{"id":803263,"date":"2026-03-16T17:42:19","date_gmt":"2026-03-16T17:42:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/803263\/"},"modified":"2026-03-16T17:42:19","modified_gmt":"2026-03-16T17:42:19","slug":"petrole-trump-veut-facturer-la-protection-du-golfe-persique-londres-et-paris-temporisent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/803263\/","title":{"rendered":"P\u00e9trole\u00a0: Trump veut facturer la protection du golfe Persique, Londres et Paris temporisent"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie (AIE) a enclench\u00e9 ce lundi le d\u00e9blocage coordonn\u00e9 de 400\u00a0millions de barils pour casser la flamb\u00e9e des cours provoqu\u00e9e par le blocus du d\u00e9troit d\u2019Ormuz. Mais c\u2019est d\u00e9sormais la confiance m\u00eame dans la continuit\u00e9 de la mondialisation \u00e9nerg\u00e9tique qui tr\u00e9buche\u00a0: tandis que Tokyo puise dans ses r\u00e9serves strat\u00e9giques et que les Europ\u00e9ens s\u2019inqui\u00e8tent d\u2019un nouveau choc d\u2019inflation import\u00e9e, Donald Trump transforme la s\u00e9curit\u00e9 maritime en instrument de pression financi\u00e8re sur ses alli\u00e9s.<\/p>\n<p>En <a href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/1ca6d121-760b-4ec5-b6ad-514fdaa94873?emailId=ed992b07-4dc2-4d2f-9dc4-cbfb35797239&amp;segmentId=3d08be62-315f-7330-5bbd-af33dc531acb\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">mena\u00e7ant ses alli\u00e9s de l\u2019Otan d\u2019un \u00ab\u00a0very bad future\u00a0\u00bb<\/a> si les Europ\u00e9ens, le Japon ou l\u2019Australie ne contribuent pas davantage \u00e0 ses op\u00e9rations, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain impose sa propre grammaire strat\u00e9gique. Washington ne pr\u00e9sente plus la pr\u00e9sence de l\u2019US Navy dans le Golfe comme un bien public global offert au nom de la libert\u00e9 de navigation\u00a0; il la vend comme un service. La protection des flux maritimes, hier assum\u00e9e par les \u00c9tats-Unis au nom de la mondialisation, devient une prestation factur\u00e9e, soit en navires, soit en contributions financi\u00e8res sonnantes et tr\u00e9buchantes. Pour les alli\u00e9s, cette bascule renverse le contrat implicite de l\u2019apr\u00e8s-guerre froide\u00a0: la solidarit\u00e9 ne va plus de soi, elle se n\u00e9gocie.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, Londres tente de d\u00e9miner le terrain politique. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a tenu \u00e0 pr\u00e9ciser que le plan envisag\u00e9 pour rouvrir le d\u00e9troit d\u2019Ormuz \u00ab\u00a0ne sera pas une mission de l\u2019Otan\u00a0\u00bb, mais une op\u00e9ration \u00e0 base nationale, \u00e9ventuellement coordonn\u00e9e entre plusieurs marines alli\u00e9es. En dissociant explicitement l\u2019Alliance atlantique de l\u2019op\u00e9ration, il envoie un double message\u00a0: aux Europ\u00e9ens, que l<a href=\"https:\/\/www.nato.int\/fr\/what-we-do\/introduction-to-nato\/collective-defence-and-article-5\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">\u2019article 5<\/a> n\u2019est pas en jeu\u00a0; \u00e0 Washington, que les alli\u00e9s refusent de voir l\u2019Otan transform\u00e9e en bras arm\u00e9 automatique de chaque campagne am\u00e9ricaine au Moyen-Orient. Cette mise au point fragilise encore un peu plus la tentative de Trump de lier l\u2019avenir de l\u2019Alliance \u00e0 sa coalition navale.<\/p>\n<p>Japon et Australie\u00a0: le repli vers les priorit\u00e9s r\u00e9gionales&#13;\n<\/p>\n<p>Le cas du Japon illustre cette nouvelle paralysie strat\u00e9gique. Tokyo a confirm\u00e9 l\u2019ouverture de ses cuves strat\u00e9giques, alors que sa d\u00e9pendance au Golfe est quasi totale pour ses hydrocarbures. L\u2019archipel r\u00e9pond \u00e0 la crise par un instrument purement civil\u00a0: vider ses stocks pour lisser le choc, plut\u00f4t que s\u2019aligner militairement. Dans le m\u00eame temps, le gouvernement pr\u00e9cise n\u2019avoir \u00ab\u00a0aucun plan\u00a0\u00bb d\u2019envoi de navires de guerre \u00e0 Ormuz. Le signal est double\u00a0: oui \u00e0 la solidarit\u00e9 de march\u00e9 via l\u2019AIE, non \u00e0 la solidarit\u00e9 de feu sous banni\u00e8re am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Ce refus s\u2019enracine dans les contraintes de la Constitution pacifiste, qui encadre strictement toute projection de force offensive. Mais ses implications d\u00e9passent le droit interne. En choisissant de d\u00e9stocker plut\u00f4t que de d\u00e9ployer, Tokyo r\u00e9v\u00e8le une fissure structurante dans l\u2019axe transpacifique. Le chantage s\u00e9curitaire de Trump se heurte \u00e0 un mur politique\u00a0: les alli\u00e9s les plus d\u00e9pendants des flux d\u2019Ormuz ne peuvent plus, ou ne veulent plus, convertir m\u00e9caniquement leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique en alignement militaire imm\u00e9diat. Le Japon privil\u00e9gie la gestion de risque \u00e9conomique (r\u00e9serves, diversification, diplomatie prudente) \u00e0 l\u2019engagement dans une coalition de coercition.<\/p>\n<p>En Australie, le raisonnement conduit \u00e0 la m\u00eame conclusion par des chemins presque inverses. Canberra refuse de d\u00e9router ses moyens navals vers Ormuz, non par pacifisme constitutionnel mais parce que chaque fr\u00e9gate est jug\u00e9e indispensable sur le th\u00e9\u00e2tre indopacifique. Face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance navale de la Chine, la hi\u00e9rarchie des menaces a bascul\u00e9\u00a0: P\u00e9kin, et non T\u00e9h\u00e9ran, structure d\u00e9sormais son agenda strat\u00e9gique. Pour les autorit\u00e9s australiennes, le p\u00e9trole du Golfe reste important, mais il ne justifie plus de diluer les capacit\u00e9s militaires loin de la zone o\u00f9 se joue leur s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 long terme. Ce choix acte une tendance lourde\u00a0: les alli\u00e9s r\u00e9gionaux ne veulent plus servir de suppl\u00e9tifs permanents aux crises du Moyen-Orient.<\/p>\n<p>La fin du \u00ab\u00a0bien commun\u00a0\u00bb s\u00e9curitaire dans le Golfe&#13;\n<\/p>\n<p>Avec ces refus, l\u2019axe Ormuz-Malacca cesse d\u2019\u00eatre g\u00e9r\u00e9 comme un bien commun sous parapluie am\u00e9ricain pour devenir une addition de surveillances nationales. Chacun prot\u00e8ge en priorit\u00e9 ses propres routes et ses propres int\u00e9r\u00eats. Cette fragmentation fragilise la coh\u00e9sion politique de l\u2019Otan, d\u00e9j\u00e0 mise \u00e0 rude \u00e9preuve.<\/p>\n<p>En liant la survie future de l\u2019Alliance \u00e0 une contribution accrue \u2013 militaire ou financi\u00e8re \u2013 sur un th\u00e9\u00e2tre extra-europ\u00e9en, Trump rompt l\u2019esprit de 1949, qui faisait de la s\u00e9curit\u00e9 collective un engagement r\u00e9ciproque et non un abonnement. L\u2019Europe, importatrice nette de p\u00e9trole et de produits raffin\u00e9s, se trouve prise en \u00e9tau\u00a0: elle subit la hausse des prix et le risque de rationnement, tout en faisant face \u00e0 la menace d\u2019un d\u00e9sengagement am\u00e9ricain qu\u2019elle n\u2019a pas les moyens de compenser sur mer.<\/p>\n<p>La ligne Macron\u00a0: entre d\u00e9sescalade et prime Ormuz&#13;\n<\/p>\n<p>La France, dans ce paysage fragment\u00e9, tente de maintenir une voie interm\u00e9diaire. Emmanuel Macron appelle \u00e0 r\u00e9tablir au plus vite la libert\u00e9 de navigation dans le d\u00e9troit, mais par la d\u00e9sescalade et la gestion de crise plut\u00f4t que par une offensive navale de rupture. La France insiste sur le caract\u00e8re strictement d\u00e9fensif de son dispositif\u00a0: protection des navires battant pavillon fran\u00e7ais, s\u00e9curisation de ses forces et de ses ressortissants, participation \u00e0 l\u2019effort collectif sans basculer dans une logique de cobellig\u00e9rance totale. Cette ligne refl\u00e8te un calcul pr\u00e9cis. Pour Paris comme pour l\u2019ensemble de l\u2019Union europ\u00e9enne, le risque le plus dangereux n\u2019est pas seulement la fermeture m\u00e9canique d\u2019Ormuz, mais l\u2019embrasement durable de la r\u00e9gion qui installerait une prime de risque permanente sur chaque baril issu du Golfe.<\/p>\n<p>\u00c0 la \u00ab\u00a0prime Ukraine\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9e dans les prix europ\u00e9ens de l\u2019\u00e9nergie, s\u2019ajouterait une \u00ab\u00a0prime Ormuz\u00a0\u00bb durable, pesant sur la comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle, sur les finances publiques et sur le pouvoir d\u2019achat. En cherchant \u00e0 contenir l\u2019escalade tout en tenant sa place dans le camp occidental, la France tente donc de r\u00e9duire le co\u00fbt \u00e9conomique d\u2019un ordre \u00e9nerg\u00e9tique de plus en plus militaris\u00e9. La crise actuelle agit ainsi comme un r\u00e9v\u00e9lateur brutal. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats-Unis, redevenus exportateurs majeurs de p\u00e9trole, se sentent suffisamment prot\u00e9g\u00e9s pour mon\u00e9tiser leur r\u00f4le s\u00e9curitaire. De l\u2019autre, des alli\u00e9s comme le Japon ou l\u2019Australie, extr\u00eamement expos\u00e9s \u00e0 Ormuz ou \u00e0 la Chine, ne peuvent plus suivre sans conditions. Entre les deux, l\u2019Europe d\u00e9couvre qu\u2019elle paie le prix fort de sa double d\u00e9pendance\u00a0: aux importations d\u2019hydrocarbures et au bouclier militaire am\u00e9ricain.<\/p>\n<p melodystyle=\"cadreencadre\"><strong>Les r\u00e9actions \u00e0 l\u2019appel de Trump pour la s\u00e9curisation du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz<\/strong><br \/>D\u2019autres alli\u00e9s de Washington ont r\u00e9agi \u00e0 l\u2019appel de Donald Trump. La Cor\u00e9e du Sud adopte ainsi une ligne plus prudente\u00a0: S\u00e9oul reste en \u00e9troite consultation avec les \u00c9tats-Unis mais rappelle qu\u2019un d\u00e9ploiement militaire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger n\u00e9cessite l\u2019aval du Parlement, ce qui laisse planer une forte incertitude sur une \u00e9ventuelle participation \u00e0 une coalition navale. Le Danemark se veut plus ouvert sans pour autant s\u2019engager, son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res expliquant qu\u2019une \u00ab\u00a0grande nation maritime\u00a0\u00bb comme Copenhague doit envisager diff\u00e9rentes formes de contribution, tout en soulignant qu\u2019aucune d\u00e9cision n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 ce stade. L\u2019Union europ\u00e9enne, elle, explore la piste d\u2019un dispositif s\u2019inspirant de l\u2019Initiative de la mer Noire et d\u2019un \u00e9ventuel \u00e9largissement du mandat de sa mission navale Aspides, sans consensus pour l\u2019instant entre \u00c9tats membres.<br \/>Plusieurs capitales continentales se montrent nettement plus r\u00e9ticentes\u00a0: l\u2019Allemagne rejette la demande am\u00e9ricaine et refuse de participer \u00e0 la protection militaire du d\u00e9troit, tout comme la Gr\u00e8ce et l\u2019Espagne, qui d\u00e9noncent une guerre jug\u00e9e ill\u00e9gale et redoutent une escalade suppl\u00e9mentaire. La Chine, de son c\u00f4t\u00e9, garde un profil bas et met en avant son r\u00f4le de m\u00e9diateur, assurant \u00eatre en contact avec \u00ab\u00a0toutes les parties\u00a0\u00bb pour promouvoir l\u2019apaisement et un retour au calme, sans s\u2019engager explicitement sur une contribution navale \u00e0 l\u2019initiative de Washington.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie (AIE) a enclench\u00e9 ce lundi le d\u00e9blocage coordonn\u00e9 de 400\u00a0millions de barils pour casser&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":803264,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[2],"tags":[5734,11,33,88116,1011,27,10623,4534,12,626,88117,844,4846,88118,467,9870],"class_list":["post-803263","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-actualites","tag-5734","tag-actualites","tag-economie","tag-facturer","tag-fr","tag-france","tag-golfe","tag-londres","tag-news","tag-paris","tag-persique","tag-petrole","tag-protection","tag-temporisent","tag-trump","tag-veut"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116240092201703649","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/803263","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=803263"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/803263\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/803264"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=803263"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=803263"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=803263"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}