{"id":894918,"date":"2026-04-27T02:24:15","date_gmt":"2026-04-27T02:24:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/894918\/"},"modified":"2026-04-27T02:24:15","modified_gmt":"2026-04-27T02:24:15","slug":"on-a-envoye-des-sondes-a-24-milliards-de-km-de-la-terre-mais-personne-na-jamais-reussi-a-percer-les-11-km-qui-nous-separent-du-manteau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/894918\/","title":{"rendered":"On a envoy\u00e9 des sondes \u00e0 24 milliards de km de la Terre, mais personne n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 percer les 11 km qui nous s\u00e9parent du manteau"},"content":{"rendered":"<p>La sonde Voyager 1 file en ce moment \u00e0 quelque 25,4 milliards de kilom\u00e8tres de la Terre, et pourtant personne n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 percer les 11 petits kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9parent du manteau terrestre. Cette asym\u00e9trie dit quelque chose de fondamental sur les limites de notre ing\u00e9niosit\u00e9 : vers le haut, on excelle. Vers le bas, la plan\u00e8te r\u00e9siste.<\/p>\n<p>Le paradoxe est d\u2019autant plus saisissant que la cro\u00fbte oc\u00e9anique, sous les oc\u00e9ans, ne fait que 7 \u00e0 10 km d\u2019\u00e9paisseur, s\u00e9parant nos oc\u00e9ans du manteau terrestre. Moins que la distance Paris-Versailles. Et pourtant, depuis soixante ans, chaque tentative d\u2019atteindre ce territoire bute sur la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 : la chaleur, la pression, et des roches qui se comportent comme un organisme vivant d\u00e8s qu\u2019on les d\u00e9range.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Pourquoi avons-nous conquis l\u2019espace mais \u00e9chou\u00e9 \u00e0 descendre \u00e0 peine plus loin que la hauteur d\u2019une tour de bureau ?<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Le forage sovi\u00e9tique de Kola a atteint 12 km de profondeur et d\u00e9couvert quelque chose d\u2019\u00e9trange : la roche s\u2019est comport\u00e9e comme du plastique<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un nouveau navire chinois cible le manteau terrestre en exploitant une faille g\u00e9ologique : l\u2019oc\u00e9an offre un raccourci de 11 km seulement<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#la-course-du-sous-sol-pendant-de-la-conquete-spatiale\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">La course du sous-sol, pendant de la conqu\u00eate spatiale<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-meng-xiang-un-mastodonte-pour-une-cible-de-11-km\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le Meng Xiang : un mastodonte pour une cible de 11 km<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#la-geopolitique-des-profondeurs\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">La g\u00e9opolitique des profondeurs<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>La course du sous-sol, pendant de la conqu\u00eate spatiale<\/p>\n<p>Alors que les <a href=\"https:\/\/sciencepost.fr\/les-etats-unis-ont-mis-4-ans-a-comprendre-ce-blindage-sovietique-et-ne-sont-jamais-parvenus-a-le-percer\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00c9tats-Unis<\/a> et l\u2019URSS se focalisaient sur l\u2019exploration spatiale lors de la grande course des ann\u00e9es 1960, les deux pays rivalisaient \u00e9galement pour une supr\u00e9matie d\u2019un autre type : celle vers le centre de la Terre. Le projet am\u00e9ricain avait m\u00eame un nom \u00e9vocateur : Mohole. L\u2019ambition ? Percer la cro\u00fbte terrestre pour obtenir des \u00e9chantillons de la discontinuit\u00e9 de Mohorovi\u010di\u0107, la fronti\u00e8re entre la cro\u00fbte et le manteau. Apr\u00e8s cinq ans de travaux et un co\u00fbt de plus de 50 millions de dollars, le projet fut arr\u00eat\u00e9, n\u2019ayant pas d\u00e9pass\u00e9 183 m\u00e8tres de profondeur. Cent quatre-vingt-trois m\u00e8tres. Soit la hauteur d\u2019une tour de bureau parisienne.<\/p>\n<p>Les Sovi\u00e9tiques, eux, ont tenu plus longtemps. Le forage SG-3, connu sous le nom de forage profond de Kola, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir du 24 mai 1970 jusqu\u2019en 1989 en URSS, dans la p\u00e9ninsule de Kola. Ce forage est le plus profond du monde, avec 12 262 m\u00e8tres de profondeur. Un record qui tient toujours. Mais voil\u00e0 ce qui rend ce chiffre vertigineux : le forage n\u2019a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 qu\u2019un tiers dans la cro\u00fbte terrestre du bouclier scandinave, estim\u00e9e \u00e0 35 km d\u2019\u00e9paisseur, ramenant \u00e0 la surface des roches vieilles de 2,7 milliards d\u2019ann\u00e9es. Le manteau ? Toujours hors de port\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essay\u00e9. Le forage a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9 en raison des contraintes techniques extr\u00eames et des temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es. \u00c0 12 kilom\u00e8tres de profondeur, la temp\u00e9rature atteignait pr\u00e8s de 180 \u00b0C, bien au-del\u00e0 des 100 degr\u00e9s anticip\u00e9s par les ing\u00e9nieurs. Les foreuses fondaient litt\u00e9ralement. Le projet fut scell\u00e9, puis abandonn\u00e9, un couvercle m\u00e9tallique pos\u00e9 sur l\u2019un des plus grands myst\u00e8res scientifiques de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Le Meng Xiang : un mastodonte pour une cible de 11 km<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019entre en sc\u00e8ne le <strong>Meng Xiang<\/strong>. Premier navire de forage en eaux profondes de conception et de construction chinoises, il a \u00e9t\u00e9 officiellement mis en service le 17 novembre 2024 \u00e0 Guangzhou. Mesurant 179,8 m\u00e8tres de long et 32,8 m\u00e8tres de large, pour un poids de 42 600 tonnes, il est le plus grand navire de recherche scientifique de Chine.<\/p>\n<p>L\u2019objectif scientifique principal du Meng Xiang est d\u2019atteindre la discontinuit\u00e9 de Mohorovi\u010di\u0107, ou Moho, une fronti\u00e8re qui s\u00e9pare la cro\u00fbte terrestre du manteau sous-jacent. Le choix du forage oc\u00e9anique n\u2019est pas anodin : la cro\u00fbte terrestre sous l\u2019oc\u00e9an ne repr\u00e9sente qu\u2019un tiers de l\u2019\u00e9paisseur de la cro\u00fbte continentale, offrant ainsi un raccourci g\u00e9ologique vers le manteau. L\u00e0 o\u00f9 les Sovi\u00e9tiques ont but\u00e9 sur 35 km de cro\u00fbte continentale, le Meng Xiang cible une zone o\u00f9 l\u2019obstacle se r\u00e9duit \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Pour mener cette mission, le navire embarque de quoi tenir quatre mois en autonomie compl\u00e8te. Le Meng Xiang est une v\u00e9ritable station scientifique mobile, abritant neuf laboratoires sp\u00e9cialis\u00e9s couvrant la g\u00e9ologie, la g\u00e9ochimie, la microbiologie marine, la technologie de forage et la science oc\u00e9anique. Il int\u00e8gre \u00e9galement le premier syst\u00e8me automatis\u00e9 de stockage de carottes embarqu\u00e9 au monde, destin\u00e9 \u00e0 la recherche marine. Un d\u00e9tail technique qui semble anodin mais qui, dans les faits, change tout : chaque carotte remont\u00e9e peut \u00eatre analys\u00e9e en temps r\u00e9el, sans attendre le retour au port.<\/p>\n<p>Le Meng Xiang a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour naviguer m\u00eame dans des conditions extr\u00eames, y compris lors de super typhons. Selon la revue scientifique Nature, les premi\u00e8res exp\u00e9ditions scientifiques du Meng Xiang \u00e9taient attendues en 2026, tandis que le plan de forage \u00e0 grande \u00e9chelle vers le manteau a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour aboutir avant 2030, avec des sc\u00e9narios dans les oc\u00e9ans Pacifique ou Indien.<\/p>\n<p>La g\u00e9opolitique des profondeurs<\/p>\n<p>Ce navire est un symbole de puissance technologique et d\u2019ind\u00e9pendance strat\u00e9gique pour la Chine, qui devient le premier pays \u00e0 poss\u00e9der un navire capable de forer aussi profond\u00e9ment sous l\u2019oc\u00e9an, sans d\u00e9pendre d\u2019aucune technologie \u00e9trang\u00e8re. La science, bien s\u00fbr. Mais pas seulement.<\/p>\n<p>Avec le Meng Xiang, P\u00e9kin ne veut pas seulement comprendre le fonctionnement interne de la plan\u00e8te. Elle veut aussi explorer les ressources min\u00e9rales et \u00e9nerg\u00e9tiques enfouies dans les profondeurs : hydrates de m\u00e9thane, gisements de cobalt ou de terres rares, tous convoit\u00e9s pour les technologies du futur. La m\u00eame logique qui a envoy\u00e9 des robots sur la Lune, la connaissance pure, doubl\u00e9e d\u2019un app\u00e9tit bien concret pour les ressources.<\/p>\n<p>Les enjeux scientifiques restent n\u00e9anmoins immenses. En acc\u00e9dant \u00e0 des \u00e9chantillons de cro\u00fbte et de manteau terrestre, les chercheurs esp\u00e8rent mieux comprendre les processus tectoniques et la dynamique interne de la Terre. Cette connaissance pourrait transformer notre approche de la pr\u00e9vision des s\u00e9ismes et des \u00e9ruptions volcaniques, contribuant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des populations. Ce n\u2019est pas rien : chaque tremblement de terre majeur rappelle \u00e0 quel point on ignore encore ce qui se passe \u00e0 quelques kilom\u00e8tres sous nos pieds.<\/p>\n<p>Le forage de Kola avait d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 r\u00e9serv\u00e9 des surprises que personne n\u2019avait anticip\u00e9es. Les roches analys\u00e9es contenaient de l\u2019eau \u00e0 des profondeurs consid\u00e9r\u00e9es comme imperm\u00e9ables, un fait jusque-l\u00e0 jug\u00e9 impossible. On y a \u00e9galement identifi\u00e9 14 esp\u00e8ces fossilis\u00e9es de micro-organismes, des traces de m\u00e9taux pr\u00e9cieux comme le cuivre, le nickel et m\u00eame l\u2019or. La Terre, manifestement, ne ressemble pas aux mod\u00e8les qu\u2019on en fait. Le manteau nous r\u00e9serve sans doute d\u2019autres d\u00e9mentis.<\/p>\n<p>Le 8 janvier 2026, la base portuaire nord du Meng Xiang a officiellement commenc\u00e9 ses op\u00e9rations \u00e0 Qingdao, dans la baie d\u2019Aoshan, renfor\u00e7ant la structure logistique pour la poursuite des campagnes en eaux profondes. Le navire n\u2019a pas encore atteint le manteau, mais il est d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans la phase qui pourrait repositionner la science marine et l\u2019acc\u00e8s au sous-sol oc\u00e9anique pour les prochaines d\u00e9cennies. Ce que personne ne sait encore, c\u2019est ce que les foreuses trouveront au bout de ces 11 kilom\u00e8tres, si tant est qu\u2019elles y arrivent. Le forage de Kola avait rencontr\u00e9 une roche qui \u00ab\u00a0se comportait comme du plastique\u00a0\u00bb sous l\u2019effet combin\u00e9 de la chaleur et de la pression, d\u00e9viant les tiges et rendant l\u2019avanc\u00e9e quasi-impossible. Le Meng Xiang, lui, aura l\u2019avantage de la cro\u00fbte oc\u00e9anique plus fine et de trente ans de progr\u00e8s technologique. Suffisant ? R\u00e9ponse avant 2030.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/newsly.fr\/2025\/06\/12\/le-plus-grand-defi-de-la-croute-terrestre-ce-navire-chinois-de-forage-oceanique-promet-de-percer-des-secrets-enfouis-a-plus-de-10-000-metres-sous-locean\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">newsly.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/media24.fr\/2025\/04\/08\/avec-ses-42-600-tonnes-ce-nouveau-monstre-chinois-a-ete-concu-pour-un-seul-objectif-battre-le-record-du-forage-le-plus-profond-a-11-km\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">media24.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La sonde Voyager 1 file en ce moment \u00e0 quelque 25,4 milliards de kilom\u00e8tres de la Terre, et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":894919,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[7],"tags":[95973,1011,27,34616,95974,95975,56,43,40,41,39,95976,42,44],"class_list":["post-894918","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-sciences-et-technologies","tag-forage","tag-fr","tag-france","tag-geologie","tag-manteau-terrestre","tag-meng-xiang","tag-push","tag-science","tag-science-and-technology","tag-sciences","tag-sciences-et-technologies","tag-technologie-scientifique","tag-technologies","tag-technology"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116474299801475490","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/894918","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=894918"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/894918\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/894919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=894918"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=894918"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=894918"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}