{"id":88854,"date":"2025-05-10T07:53:14","date_gmt":"2025-05-10T07:53:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/88854\/"},"modified":"2025-05-10T07:53:14","modified_gmt":"2025-05-10T07:53:14","slug":"80-ans-de-nice-matin-michel-bavastro-lhomme-derriere-la-legende","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/88854\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb: Michel Bavastro, l&rsquo;homme derri\u00e8re la l\u00e9gende"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Quand la l\u00e9gende d\u00e9passe la r\u00e9alit\u00e9, on publie la l\u00e9gende.\u00a0\u00bb Cette phrase, extraite d\u2019un western de John Ford (1), pourrait s\u2019appliquer \u00e0 la plupart des articles \u00e9crits sur Michel Bavastro. Certains le pr\u00e9sentent comme l\u2019unique fondateur de Nice-Matin, ce qui est inexact. D\u2019autres ont cherch\u00e9 \u00e0 salir sa m\u00e9moire en lui imputant, sans l\u2019ombre d\u2019une preuve, un pass\u00e9 de \u00ab\u00a0collabo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De cette figure singuli\u00e8re, qui dirigea notre titre de 1949 \u00e0 1996, on ne retient souvent que l\u2019\u00e9cume\u2005: le regard au scalpel filtr\u00e9 par d\u2019\u00e9paisses lunettes en \u00e9caille, le ton cassant, la silhouette impeccable port\u00e9e par un pas nerveux, la plume tremp\u00e9e dans l\u2019encre verte.<\/p>\n<p>Pour conna\u00eetre l\u2019homme qu\u2019il \u00e9tait, et comprendre le patron qu\u2019il est devenu, il faut remonter aux origines. Michel Jean Julien Bavastro na\u00eet \u00e0 Nice le 28 d\u00e9cembre 1906. Son p\u00e8re, Marius, est \u00e0 la t\u00eate d\u2019une entreprise de b\u00e2timents et travaux publics qui conna\u00eet un essor consid\u00e9rable apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s de sa grande s\u0153ur Mireille et de son petit fr\u00e8re Max, le jeune Michel \u00e9coute avec ravissement le r\u00e9cit des exploits de son anc\u00eatre corsaire, Giuseppe Bavastro, le \u00ab\u00a0Jean Bart ni\u00e7ois\u00a0\u00bb, compagnon de route du mar\u00e9chal Mass\u00e9na et auteur de maints abordages en M\u00e9diterran\u00e9e (2).<\/p>\n<p>Journaliste sportif<\/p>\n<p>Est-ce cet exemple qui donne au gar\u00e7on l\u2019envie de se d\u00e9passer\u2005? Tr\u00e8s jeune, il devient un sportif accompli. En 1926, cavalier \u00e9m\u00e9rite, il fait son service militaire dans le 2e R\u00e9giment de spahis alg\u00e9riens (3). Dans les ann\u00e9es trente, il remporte de nombreuses comp\u00e9titions d\u2019escrime.<\/p>\n<p>C\u2019est le sport, encore, qui lui ouvre les portes de L\u2019\u00c9claireur de Nice, puis de L\u2019\u00c9claireur du soir. D\u00e8s 1930, il y signe ses premiers reportages sous la direction de L\u00e9on Garibaldi et de son neveu, le baron Charles Buchet, r\u00e9dacteur en chef.<\/p>\n<p>\u00c0 la Lib\u00e9ration, comme tous les quotidiens qui ont continu\u00e9 de para\u00eetre sous l\u2019Occupation, L\u2019\u00c9claireur est interdit. Mais Michel Bavastro a d\u00e9j\u00e0 la t\u00eate ailleurs. Raymond Comboul, l\u2019un des chefs de la R\u00e9sistance azur\u00e9enne, fait appel \u00e0 lui pour l\u2019aider \u00e0 porter sur les fonts baptismaux un journal nouveau-n\u00e9, Combat de Nice et du Sud-Est, dont les premiers num\u00e9ros sont sortis dans la clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019aventure s\u2019annonce exaltante. H\u00e9las, d\u00e8s novembre 1944, fractur\u00e9s par des sensibilit\u00e9s politiques divergentes, les membres fondateurs se d\u00e9chirent. Combat cesse de para\u00eetre en juin 1945. Une partie de l\u2019ancienne \u00e9quipe, parmi lesquels Claude Boudet, Paul Draghi, Jacques Cotta (4), Raymond Comboul et Michel Bavastro, lancent Nice-Matin le 15 septembre 1945.<\/p>\n<p>Sous la direction de Draghi, premier p.-d.g., le quotidien gagne rapidement en influence. Bavastro, qui assurait la direction administrative, lui succ\u00e8de en 1949\u2026 pour les 47 ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Une \u00e9clatante r\u00e9ussite<\/p>\n<p>S\u2019il est un m\u00e9rite que nul n\u2019a jamais ni\u00e9 \u00e0 ce patron charismatique, c\u2019est un talent indiscutable pour capter l\u2019air du temps. La capitale azur\u00e9enne, \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es cinquante, conna\u00eet une croissance rapide soutenue par les ambitions du maire Jean M\u00e9decin.<\/p>\n<p>Le fils de Marius Bavastro appuie les grands chantiers de l\u2019\u00e9lu, au premier rang desquels figurent le d\u00e9veloppement de l\u2019a\u00e9roport de Nice en 1957 et le doublement de la Promenade des Anglais.<\/p>\n<p>Il s\u2019inscrit parall\u00e8lement dans une ligne politique sans \u00e9quivoque, en phase avec les votes majoritaires r\u00e9guli\u00e8rement exprim\u00e9s dans la r\u00e9gion. Bavastro observe ainsi avec int\u00e9r\u00eat l\u2019afflux de rapatri\u00e9s qui, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es cinquante, augmente la population azur\u00e9enne tout en l\u2019enracinant dans une culture conservatrice.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite est \u00e9clatante. Sous sa direction, Nice-Matin devient l\u2019une des places fortes de la presse fran\u00e7aise, l\u2019un des quotidiens les plus rentables et les plus modernes d\u2019Europe. Le \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb est propuls\u00e9 sur le podium des personnalit\u00e9s incontournables de la C\u00f4te d\u2019Azur, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 imposer \u00e0 un pr\u00e9fet fra\u00eechement nomm\u00e9 deux heures d\u2019attente devant la porte close de son bureau.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge du capitaine<\/p>\n<p>Au lendemain des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb de Mai-68, qu\u2019il \u00e9voquera toujours avec une grimace de d\u00e9go\u00fbt, Bavastro est au fa\u00eete de sa puissance. Cependant, l\u2019homme prend de l\u2019\u00e2ge et rechigne \u00e0 passer la main. En 1971, \u00e0 la veille de ses 65 ans, il fait modifier les statuts du journal pour conserver son poste jusqu\u2019\u00e0 80 ans.<\/p>\n<p>Il r\u00e9cidive en 1984 afin de repousser le couperet \u00e0 85 ans. En 1991, il obtient un report de trois ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires. En 1994, alors qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 souffler ses 88 bougies, le conseil d\u2019administration lui accorde deux ans de sursis \u2013 mais, cette fois, avec des r\u00e9ticences \u00e9videntes. Le \u00ab\u00a0Vieux\u00a0\u00bb, comme le surnomment d\u00e9sormais ses employ\u00e9s, comprend qu\u2019il doit passer la main. Le nom de son successeur coule de source\u2005: ce sera son fils a\u00een\u00e9, G\u00e9rard, directeur g\u00e9n\u00e9ral du quotidien depuis 1978.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Michel+et+G%C3%A9rard+Mavastro-WKoXsMWE.jpeg?ci_seal=d84e3b4467\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Michel Bavastro avec son fils G\u00e9rard, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 15 mars 1998 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 51 ans. <strong>Photo DR \/ collection Famille Bavastro.<\/strong> <\/p>\n<p>Le 14 octobre 1996, un peu moins de deux mois avant son 90e anniversaire, Michel Bavastro met un terme \u00e0 ses fonctions. Devant ses cadres, visiblement \u00e9mu, il fend l\u2019armure\u2005: \u00ab\u00a0Comme nous sommes entre nous, je peux vous faire un aveu. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s facile de tourner une aussi longue page que celle que nous avons \u00e9crite ensemble.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une trag\u00e9die<\/p>\n<p>Pourtant, nomm\u00e9 pr\u00e9sident d\u2019honneur, le \u00ab\u00a0Cobra\u00a0\u00bb ne change rien \u00e0 ses habitudes. Il demeure omnipr\u00e9sent dans les trois \u00e9tages de l\u2019\u00e9norme cube de verre et d\u2019acier qu\u2019il a fait construire, route de Grenoble, \u00e0 l\u2019ouest de Nice. L\u2019explication ne tarde pas \u00e0 fuiter. Elle est tragique. G\u00e9rard Bavastro est atteint d\u2019un cancer. Ses jours sont compt\u00e9s.<\/p>\n<p>La fin de cette d\u00e9cennie est terrible pour le nonag\u00e9naire. L\u2019ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 il se r\u00e9sout \u00e0 vendre Nice-Matin au groupe Lagard\u00e8re, en 1997, Michel Bavastro perd son \u00e9pouse Micheline. Dix mois plus tard, le 15 mars 1998, son fils G\u00e9rard dispara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 51 ans. Tout autre que lui se serait effondr\u00e9. Mais l\u2019ancien champion d\u2019escrime reste debout.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019\u00e9teint qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 101 ans, le 1er mars 2008, dans sa maison de Cimiez sur les hauteurs de Nice. Sans avoir cess\u00e9 de se passionner pour ce journal dont il avait fait son pain quotidien.<\/p>\n<p>1. L\u2019Homme qui tua Liberty Valance (1962).<\/p>\n<p>2. Giuseppe Bavastro (1760-1833) est enterr\u00e9 sur la colline du ch\u00e2teau de Nice. Une rue de la ville, situ\u00e9e derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise Notre-Dame-du-Port, porte son nom.<\/p>\n<p>3. Trois d\u00e9cennies plus tard, le 31 juillet 1955, il sera promu au grade de lieutenant de r\u00e9serve.<\/p>\n<p>4. P\u00e8re de la journaliste Mich\u00e8le Cotta, r\u00e9sistant, maire SFIO de Nice de 1945 \u00e0 1947.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Quand la l\u00e9gende d\u00e9passe la r\u00e9alit\u00e9, on publie la l\u00e9gende.\u00a0\u00bb Cette phrase, extraite d\u2019un western de John Ford&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":88855,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,11130,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25,240],"class_list":{"0":"post-88854","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-belle-histoire","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-histoire","16":"tag-medias","17":"tag-news","18":"tag-nice","19":"tag-provence-alpes-cote-dazur","20":"tag-republique-francaise","21":"tag-temoignage"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114482459704687588","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88854"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88854\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/88855"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=88854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}