{"id":914434,"date":"2026-05-06T06:33:15","date_gmt":"2026-05-06T06:33:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/914434\/"},"modified":"2026-05-06T06:33:15","modified_gmt":"2026-05-06T06:33:15","slug":"en-greffant-une-seule-proteine-de-tardigrade-dans-des-cellules-humaines-les-degats-des-radiations-chutent-de-moitie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/914434\/","title":{"rendered":"En greffant une seule prot\u00e9ine de tardigrade dans des cellules humaines, les d\u00e9g\u00e2ts des radiations chutent de moiti\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Demi-millim\u00e8tre. C\u2019est la taille de l\u2019ourson d\u2019eau, ce minuscule animal aquatique dont l\u2019ADN vient de livrer l\u2019un des secrets les mieux gard\u00e9s du vivant. En introduisant une prot\u00e9ine unique du tardigrade dans des cellules humaines en culture, des chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle supprime les dommages \u00e0 l\u2019ADN induits par les rayons X d\u2019environ 40 %. Une seule prot\u00e9ine. Pas un cocktail de mol\u00e9cules, pas un m\u00e9canisme de r\u00e9paration complexe. Une prot\u00e9ine, baptis\u00e9e Dsup.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une minuscule prot\u00e9ine d\u2019animal aquatique cr\u00e9e un blindage autour de l\u2019ADN humain<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les cellules humaines modifi\u00e9es continuent \u00e0 se reproduire apr\u00e8s des doses de radiation normalement mortelles<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les scientifiques du MIT testent d\u00e9j\u00e0 cette protection chez les souris avant radioth\u00e9rapie<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#l-animal-le-plus-resistant-de-la-planete-cache-un-bouclier-m\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">L\u2019animal le plus r\u00e9sistant de la plan\u00e8te cache un bouclier mol\u00e9culaire<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#greffee-dans-des-cellules-humaines-elle-reduit-les-degats-de\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Greff\u00e9e dans des cellules humaines, elle r\u00e9duit les d\u00e9g\u00e2ts de moiti\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#de-la-radiotherapie-aux-missions-vers-mars\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">De la radioth\u00e9rapie aux missions vers Mars<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#un-bouclier-prometteur-mais-encore-a-calibrer\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un bouclier prometteur, mais encore \u00e0 calibrer<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>L\u2019animal le plus r\u00e9sistant de la plan\u00e8te cache un bouclier mol\u00e9culaire<\/p>\n<p>Le tardigrade r\u00e9siste \u00e0 des temp\u00e9ratures extr\u00eames, aussi bien le z\u00e9ro absolu que 100 degr\u00e9s, survit dans le vide de l\u2019espace et sous des pressions qui tueraient n\u2019importe quel autre \u00eatre vivant. Certaines esp\u00e8ces supportent des doses de radiation allant jusqu\u2019\u00e0 4 000 ou 5 000 grays. Pour donner une \u00e9chelle : une dose de 5 grays suffit \u00e0 tuer un \u00eatre humain. Le tardigrade encaisse donc mille fois plus sans broncher.<\/p>\n<p>Le tardigrade g\u00e9n\u00e8re une prot\u00e9ine, nomm\u00e9e Dsup pour Damage Suppressor (suppresseur de d\u00e9g\u00e2ts), qui est sp\u00e9cifique \u00e0 cet animal et prot\u00e8ge son ADN des radiations. Ce qui rend Dsup scientifiquement extraordinaire, c\u2019est son mode d\u2019action. Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pensait jusqu\u2019alors, ce ne sont pas les mol\u00e9cules de r\u00e9paration de l\u2019ADN qui sont d\u00e9terminantes dans la tol\u00e9rance aux radiations. Dsup, elle, agit en amont : elle minimise les d\u00e9g\u00e2ts inflig\u00e9s \u00e0 l\u2019ADN, comme un pare-brise qui absorberait l\u2019impact plut\u00f4t que de recoller les morceaux apr\u00e8s la collision.<\/p>\n<p>Des simulations mol\u00e9culaires sugg\u00e8rent que la prot\u00e9ine est intrins\u00e8quement d\u00e9sordonn\u00e9e, ce qui lui permet d\u2019ajuster sa structure pour \u00e9pouser la forme de l\u2019ADN. Dsup contient une r\u00e9gion pr\u00e9sentant une similarit\u00e9 de s\u00e9quence avec le domaine de liaison aux nucl\u00e9osomes des prot\u00e9ines HMGN des vert\u00e9br\u00e9s, et ce motif est important pour sa fixation aux nucl\u00e9osomes. En clair : Dsup s\u2019enroule physiquement autour de la double h\u00e9lice et cr\u00e9e un blindage \u00e9lectrostatique entre l\u2019ADN et les projectiles ionisants.<\/p>\n<p>Greff\u00e9e dans des cellules humaines, elle r\u00e9duit les d\u00e9g\u00e2ts de moiti\u00e9<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude publi\u00e9e en 2016 par Takuma Hashimoto et ses coll\u00e8gues de l\u2019universit\u00e9 de Tokyo dans Nature Communications a pos\u00e9 la question directement : cette protection fonctionne-t-elle hors du tardigrade ? Les scientifiques se sont rendu compte qu\u2019il \u00e9tait possible de transf\u00e9rer cette prot\u00e9ine \u00e0 des cellules humaines en les modifiant g\u00e9n\u00e9tiquement pour qu\u2019elles produisent Dsup. Une lign\u00e9e de cellules humaines a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e pour exprimer la prot\u00e9ine Dsup, puis expos\u00e9e aux rayons X. Ces cellules modifi\u00e9es pr\u00e9sentaient une fragmentation de l\u2019ADN r\u00e9duite d\u2019environ moiti\u00e9 par rapport aux cellules normales.<\/p>\n<p>Mieux encore : les cellules en culture capables de produire Dsup restaient aptes \u00e0 se reproduire. Beaucoup de cellules exprimant Dsup pr\u00e9sentaient une morphologie normale m\u00eame apr\u00e8s irradiation \u00e0 4 grays de rayons X, et leur nombre augmentait au fil du temps, sugg\u00e9rant qu\u2019elles avaient conserv\u00e9 leur capacit\u00e9 prolif\u00e9rative. Des cellules irradi\u00e9es \u00e0 une dose normalement sous-l\u00e9tale, qui continuent de se diviser. Le r\u00e9sultat a surpris les chercheurs eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les cellules exprimant Dsup ont \u00e9galement montr\u00e9 une r\u00e9duction significative de la fragmentation de l\u2019ADN lors d\u2019une exposition au peroxyde d\u2019hydrog\u00e8ne, qui g\u00e9n\u00e8re des radicaux hydroxyles. Ce d\u00e9tail compte : les radiations ionisantes tuent les cellules en grande partie via ces radicaux, des fragments mol\u00e9culaires agressifs produits dans l\u2019eau intracellulaire. Dsup prot\u00e8ge contre les deux m\u00e9canismes, direct et indirect.<\/p>\n<p>De la radioth\u00e9rapie aux missions vers Mars<\/p>\n<p>Les applications m\u00e9dicales sont celles qui avancent le plus vite. La radioth\u00e9rapie, tr\u00e8s efficace pour d\u00e9truire les cellules canc\u00e9reuses, peut \u00e9galement endommager les cellules et tissus sains. La toxicit\u00e9 peut \u00eatre si lourde qu\u2019elle contraint certains patients \u00e0 interrompre des traitements vitaux. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce probl\u00e8me que vise Dsup. Les chercheurs envisagent une approche dans laquelle Dsup serait administr\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment aux tissus sains avant le traitement par radiation, pour limiter les dommages collat\u00e9raux.<\/p>\n<p>En 2025, une \u00e9quipe du MIT dirig\u00e9e par le professeur Giovanni Traverso a franchi une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire. Les chercheurs ont eu l\u2019id\u00e9e de d\u00e9livrer un ARN messager codant pour Dsup dans les tissus des patients avant le traitement par radiation. Cet ARNm d\u00e9clencherait une expression transitoire de la prot\u00e9ine, prot\u00e9geant l\u2019ADN pendant le traitement. Apr\u00e8s quelques heures, l\u2019ARNm et la prot\u00e9ine dispara\u00eetraient. La technique est famili\u00e8re : c\u2019est exactement le principe des vaccins ARNm contre le Covid-19, appliqu\u00e9 \u00e0 la protection des tissus.<\/p>\n<p>Inject\u00e9es dans des souris plusieurs heures avant une dose de radiation imitant une s\u00e9ance de radioth\u00e9rapie, les nanoparticules ont r\u00e9duit de 50 % les cassures de brins d\u2019ADN dans les tissus oraux et rectaux. Les chercheurs ont \u00e9galement montr\u00e9 que l\u2019effet protecteur de la prot\u00e9ine Dsup ne se propageait pas au-del\u00e0 du site d\u2019injection, ce qui est important car il ne faut surtout pas prot\u00e9ger la tumeur elle-m\u00eame des effets de la radiation. L\u2019\u00e9quilibre est donc pr\u00e9serv\u00e9 : prot\u00e9ger le sain, laisser le traitement atteindre le tumoral.<\/p>\n<p>L\u2019espace constitue l\u2019autre front de recherche. L\u2019une des principales pr\u00e9occupations relatives \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des astronautes est le rayonnement cosmique, un flux de particules subatomiques extr\u00eamement \u00e9nerg\u00e9tiques en provenance du Soleil et de l\u2019espace profond. Les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre d\u00e9sastreuses : cancers, cataractes, maladies cardiovasculaires, et surtout des probl\u00e8mes neurocognitifs relatifs \u00e0 la m\u00e9moire et \u00e0 la concentration. Pour un voyage vers Mars, estim\u00e9 \u00e0 neuf mois dans chaque sens, le probl\u00e8me n\u2019est pas th\u00e9orique.<\/p>\n<p>Un bouclier prometteur, mais encore \u00e0 calibrer<\/p>\n<p>Les obstacles restent r\u00e9els. Le probl\u00e8me identifi\u00e9 provient de la mani\u00e8re dont Dsup prot\u00e8ge l\u2019ADN : elle l\u2019entoure physiquement, ce qui complique l\u2019acc\u00e8s des prot\u00e9ines \u00e0 l\u2019ADN pour la synth\u00e8se d\u2019ARN messager ou la r\u00e9plication cellulaire. L\u2019acc\u00e8s des prot\u00e9ines de r\u00e9paration de l\u2019ADN est \u00e9galement plus difficile. Trop de Dsup, au mauvais moment, dans les mauvaises cellules, peut donc se retourner contre l\u2019organisme.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 que Dsup localise dans le noyau de neurones corticaux et y provoque une neurotoxicit\u00e9. Contrairement aux cellules canc\u00e9reuses, les neurones s\u2019av\u00e8rent sensibles \u00e0 Dsup. Un rappel que transposer une prot\u00e9ine d\u2019un invert\u00e9br\u00e9 microscopique dans des cellules humaines complexes ne se fait pas sans ajustements fins. Pour rendre ce traitement utilisable chez l\u2019humain, les chercheurs travaillent \u00e0 d\u00e9velopper une version de la prot\u00e9ine Dsup qui ne provoquerait pas de r\u00e9ponse immunitaire, car la prot\u00e9ine originale du tardigrade le ferait probablement.<\/p>\n<p>Des exp\u00e9riences men\u00e9es sur la levure Saccharomyces cerevisiae ont montr\u00e9 que l\u2019expression de Dsup r\u00e9duit les dommages oxydatifs \u00e0 l\u2019ADN et prolonge la dur\u00e9e de vie en r\u00e9ponse \u00e0 une g\u00e9notoxicit\u00e9 oxydative chronique. Publi\u00e9s dans Nature Communications en 2025, ces r\u00e9sultats \u00e9largissent encore le spectre d\u2019action de la prot\u00e9ine, au-del\u00e0 des seules radiations ionisantes. La piste du vieillissement cellulaire commence \u00e0 se dessiner en arri\u00e8re-plan d\u2019une recherche qui, partie d\u2019un ourson d\u2019eau de 0,5 mm, pourrait bien remodeler notre fa\u00e7on de prot\u00e9ger l\u2019ADN humain.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/sciences\/tardigrade-proteine-dsup-adn-astronautes-protection-radiations-cosmiques\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">slate.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.pourquoidocteur.fr\/Articles\/Question-d-actu\/17639-Rayons-X-les-secrets-du-tardigrade-utiles-pour-proteger-l-homme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">pourquoidocteur.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Demi-millim\u00e8tre. 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