{"id":788270,"date":"2026-03-10T06:50:12","date_gmt":"2026-03-10T06:50:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/788270\/"},"modified":"2026-03-10T06:50:12","modified_gmt":"2026-03-10T06:50:12","slug":"la-jeunesse-nest-pas-un-angle-mort-cest-la-ligne-dhorizon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/788270\/","title":{"rendered":"la jeunesse n\u2019est pas un angle mort, c\u2019est la ligne d\u2019horizon"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a, dans le d\u00e9bat municipal, une absence qui finit par ressembler \u00e0 un choix. Les d\u00e9bats des candidats organis\u00e9s partout en France abordent des conflits internationaux et des distensions entre partis politiques. On r\u00e9agit \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, on se positionne comme d\u00e9fenseur des libert\u00e9s ou pr\u00e9curseur en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. Et l\u2019on oublie, ou l\u2019on rel\u00e8gue en bas de page, celles et ceux qui vivent la ville au pr\u00e9sent le plus vif\u00a0: les jeunes.<\/p>\n<p>Dans cette \u00e9lection, nous invisibilisons la jeunesse et c\u2019est une grave erreur parce qu\u2019\u00e0 force, nous fabriquons m\u00e9caniquement l\u2019indiff\u00e9rence, puis l\u2019abstention, puis la d\u00e9fiance. Ce n\u2019est pas un hasard\u00a0: c\u2019est un sch\u00e9ma politique et c\u2019est une faute d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour sortir des fantasmes de jeunesse radicalis\u00e9e, de jeunesse perdue ou de jeunesse d\u00e9politis\u00e9e que nous avons souhait\u00e9, avec la Fondation Jean-Jaur\u00e8s et l\u2019IFOP, \u00e9tablir des faits. Les r\u00e9sultats de notre enqu\u00eate \u00e0 laquelle environ 5000 \u00e9tudiants d\u2019Aix Marseille Universit\u00e9 ont r\u00e9pondu offrent un portrait clair\u00a0: une jeunesse mod\u00e9r\u00e9e, engag\u00e9e, pacifique, mais aussi une jeunesse fragilis\u00e9e et lass\u00e9e d\u2019une offre politique qui ne parle plus sa langue.<\/p>\n<p><b>Non la jeunesse n\u2019est pas en retrait. Au contraire, elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi engag\u00e9e<\/b><b>\u00a0<\/b><b>!<\/b><\/p>\n<p>Les chiffres d\u00e9mentent frontalement les caricatures. 67% des \u00e9tudiants se disent engag\u00e9s pour une cause. Et ces causes ont la force des \u00e9vidences morales, celles qui font tenir une soci\u00e9t\u00e9 debout\u00a0: lutte contre le sexisme et les violences sexuelles (97%), respect des droits humains (96%), environnement et lutte contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique (95%). La lutte des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui est d\u2019abord une lutte pour la dignit\u00e9 du quotidien\u00a0: pouvoir \u00e9tudier, se soigner, se d\u00e9placer, respirer, se sentir en s\u00e9curit\u00e9, ne pas \u00eatre seul.<\/p>\n<p><b>Une jeunesse engag\u00e9e&#8230; mais tenue hors du d\u00e9bat municipal.<\/b><\/p>\n<p>Pourtant, cette jeunesse n\u2019entre pas dans la campagne. Elle reste \u00e0 la porte. Les \u00e9tudiants se disent beaucoup moins int\u00e9ress\u00e9s par les municipales (46%) que par la pr\u00e9sidentielle (84%). \u00c0 Marseille, 44% d\u2019entre eux seulement d\u00e9clarent avoir l\u2019intention d\u2019aller voter aux municipales de 2026. Cela devrait alarmer toutes celles et ceux qui se revendiquent r\u00e9publicains\u00a0: quand la d\u00e9mocratie locale ne mobilise plus, c\u2019est la proximit\u00e9 elle-m\u00eame qui s\u2019effondre.<\/p>\n<p>Mais attention au contresens, ce n\u2019est pas un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la cit\u00e9 mais un d\u00e9saveu de l\u2019offre politique. L\u2019enqu\u00eate montre que, chez celles et ceux qui n\u2019ont pas l\u2019intention d\u2019aller voter, le premier levier &#8211; de tr\u00e8s loin &#8211; serait qu\u2019une offre politique corresponde davantage \u00e0 leurs attentes. Autrement dit, le probl\u00e8me n\u2019est pas la jeunesse. Le probl\u00e8me, c\u2019est que les programmes des candidats parlent trop souvent comme si elle n\u2019existait pas.<\/p>\n<p><b>\u00c0 force de ne pas compter les jeunes dans les priorit\u00e9s, on finit par ne plus pouvoir compter sur eux dans les urnes. Ensuite, on s\u2019\u00e9tonne.<\/b><\/p>\n<p>Si l\u2019on veut une campagne utile, qu\u2019on cesse de supposer et qu\u2019on commence \u00e0 \u00e9couter. Pour nos \u00e9tudiants, la priorit\u00e9, tr\u00e8s largement, c\u2019est l\u2019offre de soins et les services de sant\u00e9. Viennent ensuite la s\u00e9curit\u00e9, la lutte contre la pollution, puis la lutte contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale. Ces priorit\u00e9s disent quelque chose de simple\u00a0: les jeunes veulent une ville habitable &#8211; une ville qui prot\u00e8ge, qui soigne, qui respire et qui permet de vivre.<\/p>\n<p>Et comment ne pas \u00eatre saisi par ce chiffre, qui devrait suffire \u00e0 imposer un changement de braquet politique : 66% des \u00e9tudiants d\u00e9clarent souffrir de solitude. C\u2019est un signal d\u2019alarme social et sanitaire. Une ville qui accepte cela sans r\u00e9ponse politique structur\u00e9e se condamne \u00e0 la fragmentation.<\/p>\n<p><b>L\u2019universit\u00e9<\/b><b>\u00a0<\/b><b>: un sanctuaire de savoirs, un pont vers la cit\u00e9.<\/b><\/p>\n<p>\u00c9videmment, l\u2019universit\u00e9 a un r\u00f4le \u00e0 tenir et nous l\u2019assumons. Oui, l\u2019universit\u00e9 est un sanctuaire\u00a0: un lieu o\u00f9 l\u2019on transmet des savoirs, o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 distinguer le vrai du vraisemblable, o\u00f9 l\u2019on peut d\u00e9battre sans \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une \u00e9tiquette. Un lieu de protection intellectuelle, mais aussi un lieu de formation civique.<\/p>\n<p>Mais un sanctuaire n\u2019est pas un \u00eelot indiff\u00e9rent \u00e0 la ville. Il doit \u00eatre un pont. L\u2019universit\u00e9 peut rendre la jeunesse visible dans le d\u00e9bat public, non pas en parlant \u00e0 sa place, mais en ouvrant les conditions d\u2019un dialogue adulte\u00a0: des donn\u00e9es document\u00e9es et des espaces de discussion.<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate conduite avec la Fondation Jean-Jaur\u00e8s et l\u2019IFOP est une boussole\u00a0: elle rappelle une v\u00e9rit\u00e9 politique que l\u2019on feint d\u2019ignorer. La jeunesse n\u2019est pas \u00ab\u00a0\u00e0 remobiliser\u00a0\u00bb comme si elle \u00e9tait vide. Elle est d\u00e9j\u00e0 mobilis\u00e9e. Elle attend simplement une offre politique \u00e0 la hauteur de son engagement. Aux candidates et candidats\u00a0: la jeunesse vous regarde &#8211; et elle jugera.<\/p>\n<p><b>Je m\u2019adresse donc \u00e0 celles et ceux qui aspirent \u00e0 conduire Marseille, Aix-en-Provence, les communes de notre territoire et plus largement de France.<\/b><\/p>\n<p>Ne vous contentez pas de vous adresser du bout des l\u00e8vres aux jeunes et faites des choix. Inscrivez la jeunesse au c\u0153ur de vos programmes\u00a0: sant\u00e9 (y compris mentale), logement, mobilit\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, qualit\u00e9 de l\u2019air, acc\u00e8s \u00e0 la culture, espaces publics o\u00f9 l\u2019on se sent l\u00e9gitime, dispositifs d\u2019engagement reconnus, politiques de pr\u00e9vention et de lien social.<\/p>\n<p>Car la question est d\u00e9sormais simple\u00a0: voulez-vous une d\u00e9mocratie locale vivante ou une d\u00e9mocratie municipale referm\u00e9e et qui gouverne sans sa jeunesse\u00a0?<\/p>\n<p>Hannah Arendt rappelait que l\u2019\u00e9ducation est le point o\u00f9 se d\u00e9cide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilit\u00e9. Aimer assez le monde, aujourd\u2019hui, c\u2019est aimer assez notre jeunesse pour ne plus la laisser souffrir hors-champ. Nous, \u00e0 Aix Marseille Universit\u00e9, continuerons de tenir ce cap\u00a0: transmettre, prot\u00e9ger, ouvrir, dialoguer. Et rappeler, sans d\u00e9tour, que l\u2019invisibilisation de la jeunesse est une d\u00e9faite politique &#8211; mais que sa reconnaissance peut \u00eatre le commencement d\u2019une r\u00e9conciliation d\u00e9mocratique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y a, dans le d\u00e9bat municipal, une absence qui finit par ressembler \u00e0 un choix. 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