ministre. \u00bb \u00ab Je n\u2019ai pas encore tranch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Au vu de son parcours, Farage dispose de peu d\u2019arguments pour dissiper ces doutes \u2013 et de bien des occasions de les nourrir. En Angleterre, on dit d\u2019un pi\u00e8tre organisateur qu\u2019\u00ab il serait incapable de monter une beuverie dans un bar \u00bb. L\u00e0-dessus, \u00e0 la rigueur, on pourrait faire confiance \u00e0 Farage. Mais ce n\u2019est sans doute pas suffisant pour gouverner.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Tous les chefs de parti britanniques tra\u00eenent une impopularit\u00e9 marqu\u00e9e, comme l\u2019a montr\u00e9 un r\u00e9cent sondage YouGov : plus ils sont connus, plus leur cote se d\u00e9grade. Starmer est \u00e0 -47, Farage \u00e0 -37, Badenoch \u00e0 -23. Et lorsqu\u2019on les met en duel, Badenoch l\u2019emporte sur tous ses rivaux, selon une enqu\u00eate r\u00e9cente de More in Common : 62 \u00e0 38 face \u00e0 Starmer, 64 \u00e0 36 face \u00e0 Farage. Elle devance aussi les dirigeants lib\u00e9raux-d\u00e9mocrates et verts.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Personne \u2013 et je m\u2019inclus dans le lot \u2013 n\u2019imagine que Kemi Badenoch puisse, en quelques ann\u00e9es, tirer les conservateurs du gouffre creus\u00e9 par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et remporter triomphalement les prochaines \u00e9lections. Mais d\u2019ici \u00e0 2028, elle pourrait avoir restaur\u00e9 l\u2019image de son parti comme garant de la croissance, de la discipline budg\u00e9taire et de la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire \u2013 ce qu\u2019il fut \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Thatcher \u2013 suffisamment, du moins, pour pr\u00e9server un contingent respectable de d\u00e9put\u00e9s aux Communes.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Nul ne peut pr\u00e9dire l\u2019issue du prochain scrutin. La Grande-Bretagne conjugue d\u00e9sormais multipartisme et scrutin uninominal \u00e0 un tour. Les derni\u00e8res \u00e9lections l\u2019ont montr\u00e9 : de l\u00e9gers glissements d\u2019opinion, combin\u00e9s \u00e0 un vote tactique \u2013 en l\u2019occurrence destin\u00e9 \u00e0 sanctionner les conservateurs \u2013 peuvent produire des basculements spectaculaires en si\u00e8ges. Pour les nombreux \u00e9lecteurs qui aspirent \u00e0 un red\u00e9marrage \u00e9conomique, \u00e0 une inflation contenue et \u00e0 des politiques coh\u00e9rentes en mati\u00e8re d\u2019immigration et d\u2019\u00e9nergie, l\u2019objectif premier est d\u2019emp\u00eacher le Labour, les lib\u00e9raux-d\u00e9mocrates, les Verts et les nationalistes celtiques de gouverner. Mais ces m\u00eames \u00e9lecteurs redoutent, non sans raison, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un Farage Premier ministre.<\/p>\n<blockquote cite=\"\" role=\"blockquote\" class=\"c-stack b-article-body--quote\" data-style-direction=\"vertical\" data-style-justification=\"start\" data-style-alignment=\"unset\" data-style-inline=\"false\" data-style-wrap=\"nowrap\">\n<p class=\"c-paragraph blockquote\">\u00c0 bien des \u00e9gards, le Brexit a jou\u00e9 dans la politique britannique des ann\u00e9es 2010 le r\u00f4le de l\u2019autonomie de l\u2019Irlande dans les ann\u00e9es 1880 ou du libre-\u00e9change dans les ann\u00e9es 1840.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"c-paragraph\">Reform UK et les conservateurs peuvent-ils coop\u00e9rer pour former un gouvernement de droite cr\u00e9dible et pragmatique \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une fusion, d\u2019une coalition ou d\u2019un simple accord parlementaire ? Rien, en principe, ne l\u2019interdit. Depuis sa fondation en 1834, le Parti conservateur a travers\u00e9 scissions et recompositions. Il s\u2019est fractur\u00e9 en 1846 lorsque sir Robert Peel a abrog\u00e9 les Corn Laws. En 1886, il a scell\u00e9 une alliance avec lord Hartington et le Parti unioniste lib\u00e9ral de Joseph Chamberlain, n\u00e9 d\u2019une scission des lib\u00e9raux sur l\u2019autonomie irlandaise. En 1912, apr\u00e8s vingt-six ans de coop\u00e9ration, unionistes lib\u00e9raux et conservateurs ont fusionn\u00e9. Pendant des d\u00e9cennies, les candidats conservateurs se sont d\u2019ailleurs pr\u00e9sent\u00e9s sous l\u2019\u00e9tiquette unioniste \u2013 notamment en \u00c9cosse.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00c0 bien des \u00e9gards, le Brexit a jou\u00e9 dans la politique britannique des ann\u00e9es 2010 le r\u00f4le de l\u2019autonomie de l\u2019Irlande dans les ann\u00e9es 1880 ou du libre-\u00e9change dans les ann\u00e9es 1840 : l\u2019un de ces enjeux tectoniques qui reconfigurent durablement le paysage partisan. Il n\u2019est pas absurde d\u2019imaginer que ses effets institutionnels finissent par \u00eatre comparables. Je n\u2019ai aucun mal \u00e0 envisager des candidats \u00ab conservateurs-r\u00e9formateurs \u00bb lors des prochaines l\u00e9gislatives. Pas davantage \u00e0 imaginer Badenoch \u00e0 la t\u00eate d\u2019une formation recompos\u00e9e. Elle a 46 ans, elle est noire, mari\u00e9e \u00e0 un \u00c9cossais, m\u00e8re de trois enfants m\u00e9tis. La Grande-Bretagne d\u2019aujourd\u2019hui ne peut plus renier sa r\u00e9alit\u00e9 multiraciale ; elle peut seulement tenter de la faire fonctionner. Badenoch incarne cette projection vers l\u2019avenir. Farage, lui, renvoie au pass\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Alors, sommes-nous les Italiens ? Pas vraiment. La politique britannique est tout simplement\u2026 britannique. En 2022, nous avons connu trois Premiers ministres en un an. \u00c9tait-ce in\u00e9dit ? Non. En 1868, apr\u00e8s le Reform Bill de 1867, lord Derby d\u00e9missionne en f\u00e9vrier pour raisons de sant\u00e9 ; Benjamin Disraeli lui succ\u00e8de jusqu\u2019en d\u00e9cembre, avant de perdre les \u00e9lections face \u00e0 William Gladstone. Nous avons \u00e9galement eu quatre Premiers ministres en deux ans, en 1834-1835, et d\u00e9j\u00e0 en 1782-1783. Et au moins six fois, trois ou quatre chefs de gouvernement se sont succ\u00e9d\u00e9 en l\u2019espace de trois ans.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si Starmer devait chuter cette ann\u00e9e, ce serait en r\u00e9alit\u00e9 la troisi\u00e8me fois de notre histoire que la Grande-Bretagne compterait sept Premiers ministres en dix ans. Cela s\u2019est produit entre 1762 et 1770 \u2013 p\u00e9riode qui culmina avec la nomination du favori de tous les Am\u00e9ricains : lord North. Et nous avons fait encore \u00ab mieux \u00bb durant la Grande R\u00e9forme \u00e9lectorale, premi\u00e8re \u00e9tape vers un syst\u00e8me moderne : pas moins de neuf Premiers ministres en huit ans, entre 1827 et 1835.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ces volte-face ne rel\u00e8vent pas d\u2019un dysfonctionnement : elles sont inscrites dans l\u2019ADN du parlementarisme britannique. Loin d\u2019annoncer une \u00ab \u00e8re zombie \u00bb, l\u2019encha\u00eenement de Premiers ministres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res est pour ainsi dire m\u00e9canique lorsqu\u2019un pays affronte une question majeure et profond\u00e9ment clivante. Il y a dix ans, les Britanniques ont vot\u00e9 pour le Brexit. Dix ans plus tard, force est de constater que la situation \u00e9conomique et politique n\u2019est gu\u00e8re plus enviable. Dans ces conditions, quoi de plus commode que de faire des \u00ab \u00e9lites \u00bb <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/editos-du-point\/affaire-jeffrey-epstein-reseaux-elites-et-democratie-ledito-de-peggy-sastre-WH2HAHRMBVCHPOLMMRVGRIR5YM\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">le bouc \u00e9missaire id\u00e9al<\/a> ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En Grande-Bretagne, en somme, on continue. Et d\u2019autant mieux si on garde son flegme.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Article originellement publi\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/www.thefp.com\/p\/niall-ferguson-epstein-didnt-break-keir-starmer\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.thefp.com\/p\/niall-ferguson-epstein-didnt-break-keir-starmer\">The Free Press<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00abC\u2019est nous, les Italiens ? \u00bb Voil\u00e0 sans doute le meilleur m\u00e8me politique britannique que j\u2019ai pu voir&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":757851,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1588],"tags":[11,1777,674,5072,28790,2581,12,473,1853,1851,1850,1852],"class_list":{"0":"post-757850","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-royaume-uni","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-grande-bretagne","12":"tag-jeffrey-epstein","13":"tag-keir-starmer","14":"tag-news","15":"tag-royaume-uni","16":"tag-royaume-uni-de-grande-bretagne-et-dirlande-du-nord","17":"tag-uk","18":"tag-united-kingdom","19":"tag-united-kingdom-of-great-britain-and-northern-ireland"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116129107148090451","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/757850","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=757850"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/757850\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/757851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=757850"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=757850"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=757850"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}