{"id":887000,"date":"2026-04-23T06:35:20","date_gmt":"2026-04-23T06:35:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/887000\/"},"modified":"2026-04-23T06:35:20","modified_gmt":"2026-04-23T06:35:20","slug":"hongrie-aux-origines-economiques-de-la-defaite-dorban","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/887000\/","title":{"rendered":"Hongrie : aux origines \u00e9conomiques de la d\u00e9faite d\u2019Orb\u00e1n"},"content":{"rendered":"<p>Les ann\u00e9es sous Orb\u00e1n ont n\u00e9anmoins produit des effets durables, en particulier le glissement vers la droite nationaliste de tout le spectre politique du pays, ce que le nouveau parlement refl\u00e8te parfaitement. Si le vainqueur P\u00e9ter Magyar se d\u00e9marque d\u2019Orb\u00e1npar une posture pro-Union europ\u00e9enne (UE), sa ligne ne sortira pas le pays de la d\u00e9pendance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Le gouvernement du Fidesz [le parti d\u2019Orb\u00e1n], au pouvoir depuis 16 ans, repr\u00e9sente un mod\u00e8le pour beaucoup de partis de droite nationaliste en Europe et au-del\u00e0. Les \u00e9lections parlementaires du 12 avril y ont mis un terme. Avec 38,7 % des voix, la droite nationaliste dure du Fidesz se trouve nettement derri\u00e8re la droite nationaliste un peu plus mod\u00e9r\u00e9e de Tisza et son candidat P\u00e9ter Magyar qui en r\u00e9unit 52,9 %. De plus, forte de son score de 5, 8 %, l\u2019extr\u00eame droite de Mi Hazank r\u00e9ussit \u00e0 franchir le seuil des 5 %.<\/p>\n<p>En termes de si\u00e8ges, la d\u00e9faite du Fidesz est amplifi\u00e9e. 106 des 199 si\u00e8ges de l\u2019Assembl\u00e9e hongroise sont r\u00e9serv\u00e9s aux gagnants des 106 circonscriptions du pays. Tisza en remporte 93. Avec un total de 138 si\u00e8ges, le parti dispose d\u2019une majorit\u00e9 des deux tiers.<\/p>\n<p><strong>Double rupture<\/strong><\/p>\n<p>Cette confortable majorit\u00e9 permet \u00e0 Tisza de s\u2019affranchir du carcan rigide de la Constitution, que le Fidesz avait fa\u00e7onn\u00e9e \u00e0 sa mesure.<\/p>\n<p>Le parti de Viktor Orb\u00e1n avait ainsi construit un \u00ab\u00a0filet de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb visant \u00e0 amortir les cons\u00e9quences d\u2019\u00e9ventuelles d\u00e9faites \u00e9lectorales. La Constitution de 2011 est en effet con\u00e7ue de sorte \u00e0 ce que les cadres du Fidesz maintiennent leurs positions cl\u00e9s dans l\u2019appareil d\u2019Etat pendant de nombreuses ann\u00e9es apr\u00e8s une d\u00e9faite \u00e9lectorale, par exemple dans les autorit\u00e9s de r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>De ce point de vue, la d\u00e9faite du 12 avril repr\u00e9sente une rupture importante. La deuxi\u00e8me rupture concerne l\u2019opposition de forces qui incarnaient une voie lib\u00e9rale aux accents \u00e9cologistes. Un seul parmi les partis lib\u00e9raux d\u2019opposition, Demokratikus Koal\u00edci\u00f3 (DK), s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 dans l\u2019ensemble du pays. Il n\u2019a m\u00eame pas atteint 2 % des voix. Ainsi, seules des nuances de la droite nationaliste sont repr\u00e9sent\u00e9es au sein du nouveau Parlement.<\/p>\n<p>Le Fidesz a certes perdu les \u00e9lections, mais au cours de ses seize ann\u00e9es au pouvoir, ce parti a consid\u00e9rablement d\u00e9cal\u00e9 le spectre politique vers la droite.<\/p>\n<p><strong>Les raisons \u00e9conomiques de la d\u00e9faite de Fidesz<\/strong><\/p>\n<p>La cause principale de la d\u00e9faite \u00e9lectorale du Fidesz se trouve dans la conjonction d\u2019une \u00e9conomie en stagnation et d\u2019une accumulation des richesses dont b\u00e9n\u00e9ficient des hommes d\u2019affaires proches du parti et du Premier ministre.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, les gouvernements hongrois misent sur des investissements \u00e9trangers dans les industries d\u2019exportation et en particulier dans l\u2019automobile. Le Fidesz a encore renforc\u00e9 cette orientation. Les g\u00e9ants de l\u2019automobile allemande ont re\u00e7u des subventions g\u00e9n\u00e9reuses. La sp\u00e9cialisation \u00e9troite autour de l\u2019automobile et la proximit\u00e9 avec l\u2019industrie d\u2019exportation allemande se sont transform\u00e9es en probl\u00e8me ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Car l\u2019industrie allemande et surtout sa branche automobile est plong\u00e9e dans une crise structurelle grave, qui a des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur les \u00e9conomies d\u00e9pendantes d&rsquo;Europe centrale, en particulier celles qui sont fortement sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;industrie automobile. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le gouvernement Fidesz s&rsquo;\u00e9tait \u00e9galement efforc\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 des subventions g\u00e9n\u00e9reuses, d&rsquo;attirer des fabricants de batteries chinois et sud-cor\u00e9ens. Les attentes li\u00e9es \u00e0 ces usines ne se sont pas concr\u00e9tis\u00e9es, notamment en raison des revirements de la politique europ\u00e9enne en mati\u00e8re de voitures \u00e9lectriques.<\/p>\n<p>Mais cette stagnation s&rsquo;explique aussi par d&rsquo;autres raisons. \u00c0 l&rsquo;approche des \u00e9lections de 2022, le gouvernement Fidesz avait fortement stimul\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie. Celle-ci a toutefois \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e par de violentes turbulences en raison de la guerre en Ukraine et des sanctions de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. La Hongrie \u00e9tant particuli\u00e8rement d\u00e9pendante des importations de p\u00e9trole et de gaz en provenance de Russie, les r\u00e9percussions des sanctions de l&rsquo;UE ont \u00e9t\u00e9 assez importantes. Apr\u00e8s une br\u00e8ve tentative de contr\u00f4le des prix de l&rsquo;essence, les tarifs de l&rsquo;\u00e9nergie ont grimp\u00e9 en fl\u00e8che.<\/p>\n<p>\u00c0 son apog\u00e9e l&rsquo;inflation a atteint un niveau de 25 %. Une spirale d&rsquo;inflation et de d\u00e9valuation s&rsquo;est alors enclench\u00e9e. Le gouvernement Fidesz a r\u00e9agi en mettant en place une politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 dure, qu&rsquo;il a tent\u00e9 de masquer derri\u00e8re des campagnes politiques, notamment contre la communaut\u00e9 LGBT. Le sous-financement des secteurs de la sant\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9ducation s\u2019est aggrav\u00e9. Les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s dans le secteur de la sant\u00e9 publique, en particulier, ont suscit\u00e9 un m\u00e9contentement consid\u00e9rable au sein de la population.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la stagnation \u00e9conomique de la Hongrie a \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9e par le gel de la majeure partie des fonds europ\u00e9ens, en raison de probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de droit et, surtout, de controverses autour de la politique vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Ukraine. Ces derni\u00e8res constituent manifestement le principal motif du gel des fonds. Ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 gel\u00e9s en 2022, lorsque le gouvernement Fidesz a vivement critiqu\u00e9 (sans toutefois la bloquer) la politique de sanctions croissantes de l\u2019UE et a maintenu ses contacts avec Moscou.<\/p>\n<p>Dans des cas comparables, voire plus graves, de manquements \u00e0 l\u2019\u00e9tat de droit et de corruption, comme en Bulgarie, l\u2019UE s\u2019est abstenue de prendre des mesures financi\u00e8res s\u00e9v\u00e8res. Les transferts nets de l\u2019UE vers la Hongrie ont diminu\u00e9, passant de 3,1 % en 2020 \u00e0 environ 0,5 % seulement en 2025 (Farkas 2026 : 49). Un tel recul a \u00e9videmment un effet nettement d\u00e9pressif sur la croissance \u00e9conomique. En ce sens, l\u2019UE a exerc\u00e9 une influence sensible \u2014 bien qu\u2019indirecte \u2014 sur le contexte \u00e9conomique des \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p><strong>Nationalisme \u00e9conomique s\u00e9lectif et bourgeoisie de client\u00e8le pro-Fidesz<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce contexte, des couches de population de plus en plus larges se sont indign\u00e9es de l\u2019ostentation croissante de richesse de la part d\u2019hommes d\u2019affaires proches de Fidesz, certains appartenant au cercle le plus intime du Premier ministre Viktor Orb\u00e1n. En 2010, Fidesz s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 en promettant de renforcer le capital national. En effet, avant 2010, la position du capital national en Hongrie \u00e9tait encore plus faible que dans la plupart des autres pays de la r\u00e9gion. Cela avait suscit\u00e9 un m\u00e9contentement croissant parmi les capitalistes nationaux, m\u00e9contentement que le Fidesz avait alors su capter.<\/p>\n<p>De fait, apr\u00e8s 2010, les gouvernements Fidesz ont favoris\u00e9 le capital national par des nationalisations cibl\u00e9es suivies de reprivatisations, l\u2019octroi de licences, des appels d\u2019offres et une politique de cr\u00e9dit cibl\u00e9e men\u00e9e par les banques publiques. Le renforcement du capital national s\u2019est essentiellement concentr\u00e9 sur les secteurs des services (banques, commerce de d\u00e9tail, tourisme), le b\u00e2timent et l\u2019agriculture. Il \u00e9tait particuli\u00e8rement important pour Fidesz d\u2019augmenter la part des banques nationales \u00e0 plus de 50 % du secteur bancaire. Certaines banques \u00e9trang\u00e8res se sont retir\u00e9es de Hongrie apr\u00e8s la grande crise financi\u00e8re de 2008, ce qui a rendu possible des acquisitions dans le secteur bancaire.<\/p>\n<p>Le secteur bancaire montre toutefois clairement que l\u2019objectif du Fidesz \u00e9tait surtout de favoriser des hommes d\u2019affaires li\u00e9s au parti ou \u00e0 Viktor Orb\u00e1n. Apr\u00e8s plus d\u2019une d\u00e9cennie de nationalisations, de reprivatisations et de restructurations, un nouveau grand groupe bancaire national a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 : la Magyar Bankholding (MBH).<\/p>\n<p>Celle-ci rel\u00e8ve de la sph\u00e8re d\u2019influence de L\u0151rinc M\u00e9sz\u00e1ros, qui, avant son ascension fulgurante depuis 2010, \u00e9tait installateur de gaz dans le village natal d\u2019Orb\u00e1n. Le gendre d\u2019Orb\u00e1n, Istv\u00e1n Tiborcz, a lui aussi r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer dans le secteur bancaire. En 2021, la part des banques li\u00e9es au parti repr\u00e9sentait pr\u00e8s d\u2019un quart du secteur bancaire, dont environ 16 % pour la seule MBH (V\u00e1rhegyi 2023 : 192, tableau 3).<\/p>\n<p>La fortune diversifi\u00e9e de M\u00e9sz\u00e1ros est estim\u00e9e \u00e0 plus de 3 milliards d\u2019euros. Tiborcz n\u2019est pas non plus d\u00e9muni : sa richesse est \u00e9valu\u00e9e \u00e0 environ 1,5 milliard d\u2019euros (Bottoni 2025 : 339). Tous deux sont consid\u00e9r\u00e9s comme des figures embl\u00e9matiques de la nouvelle bourgeoisie. En raison des liens \u00e9troits de cette nouvelle bourgeoisie avec le parti au pouvoir, la sociologue hongroise Erzs\u00e9bet Szalai (2018) parle de \u00ab bourgeoisie de client\u00e8le \u00bb. On observe \u00e9galement, chez une partie de cette nouvelle bourgeoisie, des liens personnels et familiaux avec les hauts responsables du Fidesz.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste hongrois Tam\u00e1s Mell\u00e1r (2026) estime que la part du capital li\u00e9 au Fidesz dans le PIB hongrois se situe autour de 25 \u00e0 30 %, tandis que celle des petites et moyennes entreprises nationales se situe entre 20 et 25 %. Bien qu\u2019il y ait eu des mesures de soutien plus larges en faveur des entreprises nationales, le caract\u00e8re de plus en plus unilat\u00e9ral de l\u2019aide accord\u00e9e \u00e0 la bourgeoisie de client\u00e8le a engendr\u00e9 une frustration croissante parmi les petites et moyennes entreprises.<\/p>\n<p>L\u2019ostentation de richesse de certains capitalistes proches de Fidesz et d\u2019Orb\u00e1n a \u00e9galement suscit\u00e9 du m\u00e9contentement dans d\u2019autres couches de la population, notamment dans un contexte de stagnation \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>La politique \u00e9trang\u00e8re au centre de la campagne \u00e9lectorale<\/strong><\/p>\n<p>Le Fidesz semblait de plus en plus d\u00e9connect\u00e9 de la situation r\u00e9elle du pays. Pendant la campagne \u00e9lectorale des sujets relatifs \u00e0 la vie quotidienne se sont impos\u00e9s. Au lieu d\u2019y r\u00e9pondre, le Fidesz a mis\u00e9 sur la politique \u00e9trang\u00e8re autour du th\u00e8me de la paix.<\/p>\n<p>Le gouvernement Fidesz a reproch\u00e9 \u00e0 l\u2019UE de ne pas \u00e9laborer de solutions politiques pour mettre fin \u00e0 la guerre en Ukraine. Il a \u00e9galement jug\u00e9 que les sanctions allaient trop loin, en particulier dans le domaine de l\u2019\u00e9nergie. En effet, apr\u00e8s la quasi-interruption des importations d\u2019\u00e9nergie en provenance de Russie, l\u2019UE risque, avec la guerre actuelle d\u00e9clench\u00e9e par les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl contre l\u2019Iran et l\u2019interruption subs\u00e9quente des livraisons d\u2019\u00e9nergie en provenance du golfe Persique, de faire face \u00e0 une grave impasse \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Sur le plan int\u00e9rieur, toutefois, Fidesz a int\u00e9gr\u00e9 sa prise de distance vis-\u00e0-vis de la politique europ\u00e9enne d\u2019escalade du conflit dans une campagne de haine personnalis\u00e9e contre le pr\u00e9sident ukrainien Volodymyr Zelensky. Une telle campagne contre de pr\u00e9tendues \u00ab menaces \u00bb internes et externes \u2013 de Soros aux minorit\u00e9s sexuelles \u2013 se sont multipli\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Elles ont notamment servi \u00e0 d\u00e9tourner l\u2019attention des probl\u00e8mes \u00e9conomiques, de la politique budg\u00e9taire aust\u00e9ritaire et de divers scandales. Une campagne aussi agressive, y compris sur le plan visuel, contre Zelensky ne correspond pas \u00e0 l\u2019objectif proclam\u00e9 d\u2019une politique de paix ; au contraire, elle le discr\u00e9dite.<\/p>\n<p>Une grande partie de la population s\u2019est lass\u00e9e de cette campagne, et cela valait tout particuli\u00e8rement pour le ciblage \u00e0 l\u2019encontre de Zelensky. Depuis des mois, le pr\u00e9sident ukrainien \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 partout dans le pays sur des affiches, aux c\u00f4t\u00e9s du chef de l\u2019opposition P\u00e9ter Magyar et parfois aussi de la pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne Ursula von der Leyen, comme une \u00ab menace \u00bb personnifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Le m\u00e9contentement s\u2019est manifest\u00e9, dans les semaines pr\u00e9c\u00e9dant les \u00e9lections, par l\u2019arrachage et la d\u00e9gradation d\u2019affiches, en particulier celles dirig\u00e9es contre Zelensky, y compris dans des bastions traditionnels du Fidesz. La cr\u00e9dibilit\u00e9 du Fidesz en tant que \u00ab parti de la paix \u00bb autoproclam\u00e9 n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e non plus par la visite du vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain J. D. Vance juste avant les \u00e9lections hongroises. Peu de temps auparavant, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump avait menac\u00e9 l\u2019Iran d\u2019an\u00e9antissement.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 la campagne anti-ukrainienne du Fidesz, Magyar s\u2019est montr\u00e9 prudent, tandis que les m\u00e9dias lib\u00e9raux d\u2019opposition ont, eux, mis en avant de mani\u00e8re offensive une ligne antirusse, qui trouve un \u00e9cho notable dans la population hongroise, marqu\u00e9e par de forts ressentiments envers la Russie. Dans ces m\u00e9dias, le Premier ministre Orb\u00e1n et le Fidesz ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme un cheval de Troie de la Russie au sein de l\u2019UE, et des rumeurs ont \u00e9galement circul\u00e9 concernant des projets d\u2019ing\u00e9rence de la part d\u2019agents russes.<\/p>\n<p><strong>Tisza, dynamique mais fragile<\/strong><\/p>\n<p>Au final, la campagne agressive du Fidesz a effectivement conduit \u00e0 une forte mobilisation \u2014 mais du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019opposition. Avec 79,4 %, la participation \u00e9lectorale a atteint un niveau record, ce qui a surtout profit\u00e9 \u00e0 Tisza. En particulier les \u00e9lecteurs plus jeunes et les habitants des grandes villes ont vot\u00e9 pour Tisza. Fidesz, en revanche, a perdu environ 700.000 \u00e9lecteurs \u2014 y compris dans les r\u00e9gions rurales, o\u00f9 le parti est pourtant tr\u00e8s bien implant\u00e9.<\/p>\n<p>P\u00e9ter Magyar n\u2019est apparu sur la grande sc\u00e8ne politique que depuis deux ans. Il appartenait auparavant au second cercle de Fidesz. En tant qu\u2019ancien initi\u00e9, ses critiques du syst\u00e8me client\u00e9liste de favoritisme de Fidesz ont suscit\u00e9 une grande attention. Il a mis au jour les contradictions du discours de Fidesz dans de nombreux domaines.<\/p>\n<p>Sur deux points d\u00e9cisifs, Magyar a suivi une voie diff\u00e9rente de celle du courant lib\u00e9ral qui dominait jusqu\u2019alors l\u2019opposition, dont il s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9 aussi nettement que du Fidesz : il a mis en avant les probl\u00e8mes du quotidien sans promouvoir comme solution les recettes n\u00e9olib\u00e9rales discr\u00e9dit\u00e9es des ann\u00e9es 1990 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, et il s\u2019est rendu de mani\u00e8re cibl\u00e9e dans les bastions ruraux et les petites villes favorables \u00e0 parti d\u2019Orb\u00e1n. Il a r\u00e9ussi \u00e0 faire de son mouvement le principal espoir pour battre le Fidesz dans les urnes. La plupart des partis lib\u00e9raux se sont effac\u00e9s en faveur de Tisza.<\/p>\n<p>Sur le fond, Magyar est rest\u00e9 vague. Sa symbolique et sa rh\u00e9torique sont nationalistes, mais il s\u2019est montr\u00e9 davantage favorable \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne. L\u2019objectif central de Tisza est le d\u00e9blocage des fonds europ\u00e9ens. Pour y parvenir, le nouveau gouvernement modifiera sa position vis-\u00e0-vis de l\u2019Ukraine et de la Russie. Magyar a \u00e9galement envoy\u00e9 des signaux au capital \u00e9tranger. Pendant la campagne \u00e9lectorale, Tisza a mis en avant, sur les questions \u00e9conomiques, des personnalit\u00e9s \u00e9troitement li\u00e9es au capital international : Istv\u00e1n Kapit\u00e1ny, ancien cadre dirigeant de Shell, et Andr\u00e1s Karm\u00e1n, qui travaillait r\u00e9cemment \u00e0 Erste Bank. Sur le plan programmatique, Tisza a annonc\u00e9 vouloir rejoindre la zone euro.<\/p>\n<p>Tisza est enti\u00e8rement fa\u00e7onn\u00e9 autour de Magyar. Il est entour\u00e9 d\u2019un cercle limit\u00e9 de personnes ayant une exp\u00e9rience politique, et celles-ci sont majoritairement issues du Fidesz. Tisza a presque exclusivement mis\u00e9 sur des candidats sans implication dans des scandales mais aussi tr\u00e8s inexp\u00e9riment\u00e9s. Beaucoup d\u2019entre eux sont des hommes d\u2019affaires. Selon la Frankfurter Allgemeine (Haneke 2026), les candidats n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas autoris\u00e9s \u00e0 accorder des interviews.<\/p>\n<p>Les militants sont actifs au sein d\u2019un r\u00e9seau d\u2019 \u00ab \u00eelots Tisza \u00bb gravitant autour du parti. Une telle structure a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utile pour la mobilisation \u00e9lectorale, mais elle pr\u00e9sente de s\u00e9rieux d\u00e9ficits d\u00e9mocratiques et convient peu \u00e0 un parti de gouvernement. Il sera \u00e9galement int\u00e9ressant de voir comment la direction de Tisza g\u00e9rera son \u00e9lectorat h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. D\u2019apr\u00e8s un sondage de Republikon de mars, seuls 11 % des \u00e9lecteurs de Tisza se d\u00e9finissaient comme conservateurs, contre 43 % comme lib\u00e9raux et 32 % comme de gauche (Martin 2026 : 17).<\/p>\n<p>Une fois au gouvernement, Tisza devra par ailleurs faire face \u00e0 la fois \u00e0 une opposition politiquement exp\u00e9riment\u00e9e et \u00e0 un appareil d\u2019\u00c9tat dont les postes cl\u00e9s sont encore occup\u00e9s par des proches de Fidesz. Pour prendre le contr\u00f4le des principales fonctions au sein des autorit\u00e9s de r\u00e9gulation \u00e9conomique, de la Cour des comptes, etc., Tisza devra modifier la Constitution \u2014 et il le fera. Le parti a d\u2019ailleurs engag\u00e9 la bataille sur cette question d\u00e8s le lendemain des \u00e9lections. De nombreux conflits entre Fidesz et Tisza autour du contr\u00f4le de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat sont \u00e0 pr\u00e9voir.<\/p>\n<p>Les forces lib\u00e9rales, \u00e9cologistes et de gauche sont confront\u00e9es \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de repartir compl\u00e8tement de z\u00e9ro. Le niveau local \u2014 notamment Budapest \u2014 pourrait servir de point de d\u00e9part \u00e0 ce renouveau. Si une r\u00e9orientation de la politique \u00e9trang\u00e8re vers Bruxelles semble se dessiner, ce qui changera r\u00e9ellement sur le plan int\u00e9rieur est en revanche beaucoup moins clair.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>Bottoni, Stefano (2025), Orb\u00e1n. Vom Dorffu\u00dfballer zum globalen Vorbild der Illiberalen. Die Biografie, Budapest.<\/p>\n<p>Farkas, Zolt\u00e1n (2026), \u00ab\u00a0Akut f\u00e1zisban\u00a0\u00bb, HVG, 15 janvier 2026, p. 48-50.<\/p>\n<p>Haneke, Alexander (2026): \u00ab\u00a0Ihm geht es um den Frust im Alltag\u00a0\u00bb, Frankfurter Allgemeine, 11 avril 2026, p. 3.<\/p>\n<p>Martin, J\u00f3zsef P\u00e9ter (2026): \u00ab\u00a0Egy \u00faj sz\u00f6vets\u00e9g rem\u00e9nye\u00a0\u00bb. In: Magyar Narancs, 16avril, p. 16-17.<\/p>\n<p>Mell\u00e1r, Tam\u00e1s (2026): \u00ab\u00a0Megszor\u00edt\u00e1s vagy NER-v\u00e1llatok v\u00e9ge?\u00a0\u00bb In: \u00c9let es irodalom, 20 f\u00e9vrier 2026, 3<\/p>\n<p>Szalai, Erzs\u00e9bet (2018): Hatalom \u00e9s \u00e9rtelmis\u00e9g glob\u00e1lis t\u00e9rben. Tanulm\u00e1nyok \u00e9s publicisztikai ir\u00e1sok 2015-2018. Budapest<\/p>\n<p>V\u00e1rhegyi, \u00c9va (2023): Bankrendszer elfoglal\u00e1sa. Hogyan \u00e1llitja szolg\u00e1tlat\u00e1ba a\u00a0 bankokat a politikai hatalom? Budapest<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les ann\u00e9es sous Orb\u00e1n ont n\u00e9anmoins produit des effets durables, en particulier le glissement vers la droite nationaliste&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":887001,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[1586],"tags":[11,95245,13748,1777,674,1779,1076,1011,27,804,12,43269,25,1778,220,364],"class_list":["post-887000","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-europe","tag-actualites","tag-centre-peripherie","tag-dependance","tag-eu","tag-europe","tag-european-union","tag-extreme-droite","tag-fr","tag-france","tag-hongrie","tag-news","tag-orban","tag-republique-francaise","tag-ue","tag-ukraine","tag-union-europeenne"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116452637253072329","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/887000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=887000"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/887000\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/887001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=887000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=887000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=887000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}