{"id":798630,"date":"2026-03-14T16:35:16","date_gmt":"2026-03-14T16:35:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/798630\/"},"modified":"2026-03-14T16:35:16","modified_gmt":"2026-03-14T16:35:16","slug":"une-guerre-qui-se-sacralise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/798630\/","title":{"rendered":"une guerre qui se sacralise"},"content":{"rendered":"<p>&#8211; Advertisement &#8211;<\/p>\n<p>Lire l&rsquo;articleStop<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas, au sens strict, une simple \u00ab guerre de religion \u00bb. Les causes imm\u00e9diates restent militaires, strat\u00e9giques, nucl\u00e9aires, territoriales et r\u00e9gionales. Pourtant, r\u00e9duire l\u2019affrontement actuel entre les \u00c9tats-Unis, Isra\u00ebl et la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran \u00e0 une crise g\u00e9opolitique classique serait devenu insuffisant. Depuis plusieurs mois, et plus encore depuis l\u2019\u00e9largissement du conflit, les mots employ\u00e9s par des responsables isra\u00e9liens, am\u00e9ricains et iraniens montrent une autre dynamique : la guerre se\u00a0<strong>sacralise<\/strong>. Elle se dote d\u2019un langage de mission, d\u2019\u00e9lection, de promesse biblique, de combat existentiel entre le Bien et le Mal. Ce glissement ne remplace pas la strat\u00e9gie. Il lui donne une l\u00e9gitimit\u00e9 sup\u00e9rieure, plus difficile \u00e0 discuter, parce qu\u2019elle pr\u00e9tend venir de Dieu, de l\u2019Histoire sainte ou d\u2019un mandat civilisateur.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>La nouveaut\u00e9, aujourd\u2019hui, n\u2019est donc pas l\u2019existence du religieux au Proche-Orient. Elle est sa centralit\u00e9 croissante dans la rh\u00e9torique du pouvoir. C\u00f4t\u00e9 iranien, cela n\u2019\u00e9tonnera personne : la R\u00e9publique islamique est, par construction, un r\u00e9gime o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame est religieuse et politique \u00e0 la fois. Mais du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain et isra\u00e9lien, le ph\u00e9nom\u00e8ne a pris une ampleur nouvelle. \u00c0 Washington, le chef du Pentagone revendique lui-m\u00eame l\u2019intitul\u00e9 de \u00ab secr\u00e9taire \u00e0 la Guerre \u00bb sur le site officiel de son d\u00e9partement, cl\u00f4t ses briefings militaires par un psaume sur les mains entra\u00een\u00e9es \u00e0 la guerre et organise au Pentagone des offices chr\u00e9tiens mensuels. \u00c0 J\u00e9rusalem et dans la coalition isra\u00e9lienne, des ministres parlent de \u00ab Jud\u00e9e-Samarie \u00bb, de \u00ab droit historique \u00bb et d\u2019extension de souverainet\u00e9 sur la terre biblique. Entre les deux, l\u2019ambassadeur am\u00e9ricain en Isra\u00ebl, Mike Huckabee, ancien pasteur baptiste, a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il serait \u00ab tr\u00e8s bien \u00bb qu\u2019Isra\u00ebl prenne \u00ab tout \u00bb le territoire bibliquement promis entre le Nil et l\u2019Euphrate, avant que l\u2019ambassade ne tente de recontextualiser ses propos.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le plus juste est donc de parler non d\u2019une guerre purement religieuse, mais d\u2019une\u00a0<strong>guerre g\u00e9opolitique de plus en plus formul\u00e9e en termes religieux<\/strong>. Et cette nuance compte. Car une guerre que l\u2019on pr\u00e9sente comme voulue par Dieu, adoss\u00e9e \u00e0 la Bible, \u00e0 la proph\u00e9tie ou \u00e0 un ordre sacr\u00e9, devient plus difficile \u00e0 freiner, \u00e0 n\u00e9gocier ou \u00e0 limiter. Elle ne porte plus seulement sur des int\u00e9r\u00eats. Elle porte sur des absolus.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>\u00c0 Washington, la rh\u00e9torique du Pentagone a chang\u00e9 de nature<\/strong><\/p>\n<p>Le cas de Pete Hegseth est central. Le fait le plus frappant n\u2019est pas seulement son positionnement politique, d\u00e9j\u00e0 bien connu. C\u2019est la mani\u00e8re dont il introduit le religieux au c\u0153ur de la communication officielle de guerre. Le 10 mars, lors d\u2019un briefing officiel du d\u00e9partement am\u00e9ricain de la Guerre, il a clos son propos en lisant le psaume 144 : \u00ab Blessed be the Lord, my rock, who trains my hands for war and my fingers for battle \u00bb, avant d\u2019ajouter une pri\u00e8re demandant \u00ab total victory \u00bb pour les forces am\u00e9ricaines. Le document figure sur un site gouvernemental officiel, sous l\u2019intitul\u00e9 m\u00eame de \u00ab Secretary of War \u00bb. Le signal est lourd : le langage liturgique n\u2019est plus p\u00e9riph\u00e9rique, il est assum\u00e9 au sommet de l\u2019appareil militaire.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Cette s\u00e9quence n\u2019est pas isol\u00e9e. En mai 2025, le chef du Pentagone a conduit au si\u00e8ge du d\u00e9partement une \u00ab Christian Prayer &amp; Worship Service \u00bb, pr\u00e9sent\u00e9e comme un rendez-vous mensuel et volontaire. Le service a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 sur le r\u00e9seau interne du Pentagone. Son propre pasteur y a pri\u00e9 pour Donald Trump, remerciant Dieu de l\u2019avoir utilis\u00e9 pour apporter \u00ab stabilit\u00e9 \u00bb et \u00ab clart\u00e9 morale \u00bb au pays. Le m\u00eame responsable expliquait alors publiquement : \u00ab Sans mon Seigneur et sauveur J\u00e9sus-Christ, je n\u2019ai aucune chance. \u00bb L\u00e0 encore, le probl\u00e8me n\u2019est pas la foi personnelle d\u2019un responsable public. Le probl\u00e8me est l\u2019adossement institutionnel de cette foi \u00e0 la conduite de la guerre.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute une vision du monde plus large. D\u00e9but mars 2026, Pete Hegseth a d\u00e9clar\u00e9 devant des responsables de la d\u00e9fense latino-am\u00e9ricains que les pays des Am\u00e9riques faisaient face \u00e0 un test pour savoir s\u2019ils resteraient \u00ab occidentaux et chr\u00e9tiens \u00bb. Cette formule d\u00e9borde tr\u00e8s largement le cadre d\u2019une simple profession de foi. Elle installe une lecture civilisationnelle de la s\u00e9curit\u00e9, o\u00f9 l\u2019Occident n\u2019est pas seulement une alliance politique mais une identit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 d\u00e9fendre. Dans le contexte d\u2019une guerre lanc\u00e9e contre la R\u00e9publique islamique, cette rh\u00e9torique fonctionne comme une polarisation religieuse du conflit.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments plus anciens vont dans le m\u00eame sens. Plusieurs analyses ont rappel\u00e9 que Pete Hegseth a publi\u00e9 en 2020 un livre intitul\u00e9\u00a0American Crusade\u00a0et qu\u2019il a, au fil des ann\u00e9es, d\u00e9crit l\u2019Iran dans des termes apocalyptiques ou civilisationnels, tout en soutenant l\u2019annexion isra\u00e9lienne de la Cisjordanie et m\u00eame l\u2019id\u00e9e d\u2019une reconstruction du Temple juif \u00e0 J\u00e9rusalem. Pris ensemble, ces \u00e9l\u00e9ments dessinent moins une simple ferveur personnelle qu\u2019un imaginaire politique coh\u00e9rent : l\u2019Am\u00e9rique, Isra\u00ebl, le christianisme occidental et la guerre contre l\u2019Iran sont inscrits dans une m\u00eame narration de croisade.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>En Isra\u00ebl, la Bible n\u2019est plus seulement une m\u00e9moire, mais un argument d\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019autre versant de cette sacralisation se joue en Isra\u00ebl, o\u00f9 une partie du pouvoir m\u00eale de plus en plus clairement souverainet\u00e9 contemporaine et g\u00e9ographie biblique. Les mots employ\u00e9s ne sont pas neutres. Lorsque des ministres parlent de \u00ab Jud\u00e9e et Samarie \u00bb plut\u00f4t que de Cisjordanie, ils ne d\u00e9crivent pas seulement un territoire. Ils lui assignent une signification th\u00e9ologique et historique pr\u00e9cise. En juillet 2025, quinze ministres du Likoud et le pr\u00e9sident de la Knesset ont ainsi appel\u00e9 \u00e0 l\u2019application imm\u00e9diate de la souverainet\u00e9 isra\u00e9lienne sur \u00ab Judea and Samaria \u00bb, en employant explicitement les noms bibliques du territoire occup\u00e9. Le texte liait cette revendication aux succ\u00e8s d\u2019Isra\u00ebl face \u00e0 l\u2019Iran et \u00e0 ses alli\u00e9s, ainsi qu\u2019au partenariat strat\u00e9gique avec Washington.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Cette ligne ne vient pas de la seule marge. Elle est partag\u00e9e ou relay\u00e9e par des figures centrales de la coalition. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, figure du camp pro-colons, a salu\u00e9 en janvier 2025 la lev\u00e9e par Donald Trump de sanctions am\u00e9ricaines visant des colons violents, en y voyant l\u2019expression d\u2019un \u00ab lien profond \u00bb avec \u00ab le peuple juif et notre droit historique \u00e0 notre terre \u00bb. Il a aussi appel\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre le peuplement \u00ab dans toutes les parties de la Terre d\u2019Isra\u00ebl \u00bb. L\u00e0 encore, la notion de \u00ab Terre d\u2019Isra\u00ebl \u00bb ne rel\u00e8ve pas d\u2019un simple patriotisme administratif. Elle renvoie \u00e0 une totalit\u00e9 historique et biblique qui d\u00e9borde les fronti\u00e8res reconnues par le droit international.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le point d\u00e9cisif est le suivant : dans cette rh\u00e9torique, le territoire n\u2019est pas seulement strat\u00e9gique. Il est sacr\u00e9. Il n\u2019est pas seulement utile \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 ; il est l\u00e9gitim\u00e9 par une ant\u00e9riorit\u00e9 biblique. La cons\u00e9quence politique est majeure. Lorsqu\u2019un gouvernement parle au nom d\u2019une promesse, d\u2019un h\u00e9ritage sacr\u00e9 ou d\u2019un droit historique absolu, le compromis devient suspect. C\u00e9der du terrain ne revient plus \u00e0 n\u00e9gocier ; cela revient \u00e0 trahir un d\u00e9p\u00f4t. C\u2019est ainsi que le religieux transforme la politique territoriale en mission.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de dire qu\u2019Isra\u00ebl serait r\u00e9ductible \u00e0 un \u00c9tat th\u00e9ocratique. Ce serait faux. Mais il serait tout aussi faux de nier que, dans une partie de la droite isra\u00e9lienne contemporaine, l\u2019argument biblique occupe d\u00e9sormais un r\u00f4le politique op\u00e9rant, et pas seulement d\u00e9coratif. Il structure la vision de la Cisjordanie, de J\u00e9rusalem, de la s\u00e9curit\u00e9 et du rapport aux Palestiniens.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Mike Huckabee incarne le pont entre sionisme biblique et diplomatie am\u00e9ricaine<\/strong><\/p>\n<p>La figure de Mike Huckabee donne \u00e0 cette convergence une forme presque caricaturale, tant elle relie directement l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme politique am\u00e9ricain au projet territorial de la droite isra\u00e9lienne. L\u2019ambassadeur am\u00e9ricain en Isra\u00ebl n\u2019est pas un diplomate classique. L\u2019ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 J\u00e9rusalem rappelle qu\u2019il a aussi \u00e9t\u00e9 pasteur et pr\u00e9sident de la Convention baptiste de l\u2019Arkansas. Les agences internationales le d\u00e9crivent comme un chr\u00e9tien \u00e9vang\u00e9lique de longue date, d\u00e9fenseur constant des colonies isra\u00e9liennes.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2026, interrog\u00e9 sur la promesse faite \u00e0 Abraham dans la Gen\u00e8se, Mike Huckabee a r\u00e9pondu qu\u2019\u00ab il serait tr\u00e8s bien qu\u2019ils prennent tout \u00bb, lorsque lui \u00e9tait soumise l\u2019id\u00e9e d\u2019un Isra\u00ebl allant symboliquement du Nil \u00e0 l\u2019Euphrate. M\u00eame s\u2019il a ensuite nuanc\u00e9 en disant que ce n\u2019\u00e9tait pas, selon lui, le sujet politique du moment, la phrase a provoqu\u00e9 une condamnation r\u00e9gionale formelle. Des pays comme la Jordanie, l\u2019Arabie saoudite, les \u00c9mirats arabes unis, l\u2019\u00c9gypte, la Turquie, l\u2019Indon\u00e9sie ou le Pakistan ont d\u00e9nonc\u00e9 des propos \u00ab dangereux et incendiaires \u00bb, contraires au droit international et mena\u00e7ant la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Cette s\u00e9quence est capitale parce qu\u2019elle montre qu\u2019un langage th\u00e9ologico-politique est d\u00e9sormais port\u00e9 non par un militant p\u00e9riph\u00e9rique, mais par l\u2019ambassadeur en poste de la premi\u00e8re puissance mondiale aupr\u00e8s d\u2019Isra\u00ebl. Ce n\u2019est plus seulement la droite religieuse am\u00e9ricaine qui parle entre elle. C\u2019est la diplomatie officielle qui laisse para\u00eetre, au moins par \u00e9clairs, l\u2019id\u00e9e que la carte de la r\u00e9gion peut \u00eatre pens\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une promesse biblique.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le rapprochement avec le pouvoir isra\u00e9lien est d\u2019autant plus fort que ce type de discours se superpose \u00e0 des revendications isra\u00e9liennes contemporaines sur la \u00ab Jud\u00e9e-Samarie \u00bb. On voit alors se dessiner une m\u00eame matrice : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des ministres isra\u00e9liens qui mobilisent les noms bibliques pour appeler \u00e0 l\u2019annexion ; de l\u2019autre un ambassadeur am\u00e9ricain \u00e9vang\u00e9lique qui consid\u00e8re acceptable une lecture maximaliste du territoire promis. Entre les deux, la fronti\u00e8re entre soutien strat\u00e9gique et adh\u00e9sion th\u00e9ologique devient floue.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>\u00c0 la Maison-Blanche, Trump met aussi en sc\u00e8ne la foi dans la guerre<\/strong><\/p>\n<p>La sacralisation du conflit ne passe pas seulement par le Pentagone ou par les ministres isra\u00e9liens. Elle touche aussi la pr\u00e9sidence am\u00e9ricaine elle-m\u00eame. Le 5 mars 2026, Donald Trump a accueilli dans le Bureau ovale un groupe de pasteurs et de responsables \u00e9vang\u00e9liques venus prier autour de lui, dans une sc\u00e8ne film\u00e9e puis diffus\u00e9e publiquement le lendemain. Parmi les figures identifi\u00e9es se trouvaient Paula White, qui dirige le White House Faith Office, ainsi que Greg Laurie, Jentezen Franklin et Johnnie Moore. <\/p>\n<p>Le fait m\u00e9rite attention. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une d\u00e9votion priv\u00e9e capt\u00e9e par hasard, mais d\u2019une mise en sc\u00e8ne politique de la pri\u00e8re au centre du pouvoir ex\u00e9cutif, en pleine guerre avec l\u2019Iran. Cette image prolonge un m\u00eame imaginaire : celui d\u2019un pouvoir am\u00e9ricain qui se pense accompagn\u00e9, voire confirm\u00e9, par des autorit\u00e9s religieuses chr\u00e9tiennes au moment d\u2019entrer dans la guerre. Mise en parall\u00e8le avec les r\u00e9f\u00e9rences bibliques de Pete Hegseth et avec les plaintes de militaires d\u00e9non\u00e7ant des discours de \u00ab guerre sainte \u00bb dans leurs unit\u00e9s, cette s\u00e9quence renforce l\u2019id\u00e9e que la confrontation actuelle se charge d\u2019un vocabulaire providentialiste qui d\u00e9passe de loin la simple expression d\u2019une croyance personnelle.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9vang\u00e9lisme militaire am\u00e9ricain ne rel\u00e8ve plus seulement du priv\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le point le plus inqui\u00e9tant, peut-\u00eatre, tient \u00e0 la mani\u00e8re dont cette rh\u00e9torique descend dans la cha\u00eene militaire. Ici, il faut \u00eatre pr\u00e9cis. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un fait judiciairement \u00e9tabli dans tous ses d\u00e9tails, mais d\u2019all\u00e9gations document\u00e9es et suffisamment nombreuses pour avoir d\u00e9clench\u00e9 des demandes d\u2019enqu\u00eate. Selon des signalements relay\u00e9s par\u00a0The Guardian\u00a0et\u00a0Military.com, le Military Religious Freedom Foundation a re\u00e7u plus d\u2019une centaine, puis plus de deux cents plaintes provenant de diff\u00e9rentes installations militaires, y compris d\u2019unit\u00e9s o\u00f9 des officiers auraient pr\u00e9sent\u00e9 la guerre contre l\u2019Iran comme relevant du \u00ab plan divin \u00bb, de l\u2019Armageddon ou d\u2019un mandat biblique. Des \u00e9lus d\u00e9mocrates ont demand\u00e9 une enqu\u00eate interne au d\u00e9partement de la D\u00e9fense sur ces accusations.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Dans plusieurs de ces r\u00e9cits, des militaires expliquent avoir entendu des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019Apocalypse, au retour du Christ ou \u00e0 l\u2019id\u00e9e que Donald Trump aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab oint \u00bb pour mener cette guerre. \u00c0 ce stade, il faut conserver la prudence n\u00e9cessaire : ce sont des t\u00e9moignages et des plaintes, pas des jugements d\u00e9finitifs. Mais le simple fait qu\u2019ils \u00e9mergent dans cet environnement, alors que le chef du Pentagone organise des offices chr\u00e9tiens et mobilise la Bible dans ses briefings officiels, montre que le climat id\u00e9ologique a chang\u00e9. Le langage de croisade n\u2019est plus impensable dans l\u2019institution.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est ici que la remarque sur les Marines, souvent formul\u00e9e de mani\u00e8re brute dans le d\u00e9bat public, prend son sens. Le sujet n\u2019est pas de savoir si \u00ab les Marines \u00bb dans leur ensemble seraient acquis \u00e0 une th\u00e9ologie de guerre sainte. Ce serait une g\u00e9n\u00e9ralisation abusive. Le sujet est qu\u2019au sein de l\u2019appareil militaire am\u00e9ricain, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u00e9sormais pour d\u00e9noncer des pr\u00e9dications ou des discours assimilant la guerre \u00e0 un combat voulu par Dieu. Et lorsque ces inqui\u00e9tudes montent des rangs eux-m\u00eames, elles m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre prises au s\u00e9rieux.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Le miroir iranien : une th\u00e9ocratie qui assume, face \u00e0 des adversaires qui se sacralisent aussi<\/strong><\/p>\n<p>Le paradoxe est l\u00e0. L\u2019Iran a longtemps \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 juste titre, comme l\u2019exemple m\u00eame d\u2019un r\u00e9gime o\u00f9 la souverainet\u00e9 politique est ench\u00e2ss\u00e9e dans une structure religieuse. La Constitution de la R\u00e9publique islamique fait du Guide supr\u00eame l\u2019autorit\u00e9 qui commande les forces arm\u00e9es, d\u00e9clare la guerre et la paix et supervise les grandes orientations de l\u2019\u00c9tat, au nom du principe de\u00a0velayat-e faqih, la \u00ab tutelle du juriste-th\u00e9ologien \u00bb. Autrement dit, la fusion du religieux et du politique est constitutive du syst\u00e8me iranien.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Il serait donc absurde de nier la dimension th\u00e9ocratique de l\u2019Iran. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend le moment actuel si frappant. En face d\u2019un \u00c9tat qui assume \u00eatre une r\u00e9publique islamique gouvern\u00e9e par un Guide religieux, les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl mobilisent eux aussi, de plus en plus, des justifications sacr\u00e9es. Les mots diff\u00e8rent, les traditions diff\u00e8rent, les institutions diff\u00e8rent. Pourtant, le m\u00e9canisme de l\u00e9gitimation se rapproche : l\u2019adversaire n\u2019est plus seulement dangereux, il est impie, barbare, existentiel ; la guerre n\u2019est plus seulement n\u00e9cessaire, elle est juste parce qu\u2019elle s\u2019inscrit dans une vocation sup\u00e9rieure.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le risque intellectuel serait d\u2019\u00e9tablir une \u00e9quivalence simple. Ce ne serait ni rigoureux ni utile. L\u2019Iran reste une th\u00e9ocratie constitutionnelle chiite. Isra\u00ebl demeure un \u00c9tat avec des institutions d\u00e9mocratiques, m\u00eame si une partie de son pouvoir recourt \u00e0 la Bible comme argument de souverainet\u00e9. Les \u00c9tats-Unis restent une d\u00e9mocratie s\u00e9culi\u00e8re sur le plan constitutionnel, m\u00eame si le langage de guerre de leur ex\u00e9cutif se charge d\u2019imaginaire chr\u00e9tien. Mais l\u2019absence d\u2019\u00e9quivalence institutionnelle n\u2019emp\u00eache pas l\u2019existence d\u2019une convergence rh\u00e9torique : de part et d\u2019autre, le religieux est de plus en plus utilis\u00e9 pour naturaliser la guerre.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>Pourquoi cette sacralisation rend la guerre plus dangereuse<\/strong><\/p>\n<p>Une guerre sacralis\u00e9e change de nature pour au moins trois raisons. D\u2019abord, elle absolutise les objectifs. Si l\u2019on combat pour une promesse, un ordre divin ou la survie d\u2019une civilisation chr\u00e9tienne, h\u00e9bra\u00efque ou islamique, la n\u00e9gociation devient moralement suspecte. Ensuite, elle red\u00e9finit l\u2019ennemi. On ne se bat plus seulement contre un \u00c9tat rival, mais contre le mal, la barbarie, l\u2019impi\u00e9t\u00e9 ou l\u2019usurpation. Enfin, elle d\u00e9sarme le d\u00e9bat interne. Contester la guerre, c\u2019est risquer d\u2019appara\u00eetre non seulement antipatriote, mais infid\u00e8le.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Cette transformation est visible dans le vocabulaire lui-m\u00eame. Lorsque le chef du Pentagone parle de \u00ab barbares sauvages \u00bb, lorsqu\u2019il cite un psaume de bataille, lorsqu\u2019il demande la \u00ab victoire totale \u00bb, lorsqu\u2019un ambassadeur \u00e9voque un territoire bibliquement promis, lorsqu\u2019un camp gouvernemental parle de Jud\u00e9e-Samarie comme d\u2019une \u00e9vidence souveraine, on n\u2019est plus dans le lexique ordinaire de la dissuasion. On est dans un langage qui moralise et sacralise la guerre. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que de nombreux historiens et sociologues des conflits consid\u00e8rent comme un facteur aggravant : les conflits les plus difficiles \u00e0 limiter sont souvent ceux o\u00f9 les protagonistes se persuadent qu\u2019ils ex\u00e9cutent une mission.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le plus pr\u00e9occupant est que cette sacralisation crois\u00e9e alimente un cercle parfait. L\u2019Iran th\u00e9ocratique peut pr\u00e9senter l\u2019offensive am\u00e9ricano-isra\u00e9lienne comme une croisade occidentale. Les \u00e9vang\u00e9liques am\u00e9ricains et certains responsables isra\u00e9liens peuvent pr\u00e9senter l\u2019Iran comme l\u2019ennemi d\u2019une bataille civilisationnelle ou biblique. Chacun confirme alors le r\u00e9cit de l\u2019autre. Et plus ce r\u00e9cit prend, plus la guerre devient difficile \u00e0 sortir du registre de l\u2019absolu.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p class=\"ln-seo-links__eyebrow\">Maillage interne<\/p>\n<p>            Pour aller plus loin<\/p>\n<p>                                                                    <a class=\"ln-seo-links__post\" href=\"https:\/\/libnanews.com\/lambassadeur-des-etats-unis-en-israel-estime-quil-serait-acceptable-pour-israel-de-prendre-le-controle-du-moyen-orient\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><br \/>\n                                                            A la une<br \/>\n                                                        L\u2019ambassadeur des \u00c9tats-Unis en Isra\u00ebl estime qu\u2019il serait \u00ab acceptable \u00bb pour Isra\u00ebl de prendre le contr\u00f4le du Moyen-Orient<br \/>\n                                                            L\u2019ambassadeur des \u00c9tats-Unis en Isra\u00ebl, Mike Huckabee, a jug\u00e9 \u00ab acceptable \u00bb qu\u2019Isra\u00ebl revendique un territoire biblique allant du Nil\u2026<br \/>\n                                                    <\/a><br \/>\n                                                                    <a class=\"ln-seo-links__post\" href=\"https:\/\/libnanews.com\/gaza-le-jackpot-immobilier-bati-sur-un-cimetiere-avec-la-benediction-du-droit-international\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><br \/>\n                                                            Edito<br \/>\n                                                        Gaza : le jackpot immobilier b\u00e2ti sur un cimeti\u00e8re, avec la b\u00e9n\u00e9diction du droit international<br \/>\n                                                            Au Sommet sur le renouveau urbain, Bezalel Smotrich a qualifi\u00e9 Gaza de \u00ab bonanza immobilier \u00bb, suscitant l\u2019indignation face \u00e0\u2026<br \/>\n                                                    <\/a><br \/>\n                                                                    <a class=\"ln-seo-links__post\" href=\"https:\/\/libnanews.com\/gaza-liban-iran-comment-plusieurs-foyers-de-crise-sont-en-train-de-fusionner\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><br \/>\n                                                            Analyses<br \/>\n                                                        Gaza, Liban, Iran : comment plusieurs foyers de crise sont en train de fusionner<br \/>\n                                                            Gaza, le Liban et l\u2019Iran ne peuvent plus \u00eatre lus comme trois crises s\u00e9par\u00e9es. En mars 2026, les fronts se\u2026<br \/>\n                                                    <\/a><br \/>\n                                                                    <a class=\"ln-seo-links__post\" href=\"https:\/\/libnanews.com\/finul-frappee-au-sud-du-liban-trois-casques-bleus-ghaneens-blesses-sur-fond-de-pressions-israeliennes-contre-la-mission\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><br \/>\n                                                            L&rsquo;Actualit\u00e9 du Liban<br \/>\n                                                        FINUL frapp\u00e9e au sud du Liban : trois Casques bleus ghan\u00e9ens bless\u00e9s, sur fond de pressions isra\u00e9liennes contre la mission<br \/>\n                                                            Trois Casques bleus ghan\u00e9ens de la FINUL ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s \u00e0 Al Qawzah, dans le sud du Liban. L\u2019ONU a\u2026<br \/>\n                                                    <\/a><\/p>\n<p>&#8211; Advertisement &#8211;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"&#8211; Advertisement &#8211; Lire l&rsquo;articleStop Ce n\u2019est pas, au sens strict, une simple \u00ab guerre de religion \u00bb.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":798631,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1589],"tags":[11,29993,87751,73,1866,87752,87753,87754,43268,12,1066,87755,1864,1865,1863,308],"class_list":{"0":"post-798630","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-etats-unis","8":"tag-actualites","9":"tag-bezalel-smotrich","10":"tag-christianisme-politique","11":"tag-etats-unis","12":"tag-etats-unis-damerique","13":"tag-evangeliques-americains","14":"tag-guerre-de-religion","15":"tag-judee-samarie","16":"tag-mike-huckabee","17":"tag-news","18":"tag-pete-hegseth","19":"tag-republique-islamique-diran","20":"tag-united-states","21":"tag-united-states-of-america","22":"tag-us","23":"tag-usa"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116228504816775051","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/798630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=798630"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/798630\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/798631"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=798630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=798630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=798630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}