{"id":800941,"date":"2026-03-15T17:17:21","date_gmt":"2026-03-15T17:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/800941\/"},"modified":"2026-03-15T17:17:21","modified_gmt":"2026-03-15T17:17:21","slug":"hamlet-de-william-shakespeare-et-heiner-muller-mise-en-scene-de-johan-simons-theatre-de-nanterre-amandiers-un-fauteuil-pour-lorchestre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/800941\/","title":{"rendered":"Hamlet, de William Shakespeare et Heiner M\u00fcller, mise en sc\u00e8ne de Johan Simons, Th\u00e9\u00e2tre de Nanterre-Amandiers &#8211; Un Fauteuil Pour l&rsquo;Orchestre"},"content":{"rendered":"<p>Hamlet n\u2019en finit pas de hanter les metteurs en sc\u00e8ne, les com\u00e9diens, les programmateurs et les spectateurs. Apr\u00e8s, en cette m\u00eame saison parisienne, Serebrennikov et von Hove, Johan Simons s\u2019ajoute \u00e0 la longue liste de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs en proposant sa vision au public des Amandiers. Un Hamlet d\u00e9pouill\u00e9. Mis \u00e0 nu, ramen\u00e9 \u00e0 sa fragilit\u00e9 premi\u00e8re, \u00e0 sa place ou non place, au th\u00e9\u00e2tre (on y revient infra) et dans cette famille dysfonctionnelle, compos\u00e9e de parents pervers appartenant \u00e0 un royaume toxique. Oui, tout est ind\u00e9fectiblement pourri au Royaume du Danemark transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Nanterre, \u00e0 commencer par les relations humaines. On n\u2019a rarement abord\u00e9 aussi finement la psych\u00e9 du h\u00e9ros que dans cette production d\u2019Hamlet. On n\u2019a jamais aussi bien parl\u00e9 non plus de la relation entre l\u2019acteur et le spectateur \u00e0 travers une forme dramaturgique du transfert analytique\u00a0!<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite tient largement \u00e0 l\u2019attribution du r\u00f4le-titre \u00e0 la com\u00e9dienne Sandra H\u00fcller que le public fran\u00e7ais conna\u00eet mieux depuis Anatomie d\u2019une chute de Justine Triet. Et c\u2019est comme une \u00e9vidence. Pas un instant, on se demande pourquoi le metteur en sc\u00e8ne n\u00e9erlandais a choisi une femme pour ce r\u00f4le. En tout \u00e9tat de cause, ce n\u2019est pas novateur, puisqu\u2019entre autres la grande Sarah (Bernhardt) s\u2019y \u00e9tait confront\u00e9e. Mais surtout, parce que l\u2019on con\u00e7oit mieux que jamais que cela n\u2019a strictement aucune importance. Ce qui est derri\u00e8re ce personnage d\u00e9passe le sexe ou le genre. Il n\u2019est question que d\u2019\u00eatre. L\u2019existence d\u2019un \u00eatre humain parmi ses fr\u00e8res humains, qui s\u2019\u00e9loignent pourtant tant de leur nature humaine. Si l\u2019on ne voulait pas faire de sexisme invers\u00e9 ou \u00eatre accus\u00e9e d\u2019une forme de misandrie, on dirait m\u00eame qu\u2019une femme est bien mieux \u00e0 m\u00eame de s\u2019emparer de la sensibilit\u00e9 de ce personnage, de ses errances et ses imp\u00e9rities dans un monde qu\u2019il ne peut comprendre. Le fou n\u2019est pas Hamlet, mais le monde qui l\u2019entoure. Hamlet n\u2019est au contraire que lucidit\u00e9. La clairvoyance ne rend pas fou, ainsi que le dicton aime \u00e0 le dire, mais d\u00e9sorient\u00e9, inapte \u00e0 trouver une place. Ce n\u2019est pas \u00e0 un crane que Sandra H\u00fcller s\u2019adresse dans la c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9plique (To be or not to be), mais \u00e0 son oncle devenu beau-p\u00e8re, c\u2019est lui qui est l\u2019\u00e9l\u00e9ment r\u00e9v\u00e9lateur de la crise existentielle. Le Hamletde Simons\/H\u00fcller est manipul\u00e9, pris en sandwich (ainsi que le montre bien la mise en sc\u00e8ne dans un passage corporellement illustratif) entre sa m\u00e8re et son beau-p\u00e8re, mais \u00e9galement entre ces derniers et la voix de son p\u00e8re r\u00e9clamant vengeance, laquelle n\u2019est peut-\u00eatre que celle de son inconscient exprimant son d\u00e9sir propre.<\/p>\n<p>Hamlet \u00ab\u00a0est seul\u00a0\u00bb comme le r\u00e9p\u00e8te un personnage (d\u2019abord ind\u00e9fini et qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre l\u2019un des fossoyeur) ad nauseam. On comprend que cette nouvelle vision dramaturgique rattache cette solitude \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 une blessure d\u2019abandon. Et comme tout \u00eatre d\u00e9laiss\u00e9 enfant, il devient pu\u00e9ril au moindre signe encourageant qu\u2019il prend pour de l\u2019affection, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 se r\u00e9fugier dans le giron de sa m\u00e8re ou \u00e0 lui mposer une s\u00e9ance de chatouilles, et \u00e0 se rapetisser pour saisir la main de ses parents. Ceci dit, les fossoyeurs, tout comme les ambassadeurs ne se montrent pas tellement plus matures. Face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 toujours plus accablante, le Prince du Danemark ne semble plus croire que la v\u00e9rit\u00e9 puisse surgir, le mensonge s\u2019\u00e9loigner, les manipulations cesser. Hamlet est seul, de plus en plus seul, car il cr\u00e9\u00e9 aussi le vide autour de lui. Et c\u2019est ce que la com\u00e9dienne allemande transmet d\u2019essentiel aux spectateurs jusqu\u2019au paroxysme \u00e0 un moment inattendu du spectacle. Mais pourquoi sont-ils partis si vite ces spectateurs du soir de premi\u00e8re, sous pr\u00e9texte qu\u2019une indication visuelle les informait du temps de l\u2019entracte\u00a0? Pourquoi n\u2019ont-ils pas attendu ne serait-ce que par politesse la sortie de tous les acteurs du plateau pour allumer leur portable, reprendre leurs conversations avec leurs voisins, sortir fumer ou boire apr\u00e8s s\u2019\u00eatre vaguement aper\u00e7u que quelque chose se passe (\u00ab\u00a0elle va rester immobile tout l\u2019entracte\u00a0\u00bb\u00a0?)\u00a0? Sandra\/Hamlet avait fait le vide autour d\u2019elle, elle \u00e9tait l\u00e0 immobile, totalement \u00e0 nu. Un quart d\u2019heure ou plus, suspendu. Une clef pour comprendre le spectacle ou la nouvelle lecture du h\u00e9ros shakespearien. Une preuve, s\u2019il en fallait, confirmant le statut d\u2019une com\u00e9dienne hors norme. Et les quelque uns que nous \u00e9tions \u00e0 \u00eatre rest\u00e9s assis, ou debout comme ce vieux Monsieur, qui a eu la sagesse et le courage de l\u2019applaudir, \u00e9poustoufl\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait, tandis que d\u2019autres n\u2019osaient bouger et d\u2019autres encore se sentant sans doute un peu voyeurs, dans la tentative de voler un clich\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e de ce seul en sc\u00e8ne d\u2019exception, les quelque uns donc avons vu cette solitude, celle d\u2019Hamlet comme de l\u2019artiste face \u00e0 la vulgarit\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>Alors le reste a peu d\u2019importance. Notamment celui d\u2019avoir choisi d\u2019int\u00e9grer quelques passages du texte d\u2019Heiner M\u00fcller (Hamlet-Machine) dans le texte de Shakespeare lui-m\u00eame tronqu\u00e9 et (faussement) recentr\u00e9 sur le personnage principal. Les emprunts \u00e0 la br\u00e8ve pi\u00e8ce du dramaturge est-allemand ancrent peut-\u00eatre mieux le texte dans sa traduction allemande.<\/p>\n<p>Mais ce serait faire injure aux autres com\u00e9diens de ne pas dire qu\u2019ils sont excellents (en particulier l\u2019incroyable Gina Haller jouant une Oph\u00e9lie si novatrice), m\u00eame si malgr\u00e9 eux, ils sont plus que jamais des r\u00f4les secondaires. Ce serait dommage de ne pas parler de la sc\u00e9nographie en noir et blanc (pas de zone grise possible dans ce monde sans compromis), \u00e9pur\u00e9e comme l\u2019on dit, m\u00eame si le d\u00e9cor n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e de toutes les compagnies ou sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre, avec son fond creus\u00e9 comme une piscine pour enfants, ses boules de bowling, la plaque cuivr\u00e9e et l\u2019astre (solaire ou lunaire). Enfin, l\u2019on doit \u00e9voquer la cr\u00e9ation sonore tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e, qui a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 quand le public s\u2019installe et qui cr\u00e9\u00e9 un climat de tension, imperceptible pour beaucoup, qui tranche avec l\u2019apparente d\u00e9contraction des com\u00e9diens s\u2019installant au premier rang et sur le bord du plateau, \u00e0 grand renfort d\u2019embrassades.<\/p>\n<p>Er est allein, er est allein, er est allein. Pas si s\u00fbr\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Presse_Hamlet_c_JU-Bochum-10-768x1024-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54071\"  \/><\/p>\n<p><strong>Hamlet<\/strong> de Shakespeare et M\u00fcller<\/p>\n<p>Adaptation\u00a0: Jeroen Versteele\u00a0<\/p>\n<p>Mise en sc\u00e8ne : Johan Simons<\/p>\n<p>Costumes\u00a0et sc\u00e9nographie :\u00a0 Johannes Sch\u00fctz<\/p>\n<p>Musique\u00a0: Mieko Suzuk\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Assistant musique et conception sonore\u00a0: \u00a0Lukas Tobiassen<\/p>\n<p>Directeur du son\u00a0: Will-Jan Pielage<\/p>\n<p>Lumi\u00e8res\u00a0: \u00a0\u00a0Bernd Felder<\/p>\n<p>Dramaturgie\u00a0: Jeroen Versteele<\/p>\n<p>Assistante dramaturgie\u00a0: Felicitas Arnold<\/p>\n<p>Traduction\u00a0: Angela Schanelec et J\u00fcrgen Gosch et Jean Jourdheui pour\u00a0Hamlet-Machine<\/p>\n<p>photo : \u00a9 JU- Bochum<\/p>\n<p>Avec: Sandra H\u00fcller, Stefan Hunstein, Mercy Dorcas Otieno, Bernd Rademacher, Dominik Dos-Reis, Gina Haller, Konstantin B\u00fchler, Victor Ljdens, Alexandre Wertmann, Jing Xiang, Ann G\u00f6bel<\/p>\n<p>Et\u00a0: Lukas Tobiassen (musicien)<\/p>\n<p>En allemand, surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais<\/p>\n<p>Vu le 12 mars 2026<\/p>\n<p><strong>Jusqu\u2019au 15 mars 2026<\/strong><\/p>\n<p>Dur\u00e9e\u00a0: 2h30 (avec un entracte)<\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2tre de Nanterre-Amandiers<\/p>\n<p>7 avenue Pablo Picasso<\/p>\n<p>92000 Nanterre<\/p>\n<p>R\u00e9servation\u00a0: www.nanterre-amandiers.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Hamlet n\u2019en finit pas de hanter les metteurs en sc\u00e8ne, les com\u00e9diens, les programmateurs et les spectateurs. Apr\u00e8s,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":800942,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,1777,674,1011,27,87930,87931,87932,12,626,25,87933,13952],"class_list":{"0":"post-800941","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-hamlet","14":"tag-heiner-muller","15":"tag-johan-simons","16":"tag-news","17":"tag-paris","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-theatre-nanterre-amandiers","20":"tag-william-shakespeare"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116234331571574471","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/800941","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=800941"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/800941\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/800942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=800941"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=800941"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=800941"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}