{"id":825191,"date":"2026-03-26T05:21:15","date_gmt":"2026-03-26T05:21:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/825191\/"},"modified":"2026-03-26T05:21:15","modified_gmt":"2026-03-26T05:21:15","slug":"pourquoi-la-france-a-perdu-la-main","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/825191\/","title":{"rendered":"pourquoi la France a perdu la main"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Produire plus \u00bb. Voici, en substance, la consigne donn\u00e9e aux op\u00e9rateurs des six raffineries encore en activit\u00e9 sur le sol m\u00e9tropolitain. Via un courrier envoy\u00e9 lundi, les cabinets de Maud Bregeon (\u00c9nergie), Roland Lescure (\u00c9conomie) et Mathieu Lef\u00e8vre (Transition \u00e9cologique) formulent une demande claire\u00a0: porter les capacit\u00e9s de raffinage \u00e0 leur niveau maximal, pour desserrer l&rsquo;\u00e9tau des importations et freiner l\u2019envol\u00e9e des prix du gazole.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la guerre en Iran, les tarifs de ce carburant ont bondi bien plus vite que ceux de l\u2019essence. Un d\u00e9couplage qui \u00ab\u00a0traduit une capacit\u00e9 de raffinage insuffisante par rapport aux besoins\u00a0\u00bb, explique-t-on au minist\u00e8re d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l\u2019\u00c9nergie. Car acheminer du brut ne suffit pas\u00a0: encore faut-il pouvoir le traiter, afin d\u2019en extraire un combustible pr\u00eat-\u00e0-l\u2019emploi.<br \/><a href=\"https:\/\/umap.openstreetmap.fr\/fr\/map\/les-raffineries-en-france_1380826?scaleControl=false&amp;miniMap=false&amp;scrollWheelZoom=true&amp;zoomControl=true&amp;editMode=disabled&amp;moreControl=true&amp;searchControl=null&amp;tilelayersControl=false&amp;embedControl=null&amp;datalayersControl=false&amp;onLoadPanel=none&amp;captionBar=false&amp;captionMenus=true&amp;captionControl=true&amp;locateControl=false&amp;measureControl=false&amp;printControl=false\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"><\/p>\n<p>Or, en cinquante ans, l\u2019outil industriel fran\u00e7ais a fondu, passant de 24 raffineries de p\u00e9trole en 1975 \u00e0 seulement sept aujourd&rsquo;hui (dont six en m\u00e9tropole). Surtout, les survivantes ne sont plus calibr\u00e9es pour la consommation nationale de diesel\u00a0: si la France est quasiment autonome pour son essence (seulement 10 % d&rsquo;importations), elle est devenue structurellement d\u00e9pendante pour son gazole. Aujourd&rsquo;hui, un litre sur deux consomm\u00e9 par les Fran\u00e7ais est import\u00e9 d\u00e9j\u00e0 raffin\u00e9, principalement du Moyen-Orient.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact du \u00ab\u2009Dieselgate\u2009\u00bb&#13;\n<\/p>\n<p>Alors, pourquoi ne pas simplement adapter les usines existantes \u00e0 la demande actuelle ? \u00ab\u2009Une raffinerie n&rsquo;est pas une infrastructure standard que l&rsquo;on ajuste d&rsquo;un tour de vis\u00a0\u00bb, souligne \u00e0 La Tribune un expert reconnu par le secteur ayant requis l\u2019anonymat. Il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0horlogerie complexe\u00a0\u00bb, qui s\u00e9pare les cha\u00eenes d\u2019hydrocarbure selon la nature du p\u00e9trole r\u00e9ceptionn\u00e9, pour en extraire ce qui l\u2019int\u00e9resse. Chaque baril de brut poss\u00e8de sa propre carte d&rsquo;identit\u00e9 : un p\u00e9trole l\u00e9ger (type schiste am\u00e9ricain) donnera beaucoup d\u2019essence mais peu de gazole ou de bitume.<\/p>\n<p><img alt=\"Il reste 7 raffineries actives en France.\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"relative\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/il-reste-7-raffineries-actives-en-france-1774460025_ca5f15e514c96be5f15e514c9826f1v_.jpg\"\/>Il reste 7 raffineries actives en France. (Cr\u00e9dits : Agathe Perrier)<\/p>\n<p>Historiquement, l\u2019outil fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0design\u00e9\u00a0\u00bb pour r\u00e9pondre \u00e0 une demande massive de diesel. Mais le virage post-Dieselgate [entre 2009 et 2015, Volkswagen a trich\u00e9 sur les tests antipollution de ses moteurs diesel, ndlr] et les nouvelles normes environnementales ont brutalement \u00e9corn\u00e9 l\u2019image de ce carburant. R\u00e9sultat : certaines unit\u00e9s de production sont devenues obsol\u00e8tes, pr\u00e9cipitant leur fermeture. \u00ab\u00a0Les convertir aurait co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher et pris beaucoup de temps\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise le sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p>D\u00e9sengagements en s\u00e9rie\u00a0&#13;\n<\/p>\n<p>Surtout, si le raffinage affiche aujourd&rsquo;hui des marges records en raison du boom des march\u00e9s, l&rsquo;activit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 structurellement d\u00e9ficitaire pendant des ann\u00e9es. Ce qui a pouss\u00e9 les majors \u00e0 se d\u00e9sengager une \u00e0 une. Parmi les exemples les plus embl\u00e9matiques, la raffinerie des Flandres de TotalEnergies, pr\u00e8s de Dunkerque, a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence en 2010.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, Shell a c\u00e9d\u00e9 ses sites de Reichstett et Berre, aujourd&rsquo;hui ferm\u00e9s. Quand ils ne sont pas liquid\u00e9s, des sites sont reconvertis : en Seine-et-Marne, TotalEnergies transforme actuellement son ancienne raffinerie de p\u00e9trole de Grandpuits en une usine de production de biocarburants et de mati\u00e8res plastiques. Celle de La M\u00e8de, pr\u00e8s de Marseille, a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9orient\u00e9e vers la mise au point de biocarburants.<\/p>\n<p><img alt=\"La France a ferm\u00e9 plus des deux tiers de ses raffineries en moins de 50 ans.\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"relative\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/la-france-a-ferme-plus-des-deux-tiers-de-ses-raffineries-en-moins-de-50-ans-1774460026_33649649b2c96.jpeg\"\/>La France a ferm\u00e9 plus des deux tiers de ses raffineries en moins de 50 ans. (Cr\u00e9dits : \u00a9 Agathe Perrier, La Tribune)<\/p>\n<p>\u00c0 Lyon, l&rsquo;usine Feyzin qu&rsquo;op\u00e8re la major reste quant \u00e0 elle active, mais sous surveillance. Le g\u00e9ant p\u00e9trolier a d\u00e9j\u00e0 fait savoir qu\u2019il pr\u00e9parait sa fermeture d\u00e8s 2027, pr\u00e9f\u00e9rant concentrer ses activit\u00e9s sur les grandes fa\u00e7ades maritimes pour r\u00e9aliser des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle. Dans ce march\u00e9 en berne, la raffinerie de Lav\u00e9ra (Martigues), vendue par BP \u00e0 Petroineos, semble faire figure d\u2019exception : l\u2019usine b\u00e9n\u00e9ficie encore d&rsquo;investissements massifs de la part de ses actionnaires sino-britanniques.<\/p>\n<p>Des marges d&rsquo;augmentation tr\u00e8s limit\u00e9es\u00a0&#13;\n<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 aussi, la flexibilit\u00e9 reste limit\u00e9e. Si l\u2019usine de Lav\u00e9ra dispose d&rsquo;unit\u00e9s permettant de transformer des p\u00e9troles de moindre qualit\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019origine, afin de mettre au point davantage de gazole, ce n\u2019est pas le cas partout.<\/p>\n<p>Les industriels peuvent certes jouer sur les param\u00e8tres de production ou sur les sp\u00e9cificit\u00e9s saisonni\u00e8res (la composition r\u00e9glementaire du diesel changeant entre l\u2019hiver et l\u2019\u00e9t\u00e9) pour favoriser l\u00e9g\u00e8rement le gazole. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, ces ajustements ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;un gain de \u00ab quelques pourcents \u00bb, estime-t-on dans le secteur.<\/p>\n<p>Le gouvernement l\u2019a d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 clarifi\u00e9\u00a0:\u00a0il ne faut pas s\u2019attendre \u00e0 des augmentations massives, mais \u00e0 des am\u00e9liorations marginales \u00ab\u00a0qui ne pourront pas remplacer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des capacit\u00e9s de raffinage auxquelles la France n\u2019a plus acc\u00e8s\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Produire plus \u00bb. 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